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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 14:00

Trois spectacles de théâtre pour ce billet. Trois spectacles très différents, tant dans leur conception, dans leur sujet que dans leur place dans le monde du théâtre (un spectacle du théâtre public, une petite troupe professionnelle et une troupe amateur). Mais trois spectacles qui se distinguent par leur très grande qualité.

 

cloture de l'amourDébutons avec le spectacle le plus officiel, celui qui est déjà passé à Avignon, a reçu un accueil très favorable et est en tournée dans de nombreuses villes. Pascal Rambert signe le texte et la mise en scène de Clotûre de l'amour, spectacle très original.  C'est l'histoire d'une rupture entre deux amants, Stan (Stanislas Nordey) et Audrey (Audrey Bonnet). Cela n'est pas forcément très novateur, me direz vous. C'est dans la forme que ce spectacle prend toute sa nouveauté, car plutôt que d'introduire un dialogue très réaliste, la pièce est coupée en deux. Une partie pour chacun des protagonistes. C'est d'abord Stan qui prend la parole. Il annonce la fin de l'histoire et parle à Audrey, stoïque d'abord, en larmes ensuite. Elle encaisse toutes les paroles de son ex, qui ne se gêne pas pour remettre en cause l'intégralité de leur histoire ("une fiction"). Puis, c'est au tour d'Audrey de prendre la parole, de répondre coup pour coup aux attaques de son conjoint.

 

Lors de ces deux monologues, outre la prestation physique de l'acteur qui parle (vraiment époustouflante, en particulier celle de Stanislas Nordey avec sa démarche si particulière), c'est l'attitude de celui qui écoute et encaisse qui est marquante. Alors qu'Audrey reste droite et que ces moindres mouvements sont réprimés par un geste de Stan, lui s'écroule, s'effondre, se recroqueville. A l'issue du spectacle, on ressort marqué par cette prestation, à la fois physique et orale.

 

Love is on the air est également un spectacle d'amour. On quitte là la scène de rupture pour entrer dans une approche plus littéraire et cinématographique de la relation amoureuse. A partir de grands films d'amour (Autant en emporte le vent, Dirty Dancing, Ghost) ou des oeuvres littéraires marquantes (Harlequin, SAS, romans-photos!), la compagnie Les tambours battants propose au spectateur de donner sa vision de l'amour. Le spectacle  est multiforme, passant de lectures au micro au détournement d'images de films. C'est  un spectacle très drôle, où le spectacteur est pleinement intégré. On se sent un peu chez soi dans cette pièce, avec des cacahuètes offertes à l'entrée et des sollicitations du public pour raconter ses souvenirs de Patrick Swayze, de Bébé et de Demi Moore. Vraiment une très bonne surprise.

 

funerailles-d-hiver.jpgEnfin, je tenais à mentionner l'excellent travail de la troupe amateur DuCaBo autour de la pièce d'Hanoch Levin, Funérailles d'hiver. Dans cette pièce, on retrouve une famille, qui se trouve écartelée entre l'enterrement d'un de ses membres et le mariage d'un autre. Si la fils de la défunte souhaite un enterrement digne pour sa mère, sa tante et son oncle veulent que le mariage se tienne La pièce se déroule entre tragédie (le deuil) et la comédie, qui prend ici la plus grande place (la famille et belle-famille de la mariée veulent échapper à l'enterrement, avec des scènes très drôles sur une plage sous la pluie). Outre le texte, il faut souligner le très beau travail de la compagnie, avec une mise en scène très inventive, pleines d'idées très intéressantes, et un très beau jeu d'acteur qui jouent avec des masques. Pour un spectacle amateur, c'est vraiment un travail d'une très grande qualité et qui mérite d'être vu !

 

Clotûre de l'amour, en tournée en 2013 à Nancy, Lyon, Chambéry, Saint-Quentin en Yvelines, Charleroi, Pau, Saint-Denis de la Réunion, Rouen, Saint-Brieuc, Paris (Théâtre du Rond-Point)

 

Love is on the air, Cie Les tambours battants

 

Funérailles d'hiver, Cie DuCabo, en 2013 à Watten, Bruay-la-Buissière, Genval (B), Fâches-Thumesnil

 

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 07:39

cendrillon.jpgDe Joël Pommerat, je connaissais le nom sans avoir vu aucun de ses spectacles. J'ai profité de sa bonne réputation pour découvrir son travail à l'occasion de la reprise à Lille de sa vision de Cendrillon. Et je dois bien dire que je ne regrette pas une seconde cette découverte, car Pommerat à réussi à offrir une version totalement décalée et inattendue du conte.

 

Le metteur en scène reprend globalement la trame du conte : une jeune fille, Sandra, sert de servante à sa belle-mère et à ses soeurs. Un jour, elle va au bal organisé par le Roi et fait la rencontre du Prince, dont elle tombe amoureuse. Pommerat reprend l'histoire assez tôt, au moment de la mort de la mère de Sandra, qui pense que sa mère lui demande de toujours penser à elle, ce qui bouleverse toute sa vie. Sandra achète notamment une montre qui sonne toutes les heures, pour ne pas oublier de penser à sa mère. C'ets un de nombreux gags qui parcourt toute la pièce.

 

En effet, de cette histoire sombre avant d'être lumineuse, Pommerat fait avant tout une oeuvre drôle : que ce soit le mélange des époques, la reconstruction des personnages ou les jeux de mots (Sandra se fait surnommer Cendrier). Le plus drôle, c'est la vision que Pommerat donne de Sandra, jeune fille qui a totalement intériosé la culpabilité de la mort de sa mère, au point de trouver légitime de devoir faire toutes les corvées de la maison. La fée est également une belle réussite, avec cette femme refusant d'utiliser ses pouvoirs pour tenter des tours de magie qui échouent tous. Enfin, le prince, jeune homme pleutre, qui trouve de l'aisance uniquement quand il chante du Cat Stevens, est également une belle idée.

 

Sur un plateau nu, j'ai été totalement subjuguée par la rapidité des changements de décors et de costumes de la part des acteurs. Certains personnages jouent deux rôles, et tout cela se fait avec une fluidité extraordinaire, sans aucun temps mort. L'ensemble de la distribution est vraiment formidable, avec des comédiens belges très convaincants (en particulier Catherine Metsoussis dans le rôle de la belle-mère qui m'a irrémédiablement fait penser à Martine Schambacher.)

 

Spectacle pour les adultes qui y verront une belle relecture du conte, mais aussi pour les plus jeunes (disons à partir de 10 ans), qui pourront être surpris de ne pas redécouvrir l'histoire habituelle mais se prendront certainement au jeu de cette vision parfois cruelle mais souvent drôle du conte. Un vrai plaisir !

 

Spectacle en tournée en février à Huy (B), Cherbourg, Welkenraedt (B), en mars à Béziers, Istres, Cavaillon, en avril à Ollioules et Alès, en mai à Lorient et en juin à Paris (Odéon)

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 19:30

roilearprologue.jpgDe Shakespeare, je ne connais rien, ou presque. Maintenant, je peux dire que j'ai vu une pièce de l'auteur anglais. Enfin, le prologue d'une pièce. Ou plutôt une version muette et musicale de ce prologue. Montée et jouée par une troupe ukrainienne, cette lecture du Roi Lear est une belle réussite.

 

De Shakespeare, on n'entendra pas les vers. On retrouve dans le spectacle la trame de la pièce, avec un roi qui demande à ses filles de lui faire un éloge. Les deux premières s'acquittent fort bien de la tâche, la dernière est plus timide. Elle sera rejetée, mais le roi se rend vite compte de son erreur lorsqu'il est mis à l'écart, lui aussi, par ses filles.

 

La mise en scène est pleine d'invention et d'idées. La première partie est centrée autour d'un festin où le roi est présenté comme une star du gangsta rap et où la seule nourriture est de la coke. Le rythme est enlevé, on danse, les musiciens chantent (fort bien d'ailleurs) et on a presque envie de monter sur scène avec eux. Tout cela est fortement expressif, malgré les masques portés par tous les personnages. C'est un très beau travail sur le corps et son expressivité, et cela rend très bien.

 

La deuxième partie, consacrée à la déchéance du roi, est bien plus crépusculaire. A la fête du début succèdent des lumières tamisées et des crânes prennent place en avant-scène. Les éclairages, noirs et rouges, sont magnifiques et tous les déplacements sont très bien chorégraphiés, donnant une impression de fluidité.

 

Je ne savais rien du spectacle et je l'ai beaucoup aimé. La mise en scène de Vlad Troitskyi est vraiment très surprenante et l'ensemble des acteurs, musiciens (DakhaBrakha, très beau groupe) et techniciens signe vraiment une belle performance. Une bien belle surprise.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 16:36

la-vie-est-un-reve.jpgLa vie est un rêve est certainement la pièce la plus connue du répertoire espagnol du Siècle d'Or, cette période du début du XVIIe qui marque l'essor de la vie culturelle et le début du déclin économique et conquérant du royaume. Pourtant, je n'avais jamais eu l'occasion ni de la lire ni de la voir sur scène. C'est maintenant chose faite avec cette très belle mise en scène de Jacques Vincey.

 

Pourtant, les premières vingt minutes m'ont fait assez peur. L'impression de ne pas bien entendre les acteurs, d'assister à une succession de longs monologues sans échanges entre les personnages m'a fait craindre le pire. Mais passé le premier acte d'exposition, la pièce prend tout son sens et les acteurs, tous très convaincants, ont réussi à donner vie et chair aux personnages et à rendre haletante l'intrigue qui se jouait sur scène.

 

L'histoire, rapidement résumée, est celle de Sigismond. Héritier d'un royaume de Pologne fantasmé (qui fait forcément penser à celui d'Ubu et dont Jarry s'est peut-être inspiré), il est enfermé dans une tour à la demande de son père, le Roi. Ce dernier a lu les astres qui ont prédi un caractère barbare à son fils. D'où l'enfermement, par mesure de précaution. Mais avant de mourir, il décide de donner une chance à son fils, qui ne supporte pas la vie de cour et le mensonge de son père. S'ensuit une lutte politique mettant en scène tous les protagonistes.

 

Comme je l'ai déjà dit, la pièce doit beaucoup aux acteurs sur scène, qui incarnent tous avec une belle énergie leurs personnages. Le plus marquant est certainement, Antoine Kahan, qui joue un Sigismond qui sort de la poussière de son cachot pour atteindre les sommets du pouvoir. A ses côtés, Philippe Morier-Genoud joue un roi altier, dépassé par des événements dont il ne prend pas l'ampleur et Estelle Meyer une dame de compagnie marquée par un lourd secret. Puis il y a le personnage atypique de Clairon (Philippe Vieux), sorte de bouffon qui apporte une touche de burlesque et de comique tout à fait bienvenu. Il faut d'ailleurs rendre hommage à l'acteur et au metteur en scène d'avoir réussi à intégrer de façon aussi naturelle ce personnage étrange.

 

Outre les acteurs, l'ensemble du travail de mise en scène est à souligner. Que ce soit pour le décor, grande boîte dont les murs tombent un à un au fil de l'intrigue, pour la création musicale qui accompagne toute la pièce, pour les costumes, mélange de classique et de moderne, ou pour les lumières, très réussies. L'ensemble de tous ces bons éléments donne un très beau spectacle, qui je vous incite vivement à découvrir !

 

Spectacle à Lille jusqu'au en tournée en décembre, puis en tournée à Marseille, Malakoff (au beau théâtre 71 en janvier 2013), Nantes, Meylan, Le Perreux, Draguignan, Mulhouse.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 18:34

supplication.JPGLe théâtre est parfois l'occasion de faire entendre des messages politiques. C'est le cas pour cette production du Théâtre du Nord, La supplication, qui emmène le spectateur dans l'enfer de Tchernobyl. La pièce, montée par Stéphanie Loïk d'après un texte de Svetlana Alexievitch, donne à entendre les paroles de différents acteurs, malgré eux, du drame nucléaire soviétique.

 

D'abord, ce sont les habitants, installés là depuis longtemps (voire toujours), qui racontent leur vie : celle d'avant la catastrophe, celle qui a été transformée suite à l'explosion de la centrale. Puis ce sont les soldats qui prennent la parole. Eux sont arrivés là forcés par le pouvoir. Après la guerre en Afghanistan, ils ont été envoyés en Ukraine pour participer à la construction du sarcophage censé éviter les fuites radioactives. Les témoignages sont divers mais nombre d'entre eux expriment la fierté et le sens du devoir qui ont guidé leur action. Enfin, ce sont les survivants qui parlent : ceux qui ont perdu leurs famille suite aux effets radioactifs, ceux qui ont eu de difficultés à avoir des enfants, ceux qui sont venus se réinstaller dans la région, même si la ville la plus proche de la centrale est restée une ville morte.

 

C'est un texte très fort, très poignant qui est est ici mis en scène. Malheureusement, le procédé de narration est un peu systématique (chacun des 14 comédiens a son moment de bravoure, mais il faut dire que ce spectacle est joué avec des élèves de l'école de théâtre du Théâtre du Nord, d'où ce choix). Toutefois, Stéphanie LoÏk a eu une excellente idée de mise en scène : les 14 sont constamment sur scène et jouent toujours, même quand les autres parlent. Surtout, certaines scènes collectives, très bien chorégraphiées, sont absolument magnifiques à voir. De même, les quelques passages chantés (de très beaux chants choraux) sont vraiment poignants. Du coup, malgré quelques réserves (notamment sur la durée, deux heures), je trouve que ce spectacle est très intéressant à voir et permet d'entendre les voix de ceux qui ont subi au plus près les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. Et comme il est dit à la fin du spectacle, la catastrophe de Fukushima montre qu'on n'a pas pris en compte tous les enseignements de Tchernobyl...

 

Spectacle qui sera en tournée à Paris (en novembre au théâtre de l'Atalante) puis à Arcueil (Le lieu de l'autre, début décembre)

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:10

nanine.jpgPour le théâtre français du XVIIIe Siècle, on parle souvent de Marivaux et de Beaumarchais, les deux grands auteurs du siècle. On oublie des auteurs souvent considérés comme mineurs, notamment car ils ont touché à d'autres matières, comme Diderot. C'est également le cas de Voltaire, qui s'est essayé au théâtre. Il a en particulier écrit une pièce en décasyllabe, titrée Nanine. C'est cette pièce que Laurent Hatat et sa compagnie Anima Motrix ont choisi de monter.

 

L'intrigue est celle d'une histoire d'amour empêchée par les situations sociales, les amours autres et les quiproquo. Au coeur de la pièce, on trouve le Comte d'Olban. La marquise de l'Orme a des vues sur lui, pour des raisons financières et aristocratiques, mais lui aime Nanine, une servante. La pièce, en faisant intervenir les parents des protagonistes ou d'autres domestiques, raconte la querelle entre le Comte et la Marquise pour s'attirer les bonnes grâces de Nanine, l'un pour l'épouser, l'autre pour l'envoyer au couvent.

 

Si l'intrigue peut paraître classique, l'apport de Voltaire est de transgresser les relations maîtres/domestiques. Car le Comte est amoureux non pas d'une noble, comme cela est souvent le cas chez Marivaux, mais d'une domestique. Il essaie d'abord de la convaincre de son amour, avant de la contraindre par la force. La pièce rend bien cette relation ambiguë qui unit les deux personnages, avec des sentiments nobles vite oubliés pour assouvir le plaisir du maître.

 

Laurent Hatat a intégré cette trame classique dans sa mise en scène. La pièce s'ouvre par un passage chanté (deux ou trois viendront rythmer la suite de la pièce) qui évoque les comédies musicales, autre genre qui joue constamment sur les amours impossibles. La pièce est servie par un quintet d'actrices pleines d'énergie, qui jouent l'ensemble des rôles, qu'ils soient masculins ou féminins. Ce fut donc un vrai plaisir de découvrir cette pièce, dans une configuration inhabituelle : la scène était au centre d'un carré de chaises, et les acteurs se trouvaient entourés par des spectateurs de tous les côtés. La pièce sera jouée en juin 2013 au théâtre du Nord, je vous invite à la découvrir !

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 19:45

avignon offMême sans être accompagné d'un enfant, j'aime bien de temps à autre aller voir des spectacles destinés aux petits. Il y a souvent beaucoup d'inventivité, d'énergie, ce qui les rend accessibles et plaisants pour tous. Mais le plus, avec un enfant, c'est qu'on a droit à ces réactions en même temps. Et quand le spectacle fonctionne, il y a en a autant à voir sur scène que dans la salle.

 

Avignon propose de nombreux spectacles pour les enfants de tous âges. Voici donc un petit aperçu.

 

Commençons par un spectacle qui m'a totalement réjoui, Peau d'âne. La compagnie Hangar Palace est partie du conte de Perrault et du splendide film de Jacques Demy (Amour, amour, je t'aime tant...) pour en faire une adpatation théâtrale assez réjouissante. Sur le plateau, quatre acteurs donnent vie aux différents protagonistes : la reine qui décède rapidement, le roi qui veut épouser sa fille, Peau d'âne qui fuit son père incestueux, la fée, le prince et deux saltimbanques qui présentent un spectacle de magie. Avec beaucoup de trouvailles (comment rendre sur scène la robe couleur du temps ou couleur du soleil ?), de très beaux costumes, de magnifiques chansons (celles du film de Demy) et un vrai travail d'adaptation (excellente idée d'avoir eu recours à ce couple de magiciens et d'introduire un tour de magie qui a laissé ma nièce très perplexe : elle est où, la dame ?), la troupe signe un vrai spectacle pour toute la famille : les petits sont embarqués par le conte quand les grands fredonnent les chansons qui leur rapellent Catherine Deneuve et Jean Marais. Vraiment un beau spectacle !

 

Pique-nique est dans un autre genre, celui du théâtre burlesque et sans paroles. La compagnie Sortie de secours théâtre présente ce spectacle très drôle et au message écologique subtilement amené. Affublés dun masque de carton et d'un corps fort rebondi, Viviane Fougereux et Bruno Denecker incarnent un couple qui a l'habitude d'aller pêcher dans la rivière. Malheureusement, les chaussures trouées ont pris la place des poissons et les vieux vélos traînent sur le rivage. On assiste donc à un vrai spectacle de gags burlesques, avec pieds coincés dans des boîte de conserve, vélo qui fait de la musique et poubelle qui sert à tout. Un excellent spectacle, avec une très belle énergie des deux comédiens qui se donnent totalement, comme on a pu le voir sur les jambes de l'actrice après le spectacle, pleines de bleu ! Pique-nique est vraiment un spectacle qui plaira aux petits.

 

La vie de Galilée n'est pas nécessairement destiné aux enfants (il s'agit tout de même d'une adaptation de Brecht), mais cette version est accessible aux petits. La compagnie du grand soir propose une adpatation de la pièce. Alors, on est loin du texte complet et du ton brechtien, mais la version proposée, avec une bonne dose de comédie italienne, est très plaisante. Galilée essaie de démontrer à ses serviteurs, aux autres savants, aux gouvernants, que la terre n'est pas au centre de l'univers, mais qu'elle tourne autour du soleil. Avec là encore uniquement quatre comédiens et un guitariste, le spectateur découvre toute une galerie de personnages, aussi loufoques les uns que les autres. Mention aux trois jeunes acteurs qui insufflent un vent de fraîcheur et d'humour dans la pièce (très raccourcie) de Brecht. Une belle proposition.

 

Venons-en à une proposition assez originale dans le festival : le Manipuloparc. A côté de la maison du théâtre pour enfant, un peu à l'extérieur des remparts, le Manipuloparc propose aux enfants de s'initier au théâtre d'objet. A l'arrivée, chaque enfant reçoit une chenille, faite d'un corps de mousse et de deux grandes antennes rigies à chaque extrémité. C'est cette chenille que les enfants apprennent à manipuler, d'abord derrière un pupitre puis dans le parc d'attraction à chenille mis à disposition. La proposition de la compagnie Le Montreur, avec Louis-Do Bazin et Sylvie Pilloud, est vraiment très intéressante et permet de devenir un peu acteur du festival.

 

Enfin, une autre propositon au même endroit, celui de la compagnie théâtre de cuisine qui propose La femme aux allumettes, une variation à partir de la petite fille aux allumettes d'Andersen. Sur scène, une actrice (Katy Deville) et quelques objets. Elle donne à voir et à entendre l'histoire de la petite fille aux allumettes et essaie de remonter à la source de l'oeuvre  : Andersen a-t-il tout inventé ? A-t-il été inspiré par une petite marchande installée en bas de chez lui ? Par sa grand-mère ? Le spectacle donne lieu à de jolis moments (notamment celui où les petites maisons de bois s'allument), mais l'ambition initiale est  vraiment très haute. Du coup, je ne sais pas si le spectacle parle beaucoup aux enfants (je n'étais alors pas accompagné de ma nièce, donc pas de témoin à mes côtés). Le spectacle est de qualité, mais d'un niveau vraiment très élevé.

 

Voilà donc pour ma troisième visite àn Avignon, plus longue et donc plus riche que les années précédentes. C'est toujours l'occasion de se plonger dans un univers très particulier, un peu hors du temps, où la seule préoccupation est d'organiser au mieux son programme pour espérer voir tout ce qu'on souhaite (et avec un budget un peu conséquent, car les spectacles ne sont pas toujours donnés, même dans le off). Mais cela laisse toujours des souvenirs très forts !

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 18:52

avignon off C'est toujours un grand plaisir d'aller à Avignon au mois de juillet. Car quelle joie de plonger dans le programme, de choisir des spectacles à voir parmi le choix très large proposé, de voir des oeuvres qui relèvent de registres très différents. Après deux ans de pause, ce retour à Avignon et au festival Off (pas eu la possibilité de prendre des places pour le In) laisse une nouvelle fois une marque importante.

 

Cette année, nous avons passé trois jours et pu assister à 10 spectacles et une initiation à la manipulation d'objets pour les enfants. Parmi ces 10 spectacles, quelques spectacles pour enfants (car nous avons passé une journée avec une fille de 5 ans, et il a fallu adapter le programme), des retrouvailles avec des auteurs ou des compagnies et une déception.

 

Pour les spectacles les plus marquants, je dois noter une nouvelle fois le travail formidable du collectif DRAO. Après Dernier remords avant l'oubli de Lagarce et Nature morte dans un fossé de Fausto Paravidino, le collectif s'est attaqué à des textes de Ingmar Bergman, de Jon Fosse, de Lars Noren et de Maurice Pialat, pour construire la pièce Shut your mouth. En une heure, ils donnent à voir des relations de couple qui se déchirent, et arrivent à donner à ses textes une dimension physique qui est la marque de leur théâtre. Assis au premier rang, aux côtés des acteurs lorsqu'ils ne sont pas sur scène, on vit vraiment ce spectacle tout à fait fascinant.

 

Autre belle réussite, celle de la compagnie picarde L'instant précis, qui a mis en scène un texte de Jean-Luc Lagarce, J'étais dans la maison et j'attendais que la pluie vienne. Cinq jeunes et talentueuses actrices vont vivre avec intensité ce beau texte, qui raconte l'histoire de cinq femmes (une mère, une grand-mère et trois filles) qui attendent le retour du frère/fils/petit-fils qui est parti. On sent à chaque instant cette attente, cette tension, et toutes les interprètes sont formidables.

 

A la suite, autre histoire de famille avec Lars Noren et sa pièce Automne et hiver. Dans un autre registre (deux parents et deux filles qui dînent ensemble et ne se comprennent pas), on assiste une nouvelle fois à une histoire de famille. Là encore toute la distribution est formidable (avec notamment Patrick Larzille, qui joue un père absolument remarquable), la mise en scène est très réussie mais mon ressenti a certainement été influencé négativement par la succession avec le spectacle précédent. Mais le travail de la compagnie de l'Arcade (encore une compagnie picarde) est vraiment à souligner.

 

Un peu plus au nord, la compagnie nordiste des langages s'est attaqué à un texte de Michel Vinaver, Dissident, il va sans dire. Une mère et un fils vivent ensemble et voient leur relation lentement se distendre. Ils se comprennent de moins en moins, et leur chemins vont définitivement se séparer. Avec l'aide d'un batteur qui rythme certains passages de la pièce, notamment pour des passages dansés, les deux acteurs de la pièce rendent la fragilité, la difficulté de compréhension qui assaille ces deux personnages.

 

Ensuite, un spectacle plus léger avec celui joué par Trinidad, intitulé Maudit Karma. A partir d'un roman de David Safier, Trinidad signe une adaptation pour le théâtre. L'histoire est celle d'une présentatrice de télévision qui meurt et se voit réincarner en divers animaux. Si le début de la pièce est un peu longuet, l'énergie de Trinidad prend le dessus et sa prestation en hamster ou  en chien est tout à fait réussie. Un spectacle drôle, très agréable.

 

Pour finir avec ce premier billet, ma déception du festival est lié au spectacle du clown Mademoiselle Maria K., qui décide de jouer seule Médée de Sénèque. Si le personnage du clown est attachant, j'ai trouvé qu'il disparaissait trop rapidement derrière l'envie de jouer une version déjantée et décalée de Médée. Au final, le spectacle s'essouffle et perd en intensité. La volonté de l'interprète, Cécile Gheerbrant, n'est pas à mettre en doute, mais le résultat final est très foulli.

 

Le prochain billet se penchera sur le théâtre à destination des plus petits, et il y a de forts belles choses !

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 09:47

la-balade-des-noyes.jpgDeux hommes en voiture traversent la Manche, celle de Don Quichotte. Dans le coffre, le corps d'un arabe. Leur métier : tueurs à gage. Leur cible : les arabes. Mais la traversée de ce paysage désertique, de nuit, est l'occasion d'une confrontation entre celui qui n'éprouve aucun remords et celui qui n'arrive plus à oublier qu'ils en sont à leur 29eme macchabée.

 

Tout l'action se passe dans la voiture ou à proximité. On voit ces hommes sur la route, casser la croûte au bord du chemin, tenter de tuer le temps. La voiture est au centre du dispositif, et semble imprimer le rythme de l'action. Les deux comparses, le jeune submergé par la réflexion et le vieux cynique, sont obligés d'aller au bout de leur travail, de mener ce cadavre sur les côtes andalouses pour pouvoir s'en débarraser. Mais ce qui était simple auparavant ne l'est plus.

 

La mise en scène d'Eva Vallejo est très cinématographique. on imagine tout à fait cette voiture au milieu d'un désert, comme dans les meilleurs road-movies. A cela s'ajoute le travail sur la musique, jouée en partie en direct par Bruno Soulier. Si l'action n'avance pas beaucoup et les caractères des personnages restent assez constants, j'ai été pris par cette ambiance singulière. Le texte, signé Carlos Eugenio Lopez, auteur espagnol contemporain, est ici assez aisèment intelligible. Si à certains moments, mon esprit a pu un peu s'évader, cela ne remet pas en cause la qualité du spectacle et la prestation des acteurs, Pascal Martin-Granel et Sébastien Amblard, impressionnants.

 

Spectacle qui sera joué à Avignon du 7 au 27 juillet 2012, au festival Off, à la Manufacture.

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 08:10

my-secret-garden.jpgStanislas Nordey est un fidèle de l'oeuvre de Falk Richter, jeune auteur contemporain allemand. Il met en scène un texte très autobiographique de Richter, qui débute par les réflexions d'un auteur sur le titre de sa future pièce. Mais l'oeuvre va vite dépasser ce simple problème pour aborder à la fois les interrogations intimes du personnage et ses réflexions sur l' histoire allemande d'après-guerre, celle de la croissance et des souvenirs du nazisme.

 

Le spectacle débute par un tour de force. Pendant 45 minutes, Stanislas Nordey est seul en scène, dans un long monologue. Il incarne l'auteur et fait part de ses pensées les plus intimes. Il revient sur son enfance, sur ses parents possessifs qui n'hésitaient pas à fouiller dans ses affaires. Il avoue avoir tout fait pour s'enfuir de cet endroit, pour s'émanciper, de ses parents mais aussi de cette génération allemande marquée malgré elle par les relents du IIIe Reich. Une grande partie du texte tourne d'ailleurs autour de l'héritage nazi que certains acceptent d'assumer comme comédien, et que le personnage de Nordey ne supporte pas.

 

Puis la scène se remplit. Aux côtés de Nordey, Laurent Sauvage et Anne Tismer viennent apporter de l'eau au moulin du premier. Ce n'est pas une vraie interaction qu'on découvre entre les trois personnages, mais ils se répondent néanmoins, en ajoutent dans l'analyse de l'expérience nazie. Les trois acteurs occupent admirablement le grand plateau et donnent vie à ce très beau texte.

 

Sur le plateau, le décor est minimaliste, uniquement constitué d'un mur fait de grands boîtes metalliques. Ces boîtes prendront vie, pour en fin de pièce mettre en relief ce qui était conté au début. Et ce texte parfois pessimiste, condamnant le matérialsime galopant de nos sociétés, se termine par un barbecue sur une pelouse synthétique. Le seul et faible rayon de lumière de cette très belle pièce.


Le spectacle se joue prochainement à Grenoble (24-25 mai), Cergy-Pontoise (30 mai) et Paris, au théâtre du Rond-Point du 7 au 24 juin.  

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