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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 17:52

Wajdi Mouawad fait partie des auteurs de théâtre dont j'aime suivre le travail. Après une découverte enthousiaste de Forêts, je suis resté un peu sur ma faim avec Seuls ou Littoral. Surtout, il a commis le sacrilège (osons le mot !) de travailler sur ce maudit Tramway ! Alors, quand il s'est agi de voir sa dernière création, dernière partie de sa quadrilogie Le sang des promesses, j'étais un poil inquiet. Mais ce garçon sait rebondir, et j'ai trouvé que Ciels est vraiment une belle pièce.

 

Dèjà, le dispositif scénique est particulier. Le spectateur entre dans une grande boîte, au centre de laquelle se trouvent des tabourets pivotants. Autour de lui des murs blancs, rien qui ne laisse imaginer une scène de théâtre. Puis, après une ouverture pendant laquelle le spectateur découvre qu'on le prend pour une statue dans un jardin, il découvre les lieux de jeu : dans les murs, différentes niches figurent soit une salle de travail, soit les cellules individuelles des protagonistes.

 

Dans cette équipe travaillent cinq individus, faisant partie d'une cellule anti-terroriste (mais pas de Jack Bauer ici !). Un des membres vient de suicider, alors qu'il était sur le point de découvrir la clé de l'enquête. Pour le remplacer, on a fait appel à Clément Szymanowski, informaticien pris de haut par ses coéquipiers. L'intrigue tourne donc autour de la résolution de cette énigme terroriste, entre interrogation d'un tableau du Tintoret et révolte de la jeunesse, mais interroge aussi les rapports entre parent et enfants, homme et femme, autorité et désobéissance.

 

Mouawad ancre sa pièce dans un fait totalement contemporain : comment faire face aux menaces terroristes, et comment s'organiser pour les prévenir et les éviter. Ici, nous sommes en immersion avec cette équipe secrète : personne ne sait qu'ils sont là, ni pourquoi. Et le suicide de l'un d'entre eux, Valéry, les oblige à poursuivre cette mission alors qu'ils comptaient rentrer chez eux pour Noël. Mouawad y donne à voir toute la tension de ce monde clos, où l'autorité cède parfois le pas à l'autoritarisme, où les conflits mondiaux induisent des tensions entre individus. Monde clos dans lequel cohabitent des individus aux destinées très différentes, mais contraints de travailler en commun : une femme pour quatre hommes, des centres d'intérêt et une approche du problème variés, voire contradictoires.

 

Hormis le manque de confort lié aux tabourets, l'ensemble de la pièce est une belle réussite. De par l'installation scénique, qui entoure littéralement le visiteur, comme lors de la visio-conférence mondiale, ou par l'utilisation du son qui plonge le spectateur au coeur de bombardements, l'originalité du dispositif est l'une des forces de la pièce. Mais elle doit aussi à l'énergie des acteurs, en particulier à Stanislas Nordey, qui incarne Szymanowski, ami de Valéry qui découvre petit à petit la clé de la tentative terroriste et du suicide de Valéry. Malheureusement, trop tardivement, car la tragédie ne pourra pas être évitée, et prendra même une tournure personnelle pour un des membre de l'équipe.

 

Une belle clotûre de la quadrilogie, qui me permet de renouer avec mon admiration et mon plaisir à assister aux pièces écrites et mises en scène par Mouawad.

 

Autres pièces de Mouawad : Littoral, Forêts (première et troisième pièces de la quadrilogie), Seuls

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