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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 09:04

blast.jpgUne fois n'est pas coutume, il ne sera pas aujourd'hui question d'un ouvrage, mais de trois. Ces ouvrages, ce sont les trois premiers tomes de la série Blast, signée Manu Larcenet, et pour l'instant inachevée car en attente d'un quatrième et dernier numéro. Mais la force, la puissance et l'inventivité de ces premiers tomes méritent amplement le billet qui suit.


Blast, c'est l'histoire de Polza. Polza est un homme obèse, questionné par deux policiers au sujet d'un meurtre dont il est accusé, celui de Carole Oudinot. Ces trois tomes retracent l'histoire de cet homme, dont la vie a basculé le jour de la mort de son père et qui pour l'instant se termine dans ce commissariat où il est interrogé.

 

Je vais éviter d'en dire trop, pour garder un maximum de suspens au lecteur qui entame la série, car un des grands points forts de cette série est d'emmener le lecteur dans une histoire assez folle, qui mêle scènes dans le commissariat et souvenirs de Polza qui tente de raconter comment il en est arrivé là.

 

Outre la mort de son père, le point de départ de la marginalité de Polza, c'est sa rencontre avec le blast. Le blast, c'est ce moment, après avoir ingéré des médicaments, du chocolat et de l'alcool, où tout explose dans sa tête, où sa vie noire et grise se colore et où il arrive à oublier sa vie miséreuse et sa quête quotidienne de nourriture et d'un abri. Après cette première expérience où il fait la rencontre des géants de l'Ile de Pâques, Polza ne cherche qu'une chose : retrouver le blast, reproduire cette déflagration qui l'a laissé sans résistance, sans voix et qui a été une expérience extraordinaire.

 

Outre ce personnage central charismatique, tantôt pitoyable, tantôt effrayant, Blast offre une galerie de personnages atypiques. Dans le tome 2, Polza se lie d'amitié avec Jacky, un dealer qui fournit toute la région, en particulier les plus jeunes. Lorsqu'il dort dans les bois, Polza fait également des rencontres plus ou moins agréables, se prenant d'amitié pour une communauté qui se nomme elle-même "République mange misère" ou partageant un repas avec deux types qui ont tenté de le voler.

 

Blast n'est pas une œuvre agréable. Le dessin, parfois torturé, toujours très noir et sombre (hormis pour les scènes de blast, très colorées) accentue cette impression d'obscurité, de marginalité dont il est difficile de sortir. Certaines scènes sont crues, assez difficiles à regarder très longtemps, mais c'est une des forces de Larcenet de montrer de façon très nette la violence des situations (il y arrivait déjà très bien dans Le combat ordinaire).

 

Je ne peux que vous inviter à vous plonger au plus vite dans cette série vraiment passionnante. Le destin de Polza, dévoilé bribes par bribes, est au cœur de l'ouvrage et retient l'attention du lecteur, souvent dérangé, parfois touché par cette lecture édifiante. Et j'attends impatiemment, et avec une certaine appréhension, la parution du dernier volume de la série, avec l'envie folle de connaître le fin mot de cette histoire, et la peur de regretter la fin de cette aventure.

 

Blast - Grande carcasse (T.1)

Blast - L'apocalypse selon Saint Jacky (T.2)

Blast - La tête la première (T.3)

de Manu Larcenet

Ed. Dargaud

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 19:22

les-mauvaises-gens.jpgComme dans Rural, un de ses albums précédents, où il raconte la naissance et la vie d'agriculteurs, Etienne Davodeau se plonge dans la région des Mauges. Les Mauges se trouvent entre Angers et  la Vendée, avec comme point central Cholet. Après la vie des paysans, Davodeau consacre cet opus à la vie de Marie-Jo et Maurice, connu dans le pays pour avoir mené une vie de militants.

 

Ils sont tous les deux nés dans cette terre marquée par un fort traditionalisme catholique, résidus des guerres de Vendée qui ont marqué la région. Ils sont d'extraction modeste, Marie-Jo ayant rapidement intégré un pensionnat de jeunes filles tenu par des soeurs, et Maurice a rapidement été embauché. Le quotidien de Maurice est marqué par l'alcoolisme de son père : il est incapable de coller les affiches pour le cinéma municipal et c'est sa femme et son fils qui doivent le suppléer en secret.

 

Marie-Jo est vite employée dans une usine de chaussures, où elle encolle des talons. Maurice travaille lui dans une usine de lampes. Leur vie reste marquée par la religion catholique, mais les rencontres qu'ils vont faire seront déterminantes. En effet, un jeune vicaire arrive dans le village. Il pousse les jeunes garçons a monter un club de basket, les filles à partir ensemble à la mer. Dans ce groupe amical se tissent des liens qui dépassent rapidement le cadre religieux. Maurice et Marie-Jo participent en effet à la naissance de la JOC (jeunesse ouvrière catholique) dans la région, et cela transforme leur vision de la vie.

 

En parallèle, ils prennent leur carte à la CFDT et participent aux réunions avec les patrons. Leur vie est rythmée par les réunions à la maison, les discussions sans fin. Tout cela pour le plus grand plaisir de leur fils ainé qui ne comprend pas tous les enjeux mais est fier de participer passivement à cette vie politique et syndicale.

 

Etienne Davodeau conte avec beaucoup de justesse et de tendresse la vie de ces deux amants qui ont consacré une grande partie de leur vie au militantisme. Il se replonge dans certains documents d'époque, comme ces journaux écrits par les gamins du village pour tenir informés les appelés en Algérie. On y découvre les premières manifestations ouvrières, et en fond, les enjeux politiques nationaux avec la lente mais sûre prise du pouvoir à gauche par le PS du Mitterrand face au PC de Marchais. C'est une tranche de vie personnelle absolument passionnante qui est décrite ici, avec peu d'effets et une grande sensibilité. Une excellente BD documentaire pour se plonger dans la construction du militantisme et la vie de ceux qui y consacrent leur vie.

 

Les mauvaises gens - Une histoire de militants d'Etienne Davodeau

Ed. Delcourt

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 08:27

le-petit-christian-2.jpgIl y a trois ans maintenant j'avais découvert les aventures du petit Christian, jeune garçon alsacien fantasmant sur les cow-boys et Rahan. Je m'étais promis de continuer à découvrir son histoire, poursuivie dans ce second tome.

 

On retrouve donc le jeune garçon, qui a grandi et qui éprouve les premiers émois sensuels. Son amour de jeunesse, c'est Catie Borie, la fille d'amis de ses parents. Le problème pour Christian, c'est qu'il ne peut la voir que pendant les vacances : elle habite à Anglet, sur la côte basque, ce qui n'est guère pratique pour un petit alsacien.

 

Comme souvent à cet âge, ce qui compte le plus, ce sont les histoires qu'on se raconte plutôt que les faits. Ainsi, pour Christian, Catie est l'objet de ses fantasmes, de ses attentions, et il s'imagine les histoires les plus improbables. Pourtant les désillusions ne manquent pas, surtout qu'elle lui parle dans une lettre d'Arnaud. Et ce n'est rien face au voyage de Noël, qui marque un terme aux rêves du jeune garçon.

 

Comme dans le premier opus, les stars de cinéma font de régulières apparitions. Ici, Charlton Heston pilote un avion, Steve McQueen fait l'objet d'une prière pour la note d'un devoir d'allemand et Marlon Brando, celui du dernier tango à Paris, donne des conseils sur l'amour. Pourtant, cet opus est moins drôle que le premier, peut-être trop sérieux. On ne rit jamais franchement, l'histoire est plus convenue. Et la dernière case, faisant réapparaitre les héros de l'enfance, semble indiquer que Christian a grandi un peu trop vite, ce qui donne un ton malheureusement beaucoup plus sérieux.

 

Le petit Christian 2 de Blutch

Ed. L'association

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:55

chroniques-de-jerusalem.jpgSi vous pensez que la bande de Gaza est un groupe de Rock, Ramallah une marque de bonbons et Hébron le nom d'un désherbant, ou si vous n'avez jamais vraiment compris les enjeux des conflits au Moyen-Orient, comme moi, alors cette BD est faite pour vous.

 

Guy Delisle y raconte sa vie pendant un an à Jérusalem. Il a suivi sa femme qui travaille dans le milieu humanitaire. N'ayant pas d'activité salariée, il profite de son séjour pour visiter Jérusalem, Israël et les territoires palestiniens. Plutôt que par le biais de longs discours historiques ou politiques, c'est par la description de son quotidien que Delisle plonge le lecteur dans les habitudes du pays.

 

Et le résultat est passionnant. Car non seulement il rend accessible des sujets géopolitiques complexes (le découpage de Jérusalem en différents quartiers, l'implantation des colonies israéliennes), mais il les donne aussi à voir. Le mur de démarcation entre Israël et Gaza est un des lieux les plus dessinés par Delisle. Certains passages sont saisissants, comme ceux où il se rend dans le quartier des juifs ultra-orthodoxes de Mea Sharim. Personne ne travaille vraiment, les hommes se consacrant presque exclusivement à l'étude de la Thora. Le narrateur manque d'ailleurs de se faire lyncher car il a osé traverser le quartier en voiture le jour du Shabbat, ce qui est rigoureusement interdit.

 

Un autre passage époustouflant est celui de la visite à Hébron. Dans la ville où vivent des colons israéliens et des palestiniens, une rue est couverte d'un filet de protection afin que les palestiniens qui marchent ne reçoivent pas sur la tête des projectiles venus des fenêtres des colons. Le fait de la voir dessiner est un atout indéniable pour l'ouvrage.

 

Delisle n'hésite d'ailleurs pas à prendre parti, notamment lorsqu'il compare deux visites organisées l'une par les arabes, l'autre par les juifs. Mais il accorde également au récit beaucoup d'humour et de quotidien. La recherche du plus beau parc de jeux ou les embouteillages interminables rythment la vie du canadien et de sa famille. Un ouvrage passionnant dans ce qu'il décrit et époustouflant dans la manière dont il le fait. Brillant !

 

L'ouvrage a reçu le prix du meilleur album au dernier festival d'Angoulême et je vous invité à visiter le site de l'auteur.


Chroniques de Jérusalem
de Guy Delisle

Éd. Delcourt - Shampooing

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 07:51

[billet déjà paru sur Biblioblog] Heureusement que certaines maisons d'édition font des rééditions de titres anciens, car sans cela, beaucoup de références seraient perdues (et malgré cela, beaucoup se perdent). C'est grâce à une réédition que j'ai eu l'occasion de découvrir l'adaptation par Golo d'un roman d'Albert Cossery, Mendiants et orgueilleux.


Cette bande dessinée emmène le lecteur dans les rues du Caire, celui des mendiants, des pauvres qui n'ont pas forcément un toit pour se loger. C'est aussi la ville des maisons closes, dans lesquelles ont fait la rencontre de Set Amina et de ses filles, en particulier Arnaba qui aura un destin funeste. Dans ces rues étroites, où la foule se presse, on suit plus particulièrement trois individus. Le premier rencontré est Gohar, vieillard au bonnet rouge constamment vissé sur la tête et accroc au haschich. Il fait des cauchemars qui le plongent dans une Egypte fantasmagorique, où il manque se noyer. Le second est Yeghen, le fournisseur de Gohar. Homme au physique ingrat, il tente d'apporter à ses clients la plénitude via la drogue. Le troisième de la bande est El Kordi, jeune homme idéaliste, bien habillé, aux rêves de révolution.

 

Tous ces personnages se trouvent au cœur une enquête policière, qui n'est finalement qu'un prétexte qu'utilise Cossery pour dépeindre les habitants pauvres du Caire. C'est également l'occasion de faire connaissance avec un officier autoritaire qui a du mal à assumer son attirance pour les hommes. Il est de fait obligé de donner rendez-vous à ses amants dans de petites boutiques au fin fond de quartiers sordides pour être sûr de ne pas être reconnu.


Autour des principaux protagonistes, on découvre encore un homme tronc victime des violences de sa femme jalouse, ou la tenancière de la maison close qui fait tout pour que son commerce reprenne. Une galerie de personnages tous plus étranges les uns que les autres, dont les intentions se découvrent petit à petit et que le lecteur a envie de suivre. L'intention de Cossery, outre celle de décrire cette ville, est également de mettre en avant cette partie de la population souvent décriée, mais qui a des raisons pour vivre de la façon dont elle le fait.

 

Le dessin de Golo rend un hommage intéressant à cette vie des quartiers populaires, plein des bruits des tramways ou des boutiques. On y ressent l'influence d'autres dessinateurs, comme à travers le personnage de Yeghen qui évoque ceux de Tardi dans Adèle Blanc-Sec, ou celle d'Hergé par le biais de cet policier infiltré à la moustache pareille à celle de Dupont (oui, le frère de l'autre), et qui est aussi efficace que son illustre modèle. Une jolie évocation des milieux pauvres de cette ville du Caire, ville d'origine d'Albert Cossery avant son arrivée à Paris, et dans laquelle a décidé de s'installer Golo, né pour sa part en France. Un carrefour qui a permis à un auteur et à un dessinateur de se rencontrer, pour un fort joli résultat.

 

Mendiants et orgueilleux, de Golo, d'après Albert Cossery

Ed. Futuropolis

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 07:36

http://www.neuvieme-art.com/images/actus/thumbs/thumbs_festival-angouleme-la-ou-vont-nos-peres-de-shaun-tan-prix-du-meilleur-album-01.jpgPrimée à Angoulême, Là où vont nos pères mérite amplement l'accueil très favorable qui lui a été fait. Tant sur le fond que sur la forme, elle réussit à exprimer et à susciter des réactions fortes. Et tout cela avec une formidable économie de moyens, puisqu'il n'y a aucun texte,et que les couleurs sont toutes dans les mêmes teintes ocres et marrons.

 

Là où vont nos pères est un hommage à tous ceux qui quittent leur pays et souvent leur famille pour aller gagner leur vie dans un pays inconnu. Le héros de la bande dessinée, émigré ayant laissé sa famille au pays, rencontre au fil de ses pérégrinations d'autres émigrés, qui chacun lui raconte son histoire, les raisons qui l'ont poussé à fuir et la façon dont il a été accueilli dans ce nouveau lieu. Certains ont fui la guerre, d'autres des conditions de travail humiliantes. Il leur reste quelques objets, des souvenirs, qui les suivent dans ce périple difficile.

 

Le tour de force de l'auteur, Shaun Tan, est d'avoir choisi un lieu imaginaire pour son action. Même si l'arrivée du père fait immédiatement penser à l'arrivée des immigrés a New-York, sur Ellis Island, événément très bien dépeint dans Golden Door, d'Emmanuele Crialese, l'ensemble de l'action se situe dans un endroit inventé. Cela va de l'écriture, qui ne ressemble à rien de connu, aux animaux de compagnie de ce pays, attachants et aux formes originales, en passant par les moyens de locomotion, un ascenseur qui emmène les individus d'un pays à l'autre.

 

L'autre tour de force est d'avoir réalisé un album sans parole. Bien évidemment, l'approche en terme de dessin et de découpage est du coup très différente de ce qui existe habituellement : plus de cases, des expressions découpées,... Cela laisse de la place pour le lecteur, qui peut introduire dans les dessins sa propre réflexion sur le sujet.

 

Là où vont nos pères est ainsi une grande bande-dessinée, servi par un excellent scénario et de très bonnes idées de « mises en scène ». Je vous le recommande très chaudement !

 

Les avis de Dédale, Keisha , In Cold Blog, Julien, BMR & MAM, Sylvie (qui en a fait un petit film)...

 

Là où vont nos pères, de Shaun Tan

Ed. Dargaud

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 20:09

Jacques Tardi est aujourd'hui un auteur de bande-dessinées connu et reconnu. Ses thèmes de prédilection : les adaptations d'oeuvres littéraires (Léo Malet, Daeninckx), ou leur illustration, en particulier celles de Céline. Ses deux ouvrages les plus célèbres sont deux séries : Le Cri du peuple, qui a pour objet la Commune de Paris, adaptée d'après le roman de Jean Vautrin, et Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste qui enquête sur des phénomènes plus ou moins normaux.

Au niveau des thèmes, deux reviennent constamment dans l'oeuvre de l'auteur : Paris, dont les représentations sont toujours saisissantes, et la Première Guerre Mondiale. C'est ce second sujet qui est ici présenté à travers la vie d'un soldat lors des trois premières années de cette boucherie sans précédent.

Pendant trois années (1914, 1915 et 1916), le lecteur suit un jeune soldat dans les combats, dans ses doutes et dans les horreurs qu'il est amené à voir et à rencontrer. Rien n'est épargné : l'absurdité des assauts, non préparés et qui ne sont que l'occasion de pertes nombreuses, la description des mutilations, des blessures occasionnées par les combats, etc.

L'aspect documentaire est au coeur de cet ouvrage. En utilisant de grandes plages de dessin  (3 cases par planches), Tardi se laisse la possibilité de décrire en détail les paysages ou les matériels utilisés, mais également de mettre en perspective les personnages qui sont au coeur de l'action. Les objets dessinés sont d'une vérité assez frappante, et on sent tout le travail et l'attachement de Tardi pour cette époque, attachement dû aux récits qu'il a entendu dans sa famille concernant cette période.

Tardi fait également un travail remarquable concernant les couleurs. Le gris et le blanc de la neige tranchent avec le rouge du sang qui est répandu. Les tons pâles ne rendent que plus frappants l'utilisation du rouge, qui est l'incarnation de la barbarie des combats qui ont eu lieu en 1914. Tardi s'inspire également d'artistes qui ont connu cette époque, et qui l'ont présentée dans leur travail. Ainsi, la dernière case de l'année 1916 fait référence à une oeuvre d'Otto Dix, artiste allemand qui a beaucoup travaillé sur la guerre (dont une partie des oeuvres est présentée à l'Historial de la Grande Guerre, installé à Péronne, dans la Somme)

En plus de l'indéniable qualité artistique, due à la maîtrise de Tardi, le travail avec l'un des spécialistes de cette époque, Jean-Pierre Verney, apporte une dimension supplémentaire. Chaque année est présentée par l'historien en fin d'ouvrage, qui replace dans leur contexte les événements rapidement décrits par Tardi. Ce travail commun donne donc lieu à un ouvrage précis et riche, qui est une très bonne approche de cette époque sombre et sanglante.

Le second tome, consacré aux années 1917-1918-1919 vient d'être publié, avec un DVD sur les champs d'horreur. 

 

Putain de guerre 1914 - 1915 - 1916, de Jacques Tardi & Jean-Pierre Verney

Ed. Casterman

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 09:31

Dans plusieurs siècles, l’Europe sera recouverte par plusieurs mètres de glace et de neige, qui auront enseveli toutes les traces des civilisations passées. Un groupe d’humains, survivant au changement climatique brutal, accompagné de chiens croisés avec des cochons au flair époustouflant, tente de trouver des vestiges érigés par leurs ancêtres, et de comprendre leur mode de vie, leurs croyances, leur manière de pensée. Ils cherchent surtout à retrouver la cité perdue indiquée sur leur carte. Au fil de leur marche et de leurs disputes, ils découvrent des vestiges de ce temps révolu. Jusqu’à ce qu’un petit groupe tombe par hasard dans un bâtiment qu’ils ne connaissent pas. Ce qu’ils y découvrent (peintures, sculptures) leur laisse présager une source primordiale pour comprendre ces civilisations. Mais le Louvre, même recouvert de neige, recèle de nombreux secrets…

 

A la suite de la lecture de la BD de Marc-Antoine Mathieu, Les Sous-sols du Révolu, je me suis plongé dans cette autre BD qui met elle aussi au centre de l’histoire le musée du Louvre. L’intrigue ne démarre vraiment que lorsque les membres de l’équipée tombent dans cet endroit à leur yeux étrange. Auparavant, Nicolas de Crécy en profite pour décrire les querelles qui minent le groupe, et les raisons pour lesquelles il se trouve seul dans cet immense étendue blanche et inquiétante.

 

La première découverte est celle d’un bâtiment de Rungis, qui permet aux scientifiques de s’extasier devant l’art rupestre de nos contemporains (leurs tags, pour aller vite). Le moment le plus convaincant, et qui vaut à lui seul de lire cette BD, est le passage central : un des scientifiques, perdu dans le Louvre glacé, utilise les images qu’il a devant les yeux pour retracer la vie de la civilisation du XVe au XXe siècle. Il en déduit que cette civilisation est une civilisation de l’image et non de la parole ou des mots, que les hommes sont capables de voler (déduction due aux anges), et que cette possibilité est liée à leur mort prochaine. En redessinant dans la BD les œuvres qui permettent d'écrire cette histoire de notre civilisation, Nicolas de Crécy rend l’ensemble extrêmement convaincant, et totalement jubilatoire de par les contresens faits à partir des œuvres regardées. Avec eux, Delacroix devient le nom d’un établissement pour femmes aux mœurs légères, et l’eau est au centre de toutes nos préoccupations.

 

La dernière partie de la BD, plus fantastique, donne vie aux statues du musée et aux personnages des tableaux. Si elle est intéressante, elle ne vaut pas ce qui précède, et n’est malheureusement que le prélude à une fin en queue de poisson, avec un discours attendu et un brin convenu sur l’art qui triomphe et permet de surmonter tous les obstacles.

 

Néanmoins, ces quelques réserves n’empêchent pas de faire de Période glaciaire une approche originale et réussie de nos relations avec les civilisations passées, en nous mettant à leur place et en utilisant comme élément d’explication et de compréhension de notre époque des œuvres qui pour nous ont un sens tout autre.

 

Les avis de Dédale (Biblioblog), Chiffonnette (toutes deux beaucoup plus enthousiastes que moi !)
Période glaciaire, de Nicolas de Crécy
Ed. Futuropolis - Musée du Louvre
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 14:05

Eudes le Volumeur, expert artistique, est nommé au Musée du Révolu. L’entrée de ce musée, situé sous le Louvre, se trouve au niveau des fondations du Louvre médiéval. Il regroupe toutes les œuvres qui ne sont plus utilisées, et toutes les corporations nécessaires au bon fonctionnement d’un musée y sont présentes : encadreur, archiviste, conservateur des moulages,… Il se promène dans les salles de ce musée original, sur les pas de ses prédécesseurs qui lui transmettent les informations qu’ils ont recueillies sur le musée.

 

Cette promenade dans ce musée imaginaire est intéressante et divertissante. Intéressante, car le lecteur y découvre l’ensemble des corps de métiers présents dans un musée. Divertisssante, car les trouvailles sont nombreuses. L’auteur s’amuse beaucoup avec le nom du musée, qu’on retrouve à de multiples endroits sous la forme d’anagrammes (Musée du Voleur, Eudes Le Volumeur, …). Le dessin en nuances de noir et blanc permet également à l‘auteur de s’amuser avec les ombres, et crée une ambiance qui rappelle tout à fait les sous-sols.

 

Des images restent en tête, comme ces grands rayonnages de casiers, le long desquels se promènent Eudes, son assistant et un guide sur une échelle.  (Pour ceux qui ont vu Monstres et Compagnie, il y a une scène assez proche). Au centre de l’ouvrage, on découvre un grand tableau qui représente un musée, dans lequel un tableau représente lui aussi un musée,… Ou encore, dans la saynète consacré à l’encadrement, on retrouve des œuvres connues (Mondrian) ou la structure de la page que le lecteur est en train de lire dans la présentation faite par l’encadreur.

 

Les clins d’œil sont nombreux, comme dans l’atelier de restauration où on s’amuse à refaire les nez abîmés de statues, ou par la référence à la couverture de Période glaciaire, de Nicolas de Crécy, publiée dans la même maison d’édition, Musée du Louvre / Futuropolis.

 

Un ouvrage plaisant et original, qui aborde de manière détournée la vie et la richesse des musées.

 

Les sous-sols du Révolu, Extraits du journal d'un expert, de Marc-Antoine Mathieu

Ed. Musée du Louvre - Futuropolis

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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 07:39

Blacksad est détective. Un chat qui mène des enquêtes parmi toutes autres espèces animales, dans les milieux marqués par le luxe et la misère, mais surtout par la peur de l’autre. Dans ces trois aventures (les seules actuellement publiées), Blacksad devra enquêter sur des meurtres ou des disparitions concernant des individus qui lui sont plus ou moins proches.
  

Dans Quelque part entre les ombres, Blacksad doit retrouver le meurtrier de son ex-compagne, et se sent constamment menacé. Il cherche donc à se protéger, mais les ruses qu’il est obligé d’utiliser pour remonter au riche commanditaire le mettent souvent en danger. Première intrigue classique, dans un cadre pas forcément innovant, ce premier épisode semble l’occasion pour les  auteurs Diaz Canales et Guarnido de mettre en place leur personnage.

 

Artic Nation s’attaque à un sujet plus ambitieux. Toujours dans le cadre d’une enquête, Blacksad, chat noir au museau blanc, doit faire face à deux groupes prônant des thèses raciales, les blancs d’un coté, les noirs de l’autre. Aidé par un journaliste, il affrontera une secte digne du Ku Klux Klan, et son enlèvement lui permettra de découvrir enfin la vérité.

 

Le troisième épisode est intitulé Ame rouge. Dans celui-ci, Blacksad retrouve un professeur qui l’a marqué lorsqu’il était étudiant. Connu pour ses sympathies communistes, il est sous surveillance du gouvernement. Mais ses amis, qui partagent ses convictions, sont retrouvés assassinés, les uns après les  autres. Le passé va les rattraper…

 

Plus que les intrigues, ce sont les décors utilisés et l’ambiance instillée qui sont épatants. Avec des arrières plans très différents, les deux auteurs parviennent à rendre une atmosphère de tension et de violence, avec quelques sc ènes où le sang giclent et où les coups pleuvent. Surtout, l’utilisation de physiques animaux rend la bestialité des personnages flagrante. Blacksad, chat placide, n’hésite pas à sortir ses griffes quand il le faut. Les caractères des autres personnages transparaissent aussi dans le choix animalier : le journaliste est incarné par une fouine, les tueurs à gage par un lézard ou un gavial, et les nazis blancs d’Artic Nation par entre autres un ours blanc et un renard. Ce choix de représentation fait penser aux Disney d’il y a quelques années (le plus marquant étant certainement Robin des Bois, avec renards, ours, loups, serpent et autres tigres), mais dans une ambiance totalement différente, beaucoup plus sombre et angoissante.

Une belle réussite que cette bande dessinée, avec une préférence pour le second tome (Artic Nation), à l’intrigue plus fouillée et plus ambitieuse. Reste à savoir si d’autres tomes sont prévus prochainement…

 

Edit octobre 2010 : Un quatrième tome des aventures de Blacksad vient de paraître... Affaire à suivre !

 

Blacksad : Quelque part entre les ombres ; Artic Nation ; Ame rouge

de Juanjo Guarnido et Juan Diaz Canales

Ed. Dargaud

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