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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 23:45

green hornetMichel Gondry, réalisateur de l'époustouflant Eternal sunshine of the spotless mind, et des plus légers La science des rêves et Soyez sympas, rembobinez, change de genre. Fini les films oniriques ou de bricolage avec des boîtes en carton, place au film de super-héros, en 3D. Car, mesdames et messieurs, ce film a été pour l'occaasion de découvrir la 3D. Et autant le dire tout de suite, si le film est plaisant, sans plus, la 3D est une escroquerie comme j'en ai rarement vu, en tout cas pour ce film.

 

Ici, pas de Spiderman aux toiles d'araignée ou de Superman volant, mais rencontre avec le frelon vert, soit the green hornet. Ce super-héros n'a pas de pouvoir, il est même complétement beauf et imbu de sa personne, son seul pouvoir venant de l'argent hérité de son père. Son atout, c'est son acolyte, Kato, qui réalise des cafés délicieux, a la capacité de ralentir l'écoulement du temps et a des talents de mécaniciens hors norme. Les héros doivent faire face à Chudnovsky, homme a priori sans charisme mais à la méchanceté sans limite. Malheureusement, le méchant est un peu passé à la trappe, et on a droit à toutes les blagues pas drôle de Britt Reid (incarné par Seth Rogen, au jeu assez limité et surtout très lassant).

 

Le souci que j'ai eu avec le film, qui est au final un divertissement de facture honnête, sans plus, c'est le personnage principal. Problème, car il est de presque toutes les scènes et il parle énormèment, toujours pour dire des énormités. Et cet aspect m'a assez agacé. Heureusement, il reste son homme de main, Kato (Jay Chou), qui apporte sa maitrise des arts martiaux et une forme de conscience à ce héros énervant. Heureusement aussi que Christoph Waltz incarne le méchant, et qu'il arrive à imposer son personnage en quelques scènes, mais il est malheureusement mis trop souvent de côté. Quant à Cameron Diaz, elle ou une plante verte, c'est exactement pareil.

 

Et alors, la 3D !!! A part être un moyen pour les complexes de faire payer un supplément à tous, donc aux détenteurs de cartes illimités, plus l'euro pour emprunter les lunettes (auquel j'ai échappé), je n'ai vraiment pas vu l'intérêt. On a un peu de profondeur sur certaines scènes, mais le film a vraisemblablement été réalisé avant qu'il soit envisagé d'en faire une version 3D. D''où un intérêt nul, mais vraiment nul !

 

Alors, comment comprendre les articles élogieux de Télérama ou des Inrock. Eh bien, c'est un mystère que je n'ai pas encore résolu, si ce n'est qu'il est assez tendance d'aimer les comédies hollywoodiennes un poil régressives. Et ici adpatées au super-héros, cela a dû séduire les adeptes de Judd Apatow (dont je ne connais pas le travail, mais qui n'est pas un univers qui m'attire beaucoup). En tout cas, ce n'est pas le frelon vert qui va m'inciter  à découvrir ce genre en vogue.

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 19:32

poupoupidouAprès Avril, son premier film dont j'ai un bon souvenir, Gérald Hustache-Mathieu revient avec une oeuvre d'un tout autre genre. Finie l'échappée en Camargue d'une bonne soeur, et bienvenue à Mouthe, Jura, dans le village le plus froid de France.

 

David Rousseau, écrivain à succès, se rend à Mouthe pour récupérer l'héritage de son oncle. Il y a croisera, de manière inattendue, Candice Lecoeur, une starlette locale de la pub pour les fromages et de la météo. Ou plutôt, il croise son cadavre, découvert dans la neige, dans une zone transfrontalière. Ce qui fait que ni la police française ni la police suisse ne sont chargées de l'enquête. Qu'à cela ne tienne, David Rousseau mène sa propre enquête, et découvre la vie tumultueuse de celle qui se prenait pour Marylin.

 

Hustache-Mathieu signe un film au ton original. Mélange entre chronique d'un faits divers, description d'un amour immodéré pour l'Amérique et comédie policière, il promène son spectateur sur les traces de Candice. Cette jeune femme, victime d'un succès inattendu, est pour David Rousseau un mystère à éclaircir, et lui fournit une trame pour son futur roman. Sa relation posthume avec Candice est également troublante, comme s'ils vivaient une rencontre et une histoire d'amour impossible.

 

Le film est remplie de citations, d'un tee-shirt jaune sorti de chez Gus Van Sant à ces scènes de neige qui rappellent de nombreux films américains (beaucoup ont fait référence à Fargo, j'ai pour ma part pensé à The pledge de Sean Penn). Mais la grande référence d'Hustache-Mathieu (qui m'avait d'ailleurs échappé sur le coup), c'est inconstestablement Twin Peaks, la série de David Lynch. Que ce soit la scène de découverte du cadavre, le cadre avec cette hôtel à la décoration douteuse ou cette enquête qui semble à tout moment s'enliser, tout fait évoque l'univers lynchien. Mais le réalisateur s'en échappe, avec ce personnage d'écrivain un peu perdu, très bien interprêté par Jean-Paul Rouve.

 

Car deux autres atouts du films, ce sont le casting et la bande originale. Pour le casting, outre Rouve, on retrouve Sophie Quinton (pour qui j'ai un faible) et Guillaume Gouix, mais aussi une bande de seconds rôles tous très intéressants : Olivier Rabourdin, Eric Ruf (qui sourit, cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu sourire, ça vaut le coup) ou Clara Ponsot. 

 

Côté bande originale, le ton est donné avec la chanson d'ouverture, I put a spell on you, chantée par Ava. Elle n'a rien à envier à Nina Simone ou à Natacha Atlas. Ensuite, c'est une succession de muiques anglo-saxonnes, dans des genres très différents. Bref, Poupoupidou est une très bonne manière de lancer l'année cinématographique. N'hésitez pas !

 

L'avis de Pascale

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 19:37

rendez-vous l'ete prochainPhilip Seymour Hoffman, acteur dans de nombreux seconds rôles, en particulier chez Paul Thomas Anderson, a connu une grande notoriété depuis son incarnation de Truman Capote. Dans Rendez-vous l'été prochain (Jack goes boating, pour le titre original, meilleur tout comme l'affiche que la version française), l'acteur est à la fois devant et derrière la caméra. Et il signe un joli film, plein de tendresse et d'amour.

 

Jack est un homme complexé. Il occupe un emploi de chauffeur dans l'entreprise de son oncle, mais rêve de devenir conducteur de métro. Il travaille avec son ami Clyde, qui vit avec Lucy. C'est cette dernière qui lui présente Connie, une collègue de travail. Les deux jeunes gens, cabossés par la vie, s'appuieront sur leurs amis et leur relation en train de se construire pour sortir la tête de l'eau. Cependant, le couple formé par Clyde et Lucy est en pleine dsagrégation.

 

Le film raconte la trajectoire de deux couples qui font dans un sens strictement inverse. Pour Clyde et Lucy, un couple qu'on pense solide, c'est l'adultère et la jalousie qui en découle qui le mettent à mal. Lucy, femme envoutante et qui connait son pouvoir de séduction, a profité de la faiblesse et de la routine de son mari pour passer quelques nuits avec un chef italien. Et Clyde ne trouvera de solution que dans l'alcool.

 

Pour Jack, sa rencontre avec Connie est l'occasion de démarrer une nouvelle vie. premier objectif : apprendre à nager, car il souhaite l'emmener en barque sur le lac. Cela donne lieu à de jolies scènes dans une piscine, où Clyde apprend à son ami au corps imposant à apprivoiser l'élément liquide. Il en profite également pour prendre des cours de cuisine, afin de préparer un repas pour Connie. Son application va jusqu'à faire avaler le même repas plusieurs fois à ses amis, pour être sûr que tout se passera bien le jour J. Malheureusement, l'alliance d'un narguilé et d'un temps de cuisson non maîtrisé font tout s'effondrer.

 

Cette jolie histoire d'amour, à laquelle on a un contrepoint négatif avec ce couple, est assez attendrissante. On se prend d'amitié pour Jack (Philip Seymour Hoffman), avec son goût immodéré pour No woman no cry et son look de rasta blond. Un joli film, bien servi par de bons acteurs (Amy Ryan, John Ortiz, Daphne Rubin-Vega) qui s'il ne révolutionnera pas la mise en scène, permet une plongée intimiste dans la vie de ces  personnages cabossés.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 16:07

AndromaqueMonter une tragédie classique est loin d'être d'une grande facilité. Muriel Mayette a choisi Andromaque pour entrer dans l'œuvre de Racine. Mais la vision de la pièce illustre le fait que si tout n'est pas au même niveau, l'impression est globalement positive, mais la pièce ne crée pas un enthousiasme débordant.

 

Petit retour sur l'intrigue. Au retour de la guerre de Troie, Andromaque, femme d'Hector, est prisonnière de Pyrrhus, fils d'Achille. Mais pour les fils des héros, la vie amoureuse est complexe. Car Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque. Ce cercle d'amour impossible est ici au coeur de l'intrigue.

 

Muriel Mayette choisit un cadre très classique pour la pièce. Dans un décor assez dépouillé (quelques colonnes grecques), les héros luttent, entre l'amour qu'ils ont les uns pour les autres et les raisons d'Etats de ces enfants des héros grecs. Car c'est un des éléments très intéressants de la pièce : on ne s'attache pas aux héros de la guerre, mais à ce qui ont vécu dans leur ombre. Andromaque, femme d'Hector, n'arrive pas à oublier l'image de son mari traîné aux pieds des remparts de Troie. Et l'amour que lui porte Pyrrhus, fils d'Achille le meurtrier de son mari, est pour elle inconcevable. Mais pour sauver son fils Astyanax, elle décide de se plier aux volontés du vainqueur. Hermione est elle la fille d'Hélène et de Ménélas, et Oreste, le fils d'Agamemnon. On sent donc comment les jeux de pouvoir et les conséquences de la guerre de Troie influent les destins des descendants.

 

Le problème que j'ai trouvé à cette mise en scène, encore une fois très classique, avec des personnages hiératiques et fidèles aux images que je me fais du théâtre racinien, c'est un problème au niveau d'un des personnages, Oreste. Cécile Brune mais surtout Eric Ruf et Léonie Simaga, qui incarnent respectivement Andromaque, Pyrrhus et Hermione, sont très convaincants dans la représentation de leurs dilemmes. Chacun est traversé par des sentiments contraires, doit faire avec, et les acteurs font bien voire très bien ce qu'ils ont à faire. Pour Oreste, interprété par Clément Hervieux-Léger, je suis plus sceptique. Même s'il est évident que son homme de compagnie n'est pas qu'un simple conseiller et en souhaite plus, je n'ai pas senti chez lui l'amour qu'il porte à Hermione, et les affres dans lequel doivent le plonger les péripéties amoureuses de cette dernière. Peut-être est-ce un contrepied à d'autres interprétations beaucoup plus outrées du personnage, mais ce n'est en tout cas pas une réussite pour le spectateur. Surtout, l'impression finale est assez mitigée, puisque c'est Oreste qui clôt la pièce.

 

Cette mise en scène de Muriel Mayette est très fidèle à ce que je pouvais attendre de la Comédie-Française en ce qui concerne Racine, mais c'est dommage que l'ensemble n'est pas été plus enthousiasmant, car cela tient à vraiment pas grand chose.

 

Autre pièce de Racine : Bérénice

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 08:51

laure au bout du mondeLaure est institutrice, dans le village dans lequel elle a grandi. Un village de la Drôme provençale, Eourres, dans lequel son enfance a été marquée par les difficultés de la vie paysanne et sa découverte du monde de l'école. Le collège a été pour elle une véritable révélation, et sa plongée dans les livres lui a permis de sortir par le haut de sa situation miséreuse. Tout ceci à la surpise de ses parents qui ne comprenaient pas l'intérêt de se plonger dans le travail scolaire, quand Laure était attendue pour mener les troupeaux.

 

Laure est une enfant volontaire. Dès sa naissance, sa vie était fragile : sa mère a eu du mal à allaiter, et il a fallu recourir à l'ânesse du village pour nourrir la petite. Ce sont ensuite les marques d'un travail éprouvant qui marquent Laure, comme ce coup de faux qu'elle se donne à la jambe en récoltant la lavande. Ou cette cheville tordue pour échapper à une harde de sangliers en forêt. Malgré cela, elle tient plus que tout à continuer à aller à l'école, malgré les brimades d'un de ses camarades. Elle fait ce qui est en son pouvoir pour obtenir l'argent nécessaire et obligatoire à la poursuite de ses études.

 

Mais à travers le personnage de Laure, Pierre Magnan a surtout l'intention de d'écrire le mode de vie de vie des paysans de la Drôme provençale, dans les années 50-60. On y découvre les querelles de voisinage séculaires, dont personne ne connaît plus les raisons et qui empoisonnent la vie quotidienne. On y voit la détresse des producteurs de lavande lorsqu'ils découvrent que les produits importés coûtent moins chers, et que leur production ne vaut plus grand-chose. Ou la difficulté à rembourser les traites du tracteur, engin merveilleux pour ces paysans. On découvre enfin ces paysages, forêts et cols, troupeaux et chemins, qui font l'attrait de ces paysages.

 

Mais, car il y a un mais, je suis resté un peu à côté de cette histoire. Une affaire d'écriture, que j'ai parfois trouvé artificielle, pas très fluide. J'y ai en fait ressenti le travail de l'auteur, et je l'ai vu en train de construire son roman et de fignoler ses pharses. Je pense aussi que j'ai trop lu dernièrement des romans sur l'enfanronde.jpgce. Après les romans autobiographiques de Daniel Hébrard et Alain Foix, j'avoue que je suis un peu lassé du genre, et ceci a contribué à ne pas m'enthousiasmer pour cette lecture. Elle reste plaisante et agréable, mais ce n'est vraisemblablement pas un ouvrage qui restera dans mes annales.

 

Roman lu dans le cadre de la chaîne des livres, et proposé par Hathaway

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 22:00

mauvaise-rencontre m[Billet déjà paru sur Biblioblog] C'est l'histoire de deux jeunes garçons, qui pensent que rien ne pourra jamais les séparer, qui vivent intensément leur amitié. L'histoire presque banale de deux enfants qui font tout à deux, mais qui vont prendre des chemins qui petit à petit divergent. Classique, dira-t-on. Sauf lorsque pour l'un d'entre eux, cette amitié est bien plus que cela, et que la rupture amicale jamais franchement énoncée détruit l'équilibre vital du jeune homme.

 

Cette histoire, c'est celle de Mando et Loup, deux jeunes garçons qui s'aiment passionnément, d'une amitié qu'on imagine indestructible. Mais Loup a d'autres centres d'intérêt que son ami. La présence de Nine, sa seconde maman, à ses côtés est pour lui primordiale. Tout comme celle de Gaby, une amie joueuse de cartes beaucoup plus âgée, avec laquelle il nouera des liens d'une intimité profonde. Ces deux femmes ne sont pas pour Loup des concurrentes pour son amitié avec Mando, mais ce n'est pas ainsi que le conçoit son ami.

 

Car lui, il a besoin de Loup. Mais il ne reproche rien, même pas quand Loup décide au dernier moment de ne pas partir en colonie de vacances avec lui sans l'en avertir. Mando garde cela pour lui, et note tout cela dans un cahier, que découvrira Loup et dans lequel il apprendra les secrets de son ami.

 

Mais la grande fracture entre Loup et Mando, l'élément qui sépare définitivement les deux jeunes hommes, c'est la découverte de la psychanalyse grâce au professeur Psychopompe, comme le nomme Mando. Alors que lui court les AG et les comités étudiants de la faculté, Loup est capté, happé par l'enseignement de cet homme magnétique, qui le plonge dans l'étude de la psychose. Et qui involontairement donnera les clés à Loup pour comprendre son ami.

 

Philippe Grimbert, psychanalyste de métier, a déjà montré dans Un secret sa capacité à intégrer dans un récit intrigue, histoire personnelle et psychanalyse. Il tente ici la même combinaison, mais avec moins de brio que dans son opus précédent. Le style, assez sec, haché, en est peut-être à l'origine, mais il n'empêche pas la découverte de très belles pages, comme celles où Loup suit Gaby lors de ces derniers jours. L'élément que j'ai trouvé le plus gênant est une insistance à annoncer qu'il allait se passer un événement terrible, qu'on allait comprendre ce qui troublait Mando, sans donner les clés au lecteur. Philippe Grimbert instaure un suspens artificiel qui nuit à l'ensemble de l'ouvrage. Alors que dans Un secret, il annonçait dès le début le drame qui frappait son héros, il laisse ici planer le doute plus longtemps, mais cela ne se fait pas au profit de l'ensemble. Dommage, car La mauvaise rencontre aurait pu donner un ouvrage poignant sur une amitié dévastatrice, et n'offre finalement que la narration d'une histoire triste mais que j'oublierai certainement assez vite.

 

La mauvaise rencontre, de Philippe Grimbert

Ed. Le Livre de Poche

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 07:42

cotton point

1954. Dans la petite ville de Cotton Point, Géorgie, Paris Trout est l'épicier que tout le monde connaît. Outre la vente de produits, il est prêteur aux noirs qui ont des envies d'achats un peu trop onéreux. Mais l'argent qu'il laisse aux autres, il est prêt à tout pour le reprendre. Et lorsque Henry Ray demande à Paris de reprendre la voiture qu'il vient d'acheter et qui est accidentée, Paris Trout voit rouge. Il fait une descente chez Henry Ray, et la simple visite pour faire peur se transforme en carnage. Sur le carreau reste Rosie Sayers, jeune noire de 14 ans, alors que Mary McNutt, la mère du foyer, est grièvement blessé.

 

Avec un tel début de récit, on peut s'attendre à un grand roman policier ou noir, et Pete Dexter prend le lecteur au dépourvu en lui proposant la description d'une ville rongée par le racisme et la corruption. Car d'enquête, il n'y a en pas : tout le monde sait que Trout est le meurtrier, mais personne ne souhaite le déranger, car chacun connait son caractère sanguin et incontrôlable. Au premier rang de ceux qui n'osent pas le bousculer, il y a son avocat, Harry Seagraves, et son épouse Hanna. Même si la seconde aura le courage de quitter le foyer conjugal, elle doit se faire violence pour faire face à son mari.

 

Mais ce qui est assez étouffant dans ce roman, c'est l'impunité dont bénéficie Trout. Il lui suffit de quelques billets pour échapper au pénitencier, et il donne l'impression de maîtriser tout ce qui se passe dans la ville. Pourtant, son aspect irrationnel cache des problèmes plus importants que présagés. Et c'est contre tous ces secrets que Seagraves, Hannah et les autres doivent lutter, bien souvent en vain.

 

Pete Dexter signe là un roman très fort, glauque au possible, dans lequel aucun soupçon d'optimisme n'est visible. Même les plus jeunes, revenus en ville, sont happés par ce personnage hors norme, qui rejoint dans mon panthéon des grands affreux de la littérature américaine le Prêcheur de La nuit du chasseur ou le shériff minable de 1275 âmes. Son côté machiavélique en fait un grand personnage littéraire, représentant la ville raciste et corrompue dans laquelle il vit.

 

Les avis de Dédale, de Mogasse, de Sylvie

 

Cotton Point, de Pete Dexter

Traduit de l'anglais par Anny Amberni

Ed. de l'Olivier

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 18:00

cabaretSi on m'avait dit que je passerai un réveillon de nouvel an au Cabaret, je n'y aurai pas cru un instant. Pourtant, c'est ce qui s'est passé cette année. Enfin, quand je dis cabaret, c'est un peu trop simple, comme expression : il s'agissait de Cabaret New Burlesque, comme celui que présente Mathieu Amalric dans son dernier film, Tournée. Mieux, les artistes sur scène étaient celles du film, et j'ai pu découvrir en direct les numéros de Mimi Le Meaux ou de Dirty Martini. Et ce fut une franche partie de plaisir !

 

Le principe : une maîtresse de cérémonie, Kitten on the Keys, introduit ses camarades par le biais d'intermèdes toujours décalés, parfois en chanson. Ensuite, on découvre chacun des numéros, qui se terminent invariablement par un mise à nu de l'artiste (au sens propre), mais le tout dans un chorégraphie souvent recherchée et avec des idées assez folles.

 

Ainsi, si certains sont plus dans un esprit classique, comme ceux de Evie Lovelle, d'autres sont de véritables shows, comme le clou du spectacle, avec Dirty Martini jouant dans un costume représentant la bannière étoilée la corruption des Etats-Unis. Ou comme le strip-tease de l'homme de la troupe, Roky Roulette, en équilibre sur un cheval sauteur (numéro bluffant au possible).

 

Julie Atlas Mutz présente elle deux numéros plus proches du cirque, notamment avec celui du ballon dans lequel elle parvient à entrer (une scène marquante du film). Mais la star, c'est incontestablement Mimi Le Meaux, vedette de Tournée, et qui signe notamment un numéro en danseuse à pagne hallucinant.

 

Spectacle totalement asexué, les femmes prenant autant de plaisir que les hommes, il fait plaisir à voir car les artistes ont des corps loin des canons habituellement vus dans les média, et il est assez clair qu'elles assument leurs formes plus rondes que celle des mannequins anorexiques sans aucun problème. D'ailleurs, il serait dommage qu'elles s'en privent, car le spectacle est d'une sensualité et d'une sexualité folle, tout en n'en cachant pas les effets pervers, avec le numéro de la main violant l'intimité de l'artiste.

 

La suite de la soirée, dans le cadre de la Cité Universitaire, a vu la tenue d'un concert de Jessy Evans, puis une soirée dansante sur place. Et vu que le tout était accompagné de quelques coupes et d'une excellente compagnie (merci à tous, la soirée était vraiment très agréable !), je peux dire que ce cabaret new burlesque fut l'occasion de l'un des mes réveillons les plus réussis et inattendus ! 2011 démarre sur de bonnes bases !

 

Le spectacle se  joue jusqu'au 15 janvier au théâtre de la Cité Internationale, et passera 2-3 jours au 104, vers le 20 janvier. Bien entendu, courrez-y !

 

Et bien entendu,

meilleurs voeux à tous pour cette nouvelle année !

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 17:50

31 décembre 2010. L'heure de jeter un œil sur les 364 derniers jours, pour voir ce qui a marqué, touché, ému ou ulcéré. Le moment de se retourner pour essayer de voir ce qui restera. Et comme ce blog n'a même pas eu le droit de fêter son troisième anniversaire, je n'allais tout de même pas renoncer à ce bilan annuel.

 

Alors, commençons par les toiles. Pour cette année 2010, deux films se détachent parmi ceux que j'ai vu en salle :

The Ghost Writer, de Roman Polanski, pour sa maîtrise formelle et son intrigue prenante.

Illégal, d'Olivier Massé-Depasse, pour la manière qu'il a de montrer la vie quotidienne dans un centre de rétention.

 

Mais 2010, ce sont aussi d'autres films qui m'ont touché :

La princesse de Montpensier

Des hommes et des dieux

La comtesse

L'arbre et la forêt

Nénette

Copacabana

Le nom des gens

The social network

 

2010, ce sont aussi quelques comédies très réussies (Soul Kitchen, Potiche), un docu totalement décalé (La terre de la folie) et un film déjanté sur un pneu tueur (Rubber).

Deux tendances, aussi, que je relève : celle d'un engagement très présent, qu'il passe par la comédie la plus désopilante ou par des univers très personnels. Je range ici Copacabana ou Le nom des gens pour les films déjà cités, mais également Mammuth, 8 fois debout, Les invités de mon père ou la première partie D'amour et d'eau fraîche. Le monde social a débarqué en force dans le cinéma de 2010, en particulier le cinéma français, comme s'il était nécessaire d'en parler (et je trouve que cette intrusion est très intéressante).

La seconde tendance concerne le thème de la déportation. Si La rafle ou Elle s'appelait Sarah (films non vus) traitent spécifiquement de la déportation des juifs, ces deux films semblent assez tardifs sur ces sujets, ne semblant que des illustrations émotionelles de ces événements douloureux. Tony Gatlif, dans Liberté, et Ducastel et Martineau, dans L'arbre et la forêt (deux beaux films, dont les médias ont trop peu parlé), abordent ce même thème, mais parlent de déportés jusqu'ici moins connus : les tziganes et les homosexuels.

Au final, une année 2010 assez satisfaisante, avec peu de déceptions. Enfin si, une : la seconde vision d'Inception, qui a fait perdre au film une grande partie de sa magie.

 

 

Pour la partie littérature, ce sera de réchauffé, car ce qui suit est déjà paru sur le Biblioblog. 2010 a été l'année où j'ai vraiment pris place de manière régulière sur le site.

D'abord, 2010 a été pour moi la confirmation de tout le bien que je pensais de François Vallejo, avec les découvertes de Vacarme dans la salle de bal, Madame Angeloso ou Les sœurs Brelan. Surtout, ce fut l'occasion pour moi de mener ma première interview, qui a été suivie par une rencontre avec l'auteur. Bref, cet homme et son œuvre sont à découvrir.

Comme l'an dernier, 2010 fut l'occasion de plonger dans de nouveaux auteurs, avec de très belles découvertes : Arnaud Cathrine, avec Les vies de Luka et Le journal intime de Benjamin Lorca, Philippe Jaenada et sa promenade sur la plage incendiée ou Emmanuel Adely et son roman social et oral, Mon amour. Je note également les lectures de Dans la nuit de Bicêtre, de Marie Didier, formidable essai sur les débuts des asiles, de Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut, de Yahia Belaskri, qui nous plonge dans les horreurs du fanatisme religieux, et L'assassinat d'Yvon Toussaint, de Yvon Toussaint, plongée passionnante à Haïti, à la recherche d'un homonyme assassiné.

Et puis des classiques, comme À l'ouest, rien de nouveau qui m'avait jusque là échappé, ou le dernier roman de Sandor Marai, auteur déjà devenu un classique. Ou encore, plus proche, La bête et la belle de Thierry Jonquet, merveilleux petit roman noir et glauque.

Et, car 2010 n'a pas été qu'une année remplie de merveilleuse fictions et de jolies histoires, je retiens la lecture de deux ouvrages qui sont malheureusement dans l'air du temps : l'essai consacré aux tsiganes, roms et gens du voyage signé Claire Auzias, et l'ouvrage signé par l'allemand Günter Wallraff, Parmi les perdants du meilleur des mondes, qui jette un regard sans concession sur notre monde dominé par l'argent et la productivité. En espérant (mais l'espoir est mince) que 2011 soit le début d'une alternative à ce monde trop souvent inégal.

 

 

Enfin, pour la partie théâtre, quelques très bons moments. Je retiens en particulier ma visite au théâtre du Soleil pour Les naufragés du fol espoir, merveilleux spectacle, le monologue de Guillaume Gallienne, prodigieux. La Comédie-Française a continué de m'enchanter, avec Cyrano de Bergerac et un Michel Vuillermoz inoubliable, et Les trois soeurs, pièce magistrale reprise en 2011, à découvrir. En revanche, Les oiseaux me laissent un souvenir beaucoup moins positif, mais la déception ne pourra pas atteindre celle vécue avec Le tramway..., à l'Odéon, pièce qui détient pour le moment la palme de la pièce qui m'a la plus ennuyé et exaspéré depuis que je vais au théâtre. De manière générale, mon abonnement à l'Odéon n'a pas été une très grande réussite, si ce n'est qu'il m'a permis de découvrir Ciels, dernière pièce de la quadrilogie de Wajdi Mouawad. Enfin, 2010 fut aussi l'année de propositions osées et judicieuses, comme cette évocation de la vie de Rosa Luxemburg signée Marcial di Fonzo Bo et Claire Diterzi.

 

 

Je vous souhaite donc une excellente fin d'année 2010 (c'est à dire un bon réveillon), et que 2011 soit pour vous l'occasion de continuer à découvrir et à explorer des sentiers culturels pas trop battus, afin que la surprise et l'émotion soient encore au rendez-vous !

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 20:10

emotifs anonymesJean-René est la patron d'une chocolaterie aux productions jugées désuètes. Pour relancer sa fabrique, il décide d'engager Angélique, jeune femme passionnée par le chocolat. Sauf qu'Angélique n'obtient pas le poste attendu à la fabrication, et devient représentante de commerce. Le hic, c'est qu'Angélique est émotive : elle tombe dans les pommes à la moindre émotion inattendue. Et comme son patron n'est pas mieux loti, il lui est difficile d'exprimer ce qui ne va pas.

 

Jean-Pierre Améris fait une introduction dans la comédie, avec un film tout à fait réjouissant, et qui remplit parfaitement son objectif initial. En prenant comme thème les émotifs maladifs, il aborde un sujet peu traité aujourd'hui, dans notre société où la confiance en soi est primordiale. Le ressort comique repose sur le fait qu'Angélique et Jean-René sont tous deux émotifs, mais ne le savent pas. Résultat, ils ont peur de la réaction de l'autre, alors qu'ils sont autant paniqués l'un que l'autre.

 

Dans un décor très doux, aux couleurs pastels et au charme désuet comme les chocolats de la Fabrique de chocolat, les deux personnages évoluent dans un monde chocolaté, essayant d'aller vers celui qu'ils n'osent pas approcher. Jean-René est aidé par un psychologue, alors qu'Angélique assiste aux réunions des émotifs anonymes (réunions qui existent vraiment). Et la confrontation de ces deux destins donne lieu à des moments très drôles et improbables, comme lors de ce premier dîner en tête à tête, ou lors du salon du chocolat de Roanne. Le spectateur a également droit à un passage de comédie musicale, inspiré de la Mélodie du bonheur.

 

Mais le film vaut également pour ces deux acteurs principaux. Benoît Poelvoorde, dans un registre comique très différent de celui dans lequel il évolue, est ici à son avantage. Mais surtout, c'est Isabelle Carré qui crève l'écran. Actrice de talent, au registre très large (en début d'année, elle était une junkie enceinte dans Le refuge de François Ozon), elle apporte sa fraîcheur et une candeur tout à fait opportune à Angélique. Un film charmant, et Isabelle Carré n'est pas pour rien dans le charme distillé !

 

Les avis de Pascale (sous le charme de l'émotif Jean-Pierre Améris), de Lo

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