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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 22:34

avant-l-aube.jpgJacques est le propriétaire d'un grand hôtel des Pyrénées. C'est l'hiver, il neige, et il doit faire tourner son établissement. Y travaille Frédéric, jeune en réinsertion après un séjour en prison, qui a quitté sa famille pour s'installer dans ce paysage parfois hostile. Tout se passe bien, jusqu'à la disparition d'un des clients de l'hôtel. Jacques et son fils, militaire, savent ce qui s'est passé. Frédéric, qui devine l'entourloupe, devient alors un incontournable dans l'entourage de Jacques. Car il faut contrôler le jeune homme.

 

Avant l'aube est une bonne surprise de ce début d'année cinématographique. Dans un cadre propice aux mystères (les Pyrénées en hiver, du côté de Gavarnie), Raphael Jacoulot arrive à marier intrigue policière autour de la disparition du client, et peinture des moeurs de la société aisée de province. Sur l'intrigue policière, le spectateur se demande longtemps ce qui est réellement advenu. Le secret est bien entretenu, et le fait de savoir que Jacques est mouillé ajoute du sel à cette enquête. Ajoutez à cela une flic un peu hors norme, qui dénote totalement dans ce cadre feutrée (Sylvie Testud, très drôle et fraîche), et le tout est réjouissant.

 

Sur l'autre aspect, plus social, on plonge dans cette famille bien son tout rapport. Jacques (Jean-Pierre Bacri, qui n'a besoin d'en faire beaucoup pour exprimer beaucoup) est connu de tous, son établissement renommé, et les gendarmes ses amis. Sa femme (Ludmila Mickael) est elle bourgeoise, conventionnelle : l'important est de sauver les apparences. Le fils gendarme (Xavier Robic) n'y voit aucune opposition, mais la réaction de la belle-fille (Céline Sallette) est moins conforme à l'attente familiale. En quelques scènes, Jacoulot parvient à rendre toute l'inertie et l'absence de scrupules de ce milieu.

 

Mais le film doit beaucoup à Frédéric, incarné par Vincent Rottiers. Son duo avec Bacri, entre attirance et utilisation, est le centre du film. Le personnage de jeune en réinsertion, attiré par des lanternes dont il ne perçoit pas qu'elles peuvent brûler, est totalement convaincant. Son évolution est très crédible, et la chute du film, ouverte, permet d'imaginer tous les possibles.

 

Un très bon film, qui permet de se rendre compte que Chabrol a laissé quelques (bonnes) traces dans le cinéma français.

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 18:00

atteinte_a_la_liberte.jpgIl y a parfois des ouvrages qui tombent au bon moment. C'est exactement le cas de celui-ci : je ne pensais pas trouver, dans cet essai consacré aux questions de sécurité et de liberté en Allemagne, les mots et les analyses qui correspondent parfaitement à ce que je ressens, sans parvenir à l'expliciter, sur ce sujet polémique.

 

Egalement auteurs de fictions, Julia Zeh et Ilija Trojanow, en partant de la situation allemande, signent un ouvrage très lucide sur le renoncement de nos sociétés actuelles quant à la défense des libertés des individus. Et cela au nom d'une lutte contre le terrorisme dont on se demande quels sont les véritables objectifs. Car si toutes les mesures sécuritaires sont mises en oeuvre pour  prétendumment lutter contre la menace terroriste, rien n'assure qu'elles aient déjà été efficaces. Pire encore, qu'elles auraient pu éviter les attentats du 11 septembre, de Londres ou de Madrid.

 

Elles dénoncent également la logique à double sens qui fait que les défenseurs de celles-ci ont toujours raison : si un attentat a lieu, il faut de nouvelles lois plus dures ; si aucun attentat n'a lieu, c'est que les lois sont efficaces et qu'une nouvelle loi est donc justifiée. Sauf que les services secrets ne communiquent jamais sur les attentats déjoués, et qu'il est donc impossible de savoir si ce qui est proposé est justifié, donnant ainsi toujours raison aux plus sécuritaires.

 

Mais plus que cette pression sécuritaire contre laquelle les citoyens sont impuissants (souvent car ils ne réalisent pas les risques encourus), c'est contre les responsables politiques, parlementaires, juristes,... qu'est destinée la charge. Les auteurs sont sidérés que des parlementaires puissent voter des lois qui sont ensuite censurées par le tribunal constitutionnel de Karlsruhe. Car les censures sont de plus en plus nombreuses, comme si le cadre constitutionnel ne fournissait plus aucune garantie pour défendre les citoyens. Ou comme si les parlementaires n'avaient plus conscience de leur rôle de représentation du peuple, et prêchant toujours contre les intérêts de ce dernier sur les questions de surveillance. Et ceci n'est pas spécifique à l'Allemagne, comme le montre la censure importante de la dernière loi sécuritaire proposée en France, la loi Loopsi. Heureusement que quelques personnes veillent au respect de ce qui fait le socle de notre organisation politique et sociale...

 

Julia Zeh et Ilija Trojanow s'en prennent également à tous les universitaires, spécialistes du droit, qui défendent le droit à la torture dans des cas particuliers. Car dès qu'une exception est introduite dans la loi, il est difficile de savoir quelles sont les limites d'application de celle-ci. Et si on tolère la torture dans quelques cas, en particulier le terrorisme, comment pourra-t-on supporter que des présumés innocents soient soumis à la torture, sans garantie de la pratiquer sur un coupable.

 

Nos responsables ont beau jeu d'utiliser le 11 septembre pour mettre en place caméras, système de suivi, intrusion dans les conversations électroniques et téléphoniques privées. Qui sont de moins en moins privées, comme si toute notre vie devait devenir publique et transparente. En m'épanchant sur ce blog, il est certain que je participe à cette entreprise de dévoilement d'une part privée, de mon propre gré. C'est pour cela qu'il faut veiller à qu'on dit, fait et écrit sur Internet, car tout est enregistré.

 

Cet essai est vraiment une analyse très forte et juste de la politique sécuritaire et de surveillance actuelle, en Allemagne mais facilement transposable en France. Et qui j'espère permettra d'ouvrir les yeux sur la société que nous préparent les partisans de la surveillance à outrance.

 

Atteinte à la liberté - Les dérives de l'obsession sécuritaire, de Julia Zeh et Ilija Trojanow

Traduit de l'allemand par Patrick Charbonneau

Ed. Actes Sud - Questions de société

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 22:20

le-probleme.jpgDe François Bégaudeau, j'en étais resté à Entre les murs, version écrite et filmée, après une première expérience réussie avec Jouer juste. Depuis, son personnage médiatique m'avait agacé, homme qui navigue sur les sujets à la mode, partout, tout le temps, avec un avis sur tout. En ce début d'année, il revient, mais avec une production littéraire. Un ouvrage, que je n'ai pas lu mais assez bien reçu, et une pièce de théâtre, jouée en ce moment au théâtre du Rond-Point. Et après avoir vu la pièce, il semble que Bégaudeau se soit assagi pour reprendre en main un vrai travail d'auteur.

 

Dans cette pièce, Bégaudeau adopte une posture réaliste. L'histoire racontée est celle d'une femme, la quarantaine, infirmière, qui décide de quitter le foyer, soit son mari, son fils et sa fille, pour aller vivre avec un chirurgien. C'est le court moment qu'elle passe chez elle pour reprendre ses affaires qu'on découvre. La matin, elle a laissé une lettre expliquant son départ, et son retour est le premier moment avec sa famille après que son mari a découvert la lettre

 

Sur une sujet banal et rebattu, François Bégaudeau signe une oeuvre intéressante, avec des personnages en difficulté face à ce qu'ils vivent. Mais tout cela reste feutré, sans grands éclats de voix. Il faut dire qu'on est dans un milieu aisé : un mari écrivain qui a du mal à écrire, un fils qui tente d'entrer à Normal Sup. Les positions sociales des femmes sont moins intellectuelles, avec une mère infirmière et une jeune fille lycéenne. Il ne faut pas s'attendre à une grande pièce sur un sujet novateur, mais l'ensemble est bien écrit et rythmé comme il faut.

 

Surtout, la mise en scène d'Arnaud Meunier est très efficace. En choisissant un cadre habituel (un intérieur, avec cuisine américaine, un immense canapé et un vélo d'appartement), il plante immédiatement le décor. Il laisse également les personnages se dépatouiller de cette situation complexe. Les silences s'entendent parfaitement et sont très justifiés. Le rythme, avec quelques accélérations notamment liées aux interventions des enfants (avec un dialogue savoureux au téléphone de la plus jeune) est bon. Bref, le cadre définit par le metteur en scène est adéquat.

 

Là dedans, ce sont de très bons acteurs qui prennent place. Pour les parents, la confrontation entre un mari bafoué et incréduble, cynique malgré lui, et une femme qui souhaite s'émanciper est très justement interprétée par Jacques Bonnaffé (un excellent acteur, malheureusement trop méconnu) et Emmanuelle Devos. Pour les enfants, ce sont l'adorable Anaïs Demoustier et Alexandre Lecroc (l'inconnu du casting pour ma part) qui s'y collent. Ils prennent tous place dans cette pièce d'une heure qui est une variation juste sur le thème de la séparation et de l'éclatement du foyer. Voilà qui donne envie de découvrir le dernier roman de Bégaudeau, pour confirmer cette bonne impression.

 

Roman de François Bégaudeau : Entre les murs

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 12:10

Grande première pour ce blog : un jeu-concours ! Les cadeaux : cinq places pour le dernier film de Philippe Claudel, Tous les soleils (sortie le 30 mars, par ici pour en savoir plus). Pour les distribuer, je copie honteusement le très bon jeu du lundi de chez Pascale (j'espère que tu ne m'en voudras pas ;-) : un morceau d'affiche, et c'est à vous de découvrir le film qui se cache derrière. Les cinq premiers qui auront trouvé une bonne réponse sur l'une des 10 affiches auront droit à une place. Ensuite, cela ne vous empêche pas de trouver les autres, mais gratuitement !

 

Alors, pour que cela se passe dans le calme, merci de me laisser votre proposition (attention : une réponse à la fois) dans les commentaires.

 

Allez, c'est parti pour cette grande nouveauté :

 

1 Trouvé par Naomi

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2 Trouvé par Ed

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3 Trouvé par Julie

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4 Trouvé par Naomi

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5 Trouvé par Elou

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6 Trouvé par O-plus


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7 Trouvé par Blue Grey

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8 Trouvé par Julie


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9 Trouvé par Dasola

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10 Trouvé par Zapette


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Les gagnants sont : O-plus, Bluegrey, Zapette, Naomi et Ed

 

Et pour ce qui concerne Philippe Claudel sur ce blog : Le bruit des trousseaux

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 11:38

tibere-et-marjorie.jpg[Billet paru sur Biblioblog] Avec certains auteurs, les relations sont particulières, indéfinissables. Mon rapport avec l'œuvre de Régis Jauffret se situe dans cette catégorie. J'apprécie son écriture, sa manière de raconter des événements souvent sinistres, glauques, tout en ayant une retenue certaine par rapport aux sujets abordés. Pourtant, chaque plongée dans un roman de Jauffret est une aventure. Voyons ce qu'il en est de sa dernière production en date.

 

Pour ce qui est du thème, Jauffret poursuit sa plongée dans le couple. Ici, ce sont Tibère et Marjorie qui occupent le centre de l'intrigue. Revenu d'un voyage à Chicago, Tibère apprend de Marjorie qu'elle souhaite mettre fin à leur couple. Non pas parce qu'elle ne l'aime plus, mais au contraire car elle l'aime trop. Et non seulement elle veut arrêter leur relation, mais également prendre possession de leur appartement boulevard Raspail, à Paris.

 

Tibère, sidéré, refuse de laisser l'appartement, et vivra donc encore quelques jours avec Marjorie. Il apprend alors qu'un des problèmes majeurs dans leur relation est la phobie que Marjorie a des pénis. S'il avait bien vu qu'elle collectionnait les godemichés au pied du lit, il n'avait pas perçu que Marjorie rejetait de manière aussi forte les pénis. Même leur vue lui donne des sueurs froides.

 

Le cœur de l'ouvrage est donc cette relation complexe entre les deux amants. Mais l'auteur élargit le spectre du roman en faisant intervenir un ministre des Affaires étrangères, attiré par Marjorie. De manière si irrésistible qu'il oublie ses rendez-vous, ne répond pas au président, uniquement pour se promener boulevard Raspail. Cette figure lunaire, qui oublie tout pour se concentrer sur Majorie, est assez novatrice dans la galerie des personnages de Jauffret : on ne ressent pas chez lui la violence ou le cynisme habituel.

 

D'ailleurs l'ouvrage est beaucoup moins sombre que les précédents. Les situations sont plus cocasses que glauques, et les très nombreuses comparaisons qui ponctuent le récit sont pour beaucoup d'entre elles très bien trouvées. La contrepartie est une répétition systématique de "comme", qui saute aux yeux au bout de quelques centaines de pages.

 

Pourtant, l'humour noir n'est pas absent. Un des personnages se suicide dans sa cuisine, et le couple Martinet, Galopin et Cruche, voit son plafond s'effondrer en pleine scène d'humiliation. Mais c'est un peu comme si cet aspect du roman et de l'écriture de Jauffret était passé au second plan, car les figures de Tibère, Marjorie ou du ministre prennent finalement le pas. En somme, Tibère et Marjorie constitue une bonne entrée en matière pour ceux qui ne connaîtraient pas l'œuvre de Régis Jauffret et qui auraient reculé devant la réputation parfois sulfureuse des écrits de l'auteur.

 

Autres ouvrages de Régis Jauffret : Microfictions, Lacrimosa

 

Tibère et Marjorie, de Régis Jauffret

Ed. du Seuil

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 18:30

demain-une-oasis.jpgLes hommes, qui ne peuvent plus vivre sur Terre, mènent des campagnes dans l'space où ils terraforment des espaces, afin de permettre l'implantation d'humains. Sur Terre, la situation géopolitique a été bouleversée : les pays se sont regroupés pour avoir un poids plus imporant. Mais alors que des millions sont dépensés pour la recherche spatiale, personne ne s'intéresse à l'Afrique, comme d'habitude. Un petit groupe d'activistes a décidé de mener des campagnes our sauver la population africaine. Et comme les volontaires sont peu nombreux, le kidnapping est a seule façon d'amener les gens en Afrique pour les faire participer.

 

C'est ainsi que l'interne, médecin et scientifique à l'agence spatiale, est l'objet d'un enlèvement. D'abord incrédule, il fait le rencontre de ceux qui l'ont enlevé et prend une part de plus en plus importante à leurs actions. Il leur servira également de taupe au moment voulu.

 

Voilà un roman d'anticipation très intéressant. Ecrit en 1994, puis réédité, Ayerdhal fait preuve d'un sens politique aigu. Car la situation décrite, loin d'être une construction de l'esprit, est tout à fait vraisemblable. Cette poursuite effrénée de nouvelles terres à transformer, à habiter, se fait au détriment des voisins sont on nie l'existence. Tout comme aujourd'hui on ne prend pas les mesures nécessaires (et réalisables) pour éradiquer la faim et quelques grandes épidémies dans le monde.

 

Mais revenons au roman. A travers le description de ce camp de clandestins qui mettent tout leur courage dans l'engagement humanitaire, sans limite et parfois au détriment de leur propre santé, l'auteur décrit ce qu'est l'abnégation lié à ce choix de vie. Mais ici, les seuls moyens lgaux ne sont pas suffisants, et l'enlèvement comme l'espionnage sont nécessaires pour lutter contre les puissances qui refusent d'entendre ce qu'ils ont à dire. 

 

Ayerdhal signe un très bon roman, doublé d'un livre où l'engagement politique est toujours présent. Car c'est une erreur de laisser l'intervention politique aux professionnels, et il est nécessaire que chacun prenne sa place dans la construction de la société qui est notre bien commun.

 

L'avis de Coeur de Chêne (que je remercie pour le prêt), Emmyne

 

Demain, une oasis, d'Ayerdhal

ed. Le diable Vauvert

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 19:06

never-let-me-go.jpgJe n'y connais pas grand chose en science-fiction, mais il y a un genre que j'apprécie : l'anticipation. Dans le sens : pas de grandes balades dans l'espace ou de monde très futuriste, mais voir comment, dans un futur proche, les nouvelles technologies, les choix de sociétés (politiques, écologiques) auront un impact sur nos vies et comportements. C'est dans ce genre que je range le bon film de Mark Romanek, Never let me go. Avec une spécificité pour ce film : c'est de l'anticipation... dans notre passé !

 

Que j'explique : l'innovation en question (que je ne citerai pas pour ménager le suspense) a lieu dans les années 1950, et on suit son application dans les années 1970 à 1990. Les décors sont donc conformes à ce qui existait à l'époque, comme les vêtements ou les véhicules. Pas de risque donc de vieillesse prématurée du film pour cause d'effet de mode dans notre vision du futur (comme en souffre Fahrenheit 451, de Truffaut, par exemple).

 

L'histoire, c'est celle de trois amis, Kathy, Thommy et Ruth. On les découvre enfants, dans une institution austère dirigée par une directrice qui l'est tout autant (Charlotte Rampling). Si les enfants, dans un cocon, ne perçoivent pas le danger qui rôde, une de leurs enseignantes, nouvellement arrivée et rapidement débarquée, les informe de la raison pour laquelle ils sont dans cette institution (Je n'en dirai rien, pour ne pas gâcher votre plaisir).

 

Mais entre les trois amis, l'amitié se transforme en rivalité amoureuse, Ruth piquant Thommy à Kathy. Surtout, les trois jeunes gens savent que leur vie est comptée (pourquoi ? vous ne le saurez pas !!!), et que cet épisode amoureux n'est qu'un moment agréable qui ne peut pas durer.

 

Never let me go, adapté d'un roman de Kazuo Ishiguro, est un film très agréable à voir, très joliment réalisé et interprêté, et intelligemment écrit. Jamais le spectateur n'est pris pour un zozo, et petit à petit, il découvre la  vie de ces trois jeunes gens, pathétiques dans leur foi en une possible survie. Carey Mulligan, Andrew Garfield et Keira Knightley sont tous les trois très bons, offrant à leur personnage la profondeur qui sied au film. De la science-fiction intelligente, intelligible, et qui mérite le déplacement.

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 20:09

little-big-bang.jpg[Billet déjà paru sur Biblioblog] Comment expliquer qu'à cause d'un noyau d'olive coincé dans la gorge, un homme voit un olivier lui pousser dans l'oreille ? Et surtout comment faire pour le retirer, ou, dans le pire des cas, vivre avec ? C'est la question que pose Benny Barbash, auteur israélien, qui sous couvert d'un roman humoristique et burlesque, signe une fiction qui confronte le héros et sa famille à l'arrivée de l'inconnu et de l'inexplicable.

 

Tout commence avec un régime. Un père de famille israélien constate qu'il est un peu en sur-poids, et décide de maigrir. Il essaie toutes les méthodes possibles ou imaginables (à base de chou, de carottes, et même de pop-corn). Mais celui qui semble fonctionner est un régime à base d'olives. Mais lorsqu'un noyau manque de l'étouffer, sa vie bascule.

 

Car s'il parvient à faire sortir le noyau de l'œsophage, celui-ci est resté coincé près de l'oreille. Et le noyau va germer. D'abord ce sont de petites feuilles, puis des branches d'olivier qui sortent par son oreille. Et impossible de l'arracher ou de le sectionner, car du sang coule alors des branches, et fait souffrir le martyr au malade. Tout laisse à penser que l'arbre a pris possession du corps de l'homme et qu'ils seront obligés de vivre ensemble. Et quand, par malheur, notre homme fait une sieste la tête contre le sol, les racines de l'arbre s'enfoncent dans la terre israélienne. Il est alors contraint de vivre là, avec cet arbre.

 

Tout cela est raconté de manière très légère, très drôle. Le narrateur est un des enfants du couple, qui présente cette histoire de manière rétrospective. Ceci permet à Benny Barbash de faire de nombreux effets. Mais derrière un premier abord burlesque et fantastique, l'auteur n'oublie pas la description de la famille israélienne, conservatrice, anti-palestienne et qui se sent totalement légitime dans le pays.

 

La grand-mère, qui tient plus à la théière qui est dans la famille depuis plusieurs générations qu'à comprendre pourquoi son fils a un olivier dans l'oreille, est la plus conservatrice. Mais en devant faire appel à un horticulteur palestinien, ce qui nécessite un trajet jusqu'en Palestine, toute la famille doit affronter ses préjugés, les clichés qu'elle véhicule sur les palestiniens, voisins vus comme des barbares.

 

Benny Barbash signe finalement un très joli roman sur la question de la présence de l'autre, de l'étranger, et de son acceptation : comment faire pour vivre avec ce qu'on ne connaît pas, et qui devient, malgré vous, une part intime de l'être humain ? En choisissant l'olivier, arbre dont les rameaux symbolisent la paix, l'auteur dépasse largement le cadre de la fiction pour ancrer son ouvrage dans la réalité de son pays, Israël, constamment en guerre avec ses voisins depuis sa création.

 

Les avis de Leiloona, Sylvie, Midola

 

Little Big Bang, de Benny Barbash

Traduit de l'hébreu par Dominique Rotermund

Ed. Zulma

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 21:34

desarrois-de-l-eleve-torless-copie-1.pngRobert Musil, auteur autrichien contemporain de Zweig, a laissé deux grands ouvrages. Les désarrois de l'élève Törless est son premier roman, et l'oeuvre qui l'a révélé. Quant au second, L'homme sans qualités, il y a passé trente ans sans parvenir à le terminer. Pour aborder l'oeuvre de Musil, j'ai donc commencé par le commencement.

 

Les désarrois de l'élève Törless raconte les mésaventures de Törless, jeune autrichien, dans un internat huppé du pays. Mis là par ses parents fonctionnaires qui ont beaucoup d'espoir pour lui, il fait les découvertes de tout adolescent, mais dans un cadre austère et souvent hostile : l'adversité, l'admiration pour un professeur, la plongée maniaque dans une matière qu'on estime essentielle. Mais il fait la connaissance de matières très peu scolaires : les émois, hétéro comme homosexuels, mais aussi le sentiment de domination, et celui de honte. Comme entraîné par deux camarades, Reiting et Beineberg, la vie de Törless à l'internat prend des chemins très aventureux.

 

Musil signe avec son premier ouvrage un véritable roman d'apprentissage. On y retrouve non seulement la séparation d'avec les parents et la découverte d'un monde inconnu, mais aussi tous les doutes qui assaillent le jeune homme dans cette école a priori très austère. Si les premières aventures se font à l'extérieur, à l'étage d'une auberge avec une jeune fille, ce sont très vite le grenier et les moindres recoins de l'internat qui deviennent les lieux de jeu de Törless. En particulier cette petite pièce sous les combles, tendues de tapisseries, où les trois amis se livrent à tous les jeux, y compris les plus barbares.

 

L'autre force du roman est la très belle écriture du traducteur, Philippe Jaccottet. Pas question ici de juger de la fidélité à l'ouvrage initial, même si on peut penser que Musil n'est pas manchot dans ce domaine. L'écriture est soignée, recherchée, poétique, et nous emmène dans les méandres qu'on peut penser être ceux de l'esprit de Törless. Une plongée parfois exigeante mais souvent exaltante dans cette oeuvre de jeunesse qui lui d'être un brouillon, est une grande oeuvre littéraire.

 

L'avis de Thom (dans son ancien bar-tabac-PMU culturel)

 

Les désarrois de l'élève Törless, de Robert Musil

Traduit de l'allemand par Philippe Jaccottet

Ed. Points

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 13:32

prix_2011.pngMon Dieu comme le temps passe. En ce début d'année 2011, c'est déjà le lancement de la cinquième édition du prix Biblioblog. La sélection vient juste d'être annoncée, et si vous voulez en savoir un peu plus, allez voir par ici.

 

Cinquième édition qui voit une sélection a priori très ecclectique (c'est chouette !), avec des auteurs français, suisse et belges, un petit déficit féminin (une seule concurrente que les six auteurs retenus), mais une belle envie de plonger dans tous ces ouvrages.

 

Cette année a été mis en place un jury des lecteurs, pour lequel les inscriptions sont closes. Mais si vous voulez participer, c'est toujours possible : vous avez la possibilité de voter pour votre roman préféré de la sélection, et la chance de participer à un tirage au sort qui vous donnera peut-être la chance de gagner 40 euros d'achat dans la libriairie partenaire du prix, la librairie Neverland à Achères, dans les Yvelines.

 

Allez, place à cette nouvelle édition, et place à la lecture ! 

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