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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 18:42

strindberg.jpgActuellement à la Colline, on peut voir deux pièce de Strindberg, auteur suédois du XIXe, mise en scène par Christian Schiaretti. Si Mademoiselle Julie et Créanciers peuvent sembler de prime abord abruptes, le travail du metteur en scène et des acteurs permet de très bien entendre les deux oeuvres, et de passer ainsi un excellent moment.

 

Mademoiselle Julie est une jeune aristocrate. Le soir de la Saint-Jean, elle est exaltée, certaine que ses domestiques l'adorent. Or, il n'en est rien, et bien que Jean, le garde-chasse, la prévienne, rien n'y fait : elle est persuadée d'être aimée. Lorsque le danger devient trop flagrant, Jean parvient à manipuler la jeune fille et lui faire croire en un avenir radieux, loin des terres ancestrales.

 

Créanciers est également l'histoire d'une manipulation. Amoureuse, cette fois. Mais aussi une vengeance. Gustaf, professeur de lettres classiques, donne des conseil à Adolf, son ami peintre devenu sculpteur. Ils parlent également de Tekla, la femme d'Adolf, que ce dernier estime avoir ouvert à l'art et à la création, et être ainsi son créancier. Mais le principal créancier n'est pas forcément celui qu'on croit, et lorsque Gustaf décline sa véritable identité, le drame est déjà noué.

 

Dans les deux pièces, vues à la suite l'une de l'autre, Strindberg fait jouer des trios. Dans le premier, ce sont deux domestiques, vaguement amants (Jean et Christine) et leur maîtresse. Mais si Christine est finalement assez effacée, hors scène au moment de l'affrontement, Jean est lui peu tendre avec sa maîtresse. A l'image du serin auquel il tord le cou, il agrippe Mademoiselle Julie pour la faire répondre à ses désirs. Mais, serviable comme doit l'être un domestique, il rentre vite dans le rang lorsque son maître le sonne. Pièce sur la domination, maître/domestique et ambition/passion, Mademoiselle Julie emmène le spectateur sur toute la gamme des sentiments.

 

Pour Créanciers, c'est un peu plus classique, même si le retournement du dernier tiers est tout à fait saisissant. Affaire de trio, une nouvelle fois, mais le trio ne se verra jamais : la pièce est constituée de trios duos, qui font toute l'intrigue. La grande idée de Schiaretti, c'est de faire apparaître le troisième, sensé être hors champ. De ce fait, le duo est souvent placé sous l'oeil du troisième, qui se trouve bourreau ou victime.

 

L'ensemble est admirablement servi par une très belle scénographie, très simple et forte comme ce long couloir qui sert d'entrée aux personnages. Et les quatre acteurs sont remarquables. Wladimir Yordanoff et Clara Simpson sont présents dans les deux pièces, et à leur côtés, Clémentine Verdier en Mademoiselle Julie et Christophe Maltot en Adolf sont très bons. Un diptyque tout à fait réussi pour cette première incursion dans l'univers de Strindberg !

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 17:02

et-soudain-tout-le-monde-me-manque.jpgJustine est une jeune fille qui tente de construire sa vie. Employée comme manipulatrice radio, elle occupe le salon de sa soeur, et sa vie amoureuse est un peu tourmentée. Mais le plus compliqué, c'est sa relation avec son père, Eli. Car il est intrusif, notamment auprès de ses petits amis, mais surtout totalement égoïste. La cerise sur le gâteau, pour elle, c'est l'annonce de la grossesse de la femme de son père. Justine essaie donc de construire sa vie, et de la rediriger vers les choses qui comptent vraiment.

 

Voilà un film pleins de bons sentiments, et peut-être un peu trop plein, d'ailleurs. Le personnage de Justine (Mélanie Laurent), jeune fille installée dans son métier mais en précarité sur d'autres points, est assez intéressant, car bancal. Jeune fille toujours en déséquilibre, qui cherche un échappatoire dans la création artistique, avec la radiographie d'objets du quotidien.

 

Sa relation avec son père est complexe. Elle a souffert de son absence, de sa distance et de son intrusion. Un père d'ailleurs tout à fait désagréable, antipathique, ce que rend parfaitement Michel Blanc. La galerie des personnages secondaires est assez intéressant, mais manque un peu de profondeur, en particulier celui de la soeur et de son mari (totalement carictural dans sa fatuité, avec ses maquettes d'avion dignes de François Pignon).

 

Heureusement, et je suis totalement d'accord avec Pascale sur ce point, il y a Guillaume Gouix. Déjà vu dans Poupoupidou ou Les beaux mecs, ce jeune homme dégage une puissance, une force tout à fait impressionnante. Et son duo avec Mélanie Laurent, est assez convaincant. Mais hormis la confirmation de Guillaume Gouix, j'ai trouvé le premier film de Jenifer Devoldère un peu léger, par manque soit d'absurdité et de loufoquerie, soit de profondeur. En demi-teinte, donc.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 22:00

la-nuit-du-chasseur.jpgCertains films sont des petits miracles. Et des grandes merveilles. La nuit du chasseur en est l'exemple parfait. Film tiré du seul 'un roman écrit par Davis Grubb, seul film réalisé par l'acteur Charles Laughton, il est aujourd'hui considéré comme un des plus grands films du cinéma. Et il le mérite totalement. Et, très bonne nouvelle, Carlotta films (qui fait un remarquable travail de diffusion et de restauration) diffuse une version restaurée du film. Et au cinéma, La nuit du chasseur prend toute son ampleur.

 

Car c'est sur grand écran que la merveilleuse mise en scène et mise en lumière du film prennent toute leur ampleur. Les jeux sur les ombres (celle du chapeau du prêcheur, qui vient se superposer sur l'image du jeune John, la plus connue) ajoutent à la dimension onirique du film, et montrent la maîtrise technique du film.

 

La nuit du chasseur est un merveilleux conte. Sans fée ni Prince Charmant, mais avec un méchant digne de ses grands anciens. Prêcheur (Robert Mitchum dans le rôle de sa vie) est constamment inquiétant, et à aucun moment, on éprouve de sympathie pour cet homme machiavélique, capable des pires atrocités (notamment la manipulation des êtres de son entourage).

 

Autre élément du conte, la présence des enfants au centre du récit. John et Pearl, les frères et soeurs du récit, doivent garder secret l'endroit où est caché l'argent volé par leur père. Et ceci devient très compliqué lorsque Prêcheur, qui connaît l'existence de cette manne financière, cherche à tout prix à convaincre les enfants de leur dévoiler la cachette. Tous les coups sont permis, mais John, du haut de ses 7-8 ans, est prêt au combat.

 

Le film est marqué par de magnifiques scènes, notamment cette grande descente sur le fleuve, avec ces animaux qui parsèment le parcours du bateau des enfants. Ou l'apparition de Prêcheur sur son cheval, entonnant son psaume Leaning. Ou encore la scène où Rachel Cooper défend sa maison avec un fusil et en répondant au psaume de Prêcheur.

 

Un film magnifique, merveilleux, et si vous avez l'occasion de vous rendre au Grand Action (Paris 5eme arrondissement), ne vous en privez surtout pas ! Vous ne le regretterez pas !

 

Le roman de Davis Grubb

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 18:45

sexualite-plateau-fruits-mer-copie-1.jpg[déjà paru sur Biblioblog] Jean-Pierre Otte m'avait emmené dans un jardin faire un voyage dans le monde des plantes et des insectes, à la découverte de leurs amours et relations procréatrices. Touché par cet ouvrage poétique et sensuel, j'ai suivi Otte dans un nouveau voyage au bord de la mer, à la poursuite d'un plateau de fruits de mer. Malheureusement, le charme n'a cette fois pas été au rendez-vous.

 

Pourtant, la sexualité des huîtres, palourdes et autres homards est assez fascinante. Comment ces animaux, enfermés dans des coquilles ou ne pouvant se déplacer que sur le fond des océans, parviennent à se reproduire ? Pour certains, cela ressemble à ce qui se passe pour les poissons : les gamètes mâles et femelles sont propulsés dans l'eau, et la fécondation et le développement se fait donc à l'extérieur.

 

Mais il a été nécessaire de trouver des systèmes encore plus ingénieux pour certains d'entre eux. Pour le poulpe, par exemple, c'est grâce à une de ses tentacules qu'il introduit la semence dans le corps de la femelle. Car comme beaucoup des animaux dont l'ouvrage parle, il n'a pas de pénis. L'huître a résolu le problème autrement, en faisant tout toute seule : mâle la moitié de l'année, femelle l'autre, la fécondation a eu lieu dans la coquille, et elle évite ainsi tout contact avec les autres individus de l'espèce. De manière assez générale, les contacts sont peu nombreux, hormis chez le homard qui pratique la position du missionnaire.

 

Malheureusement, Jean-Pierre Otte ne parvient pas à rendre le mystère de la procréation, à donner envie de savoir comment chaque espèce parvient à se reproduire. Le style est assez emprunté, et certaines métaphores avec la femme sont assez malvenues. Finalement, j'ai plus eu l'impression de lire un manuel de sciences naturelles qu'un roman, la faute à des paragraphes très courts, et surtout à une construction systématique : une approche un peu générale se voulant poétique (mais assez souvent ratée) puis une description plus précise de la sexualité de chaque animal. Une rencontre qui n'a donc pas eu lieu, et je vais retourner dans le jardin, pour relire les parades des fleurs et les stratagèmes des insectes, traités de manière bien plus passionnants.

 

La sexualité d'un plateau de fruits de mer, de Jean-Pierre Otte

Ed. Julliard

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 19:35

source-code.jpgUn train. Un homme, qui se réveille, et se demande ce qu'il fait là. Une femme lui parle, l'appelle Sean, et semble bien le connaître, puisqu'elle lui raconte sa vie. Mais notre homme ne comprend pas pourquoi on lui parle, pourquoi il est dans ce train de la banlieue de Chicago. Et c'est lorsque le train est victime d'un attentat qu'il découvre la vérité.

 

Voici, rapidement, un résumé des huit premières du film, et je n'en dirai pas plus pour ne pas déflorer les raisons pour lesquelles notre homme est dans le train. Car il est assez intéressant d'arriver vierge devant le film de Duncan Jones, pour profiter pleinement de l'effet de surprise. Et découvrir, petit à petit, la vie de Colter Stevens, que cette femme dans le train s'évertue à appeler Sean.

 

Le film est prenant, monté de manière assez énergique pour emporter le spectateur sans trop de problème. Pourtant, ce n'était pas gagné, car cela démarre un peu comme un n-ième film avec super-héros qui sauve la monde des dangeureux terroristes, un  mélange de Bruce Willis et de Jack Bauer lancé dans un train de banlieue.

 

Mais le film est bien plus subtil que ce qu'il montre au premier abord. Tout d'abord par sa construction, très maligne et subtile, jamais répétitive (alors que ça aurait très bien pu l'être). Ensuite parce qu'on sort parfois du train, et qu'on découvre pourquoi Colter Stevens est là, et pour quoi faire. Et c'est peut-être là que le film devient le plus intéressant, dans sa description de scientifiques démiurges, prêt à tout pour imposer coûte que coûte leur vision du progrès technique.

 

Et il ne faut pas retirer leur mérites aux acteurs principaux, en particulier à Jake Gyllenhall, très séduisant dans ce rôle d'homme hanté par une histoire dont il ne découvre les tenants et aboutissants que progressivement. Mais aussi à Michelle Monaghan, qui permet que l'histoire prenne un tournant romantique par moment, et à Vera Farmiga.

 

J'ai bien conscience que vous n'aurez pas une parfaite vision du film en lisant ce billet, mais je conseille de découvrir ce qui se cache derrière Colter Stevens vous-même, pour garder le plaisir de l'intrigue.

 

Le très bon billet de Pascale, qui n'en dévoile pas trop, et qui m'a incité à choisir ce film-là (et je l'en remercie).

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 19:48

indignez-vous.jpgLe succès de librairie de la fin d'année dernière ! Dans ce court essai d'une trentaine de pages, Stéphane Hessel, 93 ans, revient sur les raisons qui ont fondé son engagement, et délivre un message aux plus jeunes générations : que l'indifférence est une plaie dangereuse, et que l'indignation est la réaction appropriée, génératrice de la résistance qui pourra transformer notre monde.

 

L'incroyable succès de l'ouvrage a attiré tous les regards, et des critiques assez peu amènes ; l'indignation n'est pas la solution, comment en trente pages peut-il prétendre donner les clés de la société actuelle,... Pourtant, ce témoignage est éclairant, dans la mesure où il risque d'être l'un des derniers de ceux qui furent à la base du système social français, les membres du Conseil National de la Résistance (CNR). Eclairant, car il revient sur les raisons de son propre engagement, et sur ce qu'il a été possible de faire dans un pays ruiné, où tout était à reconstruire. Et c'est quand il n'y avait plus rien à défendre et tout à créer que les mesures les plus égalitaires et sociales ont pu être prises (et les quelques réticences être vaincues) : la création de la Sécurité Sociale, la nationalisation des sources d'énergie et des banques,... Bref, tout ce que nos dirigeants veulent aujourd'hui réduire en miettes, alors que le pays n'a jamais été aussi riche (eh oui, le PIB, même s'il n'augmente pas aussi vite que le souhaitent certains, continue de progresser...). Cela a été possible car les membres du CNR étaient convaincus que l'intérêt général devait primer à tout prix l'intérêt particulier.

 

Aujourd'hui, les raisons de l'indignation de Hessel ont changé, mais elles n'ont pas disparu. Outre la défense du programme mis en place en 1945, il nous fait partager son indignation face au sort des Palestiniens, enfermés dans la bande Gaza et en Cisjordanie en opposition totale avec les résolutions prises par les Nations Unies. Mais face à ces situations, la solution passe selon lui par la non-violence. Choix radical et osé, mais certainement lié à son passé de diplomate. Alors, si je ne suis pas en accord avec les options politiques prises par Stéphane Hessel (qui penche clairement pour la falote sociale-démocratie, trop accomodante avec le système actuel à mon goût), je ne peux que saluer ce petit opus salutaire en ces temps de régression à tout va (sociale, humaniste,...). Alors, si vous avez 30 minutes à consacrer à un essai, prenez celui-ci, il ne pourra que vous faire réagir.

 

Et je suis assez content pour les fondateurs de la maison d'édition Indigène, dont je suis les publications depuis quelques temps, et qui trouvent ici le succès qu'ils méritent.

 

Indignez-vous, de Stéphane Hessel

Ed. Indigène - Ceux qui marchent contre le vent

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 16:24

cirkus-columbia.jpgAprès 20 ans d'exil en Allemagne, Divko revient en Bosnie, son pays d'origine. Le régime communiste vient de tomber, et tout semble possible. L'occasion pour lui de relancer sa vie, en divorçant de sa femme Lucija restée sur place, et d'épouser Azra, la jeune femme qui l'accompagne dans sa mercedes. Mais Lucija ne se laisse pas faire, et avec l'aide de son fils Martin, elle fait tout pour défendre sa dignité. Mais le retour au calme n'est que de courte durée car au loin, les opérations militaires reprennent, sur fond de haines nationalistes.

 

Voilà un film qui mérite vraiment d'être vu (malheureusement, il n'a été que peu distribué, et c'est bien immérité). Car Denis Tanovic, en racontant cette histoire de retour sur la terre natale avec fond de fin de régime communiste et de guerre civile qui couve, maîtrise admirablement son sujet.

 

Ca démarre comme une comédie burlesque, avec Martin, qui fait de la radio en amateur, et qui manque de tuer sa mère en faisant tomber une tuile du toit. Ou avec Divko, obligé d'attendre le retour du patron pour récupérer sa monnaie à la station-service. Cette dimension burlesque sera un fil rouge du film, avec le passage hilarant de la recherche du chat perdu par Divko, sans qui il ne parvient à vivre.

 

Mais peu à peu, l'angoisse s'instille. Entre Martin et son meilleur ami, les relations se tendent. L'ancien maire communiste, qui est resté dans le village, se fait tabasser un soir, devant chez lui. Et les bruits des opérations militaires au loin se font de plus en plus proches. C'est dans ce contexte de crise, de montée des haines et des peurs que se débattent tous ces personnages, interprêtés par une troupe d'acteur formidable (Miki Manojlovic en tête, mais aussi Mira Furlan ou Boris Ler). La grande force du metteur en scène est de concentrer son attention sur eux, leur vie, leurs sentiments, avec un regard souvent touchant et drôle, tout en gardant un oeil sur ce qui se trame et qui aura une influence considérable sur leur existence.

 

Cirkus Columbia n'est pas un film de guerre au sens propre du terme, mais cette dernière irrigue l'ensemble du film. Et je crois n'avoir jamis vu de manière assez réaliste comment, avec les combats, des amis deviennent des ennemis, et comment un idéal légitime (la chute de la dictature communiste) est totalement dévoyé au profit de règlement de compte racistes et nationalistes. Chapeau Mr Tanovic, votre film rend merveilleusement ce moment douloureux et souvent irrationnel de l'avant-guerre !

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 22:05

philibert.jpgPhilibert s'est toujours cru le fils d'un cultivateur d'artichauts breton. Quand son père meurt, il lui annonce qu'il n'a fait que l'adopter, le recevant des mains de son vrai père tué par un bourguignon, le Duc d'Artois, celui avec une tache de vin en forme de rose. Philibert, armé de ses multiples collants colorés et élastiques, se met donc en route pour retrouver l'assassin de son père, et fera des rencontres assez imprévues...

 

Alors là, c'est de la parodie au sens plein du terme. Aucun souci de vraisemblance, ni dans le récit ni dans la reconstitution historique, on est dans la parodie d'oeuvres qui prenaient déjà leurs aises avec l'histoire. Les décors sont de carton-pâte, les rires de gorge et les amours éternels. Du coup, l'accumulation de traits décalés fait qu'il est difficile de tenir une intrigue sur 90 minutes, et Sylvain Fusée a d'ailleurs un peu de mal à le faire. Car quand les originaux sont déjà des oeuvres très marquées, avec des personnages souvent caricaturaux, il est difficile de faire plus royaliste que le roi.

 

Du coup, ce qui marche avec OSS 117 (même producteurs) et qui est surtout dû au décalage du personnage principal, ne fonctionne pas totalement ici. Car Philibert, incarné par Jérémie Rénier qui ne démérite pas et donne de sa personne, n'est jamais assez ridicule pour devenir sympathique. Un peu trop propre sur lui, et le rire ne vient donc pas.

 

Quelques scènes sont très réussies, comme le soulèvement silencieux des galériens dans la soute, mais l'ensemble manque de souffle. Et aussi d'une intrigue, le second dégré ne pouvant reposer seulement sur les décors et les caricatures de Duc (Alexandre Astier), de page (Manu Payet) ou de princesse (Elodie Navarre, assez convaincante). Dommage, car si le film n'est pas raté, et même par moment réussi, il aurait vraiment mérité meilleur sort. Allez on pourra toujours se consoler avec Jean Marais ou Peau d'âne !

 

L'avis de Pascale

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 07:34

noces-de-chene.gif[Billet paru sur Biblioblog] Dans notre société où la durée de vie s'allonge, il est assez rare de s'intéresser aux personnes âgées. Pour une partie d'elles, elles sont dans des maisons de retraite, des instituts médicalisés et elles voient des connaissances de temps à autre. Mais il y encore plus tabou : quand les personnes jugées trop âgées reprennent vie, qu'elles aiment, qu'elles éprouvent des sentiments envers une personne de leur âge, voire une attirance physique. C'est ce sujet sensible qu'a décidé d'aborder Régine Detambel dans ce court roman.

 

Taine et Maria vivent dans une maison de retraite, quelque part en Provence. Ils s'aiment, ont parfois des relations sexuelles, comme des personnes de leur âge, c'est à dire sans la fougue de leur jeunesse mais avec la tendresse et la lenteur de la vieillesse. Si certaines infirmières sont indulgentes, d'autres leur indiquent clairement que ce n'est plus de leur âge. Un jour, Maria disparaît. Taine s'inquiète. Fait le siège de sa chambre, tente de soutirer des informations aux voisins. Il décide de la chercher à l'extérieur, et choisit de se rendre dans la maison que Maria possède sur les pentes du Ventoux.


Pourtant, Taine ne retrouvera pas Maria. Car suite à une chute dans un escalier, elle se retrouve coincée sous les marches, dans un endroit sans passage. C'est là qu'elle mourra seule, sans que personne ne l'entende. Aucune révélation dans cet élément du récit, car c'est la scène d'ouverture du roman.

 

L'objet du roman, outre l'histoire d'amour, est donc la quête de Taine. Quête, vaine, de Maria. Quête d'une jeunesse lointaine. Lors de son escalade du Ventoux, il est contraint de passer la nuit dehors, de peur d'être repéré. Il renoue avec la nature pour se nourrir, mais croque malheureusement dans les mauvaises herbes, et manque de mourir. C'est sans compter sur le passage d'une femme des alentours, spécialiste des herbes, qui décide de l'aider. Et de l'aimer.

 

Le récit est donc coupé en deux parties. Et cette coupure m'a paru assez artificielle. Autant j'ai été assez séduit par la première partie, autour de l'inquiétude de Taine, dont on sait qu'il n'aura jamais de réponse, ou de sa fuite. Autant la seconde m'a paru assez bancale. Je n'ai pas été intéressé par cette nouvelle histoire avec Vitalie, qui lui fait oublier en deux temps trois mouvements celle pour laquelle il était parti. Les descriptions de la nature du Ventoux sont également trop riches, en termes sophistiqués et dans l'écriture. Cette dernière est d'ailleurs dans l'ensemble assez maniérée, et manque de naturel. Exactement le contraire de ce qui est dépeint dans le roman. Une rencontre en demi-teinte, donc.

 

Noces de chêne, de Régine Detambel

Ed. Gallimard

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 07:31

marche-de-mina.jpgLa marche de Mina, c'est celle qu'elle ne fera jamais. Enfant fragile, elle ne peut se rendre à l'école que sur le dos de Pochiko, l'hippopotame nain de la famille. Mina est la fille d'un industriel qui a importé la recette d'Allemagne du Fressy, une limonade. L'Allemagne est également le pays d'origine de Rosa, la grand-mère. Bien que son père soit souvent absent, la grande maison de Mina est rarement vide : Mr Kobayashi vient souvent donner un coup de main, et Mme Yoneda tient la maison avec une grande rigueur. Mais c'est l'arrivée de la cousine Tomoko qui donne un nouvel élan à la maison et à son jardin zoologique laissé en jachère.

 

C'est par les yeux de Tomoko, la nouvelle venue, qu'on découvre le fonctionnement de la maison, et la vie de Mina, cette jeune enfant qui inquiète tant ses proches à cause de sa santé très délicate. Il est parfois nécessaire d'aller en urgence à l'hôpital pour la sauver. Pour Tomoko, cette maison est un refuge, elle qui vient de perdre son père et dont la mère doit suivre une formation loin de la demeure familiale. C'est exactement le sentiment qu'on ressent à la lecture, une parenthèse enchantée dans la vie de Tomoko.

 

Pourtant, tout n'est pas rose. Le trajet pour aller à l'école est long, et Tomoko est complexée par l'érudition de Mina, capable de lire des livres qu'elle ne connait même pas. Quand Mina demande à Tomoko d'aller chercher les ouvrages à la bibliothèque, c'est un univers nouveau qui s'ouvre, plein de possibilités mais aussi de crainte. Et ce jeune bibliothécaire, qui croit que c'est elle qui lit tous les livres, est à la fois une raison pour s'y rendre et une peur du mensonge qu'elle n'ose dévoiler.

 

Mina aussi a son homme, ce livreur de Fressy qui l'alimente en  boîtes d'allumettes., qu'elle collectionne et à partir des illustrations desquelles elle s'invente des histoires. Et ce sont ces relations entre adultes et enfants, vus à hauteur des jeunes filles, qui rendent ce roman touchant et émouvant. De même, la passion innocente et soudaine pour le volley-ball, véritable fascination des fillettes, incapables de faire deux passes correctement, est vécue intensèment. Et lorsque le réel rencontre les fanstames, que les palestiniens prennent en otage les athlètes israéliens alors que doivent se jouer les premiers matchs des JO de Munich, le choc est rude : c'est l'irruption de ce que les deux jeunes filles souhaitent éviter.

 

Avec une écriture assez simple, Yoko Ogawa, que je découvre pour l'occasion, signe un roman tout à fait attendrissant et passionnant, qui emmène dans ce Japon du début des années 70 et dans la vie des enfants, fascinés par un hippopotame nain et une équipe de volley-ball. Un très beau roman, que je recommande vivement (et qui vous permettra de mieux comprendre pourquoi les japonais ont choisi le volley-ball pour raconter les histoires de Jeanne et Serge !). Une très bonne surprise, donc, pour moi qui ne suis pas un grand addepte de la littérature asiatique et en particulier japonaise.

 

Dernier livre lu dans le cadre de la chaîne des livres (Ys, merci encore), proposé par Virginie.

 

La marche de Mina, de Yoko Ogawa

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Ed. Actes Sud

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