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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 07:34

La résidence Les Conviviales, dans le sud de la France, est un lieu de villégiature pour personnes âgées qui souhaitent avoir un cadre de vie agréable pour leurs vieux jours. Avec une salle commune, une piscine et une personne chargée des animations, tout est prévu pour les premiers occupants. Martial et Odette quittent la banlieue parisienne pour s’y installer, attirés par la publicité avantageuse du lieu. Mais seuls dans ce lieu formaté, avec pour unique compagnie un gardien pour le moins antipathique et une météo exécrable, ils déchantent vite. Heureusement, de nouveaux locataires arrivent bientôt. Mais loin d’être de tout repos, Les Conviviales deviennent le lieu où tous les troubles, toutes les failles se révèlent. Jusqu’au point de non-retour…


Lune captive dans un œil mort est un roman plaisant, qui sur fond de dénonciation d’un monde de loisirs et de divertissement à tout prix, parvient à construire un univers angoissant et des personnages inquiétants. Car à partir d’une situation banale, l’installation de retraités dans ce lieu rêvé, le loufoque et l’absurde prennent vite le dessus.

Les personnages sont déjà assez gratinés. Martial et Odette, les premiers locataires, sont malheureux dans cette nouvelle installation, et leurs nouveaux voisins Marlène et Maxime, s’ils leur apportent de la compagnie, les lassent vite. Surtout que leurs caractères sont difficilement conciliables, avec Marlène qui ne cesse de vanter les mérites de son fils qui a réussi, et Odette et Martial venus d’un milieu plus modeste.

Surtout, c’est l’enfermement de ces personnages qui est à l’origine de la force du roman. Ce huis clos (on ne sort jamais de la résidence, et l’extérieur n’est constitué que de dangers, comme ces gitans installés au bord de la route) est rendu encore plus inquiétant par la présence de Mr Flesh, le gardien patibulaire. Cet isolement favorise l’apparition des troubles jusque là refoulés, et les plus bas instincts, comme l’homophobie et le racisme, prospèrent. La tension monte jusqu’au moment où la lune brille dans un œil mort, prélude à la fin de la résidence…

Livre plaisant donc, dans lequel l’humour est présent. De plus, Pascal Garnier n’hésite pas à aller au bout de son intrigue et de l’absurde, en poussant à son paroxysme la folie des personnages. Seule réserve, mineure : la systématicité à trouver chez chacun un trouble, car le procédé est un poil trop visible. Mais vraiment, c’est pour pinailler !

 

Lune captive dans un oeil mort, de Pascal Garnier

Ed. Zulma

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 07:27

Mademoiselle-ChambonCe film est un petit miracle. Stéphane Brizé, à partir d'une histoire on ne peut plus classique (voire bourrée de clichés) et alors qu'il ne se passe pas grand chose, signe un film sensible, subtil et tendre. Une vraie prouesse !

 

Jean vit avec sa femme, Anne-Marie, et son fils Jérémy, dans le sud de la France. Maçon, c'est un homme attentionné, qui prend soin de son père en fin de vie, et qui est aimé de tous. Alors qu'il va chercher son fils à la sortie de l'école, l'institutrice, Mademoiselle Chambon, lui demande s'il peut venir présenter son métier devant la classe. C'est la première rencontre entre Jean et Véronique Chambon, et le début d'une relation troublante.

 

Le scénario est, comme je l'ai dit, on ne peut plus classique, et on y retrouve des éléments qui peuvent paraître difficiles à intégrer dans le film, comme cette opposition presque trop flagrante entre l'intellectuelle qui joue du violon et le maçon, manuel, qui bataille avec sa femme pour aider son fils à faire un exercice sur les compléments d'objet direct. Mais Stéphane Brizé instaure un charme, un mystère, une sensibilité dans toutes les scènes qui fait que ces éléments passent sans aucun problème.


De nombreux passages sont lumineux, pleins d'une tendresse comme j'en ai rarement vu au cinéma, comme ce passage où Mademoiselle Chambon écoute Jean parler de son métier dans son classe, le moment où ils écoutent des morceaux de violon assis dans un canapé ou ceux où Jean nettoie les pieds de son père.

 

Il est complexe de parler de ce film, car l'intrigue est minimale, mais le pouvoir évocateur immense. Stéphane Brizé raconte, dans une interview, qu'il a laissé les acteurs improviser leurs textes, pour justement leur laisser la place pour exprimer le doute, l'incertitude. Car ce film est plein de silences, de moments où ni l'un ni l'autre ne savent quoi dire, et c'est littéralement troublant.

 

Le film tient aussi beaucoup à ses acteurs. Le couple principal, Vincent Lindon – Sandrine Kiberlain, est vraiment merveilleux. Ce sont deux acteurs que je découvre vraiment depuis peu (depuis La moustache et Welcome pour Lindon, depuis Après vous et Très bien, merci pour Kibelain), et qui sont vraiment de formidables interprètes. Je tiens également à souligner la prestation de Aure Atika, très sobre et juste dans le rôle de la femme de Jean, et la présence de Jean-Marc Thibault, qui incarne avec beaucoup d'émotion le père de Jean.

 

C'est vraiment un film inattendu, merveilleusement filmé et réussi. Loin de la guimauve qu'aurait pu donner un tel scénario, Stéphane Brizé signe une oeuvre personnelle et intime, que je trouve formidable.

 

Les avis de Laëtitia (emballée), de Pascale (beaucoup plus réservée)

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 07:16

J'ai lu et entendu beaucoup de très bonnes choses sur Pierre Michon. Et comme je suis curieux face aux critiques élogieuses, j'ai jeté mon dévolu sur le dernier opus de l'auteur, Les Onze. Dans ce roman, Pierre Michon raconte l'histoire d'un tableau représentant les onze membres du Comité de Salut Public, aujourd'hui exposé au Louvre. A travers ce tableau, il retrace non l'histoire sanglante du Comité en question, dont faisaient partie, entre autres, Robespierre et Saint-Just, mais celle de sa conception, ainsi que la vie du peintre, François-Elie Corentin.


Ce tableau, imaginaire (car, oui, ce tableau n'existe pas !), est pour Michon un prétexte pour décrire la vie de François-Elie Corentin, peintre fils d'un homme de lettres, lui-même fils d'un Limousin ayant fait fortune grâce à l'écluse qu'il a construit sur la Loire. La première partie du roman est d'ailleurs centrée sur cette histoire familiale, cette filiation. Le tableau des Onze n'apparaît que bien plus tard, et ne sera jamais vraiment détaillé. Les membres du Comité restent des ombres, assez inquiétantes, qui seront constamment dans la pénombre, soit celle du tableau où selon l'angle de vue, tel ou tel personnage disparait, soit dans la vie réelle. Bien entendu, Michon en profite pour retracer rapidement les grandes lignes des fractures historiques de cette époque (robespierristes, hébertistes ou partisans de Danton)


Si le roman raconte l'histoire de ce tableau, il ne revient pas très longtemps sur les conditions de production, sur la manière dont Corentin a réuni (ou pas) les membres du Comité, mais plutôt sur les conditions du passage de la commande. Ce passage est d'ailleurs celui que j'ai trouvé le plus réussi. Corentin a rendez-vous avec un Comité local dans une ancienne église, et l'ambiance que décrit Michon, avec les cloches au sol prêtes à être fondues ou les chevaux présents dans les stalles, est tout à fait saisissante et inquiétante.


Michon convoque Michelet, et le fait justement disserter sur ce tableau (imaginaire, je vous le rappelle), en remettant en cause le commentaire qu'en a fait le grand historien du XIXeme Siècle. Il pousse ainsi à son paroxysme le fait qu'il invente le tableau, en déépassant la simple phase de conception et en jettant un oeil sur les commentaires qui ont pu en être faits. 


Livre extrêmement écrit, parfois ardu dans son approche et pas toujours immédiatement intelligible, Les Onze m'a tout de même laissé une impression positive. Ce n'est pas un roman dont on tourne les pages à toute allure, ni un essai théorique sur ce tableau. C'est une œuvre hybride, qui joue avec le lecteur, mais sans le prendre pour un imbécile. Un texte intrigant, que je vous invite à essayer (mais je ne peux garantir qu'il va plaire (Oui, je sais, ce n'est pas très vendeur)).


Ce roman vient de recevoir (c'est un hasard, je le jure) le Grand Prix de l'Académie Française.

L'avis de Yv

 

Les Onze, de Pierre Michon

Ed. Verdier

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:34

Le marshall Teddy Daniels est amené à enquêter, avec son coéquipier Chuck Aule, sur Shutter Island. La raison de cette enquête : l'évasion de Rachel Solando de l'institut situé sur l'île, sorte d'hôpital psychiatrique où se concentrent les cas les plus lourds connus aux États-Unis. Mais rapidement, cette simple enquête sur une évasion prend une tournure étrange pour les deux marshalls, qui se demandent quelle est la véritable raison qui les a menés là...


Voilà un livre magistral signé Dennis Lehane. Avant ce roman, j'étais déjà un convaincu de Lehane, auteur aux facettes multiples mais toujours intéressantes. Mais je pense que Shutter Island est le meilleur des romans que j'ai lu de cet auteur.


La force de ce roman, outre l'intrigue que je vous laisse découvrir plus avant pour ne rien dévoiler, tient au paysage dans lequel se déroule cette aventure. Shutter Island est un bout de rocher situé au large de Boston, oublié par tous sauf par les médecins, le personnel soignant et les malades qui y vivent. Alors quand deux intrus débarquent, c'est un peu le branle-bas de combat. Dans cet univers hostile, où personne ne veut collaborer avec la police, la difficulté pour les deux policiers est amplifiée par les conditions climatiques, puisque l'île est victime d'un ouragan qui détruit une grande partie des installations.


C'est dans ce décor mouvant, insaisissable et inquiétant que Teddy Daniels mène une enquête dont il sent que les véritables enjeux lui échappent. De plus, les témoignages qu'il entend de la part des malades le mettent mal à l'aise. Les confrontations face à des personnes ayant perdu tout sens des réalités sont éprouvantes pour Daniels, qui a vécu divers traumatismes dans sa vie. Il va peu à peu sombrer dans la paranoïa, voyant un complot dans toutes les actions menées par le docteur Cawley et le directeur, personnage énigmatique et inquiétant qui passe comme une ombre.


Roman très efficace, à l'intrigue extrêmement réussie, qui laisse le lecteur pantois à la fin de la lecture. Dans un genre plus classique que les autres livres que j'ai pu lire de Lehane, il n'empêche pas une petite réflexion sur la psychiatrie et les débats sur les différentes formes de traitements (pharmacie contre psychologie), puisque l'intrigue se déroule dans la première partie des années 50. Vraiment un livre à découvrir, et si vous n'en lisez qu'un de Lehane, prenez celui-ci (je suis presque sûr que vous y reviendrez par la suite !).


L'avis de Thom, de Gaelle

Autres romans de Dennis Lehane : Mystic River, Un dernier verre avant la guerre, Un pays à l'aube

 

Shutter Island, de Dennis Lehane

Traduit de l'anglais par Isabelle Maillet

Ed. Rivages

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 16:21

Le dernier opus de Claude Miller, réalisé avec son fils Nathan, est une très belle réussite. Ce film est surprenant de la part de ce réalisateur, non pas par le thème, mais plutôt par le traitement cinématographique, réaliste, avec des inclinations vers le film social sans y plonger (mais peut-être que je connais mal le travail de Miller). En tous cas, c'est réellement une belle surprise.


Thomas a eu une enfance délicate. Abandonné par sa mère à 5 ans avec son frère cadet Patrick , il a été élevé par des parents adoptifs. A 12 ans, connaissant son passé, il tente de le reconstituer, contre l'avis de ses parents. Il décide alors de retrouver sa mère génétique. Elle a refait sa vie, a un nouveau fils, Frédéric, et vit avec un homme dans une tour de la banlieue parisienne. Il la rencontre, mais les retrouvailles s'arrêtent là. Un peu plus tard, alors que les relations avec ses parents se sont normalisées,Thomas revoit sa mère et va rapidement se rapprocher de cette famille à laquelle il n'appartient pas vraiment...


Inspiré d'un fait divers relaté par Emmanuel Carrère, ce film (scénarisé par Alain Le Henry) est l'occasion pour Miller père et fils de s'attaquer à un sujet complexe, et ce avec beaucoup de maestria : l'adoption. Thomas est un jeune homme blessé. Raillé par ses camarades de collège, il décide à douze ans de faire exploser la réalité : retrouver sa mère, dévoiler à son frère qui a été rebaptisé qu'il a été l'objet d'une adoption,... En s'opposant à ses parents adoptifs, il les renvoie à leur actions en tant qu'adoptants, ce qu'ils ont du mal à accepter. Le père adoptif, refusant cette remise en cause sombre dans un état dépressif, qui le fait passer de maison de repos en maison de repos.


Le film repose sur plusieurs points très intéressants. Le premier concerne la narration, déconstruite. La chronologie n'est pas respectée, et on suit Thomas à travers les trois âges importants de sa vie : son abandon, sa révolte et sa première rencontre avec sa mère, la vie qu'il passe avec elle et son demi-frère. Le scénario est habilement construit pour ne jamais perdre le spectateur, et apporte une dimension supplémentaire à ce fait divers.


Le second point fort est celui du point de vue. Thomas est le centre du film, celui par qui passe toutes les actions. C'est un jeune homme rongé par cette histoire d'adoption, qui ne semble vivre que par ce prisme. Il met sa vie personnelle entre parenthèses (en particulier sa vie amoureuse) pour se concentrer sur la vengeance qu'il veut exécuter. Mais à travers lui, on découvre toutes les réactions opposées que peuvent occasionner ses actions. Celles des parents, avec un père qui tombe dans la dépression et une mère qui surmonte les épreuves par le travail. Celle de son frère Patrick, qui refuse toute référence à sa mère, et qui collectionne les conquêtes féminines. Et puis il y a bien entendu cette mère qui a abandonné ses enfants, qui semble totalement déconnectée des réalités. Surtout, c'est un individu froid, un être qui n'exprime pas ou peu de sentiments. Ainsi, lorsqu'elle revoit Thomas pour la première fois, elle ne paraît aucunement affectée par ce retour. Pour elle, Thomas constitue une main d'œuvre supplémentaire pour s'occuper du petit dernier, rien de plus.


Enfin, le dernier point fort tient aux acteurs, très bons. Vincent Rottiers, que je découvre avec ce film, est très crédible dans ce rôle d'écorché, de même que Sophie Cattani, la mère génétique, et Christine Citti, la mère adoptive. J'ai également une tendresse particulière pour les enfants qui jouent Thomas et Patrick tous petits. Ils sont extrêmement naturels, signe que la direction d'acteurs est au niveau.


Je suis heureux que ma mère soit vivante est donc un très bon film, sorti il y a déjà un moment, mais que je vous conseille vivement. Même si une scène est un peu difficile (cela devient une habitude ici), il vaut vraiment le déplacement !!!

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 15:20

La compagnie D'ores et déjà investit le théâtre de la Colline pour tout ce mois d'octobre. Après Notre terreur (pièce que je n'ai pas vue), ils représentent une création collective tout à fait digne d'intérêt (et même plus), Le père Tralalère, mis en scène par Sylvain Creuzevault.


Difficile de résumer cette pièce, tant elle évolue au fil de la représentation. Au début, les spectateurs, répartis des deux côtés de la salle, encadrent une grande table dressée. Autour de cette table viennent s'installer les invités du repas de mariage de Lise et Léo. Autour d'eux, il y a la famille de Lise (Eric, le père, Antoine son frère), des amis (Pierrot, Lionel et son épouse Caroline), ainsi qu'un des associés d'Eric, Samuel, qui arrive tardivement. Début très conventionnel, mais la réception va vite se transformer pour devenir un champ de bataille...


L'originalité de cette pièce est liée au fait que l'explosion du groupe n'est pas dû à la révélation d'un secret ou à des animosités qui se révèlent enfin, mais au fait que le metteur en scène choisit de montrer la vie de ce groupe par le biais de différents repas auxquels il assiste. Le seul élément commun, outre les invités, sera la table centrale, lieu autour duquel tout s'exprime : la violence verbale ou physique, l'amour,...


Difficile donc de parler du contenu, extrêmement riche et intéressant. Il est un peu plus aisé de parler de la forme. La violence inhérente au groupe est clairement montrée sur scène, à travers des passages simulant la torture ou exposant la nudité des personnages. Quelques moments forts, peut-être difficiles pour certains spectateurs, mais qui ont toute leur place dans ce spectacle.


L'élément le plus intéressant et le plus réussi du spectacle est lié à la méthode de travail des acteurs. La scène inaugurale, autour de cette grande table, est une vraie réussite : chacun parle à son voisin, les discussions se chevauchent, se terminent sans véritable conclusion,... Par la suite, de nombreux passages tentent à faire penser qu'il y a une part d'improvisation dans le jeu et le texte, car il me paraît impossible d'avoir ce rendu en partant d'un texte. Et effectivement, la documentation disponible indique bien qu'une grande part des textes est improvisée. Bien entendu, il existe des passages du scénario obligés que les acteurs doivent respecter, mais le texte est ensuite l'objet d'une improvisation tous les soirs. Ainsi, un passage de la pièce est un journal télévisé, présenté par un des comédiens. Et comme c'est improvisé, il a pu nous présenter les infos de la journée (allant jusqu'à mentionner le changement d'heure à venir, en passant par l'Iran, la grippe A,...).


Le père Tralalère (titre dû, certainement, aux comptines adaptées et joliment interprétées sur scène), est donc une création tout à fait réussie, et que je conseille vivement (en prévenant toutefois les âmes sensibles, car si les artifices sont visibles, le tout peut être au final assez éprouvant. Mais j'espère que ce n'est pas cela qui vous retiendra !)

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 07:04

Nous sommes en 1985. Paul, en froid avec ses parents et sa sœur, vient leur rendre une visite inattendue. Il profite de l'occasion pour leur présenter Solange, sa petite amie, rencontrée par hasard il y a peu. En rupture familiale, il ne comprend pas l'abnégation des femmes de la famille qui prennent soin de son père, gravement malade. Mais entre les piques habituelles du fils, et les relations glaciales entre les membres de la famille, c'est Solange, l'invitée, qui sera cause de l'éclatement de la cellule familiale. Car si elle a rencontré Paul, ce n'est finalement pas par un si grand hasard...


En prenant le parti de parler des pièces de théâtre version papier, le risque existe de se trouver confronté à un texte dont on sent qu'une vision scénique permettrait une toute autre approche. Et c'est, je pense, ce qui pourrait m'arriver si je découvrais une production de cette pièce signée Franck Bellucci. Car si certaines choses m'ont gênées, ou m'ont semblé un poil artificielles, elles pourraient avoir une toute autre résonance sur scène.


Le thème de la pièce est double : celui de la famille (très en vogue actuellement, dont l'une des meilleures représentations est certainement Un conte de Noël de Desplechin), et celui du secret, qui ronge le groupe et qui dévoilé, va modifier tous les comportements (thème beaucoup utilisé également, notamment, et de manière magistrale, par Philippe Grimberg dans Un secret, justement). Cette utilisation de thèmes souvent vus ces derniers temps n'a certainement pas servi ma vision de la pièce, puisque ces modèles trottent toujours un peu en tête. De plus, ces thèmes largement universels ont forcément des rapports avec notre expérience personnelle, toujours plus ou moins marquée par des rapports familiaux compliqués, et des secrets étouffés (ou presque). Mais mon plus gros problème a été de penser à la pièce de Lagarce, Juste la fin du monde, qui si elle ne parle pas du même type de secret, est bien trop proche pour ne pas y penser. Et c'est bien le hic, tellement la pièce de Lagarce est forte et dense.


Ensuite, j'ai eu un problème avec le personnage principal, celui de Paul. Fils qui donne peu de nouvelles à ses parents, qui n'hésite pas à exprimer de manière volontairement provocatrice ses réflexions quant à la situation de sa mère et sa sœur, il est totalement déboussolé quand il apprend le secret. Mais sa réaction ne m'a pas paru totalement logique, et exactement inverse à celle de sa sœur. Cette construction sur l'opposition m 'est paru de trop. Je comprends l'intention de Franck Bellucci par rapport à son personnage (que je vous laisse découvrir), mais cette volonté de modifier le regard du spectateur vis à vis de Paul est trop soudaine pour être totalement crédible.


Je ne suis donc pas totalement convaincu par la pièce dans sa version écrite, qui, si elle part d'un scénario a priori intéressant, souffre des comparaisons que j'ai faite (à tort, bien entendu, mais c'est impossible de faire autrement) avec d'autres pièces travaillant les mêmes thèmes (et la pièce de Lagarce est tellement réussie que c'est presque une gageure de s'y frotter). Mais rien ne vaut une vision sur scène, à laquelle je n'ai malheureusement pas encore eu l'opportunité d'assister (mais je ne désespère pas !).


L'avis de Laurence (dont j'ai finalement un avis assez proche)


Vous retrouverez également toutes les informations des représentations sur le blog de l'auteur (qui est également acteur dans la troupe qui a monté la pièce). Prochaine représentation à la fin du mois, à Tours.


Du même auteur : Ce silence-là

                               Et pour le pire (dont une des nouvelles est proche de la trame de cette pièce, et m'a paru bien plus forte que ce texte de L'invitée)

 

L'invitée, de Franck Bellucci

Ed. Les Mandarines

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 07:03

Vittorio Alberto Tordo est un écrivain italien, reconnu dans son pays. Au cours de sa vie, il a pris part aux différents événements qui ont secoué sa patrie, en particulier la Grande Guerre, ainsi que l'arrivée au pouvoir de Mussolini. Non seulement il a suivi ces mouvements, mais il y a participé activement. Il est ainsi rédacteur d'une tribune demandant de prendre les armes en 1914. Mais arrivé à la fin de sa vie, il réalise que son œuvre n'est pas représentative de l'évolution de sa pensée, et qu'il n'est pas considéré comme il devrait l'être. Surtout, des moments éprouvants, dont il n'a jamais parlé dans ses romans, refont surface et lui font éprouver des remords, liés au fait de ne pas avoir su exorciser ces pensées douloureuses...


Me voici bien embêté pour parler de ce roman. Car je suis, comme qui dirait, partagé...


Commençons par les aspects positifs. Cette autobiographie d'un intellectuel en fin de vie, qui fait le bilan de son engagement militant en tant qu'intellectuel, est originale. Il refait le point sur ses prises de position, ce qui permet de retracer rapidement la vie politique italienne du début du XXeme siècle. De l'engagement militaire à l'arrivée de Mussolini, en passant par les différentes phases du facisme italien, notamment son rapprochement avec le nazisme.


Un autre point positif est celui lié au traumatisme originel, d'abord esquissé dans le roman, et qui va prendre un poids de plus en plus important dans l'intrigue, pour finalement servir de conclusion à cet ouvrage, Tordo étant totalement obnubilé par cet épisode jugé aujourd'hui douloureux, mais qu'il a assumé lors des faits.


Mais il y aussi toute une réflexion qui si elle n'est pas nouvelle n'en reste pas moins intéressante sur la place des livres, et notamment leurs reprises médiatiques. Les critiques et commentateurs voient dans les livres de Tordo ce qu'il n'a pas voulu y mettre, et inversement. Il y a notamment cette phrase, que je trouve très percutante : « Et mon roman ne l'a pas dit, puisque personne n'a dit qu'il le disait ».Par cette simple assertion, l'auteur renvoie le lecteur à sa position, mais indique également qu'il n'est pas dupe de l'avenir d'un roman, qui peut (lieu commun) échapper à son auteur.


Mon problème par rapport à ce livre est lié au postulat initial : un homme, belliciste et clairement fasciste, fait le point sur sa vie, et éprouve des remords. Bien sûr, il n'a pas été toute sa vie un ardent défenseur de Mussolini, mais pas dans un sens gauchiste : il indique bien qu'il aurait voulu que le régime soit plus strict et autoritaire qu'il ne l'a été (ce qui a été compris comme une critique de ce régime, mais pas dans le bon sens). C'est cette évolution qui m'a paru artificielle : un homme qui défend des thèses autoritaires, et qui se retrouve hanté par un démon de son passé, est selon moi un paradoxe indépassable. J'ai peut-être une vision tronquée, mais les parcours vont généralement vers un autoritarisme accru l'âge venant que l'inverse. J'ai donc eu du mal à situer ce personnage, qui éprouve des sentiments contradictoires avec les thèses qu'il a défendues, et qu'il défend toujours.


Au final, ce ne fut pas une lecture désagréable, elle a pris de l'ampleur au fil des pages, mais les remords du personnage principal sont trop fictionnels pour pouvoir me toucher et me faire entrer en empathie avec Tordo. Il me reste donc un arrière-goût que je n'arrive pas à faire disparaître, malheureusement.

Livre proposé par Goelen dans le cadre de la chaîne des livres, il prend le chemin de chez Virginie...

 

Morts et remords, de Christophe Mileschi

Ed. La fosse aux ours

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:13

Cela fait longtemps que je n'ai pas parlé théâtre en ce lieu, non par manque d'envie d'en parler, mais parce que je n'y suis pas beaucoup allé depuis mon passage à Avignon (juste une représentation de Cyrano de Bergerac dans le cirque de Gavarnie au mois de juillet, spectacle plaisant mais un poil trop Robert-Hosseinien à mon goût). Retour théâtral, dis-je, avec une pièce reprise à la Comédie-Française, La Grande Magie, d'Eduardo de Filippo.


Dans un grand hôtel d'une station balnéaire italienne, quelques aristocrates sont en villégiature. Pour égayer leur séjour, un magicien, Otto Marvuglia, vient leur présenter son numéro. Mais le magicien n'est pas spécialement animé de bonnes intentions : en cheville avec Mariano d'Albino, il fait disparaître sa maîtresse, Marta di Spelta, afin que les deux amants puissent s'enfuir sans craindre les représailles du mari, Calogero di Spelta. Afin de le calmer, Marvuglia lui fait croire qu'elle est enfermée dans une petite boîte, et qu'il ne tient qu'à Calogero de savoir si le tour a fonctionné ou non. Mais Calogero se refuse à ouvrir la boîte en question, ce qui le plonge dans un abîme sans fond...


Voilà une reprise qui s'est admirablement déroulée. Car La Grande Magie est une pièce très intéressante, et la mise en scène est au niveau du texte. Outre l'intrigue amoureuse, qui occupe le premier acte avant de devenir secondaire, cette pièce est surtout l'occasion pour l'auteur de donner à réfléchir sur les troupes qui luttent pour survivre, comme celle de Marvuglia, et sur la frontière entre réel et virtuel, avec le personnage de Calogero, totalement déboussolé par les discours que lui tient le magicien.


Le premier acte donne l'impression d'une pièce classique, dans laquelle est intégrée un spectacle de magie (d'ailleurs admirablement présenté par Hervé Pierre en Marvuglia). L'ambiance au sein de l'établissement n'est pas très gaie, les rivalités sont implicites, et la jalousie ne demande qu'à s'épanouir. Le pauvre Calogero, lors de la disparition volontaire de sa femme, demeure seul face aux autres clients de l'hôtel. Puis la pièce prend un tour tout à fait pertinent. Le deuxième acte se joue dans l'appartement de Marvuglia, dont la femme, une furie, ne cesse de le récriminer contre ses dépenses inconsidérées. Avec ses acolytes, des bras cassés de première, il doit également affronter la police, que Calogero a lancé sur leurs basques (avec un inspecteur très bien incarné par Cécile Brune).


La dernière partie fait plonger le spectacle dans sa partie la plus absurde, avec un passage dix ans plus tard, dans l'appartement de Calogero. Malgré le temps, il n'a toujours pas compris comment sa femme avait disparu, et n'a toujours pas ouvert la boîte laissée par Marvuglia. Il se retrouve même à devoir affronter sa famille venue lui faire les reproches qu'il n'a pas voulu écouté jusque là. L'interprétation de Calogero par Denis Podalydès est vraiment de premier ordre : personnage décalé, abusé, dérouté, il nage en plein délire. Lorsque sa femme reparaît, il s'attend même à rajeunir, croyant le magicien qui lui répète que ces dix dernières années n'ont été qu'un rêve.


La mise en scène de Dan Jemmet est très efficace, rythmée. Un des parti pris de l'auteur est de ne pas offrir de coulisses aux comédiens : quand ils ne jouent pas, ils sont attablés, à droite et à gauche de la scène, attendant leur entrée en scène. Cette illusion supplémentaire est un habile ajout au texte de Eduardo de Filippo, auteur italien, du milieu du XXeme siècle. Le tout est comme toujours servi par les très bons comédiens de la Comédie Française. Outre ceux déjà cités (dont Hervé Pierre, que j'aime vraiment beaucoup sur scène), les interprétations de Martine Chevallier, Loïc Corbery (tout en souplesse) et Suliane Brahim (qui joue une toute jeune fille) sont à noter.


Un très joli spectacle, donc, auquel ce billet ne rend certainement pas complètement hommage. Mais comme il se joue jusqu'au 17 janvier, vous aurez peut-être l'occasion de vous faire votre propre idée !

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 10:26

Pour fêter les deux ans de cet endroit, voici un billet sur un film, ou plutôt trois films qui me tiennent particulièrement à cœur, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler rapidement au fil des réponses aux commentaires ou dans les billets, mais qui méritent une place à part entière dans ce lieu.


Un film, donc, ou plutôt trois. Quels sont donc ces mystérieux long-métrages qui se parlent, se répondent, s'expliquent l'un l'autre au fur et à mesure de leur vision ? Eh bien, ce sont les trois merveilleux films de la prodigieuse trilogie signée Lucas Belvaux, Un couple épatant – Cavale – Après la vie.


L'idée de départ est simple : vous prenez trois couples, plus ou moins officiels, qui se connaissent d'une manière ou d'une autre, et qui vivent au même endroit (Grenoble, en l'occurence). Vous faites ensuite un film centré sur chacun de ses couples. Ce qui donne trois films (pour trois couples), et les personnages principaux d'un film deviennent les personnages secondaires de l'autre (et vice-versa). J'espère que jusqu'ici, vous suivez. Mais la grande force de la trilogie, outre ces résonances multiples, se situe dans le traitement scénaristique de chacun de ses films. Car à chaque couple correspond un genre cinématographique.


D'où trois films, qui ne racontent au final qu'une histoire, mais racontée avec des tons différents.


Rentrons maintenant dans le détail, et dans l'ordre de présentation (qui est je pense l'ordre le plus adéquat pour voir les films, même si je les ai découverts dans un autre ordre. Bah oui, il faut parfois être rebelle !). Un couple épatant est une comédie, centrée sur les personnages d'Alain et Cécile (François Morel et Ornella Muti, couple improbable mais drôlement efficace). Alain est ingénieur, il dépose des brevets et est attaqué en justice de toutes parts, mais il a un souci : il se croit malade. Ne voulant pas inquiéter sa femme, il décide de lui cacher son opération. Mais celle-ci se doutant de quelque chose, lance sur ses basques un flic, mari d'une de ses collègues et amie. Cette comédie, que j'ai mis du temps à apprivoiser (première vision décevante, mais la richesse du film m'est apparu ensuite), est une mécanique implacable en terme de scénario. A chaque visionnage, je découvre des éléments nouveaux, notamment lors des changements de séquence. Comédie qui penche vers l'absurde, elle est admirablement servie par les acteurs principaux, mais également par les seconds rôles comme Bernard Mazzinghi ou Valérie Mairesse. Une entrée en matière en douceur dans la trilogie, qui permet de rencontrer, parfois subrepticement, les futurs protagonistes des films suivants.


Cavale est une sorte de thriller. Le film est centré sur Bruno (Lucas Belvaux lui-même), ancien activiste terroriste des années 70 qui s'évade de prison, et revient à Grenoble pour régler ses comptes. Il pense pouvoir compter sur Jeanne (Catherine Frot, surprenante), une de ses anciennes complices. Mais elle a construit une nouvelle vie, et le laisse se débrouiller seul. Après la suavité de la comédie et ses artifices, voici nos personnages plongés dans une histoire beaucoup plus dure, plus noire. Bruno, traqué, retrouve d'anciens réflexes, et pense pouvoir mener à bien son combat. Illusion, qui le poussera à perpétrer des actions de moins en moins raisonnées. Seule obsession : se venger de celui qui l'a balancé, l'industriel Jacquillat (merveilleux Patrick Descamps, qui joue actuellement le commissaire dans Un village français). Bruno fera la rencontre d'Agnès, morphinomane et femme du flic qui le recherche, alors que Jeanne, si elle renonce à l'action, refuse toute collaboration avec la police. Film sur la déchéance inéluctable d'un homme, sur la folie liée à un objectif inatteignable. Thriller très efficace, et ce dès la scène d'ouverture, celle de l'évasion.


Après la vie clôt la trilogie, et c'est certainement le meilleur film des trois, car il donne des explications, permet de comprendre les comportements parfois étranges de Pascal, le flic déjà rencontré auparavant (Gilbert Melki, à tomber par terre !!!). Il profite de son boulot pour fournir à Agnès, sa femme (Dominique Blanc, lumineuse et magnifique dans la déchéance) la morphine dont elle a besoin. Mais l'arrivée de Bruno le Roux coupe sa source d'approvisionnement. Il devra donc arbitrer entre sa morale de flic et son amour pour Agnès pour tout concilier. Ce dernier épisode est un vrai coup de poing, une oeuvre qui ne laisse pas indifférent, et c'est un euphémisme. On est ici dans un drame, autre genre cinématographique avec lequel Belvaux est très à l'aise.


Ces trois films, tous des réussites dans leur genre, prennent une dimension encore plus forte lorsqu'on les recoupe. Ainsi, de nombreuses scènes figurent dans au moins deux films, mais vus d'une subjectivité différente. La scène de l'overdose est en cela merveilleusement représentative, car présentée une fois du point de vue de celui qui secoure la victime (dans Cavale), une fois du point de vue de la victime (dans Après la vie). Dans les bonus DVD, une journée est d'ailleurs remontée, en intégrant de manière chronologique les éléments des trois films. Ce nouveau montage permet de se rendre compte de l'extraordinaire richesse et précision du scénario, et de réaliser que les choix de tournage sont prépondérants dans l'impression que ressentira le spectateur. 


Belvaux n'hésite pas non plus à varier les effets, que ce soit la lumière, la musique (signée Riccardo del Fra) ou la manière de filmer. Ainsi, dans Après la vie, c'est caméra à l'épaule qu'est filmé l'essentiel. Ce qui crée une empathie avec les personnages, une proximité. Mais Belvaux raconte tout cela dans les très bons bonus commentés du film, disponible dans le coffret DVD regroupant les trois films.


Films magnifiques, scenarii d'une précision diabolique, acteurs surprenants et au sommet de leur art... Bref, si vous ne faîtes pas quelques chose pour voir ces films un jour, j'en avale mon chapeau (Heureusement que je n'en porte pas, sinon je crois que je me serai beaucoup avancé:-).


A noter que Lucas Belvaux sort bientôt un nouveau film, Rapt, et qu'entretemps, il a signé le très bon La raison du plus faible, film qui regroupe en son sein trois tonalités très différentes, et servi là aussi par de très bon acteurs (Lucas Belvaux, Patrick Descamps et Gilbert Melki, encore, mais aussi Natacha Régnier ou Eric Caravaca). Bref, cet homme est merveilleux !

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