Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 07:33

Quelle expérience vécue avec Un tramway au théâtre de l'Odéon ! Je crois que j'y ai trouvé tout ce que je redoutais dans le théâtre quand je ne connaissais pas cet art : une réécriture pas forcément justifiée de l'oeuvre de Tennesse Williams, un propos inaudible, une mise en scène pompeuse et un jeu d'acteur presque absent. Heureusement qu'il y a Isabelle Huppert (pour qui j'ai voulu voir le spectacle) et Yann Collette, qui apportent un petit moment de passion dans cette longue pièce, avec une danse, seul instant où on s'intéresse à ce qui est dit, et où j'ai eu envie de voir la scène durer.


Je ne vais pas citer tout ce qui m'a laissé perplexe, voire déplu, car ce serait une longue litanie, mais il y a quelques points, tout de même, que je ne peux passer sous silence. Tout d'abord le jeu des acteurs. Stanley Kowalski, immortalisé à l'écran par Marlon Brando, est ici incarné par Andrzej Chyra, acteur qui a la sensualité et la bestialité d'un marshmallow. Il passe pour violent, mais jamais on ne sent l'homme pour qui Blanche (Isabelle Huppert) va voir un désir grandir, au point de devenir incontrôlable. Même chose pour Stella (Florence Thomassin), soeur de Blanche et femme de Stanley, qui est battue, enceinte, et qui a un manque de charisme assez incompréhensible. Et puis il y a cet acteur à l'accent espagnol qui ne fait que montrer sa bouche à la caméra.


Ensuite, il y a ce choix, que je ne comprendrai jamais au théâtre, de faire jouer les acteurs avec des micros. Autant cela peut éventuellement se justifier quand les acteurs parlent depuis la salle de bains implantée dans un couloir transparent qui fait penser aux couloirs d'embarquement des aéroports, autant, quand les acteurs sont en avant-scène, ce choix s'avère ridicule. Ah si ! Les micros sont nécessaires, car tout au long de la pièce, le spectateur se voit infliger une musique de fond qu'il faut bien que les acteurs couvrent.


Enfin, je crois que ce qui me sidère le plus, c'est ce recours à Un tramway nommé désir pour arriver à une pièce qui, certes, en respecte les passages narratifs, mais ne dit plus rien, ni sur l'époque où la pièce a été écrite, ni sur la nôtre. Warlikowski intègre, en plus, des textes classiques ou récents, allant de Platon à Oscar Wilde, en passant par Flaubert ou Coluche (je ne les ai pas tous reconnus, ils sont indiqués dans le programme), dont on se demande souvent ce qu'ils viennent faire là. Même chose pour les chansons, interprétées au beau milieu de la pièce à plusieurs reprises. Et je crois que le comble du grotesque est atteint au bout de 2h30 (trop longues heures), lorsque défile sous les yeux des spectateurs l'histoire de Tancrède, projetée en fond de scène, pendant que la chanteuse chante les paroles dans une langue inconnue.


Je suis assez rarement déçu au théâtre, mais cette version de Un tramway dépasse tout ce que j'ai pu voir jusque là : une mise en scène lourdingue, une pièce remplie d'intertextualité et de signifiants littéraires (c'est tellement chic), qui m'a laissé complétement à côté. Heureusement, il y avait Huppert et Collette pour aider à passer le temps (mais que ce fut laborieux !)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

solaro 03/12/2011 15:04


à Florence = vous savez j'en vois qui dorment au theatre... - "mépris ostensible" vous y allez aussi fort que Yohan qui dit "mise en scène pompeuse, jeu d'acteur presque absent, bestialité d'un
marshmallow, grotesque..."  - je croyais, vu ce ton, être libre de mon commentaire sans encourir vos foudres de guerre, belle inconnue. 

Yohan 03/12/2011 16:19



Je pense que votre commentaire était aussi "critique dure" que mon billet. J'avais délibérément pris un ton humoristique, car j'avais vraiment peu de choses positives à dire sur ce spectacle.
Mais plutôt que me demander de justifier ma critique, peut-être pourriez vous indiquer ce qui vous a plu. Ce serait certainement plus constructif !



Florence 03/12/2011 12:21


Tiens, un commentaire drôle, c'est pas si souvent par ici ! Avez vous lu d'autres critiques de ce blog pour affirmer ainsi que la critique dure plait bien par ici ?... Sans doute que non. Quant
au mépris ostensible affiché par "vous avez dû dormir ?", mieux vaut que je le commente pas. Mais je préfère voir le positif : tant mieux si la salle était contente (ce qui n'est pas aberrant,
cette pièce a forcément dû plaire, puisqu'apparemment elle a été reprise ?). Eh, Yohan, fais pas l'innocent, t'as dormi, je t'ai entendu ronfler ! ;-))

Yohan 03/12/2011 16:17



Non, non, je n'ai pas dormi. Et merci de répondre à ma place ;-)



solaro 01/12/2011 23:13


aider à passer le temps ? la posture critique dure vous plait bien - je rentre de l'Odeon, salle émue et enthousiaste - vous avez dû dormir, vous avez vu qu'un bout ?

Yohan 03/12/2011 16:15



Non, je n'ai pas dormi, et je suis resté jusqu'au bout (sinon, je n'aurais pas subi la litanie de Tancrède). Si tel était le cas, je l'aurais mentionné (comme je le fais lorsque je ne termine pas
un roman). Je suis ravi que ce spectacle vous ait plu, c'est votre droit, comme c'est mon droit de dire que ce doit être le spectacle où je me suis le plus ennuyé depuis presque 10 ans, depuis
que je vais fréquemment au théâtre. Je ne pense être un adepte de la critique dure (parcourez un peu les autres billets de théâtre, vous devriez en convenir), et je n'ai pas été le seul à
l'époque à ne pas apprécier le spectacle avec une critique professionnelle très divisée (Dans mon souvenir, Libération avait adoré, alors que les critiques du Masque et la Plume étaient dans
l'autre camp)



Bernard 03/03/2010 09:58


Tu ne parles pas non plus des pauvres spectateurs placés en haut et sur les côtés pour qui la pièce est simplement irregardable - moi, j'ai tenu 1 heure. A 25 euros, quand même, la place, c'est à
peine croyable pour un théâtre "sérieux".


Yohan 04/03/2010 14:14


Non, car j'ai eu la chance d'être dans le parterre. Donc très bien placé pour voir de près les acteurs et actrices, et les entendre en vrai malgré leurs micros. Malheureusement, cela n'a pas sauvé
ma soirée, même si j'avais l'avantége d'être bien situé. Mais 25 euros, c'est tout de même cher pour ce spectacle, je vous l'accorde !


Flo 24/02/2010 14:33



Et tu n'as pas parlé du monologue en anglais au beau milieu de "All by myself".
"Compromising" is so chic... ;-) 
(Certes, à côté du passage "Tancrède", cela faisait pâle figure... )



Yohan 04/03/2010 14:09


Ah "compromise" ! Grand moment d'ennui et de compassion pour l'actrice seule en scène et qui doit bien sentir que sa performance ne passe pas. En même temps, elle l'a bien cherché !!!