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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 22:02

minuit à ParisWoody continue sa tournée des villes européennes. Après Londres, Barcelone, et prochainement Rome (et un petit retour à New York, tout de même), le voici qui arpente les rues de Paris. Une ville de fantasmes, littéraires et cinématographiques, dans laquelle son double (Owen Wilson, très convaincant) va se perdre avec délectation.

 

Pourtant, Gil n'est pas très heureux de sa tournée à Paris. Venue avec sa future épouse et ses parents conservateurs qui ne pensent qu'à organiser la noce et profiter de la ville, Gil rêve de flâner, d'escapades nocturnes et de marches sous la pluie. Car il est à court d'inspiration, et son travail de scénariste n'est qu'un boulot alimentaire, son objectif étant d'écrire un roman. Gil a surtout un problème avec l'époque moderne. Son âge d'or, c'est le Paris des années folles, celui de Picaso, Hemingway, Scott et Zelda Fotzgerald, Gertrude Stein,... Et, coup de chance, car tous les soirs à minuit, une voiture l'emmène dans cette époque bénie.

 

Allez, je ne boude pas mon plaisir, j'ai trouvé que le film était agréable, un plaisant divertissement. Les envollées dithyrambiques de Télérama me laissent perplexes, mais le film a un certain charme désuet, en partie lié à son côté fantastique. Car c'est vraiment la partie la plus intéressante, l'époque contemporaine étant plus là pour poser le personnaqge de Gil. Alors, c'est avec plaisir qu'on découvre ces artistes, qu'on suit cette période de séduction avec la maîtresse de Picassso (Marion Cotillard, très bien) dans ces quartiers cosmopolites, même si le tout fait au bout d'un moment un peu galerie du musée Grévin. A la  différence que les personnages sont vivants. C'est aussi un petit plaisir de retrouver dans des rôles de figuration de nombreux acteurs français familiers (Thierry Hancisse, Audrey Fleurot, Guillaume Gouix, Serge Bagdassarian, Michel Vuillermoz, Olivier Rabourdin). Mais aussi Gad Elmaleh, qui tient dans son rôle la scène la plus drôle du film.

 

Film qui débute comme une carte postale (le syndrôme Vicky Cristina Barcelona m'a effleuré), mais qui prend ensuite ses distances. Et avec une morale que je trouve assez savoureuse, en ces temps de déclinologie permanente : le passé est un fantasme, une reconstruction, qu'on voit toujours plus beau qu'aujourd'hui et que ceux qui l'ont vécu.

 

Autres films de Woody Allen : Vicky Cristina Barcelona, Whatever works

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 22:02

the-tree-of-life.jpgIl y a parfois des films qu'on va voir à reculons. Parce qu'on une expérience avec un des acteurs ou avec le réalisateur qui n'a pas été que concluante. Parce que le sujet du film laisse présager un traitement loin de ses aspirations. Parce que les échos entendus de droite et de gauche crient au navet ou au chef d'oeuvre. Pour le dernier film de Terrence Malick, j'étais un peu dans toutes ces dispositions. Car si j'ai apprécié les Moissons du ciel, Le nouveau monde m'avait copieusement ennuyé. Et le genre new age n'est pas trop de mon goût. Pourtant, The tree of life est un grand film, mais il aurait été plus grand encore si Malick l'avait débarassé de ses scories, en début et en fin de film.

 

Car le récit central du film, la relation de trois garçons avec un père autoritaire, dans les Etats-Unis des années 50, est filmé de manière fascinante. Par touches, par courtes séquences, Malick laisse le spectateur découvrir le fonctionnement de cette famille, totalement centrée autour du père, jamais violent physiquement, mais moralement omniprésent. Les enfants le ressentent, et l'aîné devra grandir en tentant de se détacher. Ce que son frère cadet n'arrivera pas à faire. J'ai été vraiment emporté par ce récit, ces scènes d'insouciance autour d'un jet d'eau qui s'opposent à ce repas horrible, où toute la violence du père s'exprime. Brad Pitt tient encore là un très grand rôle, qui confirme sa place de très grand acteur du moment, à l'aise dans tous les registres. Les enfants sont également au diapason, avec le cadet qui est exactement tel que j'imagine Brad Pitt à dix ans.

 

Les scènes contemporaines, avec Sean Penn jouant l'aîné à la cinquantaine, sont peu nombreuses, et donnent un écho intéressant à ce récit d'apprentissage dans la douleur, entrecoupé de scènes de joie sur lesquelles planent toujours la menace paternelle. Et ces deux récits sont le coeur d'un très bon film.

 

Malheureusement, l'ensemble est précédé et terminé par des images et un discours lénifiant, sur une opposition grâce / nature, avec un discours religieux pompeux, allant de la présence de Dieu au paradis blanc. La représentation des origines est superflue, et plus encore celle des dinosaures, dont on se demande ce qu'ils font là (je m'attendais à entendre la musique de Jurassic Park). Et la symbolique des portes, qui rythment le récit, est également trop facile. Mais finalement, ce ne sont pas les images que je retiens du film, qui est bien plus que le clip new age que certains spectateurs ont uniquement vu. Il y aurait des choses à couper, à réduire, pour rendre l'ensemble plus cohérent, plus dense, mais la manière qu'a Malick de filmer cette relation de famille hors norme (peut-être pas tant hors de normes que cela, en fait) est vraiment saisissante. Je ne peux que vous conseiller d'aller dans une salle pour vous faire votre propre avis.

 

L'avis de Pascale (perplexe)

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 18:55

la-conquete.jpgReprésenter un épisode de la vie politique contemporaine n'est pas très fréquent en France, alors que les anglos-saxons y sont bien plus enclins. Xavier Durringer s'est donc attaqué à la période 2002- 2007 : de l'arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur dans le gouvernement Raffarin, à sa victoire à l'élection présidentielle, le 6 mai 2007.

 

Les critiques ont été assez virulentes envers le film, certains reprochant le manque d'implication politique du film, d'autres la possibilité de rendre Nicolas Sarkozy sympathique, en le représentant en homme normal. Je dois dire que je ne partage pas du tout ces remarques. En effet, le film n'est pas un brûlot contre Sarkozy, mais le film de Stefen Frears sur la reine d'Angleterre n'en était pas un non plus. Certains auraient certainement voulu que Durringer représente sur l'écran ce qu'ils auraient aimé voir.

 

Quant à la possibilité de le rendre sympathique, je trouve qu'elle est assez injustifiée. Car le personnage le plus pathétique du film, c'est Cécilia Sarkozy (Florence Pernel). Cette femme blessée estconsidérée par son mari non plus comme son épouse, mais comme un membre quelconque de son équipe de campagne. Elle s'en va, avec Richard Attias, et se sent obligée de revenir, pour assurer à Sarkozy l'image du bon père de famille et ainsi ne pas compromettre son élection. C'est elle le personnage le plus émouvant et pathétique.

 

Quant à la comparaison avec un téléfilm, entendue également, je la trouve également assez dénuée de fondements. Car si le scénario se base sur des événements réels, et que la chronologie des événements est parfaitement respectée, Durringer a choisi un angle d'attaque pour son film : celui de représenter le monde politique incarné par Sarkozy et le monde journalistique à ses basques comme un grand cirque. La musique très réussie de Nicola Piovani va totalement dans ce sens, et on ne peut s'empêcher de rire à la vacuité de ses hommes de presse courant sur la plage pour passer du petit déjeuner de Sarkozy à la course sur la plage de Villepin. Le film ne renvoie pas une image reluisante de la classe politique, mais peut-on vraiment, avec de tels hommes politiques, en donner une vision différente ?

 

Quant aux acteurs, ils sont excellents. Denis Podalydès incarne un président plus vrai que nature, et sa démarche et son élocution sont parfaites. La première scène, où il monte les escaliers vus de dos et de profil, laisse planer le doute sur le fait que ce soit véritablement Sarkozy à l'écran. Autour de lui, on retrouve Claude Guéant (mutique Hippolyte Girardot), Frédéric Lefebvre, Pierre Charron ou Rachida Dati. Du côté des adversaires, pas d'hommes ou de femmes du PS, mais ses rivaux au sein de l'UMP : Chirac, en fin de carrière (Bernard Lecoq), Villepin, tout en flamboyance et en vaines flatteries (Samuel Labarthe) ou Jean-Louis Debré. J'ai vraiment trouvé ce film assez réussi, qui n'est ni une charge contre Sarkozy, ni une réhabilitation. Mais une description de cette course à l'échalote qui accapare toutes les énergies, et fait tomber des individus brillants dans la bêtise la plus crasse, prêts à tout pour écraser le voisin.

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 17:00

lettres-damour-a-Staline-copie-1.jpgMikhaïl Boulgakov, auteur entre autres de Le Maître et Marguerite, a entretenu des relations complexes avec le pouvoir politique. En particulier avec le premier représentant du pouvoir soviétique des années 30, Staline. Ce spectacle, écrit par Juan Mayorga et mis en scène par Jorge Lavelli, retrace  à partir de leur correspondance la relation entre les deux hommes, le tout arbitré par Mme Boulgakov.

 

Boulgakov se plaint en effet que ses pièces de théâtre, autrefois encensés par les autorités et par Staline lui-même, sont aujourd'hui censurées. Il décide donc d'écrire à Staline pour en comprendre les raisons. Bien que sa femme s'entête à lui dire que cela est inutile, il insiste. Jusqu'à un coup de fil de Staline, coupé en cours de conversation, et dont Boulgakov attendra vainement la reprise. Puisqu'il ne peut voir Staline en chair et en os, il le verra en songe.

 

Voilà une pièce avec un point de départ intéressant : comment l'artiste parvient-il à s'exprimer dans une dictature ? Quels compromis doit-il faire ? Ici, Boulgakov fait tout pour que ses pièces soient jouées, et demande même à quitter l'URSS, comme l'a fait un de ses confrères. Mais Staline lui répond qu'il n'a rien à faire hors de son pays, posant la question de la relation entre l'artiste et sa terre natale.

 

Malheureusement, l'ensemble n'est pas complétement convaincant. Ce n'est nullement à cause des acteurs (Luc-Antoine Diquéro, Marie-Christine Letort et Gérard Lartigau), mais plutôt à un rythme, dans le déroulement de la pièce. Le début est notamment un peu long, avec une imitation de Staline par Mme Boulgakov qui dure un peu trop. L'arrivée de Staline, sous forme de spectre, redonne de l'énergie au spectacle, et permet à l'ensemble de rebondir. Un spectacle que j'aurai aimé plus aimer, et qui s'il reste une production de qualité, manque de ce petit supplément qui fait les très bonnes pièces. Toutefois, il donne envie de lire Boulgakov, dont les titres des oeuvres reviennent souvent dans le spectacle : La garde blanche, Coeur de chien, L'île pourpre,... Et ce n'est déjà pas si mal !

 

Roman de Mikhaïl Boulgakov : Le Maître et Marguerite

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 22:16

le-gamin-au-velo.jpgC'est devenu une habitude. Jean-Pierre et Luc Dardenne réalisent un film, sélectionné à Cannes, et ils repartent avec un prix. Pour leur gamin au vélo, c'est un Grand Prix, obtenu avec Nuri Bilge Ceylan. Ils apparaissent  comme des spécialistes des festivals, mais peut-on reprocher aux jurys de récompenser des films aussi forts, toujours ancrés dans une réalité sociale, mais avec un résultat à chaque choix différent ?

 

Pour ce dernier film, les critriques ont beaucoup mis l'accent sur le versant optimiste du film, grande nouveauté chez les Dardenne. Mais plus que l'optimiste, pas si flagrant que cela, c'est plutôt la fin totalement ouverte qui déconcerte. Car le jeune Cyril (Thomas Doret, absolument fabuleux), abandonné par son père et recueilli sans qu'on sache vraiment pourquoi par Samantha, une coiffeuse, n'a pas forcément un avenir radieux devant lui.

 

Alors, il est vrai qu'il échappe au foyer. Que s'il ne parvient pas à convaincre son père de s'occuper de lui, il récupère son vélo, substitut à la présence paternelle. Il échappe également à la plongée dans la délinquance  et au caïd de la cité, qui utilise la naïveté du jeune garçon pour tenter de récupérer de l'argent. Enfn, la scène finale, sorte de résurrection, est une ouverture vers des horizons qui peuvent être dégagés, mais sans aucune certitude.

 

Ce qui extraordinaire chez les Dardenne, c'est leur capacité à créer de l'empathie et de l'émotion sans ficelles. Ils restent toujours au plus près des personnages, beaucoup plus complexes que ne peut le laisser penser la première approche. Car Cyril est turbulent, peut être à la fois respectueux et aimant, mais aussi totalement dévasté par ce qui lui arrive. Le père (Jérémie Rénier, toujours surprenant chez les Dardenne) est lâche, et s'il n'a aucune excuse, il est difficile de lui en vouloir. De même pour le kiosquier (Fabrizio Rongione), magnanime, alors que son fils garde en lui de la rancune. Et puis cette coiffeuse (Cécile de France, totalement convaincante et emballante dans ce rôle de jeune femme altruiste), dont on ne connait pas les motivations. Ce dont on se moque, car l'important n'est de savoir pourquoi ce qu'on voit se passe, mais de voir comment les Dardenne nous montrent cette histoire.

 

Une oeuvre très forte, très tenue et intense (le film est assez court, moins d'une heure et demie), et qui, nouveauté, se place à la hauteur de l'enfant. Car si les enfants sont souvent présents (Le fils, L'enfant, voire Rosetta), ils étaient souvent un élément de l'intrigue, et non son coeur. Un excellent cru des Dardenne, mais cela va finir pour être redondant, de dire que les films des Dardenne sont excellents.

 

Autre film des Dardenne : Le silence de Lorna

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 19:34

Aller à l'opéra est toujours un moment que je trouve merveilleux. Même si certaines oeuvres (Woyzzeck) ou mises en scène (Tosca) sont moins enthousiasmantes que d'autres (Eugème Onéguine, Carmen), je ressors toujours très satisfait d'avoir assisté à ce type de performance musicale, vocale et scénographique. Et avec Les noces de Figaro présentées à l'opéra Bastille, dans la mise en scène de Giorgio Strehler, je n'ai pas été déçu.

 

L'opéra de Mozart, avec un livret signé Da Ponte, est très proche de la pièce de Beaumarchais. Les éléments qui jalonnent les deux intrigues sont exactement identiques, et les rebondissements apparaissent aux mêmes moments. On retrouve ainsi la scène où Chérubin se cache dans le fauteuil pour échapper au Comte, alors que lui même se cache. Mais aussi la scène du ruban, celle du saut par la fenêtre, et les intrigues pour confondre le Comte qui tente de faire valoir le droit de cuissage sur Suzanne, la promise de Figaro. Mais aussi les rebondissements, en particulier concernant les parents de Figaro. Le tout dans une ambiance enlevée, et avec un humour constamment présent.

 

L'intrigue reprend donc les personnages du Barbier de Séville, quelques années après. Alors que le Comte, amoureux transi, est dans cette dernière l'objet de notre empathie face au sinistre Bartholo, il est ici un sale type, usant de son pouvoir dominant de mâle et de maître, mais son but sera déjoué (toute analogie avec une affaire actuelle est donc injustifiée).

 

Le grand morceau de bravoure de cet opéra se situe au deuxième acte. Dans la chambre de la Comtesse, Chérubin se déguise avant de se réfugier dans un vestiaire, car le Comte le cherche. Il parviendra à lui échapper en sautant par la fenêtre, Figaro le couvrant. Tous les personnages apparaissent dans cet acte, de la Comtesse qu'on aperçoit pour la première fois, au jardinier saoûl, très drôle. Le rythme enlevé, la musique et les chants presque sans discontinuer, sans réciitatifs, entraînent le spectateur dans l'ambiance effrénée de cette folle journée (tel que le dit le sous-titre de la pièce de Beaumarchais).

 

Pour le reste, l'ensemble est plus qu'agréable, mais n'atteint pas la force de ce deuxième acte. La distribution vocale était, de mon point de vue de néophyte, très bonne (pour un jugement plus expert, je vous envoie chez Joël). Bref, une nouvelle expérience totalement réussie à l'opéra !

 

Autre opéra de Mozart : Idomeneo

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 08:24

Tomboy.jpgMickael vient d'emménager, avec ses parents et sa petite soeur, dans un nouvel appartement. Prograssivement, il fait connaissance avec les autres enfants du quartier, en particulier avec Lisa. Mais Mickael ne se dévoile pas complétement, et ce n'est qu'un concours de circonstances qui le, oussera à dire la vérité...

 

Céline Sciamma signe avec Tomboy un très beau film, sensible, touchant et émouvant. Sa peinture de ces jeunes gens, pleins d'insouciance et accueillant envers Mickael, et qui deviennent menaçants une fois qu'ils découvrent que Mickael leur a menti, est très bien rendue. Car les enfants sont capables d'être méchants les uns envers les autres, surtout quand la déception est au rendez-vous.

 

On ne saura pas pourquoi Mickael a menti, pourquoi il a cherché à autre quelqu'un d'autre. Mais cela ne nuit nullement au film. Ce qui est très intéressant également, c'est la situation familale. Des parents attentifs (Sophie Cattani, Mathieu Demy), qui essaient de comprendre pourquoi Mickael a agi ainsi sans le condamner. Une petite soeur heureuse de vivre aux côtés de Mickael, et prête à entrer dans son jeu sans se poser de questions (Malonn Lévana). Et la jeune Zoé Héran est très crédible et poignante dans ce rôle d'ado en plein questionnement sur sa vie, son identité, et sa place dans la société.

 

Un très bon film qui confirme que Céline Sciama risque d'occuper une place intéressante dans le paysage cinématographique français des années à venir.

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 19:45

Berlin-Alexanderplatz.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Comment parler de Berlin sans mentionner l'Alexanderplatz, cette place commerçante du centre-ville, au cœur de l'ex-Berlin-Est ? Surtout depuis qu'Alfred Döblin a irrémédiablement lié la ville et la place dans son merveilleux roman, Berlin Alexanderplatz. La nouvelle traduction d'Olivier Le Lay est l'occasion de se plonger dans cette sombre histoire, qui fait découvrir les recoins les moins reluisants de la ville.

 

La visite se fait sur les pas de Franz Biberkopf. On le découvre à sa sortie de Tegel, la prison de la ville. Sans le sou ni perspective, il tente de trouver un emploi, et essaie plusieurs métiers sur les marchés. Mais son objectif, c'est de rester honnête. Car son séjour en prison, suite au meurtre de sa femme Ida qu'il a battu à mort, lui a suffi.

 

Franz Biberkopf retrouve tous les lieux de son ancienne vie, les cafés un peu glauques qu'il fréquentait, les marchés sur lesquels il tente de gagner sa vie. Avec lui, on découvre la vie des ouvriers de Berlin, en cette fin des années 20 où la crise n'a pas encore frappé, mais où la misère est déjà très présente. Avec lui, on découvre également les méthodes peu légales de voyous qui font tout pour gagner de l'argent : le proxénétisme est fréquent, et les petites arnaques légion.

 

Mais Biberkopf refuse de se laisser entraîner dans ce milieu, même si ses fréquentations avec Reinhold, petit malfrat réputé, l'emmènent sur une mauvaise pente. Malheureusement, c'est contre son gré qu'il se trouve mêlé à ces affaires, ce qui lui coûtera un bras, mais surtout une suspicion permanente quand sa petite amie Mieze disparaît sans laisser de trace.

 

Berlin Alexanderplatz est un roman foncièrement noir, sombre sur l'image de l'humanité qu'il renvoie. Biberkopf, malgré ses bonnes intentions, est condamné d'avance, ce que rappelle constamment le narrateur. On sait que cela finira mal, et les rares personnes qui tentent de l'aider agissent vainement. C'est comme si le milieu dans lequel vit Biberkopf, celui des petits voyous et grands malfrats, le poussait à devenir mauvais malgré lui.

 

Néanmoins, la noirceur du récit est balancé par l'écriture tout à fait originale de Döblin. Par le recours à une oralité très travaillée, le texte évoque le travail de Céline. Surtout, le texte est émaillé de nombreuses digressions, qui permettent de prendre la température de cette ville. On découvre ainsi au fil des pages l'ambiance des abattoirs et le rythme effrénée des égorgements de porc (magnifiques pages), les programmes de théâtre, les faits divers du moment. Döblin a également souvent recours à des extraits d'autres textes, en particulier ceux de la bible ou des chansons populaires, qui prennent place dans le récit. C'est ainsi qu'est racontée, au cœur de l'ouvrage, l'histoire de Job. Ce mélange de références, d'entrées dans le texte, fait de Berlin Alexanderplatz un texte riche, très dense, mais qui conserve une unité grâce à Franz Biberkopf, fil rouge de l'ouvrage. Et la traduction d'Olivier Le Lay rend parfaitement hommage à ce foisonnement.

 

C'est donc un vrai plaisir de lecture que cette plongée dans les bas-fonds de Berlin. Et s'il est difficile de reconnaître aujourd'hui les endroits que parcourt Franz Biberkopf, le lecteur en goguette à Berlin n'est pas totalement perdu, car de nombreux endroits ont conservé le même nom : Alexanderplatz, Invalidienstraße, Hackesher Markt, Rosenthalerplatz… Un périple sur les lieux qui ne fait qu'ajouter au plaisir du roman !

 

Berlin Alexanderplatz, d'Alfred Döblin

Traduit de l'allemand par Olivier Le Lay (nouvelle traduction)

Ed. Folio

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 07:24

un-tramway-nomme-desir.jpgAprès le désastreux Tramway présenté l'an dernier au théâtré de l'Odéon (et malgré la présence d'Isabelle Huppert), j'avais pour objectif de vaincre le signe indien en découvrant la version de Lee Breuer, à la Comédie-Française. Si j'ai pu avoir quelques craintes (notamment l'usage de micros), j'ai été très séduit par la mise en scène proposée, qui laisse la place au texte et à l'intrigue tout en permettant les tentatives scéniques.

 

Car on retrouve bien Blanche et Stella, dans cette version. Les deux soeurs, la première rendant visite à la seconde après la perte de la demeure familiale, Belle-Rêve. Blanche, qui a également pris du recul par rapport à son métier de professeur de lettres. Mais chez sa soeur, à la Nouvelle-Orléans, elle découvre son beau-frère, Stanley Kowalski. Et la force, la bestialité qu'il dégage ne seront pas sans conséquence sur la vie de Blanche, même elle tente de lui donner un autre sens grâce à Mitch.

 

Dès le début de la pièce, on est plongé dans l'ambiance de la Nouvelle-Orléans. Un orchestre joue quelques morceaux, la fête est au centre du plateau, et la narration démarre avec le voisin (Bakary Sangaré, avec sa merveilleuse voix grave). Ensuite, on est plongé dans l'appartement  de Stella et Stanley, et on va voir ces personnages évoluer. Blanche, dépressive, mythomane, tente de se soigner en prenant d'innombrables bains chauds. Stanley, qui ne saisit pas sa maladie, s'en moque, pensant plus aux poker avec ses amis qu'à passer du temps avec sa femme, enceinte. Côté acteurs, j'ai trouvé l'ensemble tout à fait cohérent, avec au centre du dispositif Anne Kessler en Blanche exaltée, qui minaude, tente de se sauver mais n'y parvient jamais. A ses côtés, Eric Ruf, Françoise Gillard, Grégory Gadebois sont tout à fait dans le ton, et les seconds rôles ne déméritent pas (Léonie Simaga, Bakary Sangaré, Christian Gonon, Stéphane Varupenne).

 

Mais le tout est réhaussé par une mise en scène aventureuse, qui si elle m'a ébloui, peut certainement décontenancer quelques spectateurs. Car Lee Breuer, s'il conserve le cadre de la Nouvelle-Orléans, utilise de nombreux éléments japonisants dans le décor, les attitudes (en particulier pour Stanley). Le décor est sans cesse mouvant, avec des panneaux, qui tombent, des modules qui se déplacent sur scène, le tout s'intégrant parfaitement dans l'ensemble et ne le ralentissant jamais. Le summum est atteint lors d'une partie de poker, où les panneaux figurent les cartes, et où les acteurs font eux-mêmes les bruit des cartes imaginaires.

 

Mise en scène très intelligente également de par l'utilisation des accessoires : ils ne sont pas sur scène, mais apportés, au fur et à mesure par des hommes en noir surgissant des coulisses, et qui les reprennent dès que leur présence est superflue. Un peu comme s'il ne fallait pas s'encombrer des accessoires pour se concentrer sur les personnages, coeur de la pièce. Outrance aussi parfois, mais que j'ai totalement accepté, comme dans le passage de séduction forcée de Stanley, maquillé comme le Joker, et apparaissant en cinq exemplaires sur scène.Et pour une fois, même les micros ne m'ont pas gêné une seconde !

 

Une entrée au répertoire de la Comédie-Française très réussie pour l'oeuvre de Tennessee Williams, qui est une proposition riche, et tranchant habilement avec le film de Kazan, dans la mémoire de nombreux spectateurs.

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 14:43

Nous-princesses-de-cleves.jpgLa Princesse de Clèves n'a sans doute jamais autant été à la mode que depuis la sortie inexplicable de Nicolas Sarkozy contre l'oeuvre de Madame de Lafayette. Après le film de Chrstophe Honoré, diverses lectures et autres badges revendiquant la lecture de l'oeuvre, c'est actuellement un documentaire qui a pour origine le roman du XVIIe Siècle.

 

Mais plus qu'un documentaire sur le roman, c'est un travail sur le rapport entre l'oeuvre de l'époque classique et de jeunes lycéens d'aujourd'hui. Régis Sauder, le réalisateur, a pénétré dans un atelier du lycée Diderot, dans les quartiers nord de Marseille, et a suivi les lycéens. Il les a interrogé sur leurs rapports à l'oeuvre dans leur propre vie amoureuse et sentimentale, sur leur vision de Nemours et de la Princesse. Mais rapidement, le documentaire prend une toute autre tournure, avec des témoignages des parents sur les études et les comportements de leurs enfants. Et réciproquement, sur la manière dont ces jeunes gens vivent leur vie dans leurs quartiers.

 

Le roman est largement cité, à travers des lectures, ou des scènes jouées dans l'enceinte du lycée. L'un des moments les plus poignants est la sortie organisée au Louvre, puis à la Bibliothèque Nationale, où le conservateur leur montre les originaux. On ressent cette envie de se confronter aux personnages qu'ils ont rencontré qui est très plaisante.

 

Mais le vrai plus, c'est cette confrontation avec les parents. Des parents protecteurs, parfois un peu envahissants. Des couples dans lesquels la parole n'est pas partagée : c'est le père ou la mère qui s'exprime, rarement les deux. Et surtout on découvre ces jeunes et leur regard sur leur vie : l'envie de partir, notamment pour ce jeune homosexuel qui voit Paris comme un paradis. L'envie de s'affranchir des parents, trop conservateurs pour eux.

 

Et c'est surtout leur regard sur l'école qui m'a marqué. Lycéens, ils ont déjà passé la barre du collège, et ne sont pas des mauvais élèves. Mais certains sont en difficulté, et sortiront du lycée sans diplôme. Pourtant, il n'y a dans leur discours aucune animosité envers le système scolaire. Ils expliquent ce que sont selon eux les raisons de leurs difficultés, souvent liées à leur situation personnelle et familiale. Régis Sauder s'intéresse ici à un petit groupe de lycéens, d'un quartier qualifié de difficile, et ce groupe n'est certainement pas représentatif de l'ensemble des lycéens. Mais il est salutaire d'entendre un autre son de cloche que celui souvent entendu du "Cétait mieux avant" ou du "C"est la faute au système". Si tout dans l'école ne fonctionne pas, et qu'il y a certainement des choses à améliorer, ce n'est pas en cassant tout ou en faisant reposer sur elle tous les maux de la société qu'on pourra l'améliorer, mais en travaillant bien plus largement, sur les questions d'égalité sociale, d'offre culturelle et d'acceptation d'autrui. Le jour où une telle politique sera menée, l'école ne s'en portera que mieux !

 

Mais sinon, allez voir Nous, Princesse de Clèves, car c'est un documentaire actuel et vraiment très bien construit.  

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