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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 07:18

La-guerre-est-declaree.jpgA priori, j'avais envie de voir le dernier film de Valérie Donzelli. Il était précédé d'une très bonne critique à Cannes, et Valérie Donzelli est un actrice et réalisatrice intrigante. Pourtant, le battage médiatique qui a accompagné la sortie du film, avec chroniques dans JT, invitations dans presque toutes les émissions de radio, m'a un peu refroidi. Mais je suis passé au dessus de mes impressions pour me rendre dans la salle. Pour au final apprécier le film, mais certainement moins que si je l'avais abordé vierge, ou presque.

 

L'intrigue du film (mais je crois que tout le monde, ou presque, est au courant en France et si vous ne la connaissez pas, ne lisez pas la suite et allez voir le film), est tirée de l'histoire de Valérie Donzelli et de son compagnon de l'époque, Jérémie Elkaïm, qui reprend cette position pour le film. Ici, ils se nomment Roméo et Juliette, comme si leur histoire d'amour intense ne pouvait se terminer que dans le drame. Et le drame semble concerner Adam, leur fils, atteint d'un cancer à l'âge de deux ans. C'est donc l'histoire de ce couple et de cet enfant qui est ici racontée.

 

Le début du film, autour de la rencontre de Roméo et Juliette, puis de la naissance de l'enfant, est assez saisissante. On y voit le désarroi des parents, qui ne savent pas comment calmer cet enfant qui ne cesse de pleurer, et les demandes de conseil auprès des parents des uns et des autres. On découvre également le couple partagé entre la construction de la vie avec l'enfant et l'installation dans un nouveau logement qu'il faut grandement rafraîchir.

 

Puis c'est la maladie. D'abord la découverte avec la scène très forte chez la pédiatre. Puis l'annonce, à toute la famille, scène de course folle dans l'hôpital de la Timone et dans les rues de Paris. Puis le combat, long, contre la maladie, pour soutenir Adam qui change d'hôpital, et réaménager leur vie autour de leur fils.

 

C'est un film réussi, qui associe drame familial et rythme soutenu, avec une alternance de scènes tantôt drôles, tantôt pathétiques. Les deux acteurs principaux, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, sont très bons, prenant au fil du film une ampleur assez insoupçonnée au lancement du long métrage. Pas grand chose à reprocher au film en lui-même, mais j'y suis allé avec une forme de saturation qui a certainement nui à mon ressenti. Mais si vous n'avez pas vu ni lu grand chose à ce propos, c'est une oeuvre à découvrir. Et vous serez d'autant plus bouleversé si vous en savez le moins possible.

 

A noter l'hommage rendu à la fin du film à l'hôpital public et à  tous ses acteurs, hommage binevenu en ces temps où le service public semble n'être pour nos gouvernants qu'une manne financière à ouvrir à ceux qui veulent toujours en croquer plus.

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 22:40

l-unique-objet-de-mon-desir.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Gilles et Alix, le couple légitime. Nino, l'amant d'Alix. Des fêtes de Noël. Les enfants sont en dehors du cocon familial. Gilles, seul à Paris, pense qu'Alix est chez ses parents à Navarrenx. Erreur puisqu'elle est à Cherbourg avec Nino. Une histoire d'adultère banale, mais qui trouve son originalité dans son dispositif narratif : le journal  intime.

 

Pendant la semaine de séparation du mari et de la femme, on découvre alternativement les vies de Gilles et d'Alix par le biais de ce qu'ils racontent à leur journal. Pour Gilles, écrivain,le journal est une habitude, et il collectionne les différents millésimes dans les étagères de son bureau. Pour Alix, c'est presque une nécessité, et il lui permet de faire le point sur sa vie amoureuse, tourmentée.

 

Gilles passe les fêtes seul, et il devrait être en permanence derrière son bureau pour rédiger le manuscrit qu'il s'est promis d'écrire. Mais ses pensées vagabondent, son esprit descend dans la rue au contact des touristes qui attendent désespérément devant les toilettes publics, ou vont vers la fleuriste qu'il croise régulièrement au marché. Mais tout ceci, mêlé à ses innombrables considérations diverses sur la musique et Mozart, ne fait guère avancer son ouvrage.

 

Alix passe de son côté les vacances dont elle rêvait avec son amant. Elle a trouvé en Nino l'homme qui lui fallait pour vivre d'intenses moment de plaisir sexuel à deux, car avec Gilles, c'est loin d'être le cas. Comme un enfant, elle ment à son mari et monte avec Nino divers stratagèmes pour qu'il ne se rende pas compte de la supercherie. Alix est une femme qui semble revivre, prête à aborder l'imprévu sans crainte au bras de celui en qui elle a confiance.

 

Si l'histoire est banale, l'apport de Frédéric Teillard est de mêler habilement le point de vue des deux protagonistes. Si Gilles peut à la longue agacer avec sa difficulté à prendre des décisions, à entrer dans le vif du sujet et de ses écrits, le plaisir d'Alix devant sa nouvelle vie est très agréable à découvrir. Elle est dans le concret, prend plaisir aux moindres gestes qu'elle fait avec Nino ou à ses côtés. C'est le contrepoint de ces deux personnages, de ces deux caractères si différents qu'on se demande comment ils ont fait pour vivre si longtemps ensemble, qui est le point fort de ce récit. Le tout se clôt par une pirouette assez maligne pour donner envie de relire l'ensemble et interpréter les gestes de l'un et de l'autre d'une toute autre manière.

 

L'unique objet de mon désir de Frédéric Teillard

Ed. Galaade

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 20:02

Les-biens-aimes.jpg

Chez Christophe Honoré, j'aime beaucoup certains de ces films, comme Non, ma fille tu n'iras pas danser ou Les chansons d'amour. Mais je n'aime pas tout dans ses créations. Dans Paris m'avait ennuyé et le seul roman que j'ai lu de lui m'avait laissé perplexe. Pour ce qui est de son dernier film, l'impression est mitigée : de très bonnes choses, mais pas tout le temps.

 

Le très bon, c'est quand Christophe Honoré raconte l'histoire de Véra, jeune femme des années 90, amie d'un homme qui l'aime mais qu'elle ne considère que comme un ami, et amoureuse d'un musicien homosexuel. A travers la rencontre dans un club de Londres, ou lors de cette nuit d'hôtel, le 11 septembre 2001 à Montréal, Honoré montre qu'il sait filmer l'amour fou d'une femme, au comportement parfois insensé. Cette tension, cet équilibre souvent ténu est au coeur du film, et donne à Chiara Mastroianni un merveilleux rôle sous la caméra d'Honoré. A ses côtés, Louis Garrel, comme souvent très bon également chez Honoré, a un rôle sobre d'amoureux incompris et marque les esprits.

 

Il y a aussi des moments intéressants, mais pour lesquels il manque un peu de rythme. C'est le cas pour l'histoire de Madeleine, la mère de Vera (Catherine Deneuve). Partagée entre deux hommes, son mari (Michel Delpech) et son ancien mari tchèque (Milos Forman), elle n'arrive pas à choisir, et s'offre de multiples escapades entre l'un et l'autre, entre Reims et Paris. De très beaux moments, comme avec la venue de Louis Garrel à l'anniversaire de Vera, mais un petit manque de tension.

 

Et puis il y a les moins bons. Le début, en fait. L'histoire de la rencontre entre Madeleine (Ludivine Sagnier) et Jarolim, son amant tchèque. Du moins bon, car je n'ai pas cru en cette histoire. Manque de conviction des personnages, dont je n'ai pas ressenti le trouble amoureux, manque de crédibilité dans la recomposition de l'époque, où je n'ai vu que de la reconstitution un peu facile. C'est peut-être dû aux interprètes (je n'ai jamais été très convaincu par Ludivine Sagnier), mais aussi peut-être aux parties chantées, moins entraînantes, moins réjouissantes et moins en adéquation avec le film. Honoré et Beaupain, son compositeur, n'ont pas réussi à reproduire la force des Chansons d'amour, qui mêlaient un drame et des chansons entêtantes.

 

Au final, un film inégal, qui vaut pour de très beaux moments, mais au cours duquel un léger ennui est parfois venu s'immiscer.

 

Autres films de Christophe Honoré : La belle personne, Non, ma fille, tu n'iras pas danser

Livre de Christophe Honoré : Scarborough

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 22:05

glu.gif[Déjà paru sur Biblioblog] Quatre gamins, dans la banlieue d'Edimbourg dans les années 70 : Carl, Terry, Andrew et Billy. Quatre ados qui vont grandir ensemble, dans ces années marquées par la crise économique, l'apparition du Sida et le développement des drogues de synthèse. Quatre amis liés par un passé commun, mais qui prendront des chemins différents.

 

Pour ces quatre jeunes gens, la vie à Edimbourg est loin d'être la panacée. Ils sont pourtant fiers de leur ville, et pour rien au monde ne quitteraient cet endroit qui est le centre de toute leur vie. Celle-ci tourne autour du sexe, grande affaire de ces gamins qui rivalisent dans les conquêtes féminines, en particulier Terry, et qui craignent d'être le dernier à être dépucelé. Vie qui a également pour attraction le football, avec l'opposition des deux équipes de la villes (Heart of Midlothian, les protestants, contre Hibernians, les catholiques) et des matchs qui donnent souvent lieu à des batailles rangées.

 

Mais l'attraction d'Edimbourg devient, en particulier pour Carl, de moins en moins forte. Un voyage ensemble en Italie en 1990 pour assister à la Coupe du Monde, puis un séjour à Munich lors de la fête de la bière ouvrent les yeux de certains d'entre eux sur la richesse de ce qui existe en dehors de leur ville d'origine. Carl, devenu un DJ reconnu, prend ses distances avec le monde de son enfance et par là-même, avec ses amis.

 

Pour ceux qui restent, comme Terry,  l'univers semble bouché : pas de boulot en perspective, et un retour douloureux chez sa mère. Pour Billy, même si sa carrière de boxeur est avortée, il réussit à rebondir sur sa renommée pour sortir du marasme dans lequel la ville est plongé. Enfin, Andrew, le petit dernier, le plus atypique de la bande, le moins expressif, paie cher sa vie de débauche.

 

Irvine Welsh, que je découvre pour l'occasion, fait d'Edimbourg le cœur du roman. Ce dernier est à la fois la narration de l'initiation de quatre amis à la vie, sexuelle, amoureuse ou professionnelle, mais également une chronique de l'évolution de cette ville. La fin du roman, dans les années 2000 au moment du festival qui anime la ville, est en opposition totale avec la vie de certains habitants comme Terry, à mille lieux de la vie mondaine qui peut y exister.

 

Roman social, qui plonge chez les classes populaires, parfois cru à la fois dans le langage et dans la relation au sexe, Glu laisse une impression de misère terrible qui pèse sur la ville. Mais par la présentation de ces quatre personnages (une partie, à chaque époque évoquée, est consacrée à l'un d'entre eux) permet de montrer que surmonter cette misère est possible, par différents moyens, mais que le prix à payer est certainement de couper quelques liens avec le passé.

 

Glu, d'Irvine Welsh

Traduit de l'anglais par Laura Derajinski

Ed. Au Diable Vauvert

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 19:00

ceux_de_la_nuit.jpgDavid Goodis (que je connaissais pas avant d'ouvrir ce roman noir) est un auteur qui a eu du succès dans les années 50, avant de tomber dans l'anonymat. Les éditions Rivages, qui font décidemment un excellent travail dans le genre polar/roman noir, ont donc publié une nouvelle traduction d'un de ces romans, Ceux de la nuit.

 

Un pur roman noir, qui peut ici être qualifié de polar. Ou presque. Corey Bradford, le héros, vient en effet d'être renvoyé de la police pour pots de vin. Il traîne sa misère dans les bouges de sa ville natale, dans le quartier mal famé du Marais. Alors qu'il tente de se rapprocher des mafieux du coin et de leur chef, Walter Grogan, il se fait remarquer de ce dernier en le protégeant lors d'une tentative d'enlèvement. Sûr de sa valeur, Grogan l'engage alors pour savoir qui sont les commanditaires de la tentative d'enlèvement. Mais Bradford est vite pris en étau, car les membres du Night Squad, brigade aux méthodes peu orthodoxes, se rapprochent de lui et l'engagent pour en savoir plus sur Grogan...

 

L'aspect original et très plaisant du roman est sa rapidité, sa concision. Un peu comme dans ces polars des années 40 ou 50, calibrés pour 90 minutes et qui font évoluer très rapidement l'intrigue. Ici, on n'a pas le temps de trop s'attarder qu'on est déjà dans le bain. Et toute l'affaire se résoud d'ailleurs en un laps de temps assez court. Cette rapidité globale est très intéressante dans certains passages où l'action est omniprésente, car la dilatation du récit ajoute à l'effet de suspens. Goodis signe ainsi une très belle scène dans le Marais, où Bradford s'engage à ses risques et périls dans les marécages, poursuivi par les hommes de main de son adversaire, et la tension est là à son comble.

 

En plus de cette rapidité, le roman est bien construit, avec la double casquette de Bradford. Longtemps, on se demande d'ailleurs laquelle il préfère, celle du voyou ou celle de la légalité. Autres éléments importants, les personnages secondaires qui sont ici très bien typés, que ce soit l'ex-femme de Bradford, son nouveau mari, un ex-taulard, ou la femme de Grogan. Un polar très plaisant, dans le strict respect du genre.

 

Ceux de la nuit, de David Goodis

Traduit de l'anglais par Christophe Mercier

Ed. Rivages/Noir

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 19:45

l-art-de-seduire-copie-1.jpgAh là là ! Je pressentais que cette page resterait en jachère quelque temps, mais je n'imaginais pas que ce serait aussi long. Il faut dire que j'avais oublié à quel point un déménagement est chronophage. Mais tout commence à se mettre en place, petit à petit, et les billets vont faire leur réapparition, en cette fin d'été.

 

Mais je vais recommencer doucement avec un rapide billet sur un film qui ne  doit guère plus être à l'affiche, car sorti début août, L'art de séduire, de Guy Mazarguil. Film qui n'est certes pas un chef d'oeuvre mais qui a permis de passer un agréable moment dans la torpeur estivale de ce mois d'août pluvieux (oui, cette phrase est pleine de paradoxes, j'en conviens).

Film agréable donc, de par son sujet : la vie amoureuse compliquée d'un psychothérapeute, qui rêve de poissons et prend en photos des spécimens morts. Pour l'aider, il s'appuie sur un ancien patient, qui lui prodigue des conseils issus de sa propre expérience. Notre psy utilise ces divers stratagèmes sur une fille rencontrée par hasard à la terrasse d'un café, et sur une ancienne patiente dont il est depuis longtemps secrètement amoureux. Intrigue légère, filmée avec beaucoup de malice, d'ironie, et très plaisante.

 

L'autre point fort du film est la présence de deux très belles actrices, Julie Gayet et Valérie Donzelli qui portent à elle deux le film. Car elles écrasent, presque malgré elles, le psy Mathieu Demy qui ne démérite pourtant pas et tous les autres personnages. Une petite fantaisie cinématographique, fraîche, de saison.

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 08:22

c-est-une-chose-etrange-a-la-fin-que-le-monde.jpgIl se passe parfois des choses étranges. Par exemple, je n'aurai jamais cru lire un ouvrage de Jean d'Ormesson, homme de droite, ancien directeur du Figaro. Pourtant, l'occasion faisant le larron, et après les éloges reçues par les critiques du Masque et la Plume, j'ai osé plonger dans son dernier ouvrage, C'est une chose étrange à la fin que le monde. Plongée qui m'a laissé sur ma faim, et m'a confirmé dans l'image que j'avais du monsieur.

 

Dans cet ouvrage, d'Ormesson prend le parti de se questionner sur le monde : sa création, l'évolution de la conception du monde terrestre et céleste, et le questionnement ultime, pourquoi. Pourquoi l'homme existe-t-il ? Par quel phénomène physique la vie a-t-elle pu apparaître sur Terre ? Et c'est là que le bât blesse, car d'Ormesson s'en remet irrémédiablement à Dieu.

 

Pourtant, le début de l'ouvrage n'est pas initéressant. A la manière d'un vieux sage, d'Ormesson joue au vieil érudit, et décrit de manière assez chronologique les différentes conceptions du monde, celle des grecs, de Galilée, de Copernic, des scientifiques contremporains. L'analyse est assez rapide, et donne un aperçu synthétique de l'ensemble des théories. Tant qu'il reste sur les passages descriptifs, l'ouvrage est plaisant et finalement instructif pour un presque béotien.

 

Puis d'Ormesson pose la question de la possibilité du Big Bang : peut-on vraisemblablement croire que la vie aurait pour origine une fantastique explosion ? Et surtout, qu'y a-t-il avant le Big Bang ? Il ne trouve pas de réponses à ces questions et d'Ormesson se tourne alors vers Dieu, le créateur. Comme on pouvait finalement s'en douter, d'Ormesson rentre dans le droit chemin, se rangeant derrière le créateur comme seule explication à l'apparition de la vie. Alors qu'il se sent en fin de vie (il ne cesse de le dire au cours du roman), l'auteur cherche certainement à se rassurer sur ce qui l'attend d'ici quelques années. Et fait de cet ouvrage une chose hybride, entre confessions intimes, précis d'astro-physique et références religieuses, le tout servi par une écriture élégante. Un drôle de mélange.

 

C'est une chose étrange à la fin que le monde de Jean d'Ormesson

Ed. Robert Laffont

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 10:13

nana.jpgNeuvième roman de la série des Rougon-Macquart, Nana met en scène la fille de Gervaise, déjà vue dans l'Assommoir. Enfant, elle était espiègle, désobéissante. Jeune adulte, elle est prostituée et est mise en scène au théâtre, où elle triomphe en Vénus, déesse aguicheuse et légèrement vêtue. La vie de Nana est celle de la séduction, et le roman traite du pouvoir érotique et sexuel des femmes sur les hommes, prêts à tout pour s'attirer les faveurs de la jeune fille.

 

Ce qui est très amusant dans Nana, c'est de voir que Zola écrit un roman sur la prostitution qu'on pourrait appeler de luxe sans jamais écrire une seule ligne de scène sexuelle. Il évoque, il insinue, il décrit quelques jeux tendres, quelques baisers, mais ne rentre jamais dans l'intimité de la relation entre Nana et son client. Exercice brillamment réussi qui utilise tous les stratagèmes pour évoquer la passion sexuelle sans jamais le faire directement.

 

L'autre attrait du roman réside, comme dans les autres grands romans de Zola, dans les grands épisodes décrits en longueur. Ici, la scène à l'hippodrome, qui met en scène la haute société, les prostituées aux bras des hommes qui les entretiennent, les parieurs et les chevaux est un grand moment de littérature. Le public criant le nom du cheval, Nana, alors que la femme du même nom vit une période difficile, est un immense plaisir de lecture.

 

Sur le fond, Zola s'attarde plus à montrer l'hypocrisie des milieux bourgeois et nobles qu'à dépeindre celui des prostituées. Même si on voit la vie compliquée de Nana, battue par Fontan, son mari, ou la déchéance de Satin, une de ses amies, le plus marquant reste la folie sexuelle qui s'empare des hommes, même les plus vertueux. L'exemple parfait est ici le Comte Muffat, homme pieux, qui malgré ses premières préventions, cède totalement à Nana et se ruine pour lui offrir une demeure somptueuse. Si Nana connaît une fin tragique, l'ensemble des hommes qui la courtise n'est finalement pas mieux lotie : ruine, suicide, vol,... Tous voient leur comportement profondèment modifié par la fréquentation de Nana, qui au passsage est un personnage assez détestable : égoïste, capricieuse, inconséquente,...

 

Nana est donc un roman très intéressant, mais il faut accepter de passer les 50-100 premières pages, un peu répétitives sur la description du monde du théâtre parisien. Ensuite, c'est un vrai plaisir de lecture que d'assister à ce jeu de massacre.

 

Toujours chez les Rougon-Macquart :L'Assommoir, Son excellence Eugène Rougon, Une page d'amour

 

Nana, d'Emile Zola

Ed. Folio

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 11:00

montecore-un-tigre-unique.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] La littérature nordique est à la mode et le lecteur que je suis imagine des auteurs suédois ou islandais, blonds et grands, écrivant des romans policiers ou comiques. Alors, quand j'ouvre un roman écrit par un suédois d'origine tunisienne, je m'attends à être surpris. Et effectivement, ce roman est assez singulier.

 

En fait, plus qu'un roman, on lit l'histoire du roman, sa composition, son processus de création. On y retrouve un auteur, suédois d'origine tunisienne prénommé Jonas (comme l'auteur de l'ouvrage, celui que le lecteur a entre les mains), qui vient de publier un premier roman. Son acolyte est Kadir, un homme qui prend contact avec lui pour lui donner une idée de roman : que Jonas raconte son histoire, et particulièrement celle de son père. Son départ de Tunisie, son installation en Suède, son succès comme photographe. Mais les souvenirs de Kadir et Jonas sont parfois divergents, et chacun présente l'histoire selon son propre point de vue.

 

Montecore, un tigre unique, est un livre riche. Riche par son écriture, son style. En présentant des protagonistes qui ne maîtrisent pas très bien le suédois étant donné leur statut d'immigré (pour Jonas) ou d'étranger (pour Kadir), l'auteur se permet des inventions stylistiques, des détournements d'expressions, des dérèglements syntaxiques qui s'ils sont un peu déroutants au début, prennent peu à peu tout leur sens. Jonas Hassen Khemiri utilise la double narration, par Jonas et Kadir, pour s'amuser avec les mots et la langue.

 

Mais c'est également un roman sur le processus de l'écriture et sur les conditions de naissance d'un roman. Jonas débute la rédaction parce que Kadir le contacte. Suivent de nombreux échanges, par mail, avec parfois des documents issus des archives du père de Jonas, qui permettent de reconstruire le passé. Mais il n'a rien d'objectif, et chacun l'interprète selon son point de vue. Pour Kadir, Abbas a fait tout ce qu'il a pu pour s'intégrer en Suède. Pour Jonas, il a été lâche, refusant de voir le racisme latent des suédois et de manifester clairement ses origines tunisiennes.

 

Car ce roman est aussi est roman politique et social. En remontant le temps, notamment les années 80 et 90 en Suède, Jonas Hassen Khemiri dresse un portrait assez inattendu de la Suède. Car Abbas a du mal à s'intégrer et fait tout pour se fondre dans la masse, allant jusqu'à ouvrir un atelier de photographie pour lequel il se donne un nom suédois. Pays souvent considéré comme calme et paisible, on plonge ici dans les quartiers de Stockholm, dans un pays où le premier ministre Olof Palme vient d'être assassiné, où l'étranger est regardé d'un drôle d'œil, où quelques racistes s'expriment sans être inquiéter, où Jonas se sent en danger. Danger qui lui donnera envie de revenir vers ses origines, en particulier religieuse, de manière brutale et caricaturale.

 

Roman aux multiples entrées, cet ouvrage de Jonas Hassen Khemiri est susceptible de plaire à un grand nombre de lecteurs. Un titre singulier, qui aborde frontalement des thématiques qui touchent bien d'autres pays que la Suède.

 

L'avis d'In Cold Blog

 

Montecore, un tigre unique de Jonas Hassen Khemiri

Traduit du suédois par Max Stadler et Lucie Clauss

Ed. du Serpent à plumes

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 09:00

melancholia.jpgIl est parfois difficile de faire abstraction des sorties d'un réalisateur en visionnant son film. Et celle de Lars van Trier, à Cannes, a tellement fait parler que son film a été exclu de la compétition, ne pouvant plus recevoir de prix global. Pourtant, que Melancholia aurait mérité mieux !!! La présence de Kirsten Dunst au palmarès permet d'afficher Melnacholia sans trop de polémiques, mais on se dit que c'est un prix de substitution.

 

Car Melancholia est un grand film. Un de ces films dont on sent qu'ils seront un classique en sortant du cinéma. Si je devais le comparer à l'autre grand film de Cannes, The tree of life de Mallick, je dirai que Lars van Trier à réussi un film tout aussi ambitieux et métaphysique que son collègue américain, mais qu'il a réussi à supprimer toutes les scories et surplus qui font de certains parties du film de Mallick un fatras pseudo-religieux indigeste.

 

Melancholia, c'est la confrontation d'un petit groupe d'individus avec la fin du monde. Melancholia, c'est l'analyse de la mélancolie (la dépression du XIXe) qui touche Justine, alors qu'elle a tout pour être heureuse : mariage, richesse... Melancholia, c'est une réflexion profonde et angoissante sur le sens de la vie : que signifie un plaisir, un au revoir, lorsqu'on sait que tout est voué à disparaître ?

 

En plus de ce fond qui irrigue le film de manière très intelligente, jamais didactique, Lars van Trier a eu l'excellente idée scénaristique de faire de son film un huis-clos : tout se passe dans une propriété dans laquelle on a du mal à entrer (première scène dans la chronologie du film déjà déroutante, drôle et angoissante) et qu'on ne quittera jamais, ni à cheval, ni en voiturette de golf. On reste avec Justine, sa soeur Claire, son mari et son fils, et tous les invités du mariage, premier acte du film, partent, parfois contre le gré des hôtes. La fin du monde, nihiliste, est donc vu par les seuls yeux de ce couple et de cette soeur dépressive.

 

Le film, organisé en trois tableaux, est très cohérent. Le premier, d'une beauté visuelle remarquable décrit des scènes de cauchemars de fin du monde, et ne laisse aucun doute sur l'issue du film. La deuxième, le mariage de Justine, fait irrémédiablement penser à Festen de Vintenberg. On y ressent la même angoisse sourde, les fêlures dans les dorures de ce qui devrait être un moment de bonheur. Puis, la troisième partie est la confrontation avec cette planète, qui calme Justine, fascine John, féru d'astronomie, et inquiète Claire. Un trio formidable (Kirsten Dunst, Kiefer « Jack Bauer » Sutherland, Charlotte Gainsbourg), qui donne toute son ampleur à cette dernière partie. De manière générale, l'ensemble du casting est très bon, et confirme la formidable direction d'acteur de Lars van Trier.

 

Et puis il y a cette dernière scène, dont le souffle ne pourra que vous retenir sur votre fauteuil. Pour faire court : allez-y !

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