Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 07:26

les-livres-ont-un-visage.jpgJérôme Garcin, écrivain, animateur du Masque et la Plume, est avant tout un journaliste. Une de ses activités préférées consiste à aller rendre visite aux écrivains chez eux, là où ils écrivent leurs oeuvres. Les livres ont un visage est donc la compilation de différentes rencontres, mais racontées comme des nouvelles : ce ne sont pas des échanges, Jérôme Garcin évoque ce qu'il a ressenti en rencontrant l'écrivain en question, en quoi son oeuvre est importante pour lui. Et autour de quelques figures connues, il met en lumière quelques auteurs oubliés.

 

Pour moi, le propos a eu plus d'intérêt lorsqu'on connaît l'écrivain, même si ce n'est que de nom. L'hommage qu'il rend à Julien Gracq, qu'il rencontre sur sa terre angevine, est une très belle ouverture de ce recueil. Par la suite, les rencontres avec les rares auteurs dont j'ai déjà lu les ouvrages, comme Julian Barnes ou Régis Jauffret, sont les moments pour lesquels j'ai eu le plus d'empathie. Quel plaisir d'attendre avec Julian Barnes l'arrivée de l'oie qu'il cuisine pour rendre hommage à Flaubert, tous les ans.

 

Mais le fait de ne pas avoir lu les auteurs n'est pas toujours un inconvénient, bien au contraire. Car il donne envie de lire, de découvrir François Nourrissier et son roman Eau-de-feu, qui raconte l'histoire de sa femme alcoolique. Ou de se plonger dans les univers d'Eric Holder ou de Jean-Yves Cendrey, pas tellement pour la façon dont Garcin parle des ouvrages, mais plus pour la conception qu'ils ont de la vie. J'ai également découvert Gabrielle Wittkopp, auteur tout à fait originale, et que Jérôme Garcin prend un grand plaisir à présenter.

 

Cette plongée dans les univers littéraires, et parfois plus intimes, de quelques auteurs permet de faire de belles rencontres. Et tout cela est accentué par l'écriture très caractéristique de Jérôme Garcin, mélange de virtuosité et de classicisme.

 

Merci beaucoup à Laetitia pour le prêt de l'ouvrage.

 

Les livres ont un visage, de Jérôme Garcin

Ed. Mercure de France

Repost 0
9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 10:15

cannibaleDidier Daeninckx aime inscrire ses ouvrages dans l'histoire contemporaine, pour en dénoncer les absurdités. Avec Cannibale, il plonge dans l'une des pages les plus sombres de l'entre-deux guerres, un moment où l'humanité et la civilisation sont tombés au plus bas : l'Exposition Coloniale de 1931. Car si aujourd'hui, un homme public comme Christian Karembeu, kanak, a fait connaître l'histoire de ce peuple de Nouvelle-Calédonie, elle est longtemps restée dans les oubliettes.

 

C'est d'ailleurs en Nouvelle-Calédonie que débute le roman, sur les pistes, à une époque de lutte entre les autochtones et ceux qui veulent à tout prix conserver la main mise sur cette région. Cette entame contemporaine est une première approche avec les kanaks, et permet de se plonger ensuite dans le récit d'un des membres du convoi stoppé, qui raconte pourquoi il est ami avec un blanc, l'ennemi du moment.

 

Son histoire, c'est celle de ces kanaks envoyés en France dans un zoo humain. Entre les crocodiles et les lions, ils sont exhibés aux parisiens comme des produits exotiques. Et ils sont une monnaie d'échange précieuse quand il s'agit d'acheter des crocodiles à un cirque allemand.

 

L'auteur donne à l'ouvrage les aspects d'un roman d'aventure : deux hommes cherchent à savoir ont été envoyés leurs amis, emmenés loin du zoo, découvrent la vie moderne et du métro, Mais par sa forme courte, il ne donne pas au récit l'envergure liée au genre. En fait,  Didier Daeninckx signe un ouvrage sur l'un des aspects les plus honteux de la colonisation. Le livre ne vaut pas pour sa qualité littéraire, mais il permet d'appréhender un sujet qui mérite toute notre attention : comment un peuple qui se dit civilisé, qui lit Proust et Gide, peut-il accepter que tels traitements soient affligés à des êtres humains ? Et cela nous renvoie finalement à notre époque contemporaine, au regard parfois condescendant qu'on peut avoir sur les peuples non-occidentaux (comme le montre de nombreux commentaires sur ce qui se passe actuellement en Tunisie ou en Algérie, où au lieu de vanter le courage des peuples qui ont choisi la voie de la démocratie, on nous fait peur avec la menace islamiste). Ou plus proche de nous, à ce que nous faisons actuellement subir aux sans-papiers ou aux roms. Car si certains, peu nombreux, s'opposent à ce zoo humain, ils sont immédiatement réduits au silence par les autorités du moment.

 

Une lecture que je conseille aux adolescents, et comme le dit bien Laurence dans le billet qu'elle a consacré au roman, ce ne peut être que le première étape d'une discussion approfondie.

 

Cannibale, de Didier Daeninckx

Ed. Folio

Repost 0
6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 15:42

regard-innocent

[Billet déjà paru sur Biblioblog] L'histoire du manuscrit à l'origine de cet ouvrage risque de vous dire quelque chose. Encarnacio Martorell i Gil, barcelonaise, a vécu la guerre civile alors qu'elle avait une dizaine d'années. Elle a tenu, de juillet 1936 à janvier 1939, un journal dans lequel elle raconte sa vie. Le manuscrit de ce journal, longtemps resté caché, a été découvert et publié il y a peu. L'analogie avec Anne Frank saute aux yeux, mais la vie des deux jeunes filles est loin d'être semblable, et pas seulement parce qu'Encarnacio a survécu.

 

Contrairement à Anne, elle n'a pas eu à se cacher, à cause de son identité catalane ou de son statut d'opposante à Franco, qui luttait alors pour prendre le pouvoir. La jeune fille ne vit pas dans une ville occupée par les adversaires d'hier, mais dans une cité qui a toujours l'espoir de voir vaincre le camp des Républicains. Le journal débute d'ailleurs le 16 juillet 1936, date du début de la guerre civile. Dans ses écrits, on découvre les craintes et les espoirs suscités par les nouvelles venues du Front, comme la prise de Terruel ou sa perte quelques jours plus tard.

 

Encarnacio poursuit à cette époque sa vie de jeune fille : elle continue à aller à l'école, dans les structures très avancées mises en place par la Deuxième République à Barcelone. Mais la guerre, d'abord lointaine, prend progressivement plus de place. Outre les bombardements dont il faut se protéger, il faut accepter de voir partir les hommes sur le front, et de plus et en plus jeunes. Parfois, ce sont les cours qu'Encarnacio ne peut pas suivre, pendant plusieurs jours.

 

Mais le ravitaillement constitue l'empreinte la plus visible de la guerre : les prix grimpent en flèche, et l'approvisionnement devient de plus en plus difficile. Parfois, la famille peut compter sur de l'aide venant de la campagne, mais pour les chaussures, les prix deviennent inabordables. A plusieurs moments, la jeune fille fait la liste des prix de différents produits, et l'inflation de l'époque saute alors aux yeux du lecteur. Car ce ne sont pas seulement les produits de luxe qui augmentent, mais aussi ceux de première nécessité. Et le rationnement mis en place n'empêche pas les longues files d'attente devant les magasins.

 

Le lecteur découvre donc la vie quotidienne à Barcelone, entre 1936 et 1939, par les yeux d'une jeune fille. Elle survivra à la guerre civile, mais arrête son journal pour une raison qui lui est propre. Outre la description minutieuse de la vie, et l'extrême qualité du témoignage et de l'écriture pour un auteur de treize ans, c'est la fragilité de la jeune fille qui touche. A plusieurs endroits, elle s'emporte contre cette guerre qui a détruit son cadre de vie. Elle ne rêve que d'une chose : que les humains cessent de se battre pour enfin pouvoir vivre en paix. Si certains passages sur les problèmes de ravitaillement sont parfois répétitifs, l'implication de l'auteur donne au document une dimension toute particulière. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce témoignage fort, qui prend place dans la bibliothèque aux côtés du Journal d'Anne Frank ou de L'espoir de Malraux, qui donne une vision des combats autour de Barcelone à la même époque.

 

Un regard innocent, d'Encarnacio Martorell i Gil
Traduit du catalan par Marie Vila Casas

Ed. Métailié

Repost 0
4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 10:26

arriety.jpgLes studios Ghibli, ce n'est pas seulement Hayao Miyazaki, l'un des plus célèbres réalisateurs d'animation du moment. C'est un studio qui permet à d'autres artistes de prendre en main un film, tout en restant fidèle à la ligne des précédentes oeuvres. Arrietty s'inscrit exactement dans cette lignée : réalisé par Hiromasa Yonebayashi, le film, plus sage que ceux de Miyazaki, est un beau moment d'humanité et de douceur.

 

Le film raconte l'histoire de petits êtres humains, les chapardeurs. Ils vivent dans les maisons des humains, et sont obligés de chaparder pour assurer leur survie. Mais les chapardeurs doivent rester à distance des humains, sinon, ils devront déménager. Arrietty connaît cette règle, mais sa rencontre avec Sho, un jeune grçon malade, l'émeut, et lui fait oublier toutes les règles de sécurité inculquées par ses parents.

 

Pour tous les âges (même les plus petits), Arrietty est un très joli conte. En mettant en relation un humain malade, en marge de la société, et une petite fille curieuse et espiègle, le film raconte de manière très lumineuse cette ouverture au monde, pour l'un comme pour l'autre. Plus linéaire que les précédents films du studio, et surtout avec moins de créatures fantastiques, Arrietty est une belle page de douceur.

 

Pourtant, les méchants sont encore présents, comme ce chat qui ouvre le film en courrant après la jeune fille, un corbeau qui défonce une moustiquaire ou la bonne, qui souhaite enfermer les petits êtres. C'est ce mélange entre les basses intentions, parfois instinctives, et la bonté et la naïveté, incarnées par Arrietty et Sho, qui donne tout son piment au film. Un joli moment, à partager en famille !

Repost 0
2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 07:25

Bulbus.jpgA Bulbus, il fait froid, la vie est tranquille, sans surprise, depuis que les bus ont cessé de circuler et qu'il est impossible de gravir la montagne. Pour les quatre habitants du village, enfermés là, les journées se passent autour de la piste de curling, à ressasser le passé, et à rêver à des histoires d'amour impossible. Alors, quand deux jeunes gens arrivent au village, l'un en bus, l'autre pour faire un reportage, le village retrouve de la vie. Enfin, devrait, car l'agitation provoquée par les nouveaux venus n'arrive pas jusqu'aux spectateurs, aussi glacés que les habitants de Bulbus.

 

Sur le fond, la pièce d'Anja Hilling, n'est pas inintéressante. Elle m'a fait penser aux rats-kangourous d'Estelle Nollet, avec cet enfermement d'individus arrivés là pour des raisons diverses, mais toujours à cause d'une faute qu'ils tentent d'oublier. Si la pièce a sa logique, elle est malheureusement trop narrative par endroit, et l'ouverture avec un long monologue n'est pas la meilleure entrée en matière qu'on puisse imaginer.

 

Le problème, c'est que l'aspect statique du début n'est jamais remis en cause dans la suite de la pièce. Daniel Jeanneteau, le metteur en scène, fait le choix d'une en scène très (trop) sobre, et jamais la vie, l'émotion ou la douleur des personnages n'atteignent le spectateur. Quelques tentatives (une scène de patinage, un bus dans le décor, avec Dominique Frot) m'ont brièvement réveillé, mais cela reste trop décousu, trop hétérogène pour emporter l'adhésion. Un spectacle glaçant dans un monde glacé, c'est un peu trop en cette période de températures polaires.

Repost 0
30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 19:02

crise-au-sarkozistan.jpgImaginez un journaliste étranger, envoyé par sa rédaction en France. Mais pas un étranger d'Europe, un étranger de plus loin, venus de pays qu'on considère souvent comme non-démocratiques, avec un nom en -stan. Son objectif : rédiger des reportages sur la vie démocratique en France. Et bien, le résultat est saisissant : loin d'être un modèle de démocratie, la France est un Etat dans lequel la corruption, les avantages liées à la fortune ou à la naissance et les renvois d'ascenseur sont légion. Mais comme on refuse d'ouvrir les yeux, il faut bien qu'un étranger s'y colle.

 

Cette position, c'est celle qu'a choisie l'équipe d'Arrêt sur Images, menée par Daniel Schneidermann. En 13 chapitres et un savoureux épilogue, notre journaliste étranger décrit les moeurs de la République, et cela n'est pas joli du tout. Prenons le premier d'entre nous : lors de ses déplacements hors de la capitale, il installe des cordons de sécurité pour être sûr de ne pas avoir à entendre des citoyens mécontents. Les seuls pouvant entrer dans le périmètre, ce sont les encartés de son parti. Et que dire de sa volonté d'installer son fils dans les plus hautes instances du pays. Mais cela vaut aussi pour le faucon Hortefeux, spécialisé dans les campagnes contre les roms ou les sans-papiers.

 

Notre journaliste s'attache aussi au décryptage médiatique. Sous couvert d'euphénismes, on ne parle pas de corruption, mais de conflit d'intérêt, ou de délit d'initiés. Tout cela porté par quelques médias complaisants comme Le Fiagro, mais aussi par une elite journalistique inamovible depuis 40 ans (Duhamel, Elkabbach). Du coup, Internet apparaît comme un repaire de brigands qui osent émettre d'autres idées, et le Petit Journal atteint le statut d'opposition en étant le plus souvent inoffensif (d'autant plus que le Grand Journal est certainement l'endroit le moins dangereux pour n'importe quel homme en vue, politique, artiste ou journaliste).

 

En remettant en perspective toutes les bassesses et facilités accordées aux puissants et aux amis, ce petit ouvrage permet de ne pas oublier que ce président est le président des riches. Expression rendue populaire par les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, qui eux pratiquent une veille sur les avantages du gouvernement envers les milieux de l'argent. Deux veilles complémentaires, et qui sont nécessaires dans cette période où on criminalise à tout va, ponctionne à qui mieux-mieux, mais toujours dans le même sens. Une lecture qui fait froid dans le dos, mais qui décrit la direction prise par le gouvernement Sarkozy.

 

Crise au Sarkozistan, préface de Daniel Schneidermann, Arrêtsurimages.net

Ed. Le Publieur

Repost 0
30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 14:00

des hommesIl est des sujets, des périodes, des histoires, qui sont souvent tus. Des moments qu'ils ne faut pas raconter et qu'on se remémorre seul et en silence. La guerre d'Algérie fait indéniablement parti, une une génération de Français, de ces périodes troubles qui affectent les individus, et que le collectif ne souhaite pas surmonter. Laurent Mauvignier montre, dans ce roman, comment un passé dont on ne parle pas peut, 30 ou 40 ans après, avoir des conséquences inattendues et destructrices.

 

Car Bernard, aussi appelé Feu-de-Bois, a fait cette sale guerre. A son retour d'Algérie, il n'est pas revenu dans le village familial et a construit sa vie, loin de ses frères et soeurs. Avant de revenir, sans donner d'explications. Considéré par tous comme un être pauvre et taciturne, personne ne comprend comment il réussit à offrir à sa soeur Solange une broche de grande valeur lors de son départ en retraite. Suspicions et remarques désobligeantes fusent, et Bernard, touché, se rendra plus tard dans la soirée chez l'arabe du village, menaçant sa famille. Chacun est alors plongé dans les restes de cette guerre dont personne ne parle jamais.

 

En construisant son récit en deux temps, Laurent Mauvignier réussit un vrai tour de force. Car la première partie est centrée autour de cette réception banale, un départ en retraite auquel tout le monde est invité, où tout devrait se dérouler comme d'habitude, sans accroc. Mais il y a une miette qui vient mettre la sérénité et la bonne ambiance à terre, et qui est le début d'un traumatisme plus profond. Car Rabut, qui suit son frère Bernard et tente de savoir ce qu'il fait de sa soirée, est renvoyé lui aussi aux affres de la guerre et de cette histoire commune qu'ils n'ont jamais évoquée.

 

Mais de cette chronique provinciale, on est ensuite plongé dans la vie de caserne en algérie, avec ses permissions et ses bals, ses amourettes. Mais également avec les exactions, la crainte des adversaires et les attaques aveugles et meurtrières. Ce saut dans la violence quotidienne, dans cette politique de la peur dans les villages que les deux camps pratiquent est saisissante. Mauvignier parvient, tout en restant dans une certaine distance et une non accentuation de description des violences, à rendre toute la barbarie de cette époque. Et à relier, de manière subtile et intelligente, le fait divers du début avec le traumatisme engendré par la guerre.

 

Des hommes est un livre poignant, haletant, qui fait naviguer entre violence psychologique et actes de guerre, sans édulcorer ni la puissance de l'un, ni la barbarie de l'autre. Et qui, surtout, tente de décrire les effets dévastateurs du silence face à ce type d'expériences traumatisantes.

 

L'avis de Dédale (emballée), Brize (qui le trouve remarquable),  Sylire (plus circonspecte)

 

Des hommes, de Laurent Mauvignier

Ed. de Minuit

Repost 0
29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 15:50

white-material.jpgSeconde étape du festival Télérama 2011 : White material, réalisé par Claire Denis. Le white material, c'est ainsi que les noirs appellent tout ce qui appartient aux blancs, dans ce pays d'Afrique en proie à la guerre civile. Dans cet univers hostile, et malgré les recommandations de l'armée, Maria Vial décide de rester pour mener à terme la récolte de café. Mais l'hostilité grandit, et rien ne pourra empêcher la vague de révolte et de violence de ravager le pays.

 

En ne situant pas clairement l'action (visiblement une ancienne colonie française d'Afrique), Claire Denis plonge son spectateur dans le trouble. Trouble accentué par la construction du récit, puisque de nombreuses scènes du début du film racontent ce qui se passe à la fin. Elle prendont plus tard tout leur sens, mais laisse dans un premier temps le spectateur perplexe.

 

Puis on rentre dans l'affrontement. On découvre le boxeur, rebelle recherché par la police et soutenu par les jeunes du pays. On découvre Maria Vial, puis sa famille : son premier mari, sa femme et leur fils, puis son fils, un jeune adulte fainéant qui vivra douloureusement et tragiquement toute cette période.Les troubles sont partout, au niveau politique mais aussi au niveau psychologique. Le moindre événement a sur chacun des protagonistes des conséquences formidables, en particulier sur le fils (Nicolas Duvauchelle). Le seul être rationnel est le mari (Christophe Lambert), mais il n'a finalement que peu de poids.

 

Le film est assez intéressant dans la description qu'il fait de cette guerre civile. On y voit les barrages routiers, la recherche d'argent à tout prix, la violence gratuite. On y retrouve également l'importance de la radio, tenue par un des deux camps qui pousse à aller jusqu'au bout. J'ai pensé à ce qui s'était passé au Rwanda, où la radio des 1000 colline avait eu une influence indéniable dans la perpétuation du génocide.

 

Puis, c'est la découverte des enfants soldats. Très jeunes (12 ans), ils se promènent avec des armes, jouent aux adultes dominateurs, et ne semblent pas saisir vraiment la différence entre la vie et la mort. Plus que l'histoire des occidentaux piégés dans ce pays, c'est cette image des enfants-soldats qui est pour moi la plus marquante du film.

Repost 0
25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 20:06

fantastic-mr-fox.jpgUne semaine de janvier est traditionnellement consacrée au Festival Télérama, qui permet de rattraper quelques films marquants de l'année passée, ou de les voir à nouveau. Cette année, séances de rattrapage pour deux films repérés par la rédaction du magazine. Mais commençons par le premier : Fanstatic Mr Fox.

 

Wes Anderson, habitué aux films de groupe (La vie aquatique, la famille Tenenbaum) s'est penché sur une oeuvre de Roald Dahl, et a choisi des marionnettes pour donner vie aux personnages. On découvre donc Mr Fox, renard spécialisé dans le chapardage dans les poulaillers, qui choisit de mettre fin à sa carrière de voleur pour veiller sur sa femme et son fils. Mais lorsqu'il découvre qu'il habite en face des trois plus gros fermiers de la région, sa nature reprend le dessus. Il s'attire les foudres des humains, qui décident d'avoir sa peau coûte que coûte.

 

A l'aide de ses marionnettes, Wes Anderson signe un film tout à fait réjouissant. En leur donnant des  mouvements saccadés, en accélérant leur course, il donne un ton comique bienvenu à son film. Le scénario est très réussi, avec des affreux méchants, que ce soit les fermiers ou le rat, et des amis qui doutent parfois des décisions prises par leur ami, comme les avocats Blaireau et Castor.

 

Mais ce qui est très réussi, dans la version française que j'ai vu, c'est le choix de Mathieu Amalric pour jouer la voix de Mr Fox. Avec son ton désabusé, ses manies et son égocentrisme, j'ai plus d'une fois eu l'impression d'entendre l'acteur dans ses rôles chez Desplechin. Cette résonnance est particulièrement bien trouvée, et accompagné d'Isabelle Huppert, il  incarne un renard tout à fait sympathique. Ajoutez à cela une bande son tout à fait entraînante et réussie, et vous avez les ingrédients pour signer un film original, enlevé et réussi !

 

Autre film de Wes Anderson : A bord du Darjeeling Limited

Repost 0
23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 19:00

sortie-d-usine[Billet déjà paru sur Biblioblog] Sortie d'usine !, c'est un texte qui traite de la vie des ouvriers, actifs ou retraités, qui gagnent leur vie dans des conditions de travail souvent difficiles. Mais c'est également le récit du travail de l'auteur, ses entretiens avec les protagonistes pour rendre au mieux sur scène le vécu de ceux dont il parle. En mélangeant les deux aspects, Nicolas Bonneau signe un texte fort intéressant.

 

Nicolas Bonneau est à la fois l'auteur et le comédien qui donne vie à ce spectacle. Le texte (que je n'ai pas vu jouer) est en soi une jolie réussite. En donnant la parole aux ouvriers, mais aussi aux ouvrières, il se plonge dans un monde qu'il n'a pas connu lui-même, mais qui est le milieu dans lequel son père a travaillé. Sur les routes de Poitou-Charentes, il suit Gilbert, à la retraite, qui lui sert de porte d'entrée dans ce monde qui lui est inconnu, avec ses codes et ses réserves.

 

Car ceux que Nicolas Bonneau interroge ne sont pas habitués à ce qu'on s'intéresse à eux, et ne comprennent pas toujours ce qu'ils peuvent avoir à dire à un artiste créant un spectacle. D'ailleurs, pourquoi monte-t-il ce spectacle ? Que recherche-t-il ? Et puis, qui est-il cet artiste pour parler de nous ? Est-il légitime ? Toutes ces interrogations parcourent le texte, qui permet de saisir le retrait dans lequel se mettent ces ouvriers, ces gens qui se considèrent comme ordinaires. En plus, hormis le syndicaliste habitué à parler en public et voulant dire du bien de son syndicat, ils ne sont pas très bavards. Même Gilbert a du mal à parler de lui. Et c'est en dehors des périodes formelles d'entretien, lors d'un apéro, qu'il va oser raconter son histoire d'amour avec se femme, et leur rencontre.

 

L'intérêt de cet ouvrage, outre la lecture de ce très texte sur le monde ouvrier et le rapport d'un artiste à celui-ci, est d'offrir à la suite une discussion entre l'auteur et un autre conteur, pour parler de cet art. Nicolas Bonneau évoque son parcours, de comédien classique à celui de conteur. C'est lors d'un voyage au Canada qu'il a perfectionné la technique de ce qui est devenue sa forme d'expression. Il ne se glisse plus dans la peau d'un autre, mais sert un texte, et uniquement cela. Il évoque également ses références et son besoin de revenir sur la terre de son enfance, dans le Poitou. Car pour lui, le conte est lié à ce qu'il a lu petit, aux histoires du village. C'est un véritable plaisir de découvrir le parcours de cet homme modeste, qui tente de rendre au conte tout ce qu'il lui a apporté. Et on a vraiment envie, après la lecture de l'ouvrage, de le découvrir sur scène.

 

Sortie d'usine !, de Nicolas Bonneau

Ed. Paradox

Repost 0