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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 19:47

Olga, Macha et Irina, trois sœurs, vivent avec leur frère Andreï dans une grande demeure, dans une ville de garnison en province. Depuis la mort de leur père, le rêve d'Irina, la plus jeune, est de retourner vivre à Moscou, ville qu'elle et ses sœurs ont dû quitter. C'est là qu'elles pourront travailler, car, comme le dit Touzenbach, un jeune militaire qui fréquente leur demeure, rien ne vaut le travail. Malheureusement, quelques années plus tard, tout cela s'est évanoui. Andreï, le frère aux rêves pleins de musique et d'université, est devenu un mari acariâtre, dont l'épouse fait tout pour récupérer le demeure familiale. Les trois sœurs, allant de déceptions amoureuses en insatisfactions professionnelles, vivent mal cette chute sans fin...


J'ai découvert Tchekhov sur le tard, il y a seulement trois ans, mais plus je me plonge dans son œuvre, plus je suis enthousiasmé par ce qu'y trouve. Ce qui est encore plus intéressant, c'est que je suis loin d'avoir fait le tour de ses œuvres, même les plus connues. Oncle Vania ou La mouette me sont toujours étrangères.


Mais revenons à ces trois sœurs, qu'Alain Françon met ici en scène (après avoir monté la Cerisaie l'an dernier). Comme dans cette dernière pièce, l'objet central de l'intrigue est une demeure, qui est le centre de toutes les attentions. Mais alors qu'elle est dans la Cerisaie le retour aux sources, elle est ici l'endroit que l'on veut quitter. En revanche, elle stigmatise toujours la lutte de pouvoir entre ancienne aristocratie et nouvelle bourgeoise. En lieu et place d'un ancien moujik dans La cerisaie, c'est ici Natalia Ivanovna, la femme d'Andreï, jeune bourgeoise parvenue et sans style au début de la pièce, qui prendra le contrôle et évacuera les anciens locataires.


Les soeurs sont seules, perdues dans cette lutte qu'elles ne souhaitent pas mener. Alors que les autres se positionnent et manigancent, elles ne pensent qu'à s'amuser et à rêver à des temps meilleurs. Même l'incendie qui ravage leur village ne leur permet pas de prendre du recul et de s'assumer un peu plus. Le grand repas avec tous les invités, en particulier le médecin qui vit sur place ou les militaires qui cherchent à leur plaire, est le symbole de cette insouciance. Elle est d'ailleurs partagée par Touzenbach, qui quittera son poste de militaire pour aller à la quête du travail, qu'il voit comme une activité presque romantique. A l'inverse, le cynique et brutal Saliony, qui convoite comme Touzenbach Irina, ne se laisse pas bercer par ces douces illusions.


La mise en scène d'Alain Françon est sobre, très classique et inspirée de (voire calquée sur) celle de Stanislavski, qui a créé la pièce à Moscou en 1901. Il donne toute leur place aux acteurs, qui ne se font pas prier pour le prendre. Le trio des trois soeurs, Florence Viala, Elsa Lepoivre et Georgia Scalliet, fonctionne très bien, et à leur côté, des duos se forment et marquent par leur présence. Il y a tout d'abord le duo amoureux Michel Vuillermoz – Elsa Lepoivre (déjà Comte et Comtesse dans Le mariage de Figaro), et le duo des militaires rivaux, Eric Ruf parfait en cynique Saliony et Laurent Stocker très juste en militaire rêveur. A leurs côtés, le reste de la distribution est très bon, avec notamment Guillaume Gallienne, Michel Robin ou Coraly Zahonero, à gifler dans son rôle de peste arriviste.


Une bien belle soirée donc, dans une mise en scène qui si elle ne révolutionne pas le genre, met en valeur ce très beau texte et ces très bons comédiens.

 

Autres pièces de Tchekhov : La cerisaie, Ivanov

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