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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 14:56

Erzsebet Bathory est une comtesse hongroise riche et puissante. Son mari a les honneurs du royaume suite à ses victoires contre les turcs, et la couronne redoute cette famille. Suite à la mort de son mari, la comtesse rencontre Istvan Turzo, un jeune homme de dix-neuf ans plus jeune qu'elle dont elle tombe immédiatement amoureuse. La réciproque est vraie, mais le père de Istvan, un dignitaire du royaume qui lorgne sur la fortune de la comtesse, fait tout pour empêcher leur relation. Se croyant délaissée à cause de son âge, la peur de vieillir devient pour la comtesse une obsession. Et le jour où elle reçoit quelques gouttes de sang sur le visage, elle a l'impression de rajeunir. Elle se lance alors dans une poursuite macabre de la jeunesse éternelle.


Julie Delpy signe avec la comtesse un film culotté. Elle utilise la personnalité d'Erzsebet  Bathory, considérée comme une des plus grandes criminelles de l'histoire et parfois associée aux mythes vampiriques, pour signer une oeuvre très personnelle, féministe et inattendue. En effet, alors que l'aspect violent ou sanguinolent de l'intrigue pourrait faire peur, la réalisatrice choisit de concentrer son attention sur la comtesse, qu'elle interprête. On ne voit finalement que peu de scènes difficiles, et les seules qui font réellement frémir sont liées à l'amour fou que porte Bathory pour son jeune amant (comme cette scène où elle place une mèche de cheveux en son sein). La mort des vierges, dont elle utilise le sang pour conserver sa jeunesse, n'est que suggérée, tout comme la cage qui permet de récupérer le maximum de sang possible. Et ce choix est très pertinent.


Plus qu'un film de criminels ou de vampires, c'est un portrait de femme. La comtesse est une femme de pouvoir, riche et cela est mal accepté par les nobles de son époque. Elle se permet de répondre sans beaucoup de retenue à un évèque, et refuse les avances que lui fait Turzo senior. Cette liberté, dans les actes politiques comme intimes, elle la paiera au prix fort. Sa relation homosexuelle avec Darvulia, une magicienne, est le premier élément que ses adversaires utiliseront contre elle. Mais surtout, une terrible machination mise en place par les pontes su royaume met en danger la comtesse, qui plonge peu à peu dans une folie qui ravit ses détracteurs.
 

Les personnages, de Darvulia, sorcière qui s'éloigne beaucoup des canons du genre, à l'amant masochiste de Bathory, donnent une tonalité sombre et mystérieuse à l'oeuvre. Si Daniel Brühl est un peu effacé en Istvan, Julie Delpy éclabousse de toute sa classe ce film qu'elle réalise et dont elle a également composé la musique. Elle reprend le mythe de cette comtesse, n'hésite pas mettre en doute la théorie officielle qui veut qu'elle ait tué six cent jeunes filles, et ce dès les début du film : « L'hsitoire est écrite par les vainqueurs ». Elle tente de réhabiliter cette comtesse, vue par les mâles dominants comme un être maléfique, alors qu'elle a très certainement été victime d'une machination machiavélique. Le choix de la narration par Istvan, d'abord directe puis rapportée puisque son père l'éloigne de la comtesse, est très judicieuse, et appuie de manière intéressante et subtile cette volonté de montrer un autre visage de cette femme détestée. Un film osé, pour lequel Julie Delpy fait preuve d'une grande maîtrise.
 

L'avis de Pascale (sur l'injonction de qui je suis allé voir le film, et je l'en remercie).

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commentaires

Ys 10/06/2010 23:21



Ah formidable ! Si je m'étais souvenu de ce billet avant d'écrire le mien, j'aurais fait un simple copié-collé ! Je suis d'accord avec tout, j'ai vu ce film avec les mêmes yeux que toi, tout
aussi impressionnée par le jeu de Julie Delpy. Merci Emmyne pour le lien ;-)



Yohan 15/06/2010 18:47



Oh, mais tu as bien fait de dérdiger un billet de ton coté, sinon je t'aurai attaqué en justice pour plagiat ;-) Content que ce film t'ait plu également !



Anjelica 14/05/2010 22:48



Je ne pense pas que j'irais le voir au cinéma mais je le note pour sa sortie en DVD.


En fait, je ne connais rien de l'histoire de cette comtesse, je pourrais donc le regarder sans idées préconçues.



Yohan 15/05/2010 18:15



Un film que je te conseille, et dans lequel tu découvriras l'histoire de cette comtesse (que je connaissais pas non plus !)



Laetitia 14/05/2010 14:07



C'est fou... vraiment fou ce qu'on peut être de nouveau d'accord :-)



Yohan 15/05/2010 18:12



Je crois que depuis que j'ai installé Skype, il y a des ondes qui passent entre nous !



choupynette 13/05/2010 15:23



C'est une fille qui a beaucoup de talent cette Julie Delpy. J'avais beaucoup aimé son précédent film (2 days in Paris)



Yohan 15/05/2010 18:11



Oui, et je crois que je vais le suivre d'un peu plus près, son talent !



Voyelle et Consonne 12/05/2010 19:07



J'ai hâte de le voir (pas encore sorti à Bruxelles)!


J'avais beaucoup ri avec son premier film, 2 days in Paris. Et j'avais trouvé Before sunset et Before sunrise un peu verbeux mais intéressants (je crois qu'elle a écrit
le scènario du deuxième). Bref, quelqu'un d'original, à suivre!



Yohan 15/05/2010 18:09



Je n'ai pas vu 2 days in Paris, et mes seules rencontres avec Julie Delpy étaient dans Before Sunset et dans Homo Faber de Schlöndorff. MAis ce film me donne envie de la découvrir d'un peu plus
près....