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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 19:06

true-grit.jpgIl est des films dont il est difficile de parler. Non pas parce qu'ils sont complexes ou vides. Ni parce qu'il n'y a rien à en dire. Mais parce que si l'impression immédiate est bonne, en y repensant, on se demande à quoi ça tient. Pourquoi ce film, qui traite d'une histoire assez banale, qui n'utilise pas d'effets spectaculaires et ne fait pas preuve d'une forme narrative novatrice, tient-il la route, et mieux que ça, plaît au spectateur ? C'est excatement cette impression que j'ai avec True Grit, le dernier film des frères Coen.


Est-ce à cause du western, genre que je connais très mal, que je n'arrive pas à en parler ? Car ce n'est pas avec les quelques westerns signés Sergio Leone (dont le formidable Il était une fois dans l'Ouest) que je peux dire avoir une culture du genre. J'ai bien vu L'homme de l'Ouest, avec Gary Cooper, mais c'est tout de même très limité. Pourtant, l'excellent film d'Andrew Dominic, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, est le preuve que je peux parler d'un western.

 

Alors, est-ce à cause du classicisme de la mise en scène ? Classicisme apparent car j'ai comme l'impression que la mise en scène est moins banale qu'elle en a l'air. Mais en quoi est-elle originale, je ne sais pas. Il y a bien les emprunts à La nuit du chassseur, dans la scène (presque) finale et cette chevauchée sous les étoiles. Mais d'autres scènes, moins connotées, restent immanquablement en tête : cette traversée de la rivière à dos de cheval par Mattie Ross, celle par qui la vengeance arrive. Ou l'arrivée de cet ours sur un cheval, vision onirique inattendue. Bref, peu d'effets appraents, mais une force, une puissance indéniable.

 

Ou alors, c'est dû à la personnalité des deux frères, toujours inattendus. Après le déjanté et hilarant Burn after reading, et l'intimiste et psychanalitique A serious man, les Coen prennent une voie nouvelle. Un western, genre nouveau pour eux, mais qu'ils apprivoisent, qu'ils mettent en forme avec une belle réussite. De même, leur casting est une nouvelle fois renversant, avec Jeff Bridges dans un rôle un peu attendu, mais un emploi de Matt Damon tout à fait décalé et pertinent. Quant à la petite Mattie, elle est parfaite de volontarisme et d'abnégation.

 

Voilà, True grit est un bon film. La preuve : en commençant ce billet, je me disais que le film n'était peut-être pas si bon que cela, puisque je ne savais pas quoi en dire. Mais plus je me le remémore, plus les qualités de l'ensemble sautent aux yeux. Alors,que vous dire de plus que de vous inciter à aller voir True grit !

 

Autres films des frères Coen : Burn after reading, A serious man

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 19:27

dans-le-secret.gif[Billet déjà paru sur Biblioblog] Quelques paroles au creux de l'oreille d'Antoine. Des mots chuchotés, qu'il n'est pas sûr d'avoir bien compris, mais qui font naître le doute dans son esprit. Lucille, sa femme, a-t-elle un amant ? Troublé, Antoine perd ses repères, et plonge dans un monde où ses maigres certitudes sont réduites à néant.

 

Antoine est loin d'être un mari parfait. Propriétaire avec Batti d'un bar en Corse, il est beaucoup plus attiré par les vapeurs d'alcool, les rails de cocaïne et les bras de sa maîtresse que par le lit conjugal. Mais l'impression d'être relégué par sa femme ne l'incite pas à renouer le contact avec sa famille. Au contraire, elle devient un ennemi qu'il évite le plus possible, et noie son désarroi dans un quotidien de plus en plus sordide. Même Batti ou José, son ami qui rêve de devenir une star du porno, sont les victimes de la violence qu'Antoine ne parvient plus à réprouver.

 

Heureusement, il y a Paul. Le frère d'Antoine, avec qui il a coupé les ponts. Celui qui est allé à Paris, qui a fait la fierté des parents, mais qui est revenu sans rien sur la terre des ancêtres. Paul devient une nouvelle boussole pour Antoine, même s'il est imposé en partie par sa fille, heureuse de renouer avec son oncle.

 

L'ouvrage semble se résumer à une banale histoire familiale, mais il ne se limite pourtant pas à cette chronique d'une famille en déliquescence et d'un homme en proie au doute. En insérant deux passages historiques, ayant un lien plus ou moins étroit avec Antoine, Jérôme Ferrari ancre son roman dans une histoire plus large. Celle d'un territoire marqué par la violence, par l'exil, le départ et l'échec. Surtout, ces deux passages rompent avec la narration et installent un climat de doute pour le lecteur qui ne sait pas trop où va le mener cette intrigue à plusieurs entrées. Et le changement constant de point de vue n'y est pas étranger. Comme Antoine, on ressent à la lecture le doute face à un avenir qu'on ne maîtrise pas totalement. Ce qui est finalement un élément très positif de cette plongée en terre corse, où les repères du héros comme ceux du lecteur sont remis en question.

 

Dans le secret, de Jérôme Ferrari

Ed. Actes Sud - Babel

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 17:54

angele-et-tony.jpgAngèle est une jeune femme en difficulté : elle est hébergée dans un foyer après un passage en prison, monnaye son corps et ne voit plus son fils, qui vit avec ses beaux-parents. Tony répond à une petite annonce de la jeune femme : il est marin-pêcheur, et pas très à l'aise avec les femmes. Pourtant, Angèle va s'appuyer sur Tony pour s'en sortir, et Tony est ravi de servir d'épaule à quelqu'un qui ne lui rappelle pas ni la mer, ni sa mère.

 

En implantant l'intrigue dans un port de pêche normand, Alix Delaporte, réalisatrice et scénariste, emmène le spectateur dans un monde de taiseux. Car que ce soit Angèle ou Tony, on parle peu. Soit car on ne souhaite pas aborder le passé au risque d'effrayer celui qui vient en aide, soit car on n'est pas habitué à parler de soi. C'est la rencontre de ces deux caractères réservés, de ces deux personnages marqués qui fait toute l'intrigue du film.

 

Pourtant, Alix Delaporte, dans son premier long métrage, parvient à ne pas faire du film un long mélodrame. Le film est émouvant, c'est indéniable, mais les ficelles utilisées sont assez subtiles pour que le tout soit très agréable. En faisant apparaitre la mère (Evelyne Didi) ou le frère de Tony (Jérôme Huguet), ou encore le fils  d'Angèle (le jeune et très juste Antoine Couleau) et son beau-père (Patrick Descamps (et un film avec Patrick Descamps ne peut pas être mauvais !)), Alix Delaporte plante ces deux personnages principaux dans un univers, et leur donne indirectement de l'épaisseur.

 

Clotilde Hesme, en Angèle, est loin de l'image de bobo parisienne de son très beau personnage des Chansons d'amour, et renoue avec celui qu'elle pouvait incarner dans Le fils de l'épicier. Quant à Grégory Gadebois, il impose son physique original au cinéma, et incarne un pêcheur tout à fait crédible. Un très joli premier film, émouvant à souhait, capable de faire couler la petite larme dans cette très belle scène finale (que je ne dévoilerai pas, mais qui est vraiment très réussie).

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 14:30

la-maladie-de-la-famille-M.jpgFausto Paravidino est un jeune auteur de théâtre italien. Il a signé notamment Nature morte dans un fossé, pièce qui m'avait enthousiasmé lorsque je l'avais vu à Avignon. La troupe de la Comédie-Française s'est emparée d'un autre de ses textes, La maladie de la famille M., et quand j'ai appris cela, je n'ai pas hésité une seconde à prendre des places.

 

Et bien m'en a pris, car le spectacle était vraiment de grande qualité. Pourtant, l'intrigue est assez mince : un médecin raconte l'histoire d'une famille M, composée d'un père veuf qui vit entouré de ses trois enfants : Marta, Gianni et Maria. Trois enfants aux caractères très différentes : Maria tient la maison, Gianni est un jeune homme immature qui passe ses nuits dehors, et Marta hésite entre deux prétendants, Fulvio et Fabrizio.

 

Malgré l'aspect minimaliste des péripéties (même si des événements surviennent), j'ai été emporté par l'histoire de cette famille et leur façon de vivre. Les relations entre frères et soeurs sont conflictuelles, et le père incontinent semble n'accorder aucun répit à sa fille aînée, qui dirige le foyer. Les amourettes de la plus jeune créent des tensions entre Fulvio et Fabrizio, les deux amis, que tout le monde confond. Sur un fond assez tragique (il y a tout de même un mort, et ne rien éclairer la vie des protagonistes), Fausto Paravidino signe une pièce aux multiples facettes, jouant sur de nombreux registres, par petites touches. La mise en scène, assurée par l'auteur, et les décors rendent très bien hommage à ce beau texte.

 

Et, cerise sur le gâteau, quel plaisir de voir une troupe de comédiens de cette qualité. Chacun dans un registre différent, les acteurs ont réussi à rendre toute la finesse de la pièce. Entouré de Christian Blanc, qui fait figure de patriarche, et de Pierre Louis-Calixte, les jeunes acteurs de la troupe sont brillants : Marie-Sophie Ferdane et Suliane Brahim jouent les deux soeurs, le subtil et enfantin Benjamin Jungers est parfait dans le rôle du frère, et Félicien Juttner et Nazim Boudjenah incarnent les deux prétendants.

 

C'est quand je vois des spectacles de cette qualité que je comprends pourquoi j'aime aller au théâtre (au risque d'être parfois déçu, mais c'est le jeu) !

 

Autre pièce signée Fausto Paravidino : Nature morte dans un fossé

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 19:38

du-pur-amour.jpgFrédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné et philisophe de formation, est l'homme qui a inventé Jean-Baptiste Botul. Mais si, vous vous rappelez de ce philosophe qui a écrit un essai sur la vie sexuelle d'Emmanuel Kant, et que Bernard-Henri Lévy a pris  pour un authentique penseur. Frédéric Pagès, donc, revient avec un roman, toujours plein de philosophie, mais aussi beaucoup de loufoquerie.

 

Max de Kool, philosophe pique-assiette des soirées pince-fesses, se retrouve au petit matin dans le lit d'une mannequin mondialement connue. Comment est-il arrivé dans le lit de Blandine Blandinova, il ne s'en souvient pas. Pourtant, il n'est pas pour Blandine une aventure de passage, car elle est réellement entichée de cet homme qui ne la regardait pas d'un oeil concupiscent.

 

Mais Max ne se plaît pas dans cet hôtel de luxe en plein Genève, et décide de partir. Ses rencontres lors de son périple à la montagne,dans un grand hôtel vide avec Bintou, une noire sans papier, ou avec une cohorte de jeunes étudiants en week-end festif, sont pour Max de grands moments de découverte et de solitude. Le plus étrange est certainement la rencontre avec une gendarmette qui voue un culte à Mme Guyon, mystique du XVIIeme qui ne jure que par Dieu.

 

Frédéric Pagès signe un roman complétement barré, très plaisant. On se promène avec Max à la montagne, on le voit sauter à l'élastique, vivre plusieurs histoires d'amour. Avec un style très alerte et drôle, Du pur amour et du saut à l'élastique est un ouvrage idéal pour passer un moment de détente agréable.

 

Du pur amour et du saut à l'élastique, de Frédéric Pagès

Ed. Libella - Maren Sell

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 08:10

le-discours-d-un-roi.jpgGeorge VI, le père d'Elisabeth II, n'aurait pas dû monter sur le trône. Enfin, pas si vite. Il n'a dû son couronnement qu'à l'abdication de son frère aîné, qui a préféré vivre sa relation avec une femme divorcée. Mais la prise de pouvoir a été rendue plus difficile par un handicap que Georges VI, qui s'appelait en fait Albert (Bertie pour les intimes) a dû vaincre : son bégaiement. C'est cette histoire que raconte ici Tom Hopper.

 

Albert n'arrive pas à parler en public. Et ce bien avant son couronnement. Alors qu'il doit prononcer le discours de clôture de l'exposition universelle à Wembley, il est incapable de sortir le moindre son. Pris en main par son épouse, il tente de se soigner, mais toutes les tentatives sont des échecs. C'est la rencontre avec un thérapeute australien, aux méthodes peu orthodoxes, qui permettront à Albert, futur George VI d'apprivoiser son handicap.

 

Voici l'histoire assez édifiante d'un homme de pouvoir, obligé de se faire violence pour assurer son rôle, et qui ne peut (et ne veut) pas y échapper. Violence que l'on ressent d'ailleurs à chaque fois qu'Albert doit prendre la parole et qu'il peine à sortir trois sons (dans ces passages, Colin Firth rend très bien cette souffrance). A ses côtes, Helen Bonham Carter est une formidable épouse, attentionnée, qui fait tout pour rassurer son mari. Et il y a son thérapeute (épatant Geoffrey Rush), un australien qui ne fait que peu de cas de l'étiquette des Windsor,ce qui choque à maintes reprises son hôte royal.

 

C'est la confrontation de ces trois personnages qui fait la vraie force du film. La mise en scène, classique, est au service de ces trois personnalités, qui dans une période troublée (la fin des années 30, alors qu'Hitler se fait de plus en plus menaçant) doivent assumer des fonctions importantes. On entrevoit les protagonistes britanniques de l'époque (Chamberlain, qui signera les accords de Munich, ou Churchill, qui sera Premier Ministre pendant la guerre), ce qui permet d'inscrire le film dans ce moment trouble.

 

Mais il ne faut pas chercher dans le film de grande fresque sur le vie en Angleterre à cette époque : Tom Hopper s'attache à la relation parfois conflictuelle entre le roi et son médecin, et le fait assez bien. Un film bien foutu, divertissant juste comme il faut, et qui permet de découvrir cette anecdote historique.

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 17:25

et-l-enfant-sur-le-loup.jpgDepuis le temps que j'entends parler du travail de Pierre Notte, il fallait bien que je découvre une de ses pièces sur scène. Mon entrée dans le monde nottien s'est donc fait avec Et l'enfant sur le loup, pièce sous forme de conte qui traite de sujets absoluments joyeux : l'inceste et la vengeance.

 

Heureusement, la pièce écrite par Pierre Notte, si elle peut paraître au premier abord sinistre, est traitée avec beaucoup d'humour. Mais noir, l'humour. L'utilisation de la forme du conte fait beaucoup dans la distance qui est mise. Avec la présence de parents artistes de cirque, grotesques au possible (Jean-Jacques Moreau et Judith Magre, surprenante), on sait d'emblée qu'on entre dans un univers particulier. Quand Pierre Notte débarque et nous fait comprendre qu'il incarne le loup de l'histoire, on se retrouve plongé au fond des bois avec le Chaperon rouge.

 

Mais Notte n'en fait une histoire abstraite. Car cette histoire d'inceste et d'avortement forcé, c'est excatement ce qui est arrivé à Natacha Kampusch, la jeune autrichienne sequestrée et violée pendant des années. En transposant ce célèbre fait divers sur scène, Pierre Notte ne se contente pas de présenter l'histoire, mais renvoie le spectateur à son propre statut, celui de voyeur : quel plaisir peut-il prendre à voir cette histoire de fille violée, de petit-fils à l'esprit vengeur (Julien Alluguette), qui réussit à punir ses grands-parents en les condamnant à revêtir une tunique semblable à celle qui a tué Héraclès ?

 

En ayant recours à l'humoir noir, Pierre Notte parvient à faire passer son sujet, à le rendre audible au spectateur. Et la mise en scène de Patrice Kerbrat souligne bien à la fois l'horreur et le comique des situations. Un conte de fée macabre, mais n'est-ce pas au fond la réalité de nombreux contes de fées ?

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 21:37

Incendies.jpgDonner un ordre est parfois contre-productif, le lecteur fuyant ce qu'on l'oblige à faire. Pourtant, je vais avoir recours au ton comminatoire : allez voir Incendies, du canadien Denis Villeneuve !!! Allez-y, pour vivre cette grande histoire tragique, cette recherche éperdue des origines et de la vérité sur la jeunesse de la mère des deux protagonistes. Courez pour être pendant 2 heures tendu comme une arbalète sur votre siège, comme je l'ai été. Et pour découvrir des acteurs formidables.

 

Jeanne et Simon Marwan viennent de perdre leur mère. Et dans son testament, elle leur demande de retrouver leur père, qu'ils pensent mort au Liban depuis de nombreuses années, et leur frère, dont il ne connaissait même pas l'existence. Mais cette recherche, ce n'est pas au Québec qu'ils doivent la faire, mais au Liban, le pays de naissance de leur mère. Et en même temps qu'on suit la quête de Jeanne, qui a décidé de partir, on découvrir la vie de Nawal, leur mère, dans un pays en guerre, entre chrétiens et musulmans.

 

Ce qui est très fort dans le film, c'est que les deux histoires racontées portent la même tension. Jamais l'une ne prendra le pas sur l'autre, car les deux sont aussi poignantes l'une que l'autre. On découvre les mêmes paysages, avec 20 ans d'écart, et les mêmes personnes, qui racontent la folie de la vie au Liban pendant cette guerre horrible. Quelques scènes sortent tout de même du lot, comme celle de l'incendie de ce bus, rempli de musulmans et brûlé par les chrétiens. Ou ce passage où Simon, qui a compris toute l'histoire, pose à sa soeur mathématicienne une question simple et pourtant fatidique de calcul.

 

Je connais assez bien le travail de Wadji Mouawad, auteur de la pièce de théâtre du même nom qui a inspiré le film. Incendies est d'ailleurs le deuxième volet de la quadrilogie Le sang des promesses (et le seul que je n'avais pas vu au théâtre). Et la grande force du film est que j'ai retrouvé le travail de Mouawad, mais avec une trasposition très réussie dans le langage du cinéma. Et servi par un très bon casting, avec Luna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulain, Maxim Gaudetteou Rémy Girard.

 

C'est le film de ce début d'année, qui prend aux tripes, et qui vous plonge dans une très belle tragédie grecque en plein Liban. Passionnant !

 

L'avis de Pascale (tout aussi comminatoire), Lo

 

Et pour le théâtre de Mouawad : Littoral, Ciels (premier et quatrième épisodes de la trilogie, le troisième étant Forêts, formidable), Seuls.

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 12:20

voyage-humain.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Une lettre à l'ancienne. Une déclaration d'amour de celle qu'il a quittée il y a quelques mois, mais avec qui il s'est réconcilié. Le déclic qui relance cette histoire, qui prend un tournant inédit : celui de la grossesse et de la paternité à venir. C'est cette aventure que raconte Marc Pautrel, dans ce court roman, entre fiction et témoignage.

 

L'homme de l'histoire raconte cette histoire d'amour, inattendue, presque folle. Il ne décrit pas la première rencontre, les premiers émois, mais les retrouvailles avec cette femme qu'il a aimée, avec sa famille, ses deux enfants. Le cœur de l'ouvrage, c'est ce nouveau voyage, qui a comme aboutissement celui de la naissance de l'enfant. Le premier pour l'homme.

 

On suit alors l'évolution de la maternité, dans toutes ses étapes : l'annonce des règles tardives, le test de grossesse, la difficulté de cacher le secret aux proches. Puis des questions plus prosaïques : le prénom, sur lequel ils ne sont bien entendu pas d'accord, le logement, qui suffira au début mais sera rapidement trop petit. Une nouvelle vie qui s'annonce pour cette famille, qui s'organise, qui se prépare.

 

Puis tout s'effondre : des saignements inattendus au bout de trois semaines, dont ils devinent tout deux la signification. Tout ce qui avait été envisagé, préparé, tombe alors à l'eau. On n'en saura pas plus sur ce couple, qui doit affronter cette douloureuse épreuve.

 

Cette histoire, rapide dans le temps, est racontée de manière impressionniste. On découvre des moments de la vie du couple, de la maternité, comme des clichés d'un album-photo. En ramassant son récit sur l'essentiel, Marc Pautrel réussit à faire de son roman une œuvre sincère sur une épreuve douloureuse. Pas d'attardement sur le malheur pour faire pleurer dans les chaumières, mais une chronique touchante de ce voyage vers une nouvelle vie. Voyage qui sera annulé en cours de route.

 

Un voyage humain, de Marc Pautrel

Ed. Gallimard - L'Infini

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 18:05

pretendants.gif

Le directeur d'un centre culturel de province cède sa place. A l'occasion de son départ et de l'arrivée de son successeur, une réunion est organisée avec les représentants de l'ancienne et de la nouvelle direction, de la mairie, du ministère et les administrateurs. Réunion qui devrait être classique, mais qui révèle toutes les petitesses de ce monde où les apparences et les prébendes sont nombreuses.

 

En s'attaquant à la description de la vie d'un théâtre, et plus encore à un moment charnière de celle-ci, Jean-Luc Lagarce dépeint de manière douce et féroce les petites manies et conventions du milieu. Milieu dans lequel il faut tout faire pour accueillir au mieux le représentant parisien du ministère. Alors, quand la responsable de la mairie apprend qu'aucun véhicule ne l'attendait à la gare, l'événement devient le centre de la discussion. Pourtant, la victime de cet oubli n'en fait pas une affaire digne d'intérêt.

 

De même, une grande partie de la soirée est consacrée à la nouvelle équipe du théâtre. Est-ce que Später, le nouveau directeur, va conserver l'ancienne équipe, ou réussira-t-il à imposer son ami Blot ? Jamais le sujet n'est posé de manière aussi nette, mais le lecteur comprend vite que là est le coeur des discussions qui auront lieu autour de cette nouvelle direction : est-on obliger d'accepter Blot, dont personne ne veut, alors que ceux en place sont capables de poursuivre le travail.

 

Pièce sur le monde du théâtre, mais dans son aspect administratif. Car jamais ne sera abordé la question de la programmation, de la ligne à donner à ce nouveau théâtre. Hormis un changement de personne, on ne sent pas trop quelles sont les oppositions entre les deux directions. Comme si Lagarce dessinait en creux l'image d'un théâtre où les places de direction sont plus importantes que ce qui se passe sur scène. Ce qui est peut-être finalement et malheureusement assez vrai.

 

Les prétendants, de Jean-Luc Lagarce

Ed. Les Solitaires Intempestifs

 

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