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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 09:30

Bon d’accord, j’ai un peu triché. Mais pour mon premier club des théières avec présence physique, j’avais bien le droit à un joker, non ?  Parce que L’arrière-saison, c’est quand meme une forme de phénomène météorologique, dites ? Cela a surtout été l’occasion de découvrir Philippe Besson, mais il va falloir que je recommence.

 

Au bar Chez Phillies, un vieux barman, Ben, passe son dimanche soir avec une habituée, Louise. Elle attend Norman, qui doit le rejoindre après avoir rompu avec sa femme. Mais c’est finalement Stephen qui pénètre dans le bar. Soit l’ancien amant de Louise, qu’elle n’a pas vu depuis cinq ans. Plus que de retrouver l’homme qu’elle a aimé, elle craint la confrontation entre son passé et son présent amoureux. Mais les intrigues amoureuses sont souvent plus surprenantes que prévues…

 

L’idée de ce roman est originale : alors que certains racontent la création d’un tableau, Philippe Besson est ici parti d’un tableau existant, et il a voulu parler des personnages qui le composent. Ce tableau, c’est Nighthawks, de Edward Hopper. On suit donc l’histoire de ce barman et des trois personnages présents.

 

Il y a tout d’abord un élément qui m’a gêné : la temporalité. Hopper a peint son tableau en 1942, ce qui est visible par les vêtements, la décoration du bar. Besson décide de transposer l’action aujourd’hui, avec utilisation des téléphones portables, qui joueront d’ailleurs un rôle déterminant dans l’intrigue. De plus, il installe le café en bord de mer, ce qui ne me saute pas aux yeux quand je vois cette œuvre. Ces réserves sont malheureusement inhérentes à l’idée de départ, chaque lecteur arrivant avec sa vision de la situation, et le romancier avec la sienne. Un peu comme pour l’adaptation d’un livre au cinéma.

 

Le problème, c’est que Philippe Besson n’a pas réussi à me faire perdre ma vision pour adopter la sienne. Si la lecture est agréable, elle est sans vraie surprise. L’histoire de Louise, maîtresse qui attend son amant, est traitée assez souvent en littérature. Elle m’a d’ailleurs très vite fait penser à une chanson de Jeanne Cherhal, Un couple normal.

 

L’apport de Philippe Besson par rapport à cette chanson, c’est le retour de l’ancien amant. Ce qui rend le barman nostalgique du bon vieux temps où tout réussissait à ce couple. Et cette nostalgie m’a paru de trop, comme si tout se liguait pour que l’histoire finisse comme elle finit.  Parce que la coïncidence du retour de l’ancien amant le soir où le nouveau doit quitter sa femme annonce déjà ce qui va se produire. D’accord, la fin est ouverte, mais cela n’a pas suffit à me convaincre.

 

Je n’ai pas passé un mauvais moment, mais cela m’a paru assez transparent et sans véritable passion. Mes collègues théières ont avancé l’idée que c’est un roman « pour filles » pour expliquer ma déception. Peut-être, même si je pense ne pas être complètement réfractaire à ce type de littérature,et qu'il ne m'a semblé que Philippe Besson écrit spécifiquement pour les dames. Ce n'est pas Bridget Jones ;-) Mais je réessaierai !!!

 

L’avis de Dédale, une fan de la première heure et l’interview de l’auteur et l’avis de Laure, qui a abandonné au bout de cinquante pages.

L'arrière-saison, de Philippe Besson
Ed. Pocket
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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 09:26

La bande annonce de ce film m’a fait envie lorsque je l’ai vue. Et Poppy était annoncée sur les affiches comme une Amélie Poulain version british. Comme je garde un souvenir ému d’Amélie Poulain (et surtout de Maurice Bénichou) et que c’est un des films qui m’a mis le pied à l’étrier du cinéma (je sais, je m’y suis pris très tard !), cela faisait une raison supplémentaire pour m'y rendre.

 

Poppy est donc une jeune institutrice qui aime la vie. Elle habite avec une colocataire qui fait le même métier qu’elle, et elle semble n’avoir qu’un objectif : faire partager sa joie de vivre. Un peu délurée, souvent très adolescente dans son comportement, elle refuse sa condition d’adulte responsable. Mais lorsqu’elle est confrontée à la souffrance humaine, elle est obligée de mûrir…

  

Bon, il y a un truc qui m’a gêné dans ce film, c’est sa construction. Une sorte de thèse / antithèse / synthèse sans véritable originalité ni talent dans le scénario. La thèse : Poppy est heureuse, elle sort avec ses copines et revient complètement ivre de boîte, elle veut que tout le monde sourit, même le libraire qu’on sent bien incapable d'en décrocher un, de sourire. Même lorsqu’on lui vole son vélo, elle ne s’énerve pas et prend tout ce qui lui arrive de manière très philosophe.

 

Antithèse : en fait, la vie n’est pas si rigolote que cela. Il y a des gens qui souffrent, des SDF ou des enfants maltraités chez eux. Il y a aussi ce moniteur d’auto-école qui l’obliger à prononcer l’insupportable mot « Enraha » pour lui rappeler qu’il faut regarder dans les rétros.

 

Et puis la thèse : bah en fait, c’est pas si grave, parce que tout à coup on peut trouver l’amour, et alors on s’assagit et on regarde le monde autrement. On fait même des efforts vis-à-vis de sa sœur qui a choisi un mode de vie complètement différent.

 

Si je parle de la structure qui m’a paru transparente et m’a sauté aux yeux (ce qui n’est quand même pas bon signe), c’est que cela influe sur les personnages présentés dans le film. Enfin, surtout sur Poppy qui est de tous les plans (Incarnée par Sally Hawkins, qui n’est d’ailleurs pas mauvaise actrice dans ce rôle). Pendant la première partie, elle est usante à force de sourire et de s’amuser de tout. On a envie de la débrancher pour qu’elle redescende sur Terre. Mais la transition est tellement brutale qu’elle en devient étrange. La scène avec le SDF est l'incarnation de cette bizarrerie de construction : autant elle est mystérieuse prise dans son intégralité, autant je ne vois pas quelle est sa place dans l’ensemble du film (à part montrer un peu plus clairement l’antithèse du film ?)

Certains personnages sont très drôles (la professeure de flamenco, la colocatrice), d’autres plus caricaturaux, comme la sœur renfrognée qui déteste sa troisième sœur. Au final, le film aurait gagné à être plus court (il dure deux heures) et parfois moins explicite et plus nuancé. Cela n’a pas été un mauvais moment, mais il est passé sans véritable émotion. Il ne détrônera en tout cas pas Amélie Poulain !!!

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 07:24

Suite à ma participation au prix biblioblog cette année, je me suis dit qu’il était tout de même indispensable de se renseigner sur les précédents vainqueurs. Enfin, le précédent puisque l’édition 2008 n’était que la deuxième édition. Je me suis donc plongé dans Passage du gué de Jean-Philippe Blondel, et je ne regrette pas le voyage.

 

Fred, installé aux environs de Chartres, vient rendre visite à sa mère, accompagnée de sa femme et de ses enfants. Il profite du retour dans sa région natale pour profiter des magasins d’usine. Et au moment de payer, un flash : à la caisse d’à coté, il reconnaît une femme et son mari. Commence alors une rétrospective qui retrace la rencontre entre Fred, Myriam et Thomas et leur singulière histoire….

 

Ce point de départ du roman fait d’emblée naître une attente, une impression de mystère : qu’a-t-il bien pu se passer qui trouble Fred à ce point ? Petit à petit, à travers un récit à trois voix (Thomas, Fred et Myriam), on découvre les événements à travers les yeux de chacun des protagonistes. Au départ, Fred est pion de collège ; il croise un soir Myriam seule dans sa salle de cours (magnifique scène de rencontre orchestrée par la musique). S’en suit un amour impossible pour Fred, puisque que Thomas est déjà présent dans la vie de Myriam.

 

Et puis l’événement, rendu de manière éprouvante par ce passage sans ponctuation ni respiration. Le retournement qui fait que le rapport de force instauré au départ (le couple fort, Myriam et Thomas, face au solitaire Fred) se renverse. Thomas perd pied, alors qu’il était un amoureux comblé et un cadre bien intégré. Myriam n’arrive pas non plus à se relever. Et c’est Fred qui va remettre le couple sur la bonne voie. Bien entendu, tout cela ne se fait pas de manière linéaire : les non-dits s’immiscent dans cet étrange couple à trois, les émotions et les sentiments sont bouleversés.

 

Sur un sujet périlleux, Jean-Philippe Blondel parvient à signer un récit émouvant, poignant, sans aucun voyeurisme ni vulgarité. On ressent la détresse de Myriam et de Thomas, le sacrifice de Fred qui se dévoue, mais qui parvient à ne pas dépasser la ligne jaune en prenant la seule décision qui puisse l’épargner. J’ai réellement beaucoup aimé la lecture de ce roman à dimension humaine, car on touche de près les vacillements et les troubles qui peuvent atteindre n’importe quel homme ou femme.

 

Je tiens à remercier tous les membres de l’édition 2007 du Biblioblog pour leur sagacité, qui a permis de récompenser ce roman qui le mérite vraiment, et de découvrir un auteur qui m’a vraiment touché via ce roman. Vraiment une lecture que je conseille très chaudement !

 

Le passage du gué, de Jean-Philippe Blondel

Ed. Robert Laffont

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 14:08

Le cinéma belge ? Il va très bien, merci. Nouvelle illustration du foisonnement cinématographique de ce pays avec Rumba.

 

Quelque part en Normandie (oui, les belges tournent aussi en Normandie), Fiona et Dom s’aiment. Fiona est professeur d’anglais, et Dom professeur de sport. Au-delà de leur profession, ils sont unis par une passion commune : la danse américano-latine. Mais en revenant d’un concours qu’ils ont remporté, Dom et Fiona ont un accident de voiture : Dom devient amnésique, et Fiona est amputée d’une jambe. Mais ils vont continuer à vivre ensemble, malgré leurs handicaps, et les difficultés que cela  engendre.

 

Présenté comme cela, ça n’a pas l’air bien gai. Sauf que les deux acteurs du film (Fiona Gordon et Dominique Abel) ne sont pas des tragédiens, mais des acteurs à potentiel physique et comique. Et ils réussissent à faire de ce scénario larmoyant une œuvre drôle.

 

La scène d’ouverture donne immédiatement le ton du film : Fiona fait répéter en anglais des phrases à ses élèves, ce qui donne un salmigondis effroyable, pendant que Dominique traverse la cour avec ses élèves en leur faisant effectuer d’amples gestes. Ces deux-là sont timbrés, et on sent très vite qu’ils vont nous emmener dans leurs rocambolesques aventures.

 

Et effectivement, tout y est rocambolesque : de l’accident qui survient parce qu’il évite un homme qui tente désespérément de se suicider à l’incendie de leur maison qui devient un moment hilarant, les deux auteurs parviennent à nous faire rire du handicap, ce qui est en soi une très belle réussite. L’un des moments les plus drôles du film est celui où la porte du magasin où ils veulent aller refuse de s’ouvrir, malgré leurs gesticulations pour réveiller le capteur de mouvement.

 

De nombreux commentaires ont fait un lien entre ce film et ceux de Jacques Tati. Par rapport aux films de Tati que je connais (Les vacances de Mr Hulot, Mon oncle), je trouve que ce film a une approche différente, car il parvient à faire rire à partir de situations qui ne s’y pretent pas naturellement. Tati utilisait plus de gags qui montrait une forme d’absurdité de la vie contemporaine. Je n’ai pas ressenti cette intention-là dans Rumba . D’ailleurs, le rythme de Rumba est bien différent de ceux de Tati.

 

Bref, un joli film, drôle la plupart du temps, même si certains gags sont parfois un tantinet trop répétés.

 

Pour en revenir au cinéma belge, ce film est un nouvel exemple de la liberté que s’accordent les cinéastes du « plat pays ». Dernièrement, Eldorado de Bouli Lanners ou Le silence de Lorna des frères Dardenne étaient déjà des réussites. Et puis il y a aussi Joachim Lafosse, qui a signé le très bon Nue Propriété avec Isabelle Huppert et Jérémie Rénier entre autres, ou Lucas Belvaux, qui a réalisé La loi du plus faible, mais surtout la trilogie Un couple épatant / Cavale / Après la vie (avec Gilbert Melki, Dominique Blanc, François Morel, Ornella Muti, Catherine Frot, Patrick Descamps,…) qui fait partie des films de mon panthéon cinématographique. Il faudra d’ailleurs que j’en parle un jour. Donc merci à nos voisins belges, qu’ils continuent longtemps à nous envoyer d’aussi bons films ! 

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 07:38

Lors de la célébrissime journée de course littéraire à Paris, j’avais l’insigne honneur de faire partie de l’équipe Kay Scarpetta. Kay Quoi ? Ah bon, c’est une femme ? Héroïne récurrente de Patricia Cornwell ? Bon, à voir. Et lors du choix des livres pour les vacances à la médiathèque, voilà pas que je tombe sur Patricia Cornwell. Allez pourquoi pas, et Combustion tombe au fond du sac.

 

Kay Scarpetta, médecin légiste de son état, enquête sur la mort d’une jeune femme lors de l’incendie du ranch d’une vedette de la télé. Mais l’identification du corps, et surtout les raisons de la mort soulèvent beaucoup d’interrogations. D’autant qu’au même moment, l’ennemie jurée de Kay, Carrie Grethen, fait des siennes…

 

Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue, qui m’a paru bien mince. On reste coincé sur ce premier mort pendant une partie non négligeable du livre (qui est d’ailleurs relativement imposant), sans qu’il se passe grand-chose. On assiste à des querelles de chiffonniers entre les différents services qui s’occupent de cette affaire, sans vraiment comprendre le pourquoi du comment de toutes ces luttes.

 

Les histoires familiales se mêlent aux affaires professionnelles, puisque Kay travaille avec sa nièce, qu’elle couve un peu comme une mère poule. Néanmoins, malgré ces attentions déplacées, je n’ai pas ressenti d’amitié entre les personnages, ils sont froids du début à la fin de l’ouvrage. Je pense que le sommet de cette froideur est atteint lorsque le compagnon de Kay meurt. Pas de temps de réflexion ni de deuil, on est dans le feu de l’action et l’important est d’agir plutôt que de réfléchir ou surtout de s'émouvoir  (quelle horreur, l'émotion !).

 

Comme je l’ai dit, l’intrigue est mince, pas de fausses pistes ni de jeux avec le lecteur. C’est une lecture qui m’est passée assez loin, que j’ai trouvé très classique à la fois dans le style (voire pire que classique) et dans le traitement du sujet (un méchant qui s’avère encore pire que ce qu’on pourrait imaginer).

 

Pour ce qui est des romans policiers, les romans de Vargas ou celui de Françoise Guérin sont beaucoup plus intéressants et réussis que celui-ci (qui a tout de même reçu le prix des lecteurs du livre de Poche ! Y’a pas de livres qui sortent en France ou quoi ?). Je pense que j’aurai pu continuer mes découvertes littéraires sans connaître plus avant la très chère Kay Scarpetta !

 

Combustion, de Patricia Cornwell

Traduit de l'anglais par Hélène Narbonne

Ed. Calmann-Lévy

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 07:48

Les frères Luc et Jean-Pierre Dardenne sont impressionnants : à chaque fois qu’ils réalisent un nouveau film, ils sortent un chef d’œuvre. Et le dernier de la liste n’a rien à envier à ses glorieux prédécesseurs (Rosetta, Le fils, L’enfant, pour ceux que j'ai vus).

 

Lorna, une jeune albanaise, est mariée à Claudy. Pas par amour, mais pour obtenir la nationalité belge. La pièce d’identité lui permettra à la fois de s’établir en Belgique où elle rêve d’ouvrir un snack avec son ami Sokol, mais aussi de monnayer un mariage avec un étranger, afin qu’il prenne à son tour la nationalité belge. Mais quand on est en cheville avec la mafia, il y a toujours un moment où on doit payer ce qu’on a obtenu, surtout lorsqu’on veut détourner ce qui était prévu…

 

L’intrigue, comme souvent, tient en quelques lignes. Il est toutefois notable que le scénario est cette fois plus construit, avec un virage au milieu du film relativement inattendu qui a sur Lorna un impact décisif. Cela permet de montrer l’évolution complète de cette fille, d’abord soumise à ses commanditaires, puis qui prendra petit à petit des initatives, pas toujours heureuses d’ailleurs.

 

En plus du scénario, les Dardenne ont ici une manière de raconter l’histoire de Lorna et de Claudy tout à fait saisissante. La narration est constituée d’ellipses qui donnent tout son rythme au film. Ainsi, lorsque Lorna se rend pour la seconde fois au commissariat, on n’assiste pas à la confrontation avec les policiers, mais les réalisateurs glissent dans le cadre de la caméra le nécessaire pour que le spectateur comprenne ce qui s’est passé. Ces ellipses, fréquentes dans le film, sont également en adéquation avec la fin du film, que je ne dévoilerai pas ici, mais qui amène beaucoup d’interrogations…

 

L’autre force des frères Dardenne est leur direction d’acteurs : non seulement, ils s’appuient sur une bande qui revient régulièrement (notamment chez les garçons, avec Jérémie Rénier ou Olivier Gourmet), mais ils arrivent également à faire émerger à chaque fois un nouveau visage qui marque le spectateur. Après avoir lancé Jérémie Rénier et participé à la confirmation d’Olivier Gourmet, ils ont imposé sur les écrans Emilie Dequenne, Déborah François et maintenant Arta Dobroshi. Cette jeune actrice est totalement convaincante ici, dans un rôle qui mêle résignation et colère, envie de se battre et soumission. Une actrice à suivre de près. L’autre point positif est la confirmation du talent de Jérémie Rénier. J’appréciais déjà le parcours de l’acteur (Violence des échanges en milieu tempéré, Nue propriété, L’enfant) mais c’est la première fois que je le sens si poignant dans un rôle. La transformation physique subie (il a l’air cadavérique sur les premières images) participe pleinement à cette impression de nouveauté.   

 

Bref, un film fort, qui marque une évolution dans la filmographie des Dardenne (finie la caméra qui donne à certains le mal de mer) mais qui contient tous les aspects qui font la force de ce type de cinéma, social, humain et très construit. A vraiment aller voir.

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 07:54

François Villon, poète et brigand. Elève doué qui utilise la ruse pour toutes ces entreprises, pas toutes orientées vers les études. Homme attiré par les plaisirs de la chair et par les voyous qui sèment la terreur dans les campagnes. Mais Villon est surtout un grand écrivain, dont les ballades sont apprises à l'époque dans tout Paris, et qui sont arrivées jusqu’à nous (la ballade des pendus, les neiges d’antan). C’est la vie de cet artiste du XVeme Siècle que relate ici Jean Teulé, de manière bien entendu romancée.

 

Le père de François est mort pendu, sa mère a été suppliciée et il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d’Arc. Pas de très bon augure. Recueilli par un chanoine qui veut faire de lui un homme cultivé, et qui lui donnera beaucoup de fil à retordre, il passe son temps entre les mains d’une prostituée surveillée par son mari, les équipées nocturnes avec ses amis et autres joyeusetés de son âge. Mais ses actions ne resteront pas impunies, et après un exil qui lui fera vivre d’atroces souffrances, il revient à Paris qui le reçoit comme une idole. Mais François s’émeut de cette image qui lui échappe.

 

Jean Teulé adopte pour cette biographie un style très romancé, qui n’épargne pas le lecteur : il apprend ainsi tous les moyens utilisés pour torturer les parisiens au Moyen Age. Les pendus, les ébouillantés, les morts, les amputés ou les emmurés parcourent l’ensemble du récit. La scène la plus violente à lire est très certainement la série de supplices que doit subir François, suite à son emprisonnement par le procureur aux langues desséchées…

 

L’écriture de Jean Teulé permet de faire passer aux lecteurs la violence de cette époque. A plusieurs reprises, j’ai ri face aux atrocités décrites, tellement elles sont inimaginables. Sauf bien entendu qu’elles ont réellement existées ! Jean Teulé adopte un ton en décalage avec la violence du temps, qui rend plus hommage à la potacherie parfois inhumaine de Villon et ses amis qu’aux suppliciés de l'époque.

 

L’autre point agréable dans la lecture de ce roman est qu’on est plongé régulièrement dans l’écriture de Villon. En ancien français, mais Teulé traduit dans le récit les ballades pour qu’elles soient compréhensibles par le lecteur. Et cela permet de réaliser l’évolution qu’a connue la langue française.

 

Une nouvelle expérience de Jean Teulé bien plus réussie que la première avec Le magasin des suicides. Et je sens que ses romans sur Rimbaud et Verlaine vont bientôt figurer sur ma liste de lecture.

 

Je, François Villon a déjà été beaucoup commenté sur les blogs, et je ne peux pas ici recenser tous les billets sur le roman. Jean Teulé a même eu l’honneur d’être Aristochat pour deux mois et leur a accordé une interview. Vous trouverez donc ici l’avis de Coeur de Chene (emballé),  Karine (un peu mitigée), Bladelor (qui n'a pas tenu le coup), et il en a encore bien d'autres...

 

Je, François Villon, de Jean Teulé

Ed. Julliard

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:57

Un roman policier qui se passe dans le milieu du cyclisme amateur ? Chouette, me dis-je, intéressé que je suis par le cyclisme (J’en entends déjà qui me parlent de piqûres et de seringues et de courses inhumaines, mais il n’arriveront pas à me convaincre qu’ils sont tous pourris). Bref, un milieu que je connais un peu, assez rarement traité en littérature, donc je me laisse tenter.

 

L’action se déroule à Montfeurgny, petite bourgade provinciale qui tire sa fierté de son club cycliste local. Mais lorsqu’à la fin d’un entraînement, le responsable du club se fait faucher volontairement par une voiture alors qu’il attend le passage des coureurs, le village est en émoi. Enfin, pas tout le monde, car trop de personnes ont des choses à cacher à leur voisinage…

 

L’intrigue met en scène le chef de brigade Lenormant. Un gendarme, donc. C’est un des points intéressants du roman qui est de prendre pour figure du policier un gendarme, c'est-à-dire un militaire. La vie y est très différente de celle d’un commissariat de ville, qu’on croise souvent dans les polars (Adamsberg ou Lanester, par exemple).

 

Le fait que le personnage soit un gendarme implique automatiquement que l’action se déroule à la campagne. On suit donc les aventures des militaires au sein des habitants, et des commérages inhérents aux lieux où tout le monde se connaît, et où chacun essaie de cacher le maximum pour éviter que cela soit exposé sur la place publique. Le rôle du maire et du principal sponsor de l’équipe sont assez bien rendus. Si l’ambiance est également assez réelle, avec l’utilisation d’un village (le commissariat) dans la ville de Montfeurgny, j’ai parfois eu l’impression qu’on tournait un peu en rond dans cette histoire.

 

Mais le plus gênant a été le fait qu’il n’y pas d’intrigue policière. On comprend assez rapidement la cause de la mort de l’entraîneur, et le coupable se dévoile peu à peu sous les yeux du lecteur, sans susciter de véritable émotion. Je n’ai été que peu concerné par la résolution de l’intrigue, dont on sent bien qu’elle implique plus que le seul meurtrier.

 

Jean-Pierre Fournel, l’auteur, a certainement voulu signer un roman d’ambiance plus qu’un policier. Malheureusement, si la description des mœurs provinciales se veut réaliste, elle m’a parfois semblé caricaturale, car elle tourne en rond. Sur le milieu du cyclisme, peut-être que je le connais trop bien pour avoir été surpris par l’histoire.

 

A noter que Lenormant croise à plusieurs reprises d’anciens suspects ou coupables croisés dans d’autres aventures (cet ouvrage est le troisième se déroulant à Montfeurgny). Et que malheureusement, ces rencontres donnent la résolution des tomes précédents. Dommage, car cela enlève un peu l’envie de les lire.

 

Dans la roue du tueur, de Jean-Pierre Fournel

Ed. du Masque

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 07:59

Fabienne Verdier est une artiste passionnée par la calligraphie. Lors de ses études aux Beaux-arts qui l’ennuient, elle décide de tout faire pour partir en Chine apprendre l’enseignement des experts en calligraphie. Mais il y a un hic : Fabienne Verdier est étudiante aux débuts des années 80, période où il est extrêmement difficile pour un occidental de s’installer dans la Chine communiste qui ne s’est pas encore ouverte à l’économie de marché (ni aux droits de l'homme, mais sur ce point, la situation n'a pas changé !).

 

Fabienne Verdier raconte dans cet ouvrage sa vie en Chine pendant presque dix ans (car c'est une autobiographie), les difficultés qu’elle a eu à se faire accepter dans ce pays et les milles complications que lui ont faites les autorités chinoises. On y apprend donc comment vivaient les étudiants chinois dans leur université (très pauvrement), comment tous les niveaux de l’administration étaient contrôlés par les communistes, comment il était impossible de faire confiance à qui que ce soit dans ce pays.

 

Ce qui m’a le plus étonné, et que je connaissais moins (même si je ne connais pas grand-chose à la Chine), c’est le mépris dans lequel étaient tenus les maîtres de la calligraphie. Cet art étant considéré comme ancien et traditionnel, il était banni par les autorités et les anciens professeurs réduits à vivre dans des conditions misérables. Le même phénomène de rejet du passé se produit avec les visites que fait Fabienne Verdier dans les maisons de thé : cet établissement traditionnel est peu à peu supplanté par les habitations modernes qui fleurissent en Chine. Car dans ce pays rural, le but était de construire un monde nouveau, qui n'a rien à voir avec le passé. Et qui va se révéler une véritale catastrophe. 

 

Cet aspect historique est celui qui m’a le plus intéressé, car les considérations sur la calligraphie m’ont beaucoup moins parlées. J’ai du mal à m’imaginer en train de faire un trait horizontal pendant six mois pour vraiment sentir la texture du pinceau et de l'encre, avant de pouvoir accéder à la suite de l’enseignement. Il y a dans cette technique un sens de la patience et du retrait du monde qui m’est totalement étranger.

 

Un ouvrage qui m’a donc plu sur un de ses aspects essentiels, celui du témoignage historique sur une époque plus terrible encore que celle que peut vivre la Chine aujourd’hui. Et rien que pour cet aspect, c’est un livre qui vaut le coup d’être lu !

 

Passagère du silence, de Fabienne Verdier

Ed. Albin Michel

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 07:04

Dans un petit théâtre au cœur de Paris se joue actuellement une courte pièce très poignante d’un grand auteur de théâtre. La salle ? Le théâtre des Déchargeurs, à proximité des Halles. La pièce : l’apprentissage, soit l’histoire d’un homme qui sort du coma et qui commente tout ce qui l’entoure. L’auteur ? Jean-Luc Lagarce, auteur entre autres de Derniers remords avant l’oubli ou Juste la fin du monde, deux pièces que j’ai vues et qui sont formidables.

 

Ici, c’est un texte plus court qui est mis en scène par Sylvain Maurice et joué par un seul acteur (Alain Macé formidable également, d’ailleurs (c’est un peu comme si Lagarce arrivait à transmettre son talent aux interprètes de ses pièces)). Pendant une cinquantaine de minutes, on voit le malade retrouver la lumière, s’habituer aux événements qui se déroulent autour de lui. Evénements très peu nombreux, mais surtout très répétitifs : la visite quotidienne de A., qui s’installe près du lit avec son livre. L’entrée de l’infirmière, qui parle fort comme si notre malade était « imbécile » ou « devenu vieux sans s’en rendre compte ».

 

Alors, quand dans cette monotonie ambiante est programmé un scanner, cela devient une aventure formidable, et donne lieu à une scène criante de vérité. Le malade se trouve coincé dans son fauteuil roulant, et sert de butoir pour ouvrir les portes battantes. Et avec les bocaux en verre qui le suivent partout, ce n’est pas très pratique pour passer inaperçu…  

 

Alain Macé tient le spectacle à bout de bras pendant 50 minutes. Il laisse beaucoup de respiration dans ce texte qui évoque la renaissance. Le décor est minimaliste, deux draps évoquant la blancheur de l’hôpital, la naissance (au sens propre). La mise en scène, assez minimaliste elle aussi, propose lors des intermèdes de la musique chantée (notamment en allemand) que j’ai néanmoins eu du mal à intégrer au reste du spectacle.

 

Malgré ce petit bémol, je vous conseille vivement ce spectacle touchant, parfois tendre, et qui offre un regard intérieur sur la sortie d’une période d’inconscience. Une belle performance d’acteur, pour un texte simple et bien mis en valeur.

 

L’avis d'un critique des trois coups

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