Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 07:22

Richard Nixon, Président des Etats-Unis, est contraint de démissionner suite au scandale du Watergate. L’annonce de sa démission à la télévision fait une audience importante. Ce qui donne à David Frost, animateur de télé, l’idée d’organiser une interview de l’ancien Président des Etats-Unis. Ce qui serait pour lui l’occasion de redorer son blason, terni au point qu’il en est résolu à présenter des émissions de magie en Australie. Mais le financement est compliqué, et Nixon, homme politique blessé, est un spécialiste de la politique, qui donnera à Frost beaucoup de fil à retordre. Le journaliste va-t-il réussir à faire en sorte que Nixon exprime des remords ?

 

Sur un fond de thème politique (le Watergate, présenté ici sommairement et servant de prétexte), ce film est, comme son titre l’indique, la confrontation entre deux hommes. Deux hommes déchus, qui ont envie de revenir sur les sommets, l’un pour reprendre le pouvoir abandonné, l’autre pour se faire voir aux meilleures tables des restaurants. Tous deux sont perdus dans un monde dont ils pensent avoir les clefs, mais qui les dépasse. Nixon est applaudi comme un virtuose par ses proches lorsqu’il joue un petit morceau sur son piano, avec sa garde rapprochée prête à se sacrifier pour lui. Frost est ébloui par les néons du succès, par les jeunes femmes qu’il réussit à prendre à son bras, sûr de la réussite dans son entreprise. Mais chacun rencontrera ses démons : le financement pour l’un, la lucidité pour l’autre.

 

Ce qui est très intéressant dans ce film, en dehors du duo principal, ce sont tous les personnages qui entourent ces hommes de pouvoir. Dans le cas de Nixon, une cour le suit : le général qui ne trahira jamais, prêt à tout pour que son maître à penser ne chute pas, son épouse et sa fille, son staff politique. Pour Frost, le soutien est moins net : son producteur, qui désespère de trouver l’argent, fait ce qu’il peut pour le soutenir. Quant aux deux journalistes embauchés, ils réalisent rapidement que Frost n’a pas l’étoffe pour se mesurer à Nixon, qui usera de tous les arguments en sa possession pour mener le combat (et il en possède d'étonnants et efficaces pour déstabiliser son interlocuteur, assimilé à un adversaire). Seul une attaque contre l’orgueil de Frost, par Nixon lui-même lors d’un mémorable coup de téléphone où il est question de cheeseburgers et d’universités, donnera à Frost l’énergie de se battre.

 

Les deux acteurs principaux incarnent à merveille ces deux créatures, formatées par et pour la télévision : Franck Langella est un Nixon épatant, transpirant du dessus de la lèvre (ce qui, d’après la légende, coûta la victoire face à Kennedy), et Michael Sheen un Frost tout en sourire éclatant. Quant aux seconds rôles, ils sont aux petits oignons : Kevin Bacon, très dur dans son costume de général, Sam Rockwell désabusé comme soutien à Frost, Oliver Platt ou Matthew McFadyen. Je regrette juste le peu de place accordé aux femmes, notamment à Rebecca Hall (la fille brune dans Vicky, Cristina, Barcelona), qui fait potiche aux côtés de Frost du fait de son peu d’importance dans cette histoire.

 

Les décors des années 70 sont très bien rendus, les maquilleurs, coiffeurs et costumiers ont également fait un travail très intéressant pour reconstituer cette époque. Bien que je ne l’aie pas vécue, on s’y croirait.

 

Le film est adapté d’une pièce de théâtre, et cela se sent en quelques endroits. Mais Ron Howard signe un très beau duel improbable entre deux hommes en quête de rachat (un peu comme si Arthur essayait de questionner Bush sur l'invasion en Irak). Duel dont il ne pourra sortir qu’un vainqueur...

Repost 0
7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 07:15

Mary Yellan vient de perdre sa mère. Sans parents, et incapable d’assumer seule la charge de la ferme, elle décide de rejoindre sa tante Patience, à l’Auberge de la Jamaïque. Depuis le mariage de cette dernière avec Joss Merlyn, Mary n’a pas revu sa tante. Son arrivée marque une nouvelle étape dans sa vie. Mais les rumeurs qu’elle entend sur l’auberge, puis l’accueil froid et peu amène que lui réserve son oncle ne la rassurent pas. Elle se sent encore plus en danger les soirs où elle doit rester dans sa chambre, car il lui est interdit de rencontrer les clients peu ordinaires de l’auberge. Pour l’aider à surmonter les difficultés de cette nouvelle vie, elle pourra s’appuyer sur Jem Merlyn, le frère de Joss, et sur Francis Darvey, vicaire d’Altarnun. Qui lui apporteront du soutien, mais aussi  d’importants ennuis…

 

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman d’aventures de ce genre. Un roman pleins de mystères, d’émotions, de sentiments naissants et d’intrigues à élucider. Et je dois avouer que j’ai pris du plaisir aux aventures de cette orpheline dans le pays de landes et de falaises de Cornouailles. Car oui, autant vous le dire tout de suite, il n’y a de Jamaïque dans ce roman que le nom de l’auberge (moi qui pensait naïvement que Daphné du Maurier m’emmènerait aux Antilles !!!).

 

Voilà donc un paysage désolé, où les vents maritimes sont violents, où la lande est parsemée de marais dangereux pour les visiteurs égarés. Le plus jeune frère de Joss et Jem s’est d’ailleurs noyé dans un de ses marais. De plus, le dénuement de Joss et de Patience est total : ils habitent une auberge qu’on croirait désaffectée, ne possédant aucun couchage pour les visiteurs de passage. Le salon est empli de meubles rongés, et rien n’est très engageant. D’autant plus que Joss interdit à Mary certains endroits de la demeure. Alors quand des chariots circulent et des hommes travaillent toute la nuit sous sa fenêtre, Mary se demande bien ce que pourra cacher cet endroit.

 

Avec Mary, le lecteur découvre la nature des agissements de Joss. Car si on ne visite pas la Jamaïque, on retrouve dans cette auberge des pirates d’une étrange forme. Avec Mary, on parcourt également la lande, où le brouillard tombe subitement et où on peut tomber nez à nez avec un vicaire albinos. Ou atteindre sans le vouloir la demeure crasseuse de Jem, le voleur de chevaux qui l’abandonnera plus tard sur le marché de Launceston. Bref, des aventures rocambolesques, dans lesquelles Mary joue à plusieurs reprises sa vie, mais dont elle se sort toujours relativement indemne.

 

Voilà donc un très chouette roman d’aventures, dans lequel on vibre à l’unisson des dangers rencontrés par Mary. Mais dont on saisit, un peu avant elle, d’où vient le véritable danger…

 

Les avis de Sandrine et Ingannmic (puisque Daphné du Maurier était l’aristochat de février-mars ! Ainsi que ceux de Karine :), Bladelor ou Lilly.

 

L'auberge de la Jamaïque, de Daphné du Maurier

Traduit de l'anglais par Léo Lack

Ed. Le Livre de Poche

Repost 0
5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 09:33

Cinq nouvelles pour découvrir l’univers de Ray Bradbury. Mais le cadre de ces nouvelles est loin des œuvres les plus connues de l’auteur, comme Fahrenheit 451 ou Chroniques martiennes. Ici, Bradbury emmène son lecteur dans le quotidien et l’intimité. A noter que ces cinq nouvelles sont extraites d’un recueil plus important, … mais à part ça tout va bien.

 

Unterderseabot Doktor : par le biais du récit d'un patient, le lecteur fait la connaissance d’un psychanalyste aux méthodes un peu particulières. Ancien marin engagé dans les sous-marins (d’où le titre de la nouvelle), il utilise un périscope pour plonger dans l’inconscient de ses patients (ou du sien, car tout n’est pas clair). Un univers psychédélique, où on ne sait qui est le plus atteint des deux. Pas de message clair, mais une ambiance troublante.

 

Pas vu pas pris : un détective et son assistant cherchent à découvrir comment ont disparu plusieurs enfants. A la manière de Sherlock Holmes, le détective trouvera une explication assez originale pour les expliquer. Alors que la police cherche un tueur, il échafaude une hypothèse qui se révèlera juste, et qui aura des conséquences funestes. Manifestement inspiré de Conan Doyle, Bradbury emmène son détective dans la forêt en créant une atmosphère de mystère assez angoissante.

 

Meurtres en douceur : un couple, qui ne se supporte plus, où chacun essaie de tuer l’autre. Comme dans le film de Jean Becker, Un crime au Paradis, on découvre ici toutes les combines utilisées par chacun des protagonistes pour supprimer son conjoint. Mais Bradbury arrive à y instaurer une dimension comique tout à fait bienvenue.

 

Mademoiselle Vif-Argent : Comme Tintin dans Les sept boules de cristal, le lecteur découvre un spectacle de music-hall, dont le numéro le plus attendu est celui de Mademoiselle Vif-Argent. La spécialité de Mademoiselle Vif-Argent ? Subtiliser les portefeuilles des messieurs à leur insu. Mais le plus curieux, c’est que le narrateur découvre sur scène, parmi les victimes, son sosie, ce qui crée chez lui un trouble compréhensible. Cette nouvelle est celle qui m’a le moins marqué, n’ayant pas saisi l’intention de Bradbury, ni ressenti de trouble face au cadre présenté. Certes, le narrateur semble perdu avec ce sosie qui apparaît, mais l’ensemble ne m’a pas paru totalement pertinent.

 

Echange : Une vieille bibliothécaire, usée par son métier, ferme avec soulagement son établissement, fatigué des cris des enfants, des questions des clients. Alors qu’elle range ses affaires, un monsieur souhaite entrer. Après avoir refusé, elle le fait finalement pénétrer dans la bibliothèque. Ce monsieur, aujourd’hui d’un âge mûr, est un ancien habitué de l’établissement. Ancien très grand lecteur, cette visite est l’occasion pour les deux protagonistes de plonger dans leurs souvenirs, de ressortir les livres marquants (Alice au pays des merveilles, Stevenson, Poe, …) et de faire revivre les personnages. Nouvelle touchante sur le lien au passé et à l’initiation à la lecture, elle ravira tous les grands lecteurs qui ont eu un rapport très fort aux livres dans leur enfance ou adolescence. Cette nouvelle m’a beaucoup fait penser à une chanson de Juliette, sur son dernier album.



Un recueil intéressant, dans lequel Bradbury essaie d’intégrer une dimension, si ce n'est fantastique, du moins troublante à certaines situations quotidiennes. Un aspect inattendu dans l’œuvre de Bradbury (que je connais mal, je l’avoue !!!).

 

Meurtres en douceur et autres nouvelles, de Ray Bradbury

Nouvelles extraites de ... mais à part ça tout va très bien

Traduit de l'anglais par Hélène Collon

Ed Folio - 2 €

Repost 0
3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 09:14

Cela doit être la première fois que je vois une pièce pour la seconde fois, dans une autre mise en scène. Après la jolie mise en scène de la pièce de Tchekhov au Studio-théâtre d’Asnières l’an dernier, c’est cette fois-ci au théâtre de la Colline que j’ai retrouvé Lopakhine, Lioubov Andreevna et Petia. Et ce fut à nouveau un grand plaisir.

 

Retour rapide sur l’intrigue : après avoir passé plusieurs années en France, Lioubov Andreevna revient en Russie, avec sa fille. Riche propriétaire, elle a dilapidé sa fortune, et se voit contrainte de vendre la cerisaie, son lieu préféré. Et cette cerisaie, qui ferait un endroit idéal pour accueillir les touristes, est l’objet des convoitises de Lopakhine, fils de moujik et nouveau riche.

 

Ce texte de Tchekhov est intense, tendre et émouvant. L’intensité du récit est liée à l’ensemble des personnages qui interviennent, et qui représentent tous une facette de la Russie du début du XXeme siècle, pays sur le point de connaître de vives transformations. Ce monde des propriétaires terriens, qui ne saisissent pas la situation sociale et restent enfermés dans leurs anciens idéaux, est parfaitement rendu. Ainsi, le fait de situer le premier acte dans la chambre d’enfant de Lioubov Andreevna représente cette volonté de rester dans le passé, de refuser ce qui va irrémédiablement arriver. La présence de Firs, le serviteur qui regrette le temps du servage et qui hante le plateau, est une autre manière de montrer cet attachement maladif. Malgré tout, ce monde vacille, et le bal organisé n’est qu’un leurre pour masquer une vérité désagréable à entendre.

 

Dans cette représentation, le metteur en scène Alain Françon a fait le choix pour les décors de s’inspirer de ceux utilisés lors de la première représentation de la pièce par Constantin Stanislavski. Se succèdent la chambre d’enfant, une scène champêtre, un bal dans le salon, puis retour dans la chambre d’enfant, qui se vide de ses occupants en partance pour la ville. Comme un retour à la case départ, sauf que la situation a changé, et qu’elle ne sera jamais comme avant. Les décors sont très beaux, en particulier ceux du troisième acte (le plus réussi à mon goût), avec ce merveilleux bal, une violoniste et une magicienne qui donnent tout le piquant à cette pièce, symbolisant le décalage de cette société.

 

La distribution est très intéressante, en particulier les rôles masculins. Jérôme Kircher incarne Lopakhine, le moujik heureux de prendre sa revanche face à ces nobles qui ont exploité ses parents. Avec un phrasé particulier, il donne à ce personnage une dimension de victoire, de cynisme de nouveau riche prêt à tout pour accroître son patrimoine. Face à lui, on retrouve cette famille, avec notamment Dominique Valadié (Lioubov) et Didier Sandre (son frère), qui représentent cette société de privilégiés, qui a toujours vécu sur ses héritages. Philippe Duquesne joue un paysan au bord de la ruine et porté sur la boisson, qui ne cesse de ponctionner Lioubov. Sa truculence est la bienvenue dans ce monde si mesuré. Et enfin, Jean-Paul Roussillon est un très bon Firs, ce serviteur d’un autre temps à qui on n’hésite à demander quand il partira, estimant qu’il a fait son temps. Les rôles des personnages plus jeunes sont un peu plus inégaux, mais Pierre-Félix Gravière (Petia) et Julie Pilod (Varia, la fille adoptive), sont également intéressants.

 

Voilà donc une représentation que je conseille vraiment, et cette pièce se jouera jusqu’au 10 mai au théâtre de la Colline.

Repost 0
1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 07:39

Ben Harper est en prison, sur le point d’être pendu. La raison de sa condamnation : le vol de 10 000 dollars, qu’il a eu le temps de confier à ses enfants, John, 9 ans et Pearl, 5 ans. Mais dans sa cellule, Ben Harper laisse entendre à son compagnon, un homme qui se présente comme un représentant de Dieu, que l’argent est facilement récupérable. Attiré par cette manne inespérée, Prêcheur, comme on le surnomme, va à sa sortie de prison se rapprocher de Willa Harper, la veuve, et essayer de faire parler les enfants, bien plus lucides que la majorité des adultes sur les intentions du nouveau venu…

 

La nuit du chasseur est un roman écrit par Davis Grubb. Sous des traits de roman policier, voire de thriller, l’auteur nous fait vivre un conte. Dans cette histoire, l’action se centre autour de deux protagonistes essentiels : John et Prêcheur.

 

John est un jeune garçon, qui rêve de pêche avec son oncle Birdie Steptoe et qui est prêt à tout pour tenir la promesse qu’il a fait à son père, celle de ne divulguer à personne l’endroit où l’argent est caché. Malgré son jeune age, John fait preuve d’une maturité étonnante, ce qui les aidera dans cette période sombre. Maturité qui disparaît totalement chez Willa ou chez les Spoon, les voisins.

 

Mais le personnage central est Prêcheur. Homme mystérieux et inquiétant, guidé par Dieu, il possède sur ses contemporains un pouvoir qui leur fait perdre tout libre arbitre. Ainsi, Willa se présente elle-même comme une prostituée de Babylone devant les paroissiens de Cressap, persuadée par son nouveau mari d’être la cause de la mort de Ben Harper. Les arrivées de Prêcheur sont toutes synonymes de dangers, que ce soit pour les enfants ou pour les autres personnages. Cet homme, qui a inscrit sur ces mains les mots LOVE (main droite) et HATE (main gauche), est d’une cupidité à faire peur, le tout dissimulé derrière la foi intransigeante dont il fait preuve même pendant sa lune de miel.

 

Les personnages secondaires sont également intéressants : les Spoon montrent la naiveté d’une partie de la population, facilement menée en bateau par Prêcheur. Birdie Steptoe est un alcoolique invétéré, brisé par un chagrin amoureux, et ne pourra pas se rendre utile quand John et Pearl auront besoin de lui. Surtout, il y a la figure maternelle de Miss Cooper, qui recueille les enfants après leur fuite sur le fleuve. Femme au caractère bien trempé, elle élève les enfants qu’elle trouve au bord du chemin. Et elle sera la seule, avec John, à tenir tête à Prêcheur. Ruby, l’une des filles qu’elle héberge, incarne l’adolescente attirée et pervertie par les lumières de la ville. D’où l’aspect conte évoqué au départ, sur la sortie de l’enfance, où chacun occupe une place bien définie dans le roman.

 

Si l’histoire est prenante, j’ai néanmoins été gêné dans ma lecture par le style de Davis Grubb (ou du traducteur, je ne saurai trancher), très haché, trop saccadé pour permettre une lecture fluide.

 

La nuit du chasseur a bien entendu été adapté au cinéma par Charles Laughton, dont c’est le seul film (comme quoi les coups d’essai peuvent donner lieu à de belles réussites). Robert Mitchum incarne un terrible Prêcheur, inquiétant à souhait. Surtout, il y a un travail très intéressant sur la lumière, sur les jeux d’ombres, comme avec le chapeau de Prêcheur. Je retiens la très belle scène où John, depuis une grange, voit sur la crête Prêcheur sur un cheval. Et les passages sur le fleuve, qui donnent lieu à de très jolies séquences.

 

La nuit du chasseur, de Davis Grubb

Traduit de l'anglais par Guy Le Clech

Ed. Folio - Policier

Repost 0
30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 07:53

Une petite bourgade de Nouvelle-Angleterre attend impatiemment l’arrivée du nouveau révérend. Mais deux candidats se présentent : le révérend Bloom et le révérend Burton. Malheureusement, aucun des deux ne satisfait vraiment la population du village : le premier est un juif converti, le second est une femme. Les deux révérends, d’abord concurrents, vont pourtant se soutenir lorsqu’ils vont découvrir les activités de ce paisible village…

 

Depuis quelques temps, j’ai décidé de me remettre à lire du théâtre. Si je ne parle pas de toutes les lectures théâtrales ici (car il est parfois difficile de parler d’un écrit qui a pour but d’être mis en scène), il existe de nombreux textes qui se suffisent presque à eux-mêmes. C’est le cas de cette pièce de Slawomir Mrozek, auteur polonais présenté comme un homologue de Kundera.

 

Ici, le texte se suffit car le rythme de la pièce est assez fort, les dialogues assez percutants pour imaginer facilement ce que pourrait donner une mise en scène. Les personnages sont hauts en couleur, et la galerie des personnages secondaires très intéressante. Les deux personnages principaux sont bien entendu les deux révérends, qui font tout pour que l’autre abandonne sa volonté de récupérer le poste, avant de se rendre compte qu’ils sont entourés de paroissiens tous aussi délirants les uns que les autres. Mrs Simpson, la paroissienne la plus fervente, se révèle rapidement être la plus intégriste du groupe. Et il y a les jeux de pouvoir de Mr Wilkinson et de Thomas, qui veulent acheter la confiance du nouveau révérend afin qu’il donne son accord pour leurs activités rémunératrices. Tout ce petit monde, ébloui par la foi religieuse et l’appât du gain, ne voit pas le danger que représente Chuck, jeune sataniste qui sillonne les rues avec ses pancartes et ses bombes.

 

J’ai apprécié la lecture de cette courte pièce absurde. Sur un postulat comique, celui du choix d’un révérend qui choque les conventions bourgeoises des paroissiens, Slawomir Mrozek parvient à changer subtilement de cap pour en faire une charge contre le détournement des principes religieux pour des buts lucratifs. L’air de rien s’installe une mécanique tout à fait intéressante, qui mêle le fond (les enjeux religieux, la dénonciation des conventions) et la forme (les coups de théatre, les idées scéniques).

 

La pièce s’est jouée en 2005 à Paris, mais je guetterai pour savoir si des troupes auraient l’idée de mettre en scène cette œuvre.

 

Les révérends, de Slawomir Mrozek

Traduit du polonais par Gilles Segal

Ed. Avant-Scène Théâtre

Repost 0
29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 13:23

Comme l'an dernier, j'ai le plaisir et l'honneur de faire parti du jury du prix Biblioblog, organisé par Laurence. Après les succès en 2007 de Passage du gué de Jean-Philippe Blondel, puis en 2008 de Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary de Philippe Doumenc, six romans sont en lice pour cette nouvelle édition. Et d'après ce que j'ai pu en lire, la diversité sera de mise cette année !!!

Sont donc sur la ligne de départ, par odre alphabétique de l'auteur :

- Laver les ombres, de Jeanne Benameur (que j'ai lu, et chroniqué
ici)
- La vieille anglaise et le contient, de Jeanne-A. Debats
- Du bon usage des étoiles, de Dominique Fortier
- L'arbre d'ébène, de Fadela Hebbadj
- Le goût des abricots secs, de Gilles Perez
- La petite cloche au son grêle, de Paul Vacca

Sélection où les auteurs féminines sont majoritaires (car Dominique Fortier est une dame, si je ne m'abuse) et qui va permettre de découvrir de la littérature francophone non exclusivement française. Ajoutons à cela plusieurs premiers romans, et la découverte devrait donc au rendez-vous cette année.

Comme pour les éditions précédentes, les lecteurs peuvent prendre part au vote pour le prix du roman. N'hésitez pas à participer, puisqu'un des votants aura l'honneur de recevoir un bon d'achat de 30 euros dans la librairie partenaire, Les buveurs d'encres, dans le XIXeme arrondissement de Paris.

Est également organisé le prix de la critique, dont l'objectif est de récompenser le meilleur billet de l'année 2008. Autant dire que l'esprit de compétition est au summum dans l'équipe !!! 

Mais pour avoir tous les renseignements pratiques, les liens vers les romans en lice et les critiques sélectionnées, rendez-vous sur Biblioblog !!!

Repost 0
28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 11:17

Lise se marie avec Henri, homme fortuné. Son témoin est Sam, son frère. Enfin, celui que tout le monde croit son frère, car c’est ainsi que Lise l’a présenté. Sam est en fait l’amant de Lise, celui qu’elle aurait dû épouser si elle n’avait pas rencontré Henri. Mais l’appât du gain a été le plus fort, et Sam et Lise ont imaginé un coup pour récupérer la fortune d’Henri : un enlèvement avec demande de rançon. Malheureusement, le plan n’est pas aussi solide que prévu,et le frère de Henri (le vrai cette fois-ci) ne sera pas étranger à cet échec…

 

Tanguy Viel, que je découvre avec ce roman, a une écriture assez envoûtante. J’aime beaucoup les écrivains qui parviennent, avec des phrases construites, faites de relatives ou de subordonnées imbriquées, à ne pas perdre leur lecteur. C’est exactement ce que réussit à faire l’auteur ici : malgré la construction parfois alambiquée, le lecteur est emporté par le récit et par la musique du texte.

 

Car l’auteur ne se contente pas d’une écriture ambitieuse et réussie, il y intègre un récit palpitant. L’histoire de cet enlèvement, raconté du point de vue de Sam, et de son échec, accroche l’attention du lecteur. Le roman débute par un mariage, scène où la joie est normalement de rigueur. Ici, le lecteur ressent immédiatement que ce mariage n’est pas habituel. L’image d’Edouard, frère du marié et absent de la cérémonie, est l’ombre qui gâche ce joyeux tableau.

 

Les projets du couple infernal, bras cassés sur les bords, ne sont pas longtemps secrets pour le lecteur, le tout est de savoir comment se terminera cette escroquerie. La tension monte au fil des pages, laissant augurer une fin bien loin de l’ambiance de ce mariage inaugural. Néanmoins, si le début est haletant et réussi, la deuxième partie de l’ouvrage, une fois l’enlèvement terminé, m’a moins convaincu. Heureusement, l’arrivée d’Edouard, figure inquiétante et trouble, donne à la fin de l’ouvrage un ton désabusé quant à la nature humaine, et aux motivations de chacun des protagonistes. Fin ouverte, qui laisse le lecteur avec ses interrogations et le mystère des personnages entier.

 

Tanguy Viel fait parler de lui en ce moment, avec la sortie de son roman Paris-Brest, qui fait l’unanimité chez les critiques. Peut-être me laisserai-je tenter après ce premier essai fort intrigant !

 

L’avis de Laetitia.

 

Insoupçonnable, de Tanguy Viel

Ed. de Minuit

Repost 0
26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 09:21

Le Prince et Hermiane se sont disputés. La raison de cette querelle ? Savoir qui, de l’homme ou de la femme, est le principal responsable des problèmes de couple. Question éternelle, que le père du Prince avait déjà entendue, vingt ans auparavant. Pour trancher ce débat, il avait alors décidé d’enfermer quatre enfants, deux filles et deux garçons, dans la forêt, sans qu’ils puissent se voir l’un l’autre. Le but ? Découvrir qui, à l’état naturel, est le plus coupable des troubles. Le Prince considère que le moment est venu de faire se rencontrer les jeunes gens. Eglé, Azor, Adine et Mesrin vont donc se découvrir, encadré par deux servants noirs, Carise et Mesrou.


Cette pièce débute comme un vrai marivaudage. Au début de la pièce, le Prince et Hermiane sont seuls sur scène, et se prêtent à des jeux amoureux quelque peu polissons. Mais rapidement, le thème de la pièce se fait plus ambitieux : en restant fidèle à ce qui a fait sa réputation, Marivaux investit un débat qui lui est contemporain, sur la nature profonde de l’être humain, et sur l’état de nature. Cette pièce prend donc place dans le débat, qui pour être schématique (j’avoue ma relativement grande inculture sur ces sujets philosophiques) oppose Hobbes et son « l’homme est un loup pour l’homme » et certaines idées des Lumières en vogue au XVIIIeme Siècle, rendues célèbres en particulier par Rousseau pour qui l’homme est naturellement bon.


Sur ce fond de débat philosophique, non encore terminé lorsque Marivaux écrit cette pièce, l’auteur déplace cette question pour la transposer dans les relations amoureuses : les hommes sont-ils les plus aptes à être infidèles ? Ou les femmes sont-elles les plus fautives ? Eglé et Azor forment un « couple naturel », mis en question par l’arrivée de Mesrin et Adine. Le quatuor se recompose donc pour former deux nouveaux duos, différents des initiaux.


Le spectateur découvre donc ces quatre personnages, qui toute leur vie n’ont vu que deux serviteurs noirs. Imaginez donc l’émoi d’une jeune fille devant un garçon, blanc qui plus est ! Et lorsqu’un autre garçon entre en scène, l'envie de nouveauté et de découverte l'emporte, au grand dam des serviteurs Carise et Mesrou.


Dans cette mise en scène de Murielle Mayette, j’ai beaucoup aimé la partie où on découvre ces jeunes gens, et où ils se découvrent également. On y sent la découverte et la fougue de cette jeunesse, en particulier les filles. La découverte de son reflet dans le miroir, puis dans la rivière par Eglé donne lieu à une scène irrésistible d’auto-satisfaction. Les garçons sont plus timides, ballottés par ces caractères féminins trop affirmés pour eux. Les deux serviteurs, sorte de démiurges scéniques, organisent les entrées sur scène, dans un très beau décor, sobre, fait de panneaux de bois et d’un trou au centre de la scène rempli d’eau.


Les six interprètes de cette partie du spectacle sont tous très intéressants. Anne Kessler signe une très fraîche et mutine Eglé, et Véronique Vella lui répond sur un autre registre intéressant également. Les deux garçons, Stéphane Varupenne et Benjamin Jungers, sont remplis de cette crainte de la découverte, et leur aspect enfantin donne lieu à une scène hilarante, lorsqu’ils se mettent à sauter. Bakary Sangaré, dont j’aime beaucoup la voix et le phrasé, signe une composition surprenante, celle de Carise qui est une femme. Mesrou, son mari est incarné par Eebra Traoré, qui avec un regard très particulier instaure une sensation de crainte dans la pièce. La conclusion de la pièce, avec les deux serviteurs, permet un recul tout à fait intéressant face à ce que le spectateur vient de voir.


En revanche, je suis beaucoup plus sceptique sur le Prince (Thierry Hancise) et Hermiane (Marie-Sophie Ferdane). Ils sont peu présents sur scène, leur entrée en matière est surprenante et pas très convaincante, mais surtout, ils jouent avec un micro, ce qui crée une distance tout à fait désagréable. De plus, des problèmes de micro créaient des parasites, ce qui fait que les deux acteurs évitaient les déplacements par crainte de produire des bruits intempestifs. Soit, au final, une lenteur, une sensation d’engoncement des acteurs, ce qui empêche une véritable entrée en matière. Mais cela ne dure heureusement que dix minutes, et la suite vaut vraiment le coup d’œil.

Repost 0
24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 09:26

Simon est maître-nageur dans une piscine de Calais. Ex futur-champion, sa vie est sur une pente descendante : outre ce métier qui l’enthousiasme peu, il doit gérer la séparation avec Marion, son épouse. L’un des griefs de cette séparation est le peu d’intérêt qu’éprouve Simon pour les migrants qui tentent de passer en Angleterre. Alors que Marion s’implique en participant aux distributions alimentaires, Simon préfère l’indifférence. Mais pour épater Marion, lui montrer qu'elle a tort, et pour se persuader lui-même qu’il n’est pas un être sans cœur, il décide d’aider Bilal, jeune garçon de 17 ans qui souhaite rejoindre l’Angleterre à la nage. Mais cette aide dépasse vite le simple soutien, et Simon risque gros, car la police locale n’est pas tendre ni envers les émigrants, ni envers ceux qui leur viennent en aide.


Il est difficile de ne parler que de cinéma devant un tel film, avec un sujet aussi brûlant. D’ailleurs, le ministre de l’immigration (et de l’intégration ?!? Ah, cela m’a échappé, comme au ministre lui-même ! Car quand on comme objectif affiché d'expulser 25 000 personnes, je me demande où est l'intégration) ne s’y est pas trompé, qui par ses déclarations en a fait une œuvre politique. Philippe Lioret signe un film très documenté sur une situation qui perdure depuis maintenant plusieurs années (et ce n’est pas la fermeture médiatisée de Sangatte qui a arrangé tous les problèmes. Mais comme les média ne s’y intéressaient plus, il est bon que Philippe Lioret y revienne). Le spectateur découvre les techniques utilisées pour grimper dans un camion, apprend avec effroi l’usage qui est fait de ces sacs plastique indispensables pour ne pas se faire prendre et réalise, à son échelle de spectateur bien calé dans son fauteuil, l’inhumanité de ces traitements : personnes marquées au feutre pour que les policiers les reconnaissent plus facilement, tensions entre les migrants qui se battent pour se nourrir,...


La dénonciation du sort réservé aux migrants prend place dans un cadre fictionnel et romanesque, et c’est en ce sens que Philippe Lioret signe un très beau film. Rien n’est appuyé de la part du réalisateur. La narration, qui se fait du point de vue de Simon et non de Bilal, permet cette prise de distance qui rend le film plus fort à mon avis qu’un documentaire. On se situe à la place de Simon, de celui qui ne sait pas comment agir, qui refuse de voir les conditions de vie déplorables de ceux qu’il croise dans la rue et à qui on interdit l’accès aux magasins.

 

De plus, l’histoire romanesque est très présente, avec cette histoire d’amour pas réellement terminée entre Simon et Marion, qui fait écho à la volonté de Bilal de rejoindre Londres pour retrouver sa copine, à qui son père promet un mariage forcé. Cette double histoire d’amour donne au film tout son sens, toute sa profondeur, en mettant en avant ce qu’un homme est capable de faire par amour : se mettre hors la loi, ou risquer sa vie en restant dix heures dans une eau à dix dégrés.

 

Vincent Lindon signe là une de ses meilleures prestations (avec Ceux qui restent, film avec Emmanuel Devos). Loin du quarantenaire bourru qu’il joue habituellement, Simon est un personnage hanté par la volonté de reconquérir sa femme à tout prix. Audrey Dana campe une très sobre et intéressante Marion. Bilal est incarné par un jeune amateur, Firat Ayverdi, troublant de vérité.

 

Après Je vais bien, ne t’en fais pas, Philippe Lioret signe un nouveau très beau film. Avec l’aide au scénario d’Olivier Adam, déjà auteur d’un livre sur le problème des migrants (A l’abri de rien), il offre une œuvre maîtrisée, dénonciatrice sans être démonstratrice. Et qui, je l’espère, amène chacun des spectateurs à réfléchir aux diverses privations de liberté qui voient le jour, petit à petit, et à questionner l’envie de certains de nos gouvernants de promouvoir la délation, ce qui n’est pas sans rappeler des épisodes douloureux (comme le marquage au feutre, l’interdiction d’entrer dans les magasins,…).

 

Sur le même sujet, Jean-Pierre Améris avait signé un joli téléfilm, Maman est folle, avec Isabelle Carré. Le traitement était différent, intéressant, mais la charge moins percutante que celle délivrée par Welcome. Un des films importants de ce début d’année, à aller voir !

Les avis de Dasola, Pascale, Ys,...

Repost 0