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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 19:41

Aristophane fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française avec cette adaptation des Oiseaux, par Alfredo Arias. Et adaptation est bien le terme approprié, car le metteur en scène prend une grande liberté avec le texte initial. Malheureusement, il ne semble pas aller au bout de ses intentions, et on assiste au final à un spectacle bancal, avec quelques moments réussis, mais dans l'ensemble peu enthousiasmant.

 

L'histoire est celle de deux femmes qui décident de fuir leur pays, frappé par la corruption, pour se réfugier dans le monde des oiseaux. Etres les plus anciens de la création, elles souhaitent leur rendre leur gloire et fonder avec eux une nouvelle cité. Malheureusement, les idéaux disparaissent, et la nouvelle cité est rapidement l'objet de luttes de pouvoir et d'intrigues qui rappellent l'ancien monde.

 

Dans son adaptation, Alfredo Arias choisit de faire de cette cité utopique un théâtre. Chaque oiseau incarne un grand rôle du répertoire (Cyrano, Phèdre,...) et le décor représente la place Colette et la Comédie Française. Mais Arias n'en fait rien. Hormis une miniscule référence au début de la pièce, cette idée passe par la suite par pertes et profits (enfin, surtout perte dans ce cas-là). J'ai eu l'impression qu'il voulait faire de cette pièce une envolée burlesque et chantée, ce qu'il arrive à faire par moment, mais que l'enceinte, par son prestige et son histoire, lui a fait peur.

 

Car dans les moments les plus réussis, notamment cet intermède dans lequel Loïc Corbery mène la danse, on n'a pas l'impression d'être à la Comédie-Française. On voit un théâtre vivant, jouant sur le physique, les attitudes, plus que sur le texte, et Loïc Corbery est vraiment excellent dans ce registre, tout en cavalcade et en élasticité. Mais hormis Catherine Hiegel, et dans un moindre registre, car on les voit moins, Hervé Pierre et Alain Lenglet, les autres comédiens ne semblent pas en mesure de faire monter aussi haut leur côté burlesque. On les voit parfois empêtrés dans leurs costumes d'oiseaux-comédiens, empruntés, et ne sachant que faire de leurs ailes.

 

L'aspect musical de la pièce, apportée par les chansons d'Emilie Loizeau ou les chants des acteurs, ne sauve pas l'ensemble. Ce qu'il manque, c'est un grain de folie, qu'on retrouve avec Hiegel et Corbery, mais qui est absent chez les autres. Les scènes avec les oiseaux paraissent de ce point de vue très statiques. Et ce n'est pas l'apparition de Karl Lagerfeld ou d'un magicien (toutes deux très réussies) qui permettent d'apporter l'allant nécessaire à cette pièce.

 

L'impression finale est que Arias s'est laissé impressionné par ce lieu, n'osant pas pousser à l'extrême son choix dramatique. Et du coup, on reste globalement à côté de cette lutte entre oiseaux et dieux, dont on a d'ailleurs du mal à saisir les tenants et aboutissants.

 

L'avis des Trois coups, de Télérama

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