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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 19:14

des-hommes-et-des-dieux.jpgDes hommes et des dieux raconte l'histoire des moines de Tibirihine. En 1996, sept membres de la communauté ont été décapités par des hommes armés qui les avait pris en otage. Les responsables du massacre n'ont jamais été clairement identifiés, mais ce n'est pas l'angle qu'a choisi Xavier Beauvois pour ce film. Plutôt qu'un film documentaire sur les raisons de cet assassinat collectif, il a choisi de montrer la vie au sein de la communauté, parmi les frères qui sentent la menace terroriste monter mais qui décident de rester sur place.

 

C'est la vie des frères qui est le coeur de ce film. Leur vie, ils la passent au contact de la population du village, de tradition musulmane. Ils se mêlent d'ailleurs parfaitement à elle, participant aux fêtes religieuses, travaillant au quotidien avec eux. Celui qui est le plus en contact avec eux, c'est Frère Luc. Médecin, il reçoit la visite de plusieurs dizaines de malades par jour, parfois jusque 150.

 

Mais les frères consacrent également une partie de leur journée à la prière. Ils chantent ensemble, préparent Noël, et vivent dans la foi qui les a amenés dans cette région montagneuse. On se saura jamais pourquoi ils sont venus ici, précisèment, mais cela ne nuit en rien au propos de Beauvois.

 

Car l'essentiel, pour le réalisateur, est de montrer que la vie au sein du monastère se poursuit malgré tout. Malgré la  menace terroriste, palpable dehors avec les assassinats des ouvriers croates du chantier voisin, ou les barrages qui jalonnent les trajets en voiture. Pourtant, Frère Christian, qui dirige la communauté, a choisi de rester sur place. Ce qui crée des discussions dans le groupe, et donne lieu à deux très belles scènes de discussion collective, avec expression par chacun des frères des raisons pour lesquelles ils souhaitent rester ou partir. Scène collective, qui permet d'entendre chaque voix de manière individuelle, et qui m'a furieusement fait penser à Notre terreur, ou au dernier roman de François Vallejo, qui fait parler trois soeurs en conservant à chacune son individualité. Ce film s'inscrit directement dans cette lignée d'un collectif qui s'exprime en ne niant pas les individualités.

 

Pour revenir au film, il faut souligner l'excellente distribution du film. Derrière Lambert Wilson et Michael Lonsdale (tous deux très bons), les autres acteurs, moins connus, sont au diapason. Par touches, gestes simples et légers, ils parviennent à exprimer des sentiments d'une intensité inattendue. Il faudrait tous les citer, de Olivier Rabourdin à Xavier Maly, mais j'ai vraiment été touché par l'interprétation très juste et retenue de Jean-Marie Frin, en particulier lors de ce dernier repas autour d'un verre de vin et de Tchaikovski.

 

En quelques scènes d'une grande justesse, que ce soit lors de la première intervention d'un groupe armé ou lors de la prière commune pour combattre l'hélicoptère, Xavier Beauvois parvient à rendre toute la tension de la situation. Et signe un très beau film, qui rend hommage à ces hommes et à cette communauté qui a cru jusqu'au bout au pouvoir de la fraternité.

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commentaires

francdorian 09/12/2010 14:44



Je relève cette phrase dans le commentaire fort bien rédigé par Yohan : "un collectif qui s'exprime en ne niant pas les
individualités".


Je tiens à souligner moi aussi la manière respectueuse avec laquelle ce film a été réalisé. C'est une description simple d'un
quotidien partagé par des hommes de bonne volonté, pas de message grandiose, quelques petites faiblesses et beaucoup d'humanité. Un film que j'ai eu plaisir et émotion à voir (deux
fois).



Yohan 10/12/2010 17:13



Un film très humain, oui, c'est cela qui reste du film. Et pourtant, une histoire de moins qui refusent dde se faire aider n'vait pas a priori tous les atouts pour me séduire.



Yv 16/10/2010 18:11



Je ne partage pas ton avis, parce que beauvois filme les moines et quasi uniquement eux. Quid de la relation qu'ils ont avec les villageois. Si les raisons de leur arrivée en algérie ne sont pas
importantes, je pense que les liens entre moines et villageois doivent l'être et doivent être montrés en premier plan. Film trop lent et quelle mauvaise scène que le Cène filmée !



Yohan 23/10/2010 15:20



Sur les relations avec les villageois, elles sont présentées, rapidement certes, au début du film. C'est surtout Luc qui a des contacts, puisqu'il les soigne et leur fournit médicaments,
vêtements,... Ensuite, il est vrai qu'on perd un peu ce lien, pour s'intéresser à la vie des moines sous la menace qui s'approche. C'est un choix de narration que je trouve cohérent, et qui se
discute bien entendu. Beauvois choisit de filmer les moines dans leur intimité, dans leur quotidien, qui se fait de moins en moins avec les villageois. Quand à la Cène, je ne trouve qu'elle soit
mauvaise, mais il est vrai que ton avis rejoint celui de beaucoup d'autres. Bref, le film divise, et c'est le débat qui est intéressant !



Bénédicte 13/10/2010 19:05



j'irai bien le voir



Choupynette 25/09/2010 17:56



je viens d'aller le voir. Que c'est beau. C'est fort, intelligent, esthétiquement très bien fait. Et comme tu le soulignes, le jeu des acteurs est tout simplement parfait. La scène du diner, avec
la musique de Tchaikovsky et les gros plans est un moment démotion intense.



Yohan 26/09/2010 18:45



Je vois que les avis sont assez unanimes, concernant ce film !



Voyelle et Consonne 25/09/2010 09:59



Un film assez fin. J'ai été frappé par le ryhtme tout à fait particulier qui progresse à travers les répétitions des mêmes scènes.



Yohan 26/09/2010 18:45



Oui, on voit vraiment ce groupe se construire et réagir face à ces événements violents, le tout de manière très fine et sensible. Vraiment un beau film !