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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 18:22

Allez, comme c'est la saison des bilans et autres résolutions, je me résouds volontiers au premier, mais ne céderai pas sur les résolutions, que je ne tiendrai de toutes manières pas.

Alors, pour ce bilan 2009, parlons peu mais parlons bien. Je remercie tous les organisateurs de swaps (Cuné, Emmyne, Ys) auxquels j'ai participé cette année, ainsi que tous ceux qui m'ont envoyé de très jolis colis (Stéphanie, Rondine et Fashion). Ensuite, je ne peux faire un bilan sans mentionner la victoire de mon équipe Joffrey de Peyrac (A l'attaque !) lors de la deuxième édition de Books & the city.

Ce fut également l'occasion de voir en direct l'enregistrement de l'émission de France Inter Le masque et la plume, même si ma dernière expédition a pris une dimension assez inattendue, puisque la soirée s'est passée dans le bar en face en bonne compagnie...

Venons en maintenant aux bilans culturels...

Côté livres, pour rapidement faire le point sur cette année 2009, j'ai pris un véritable plaisir en lisant : Le cœur cousu de Carole Martinez, Le vol de l'ibis rouge de Valeria Maria Rezende,
Les vivants et les morts de Gérard Mordillat, D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère ou Yanvalou pour Charlie de Lyonel Trouillot.
Et je suis ravi d'avoir découvert Tanguy Viel (
Insoupçonnable, Paris-Brest) et que Dennis Lehane (Un pays à l'aube, Shutter Island) continue à me fasciner.
J'ai également eu une envie d'auteurs classiques qui m'étaient jusque là passés entre les doigts, et que je suis très content d'avoir découverts : Martin Eden de Jack London,
Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, Fantôme d'Orient de Pierre Loti

Pour les BD, à signaler la très belle lecture de Là où vont nos pères de Shaun Tan.

Pour le cinéma, je retiens essentiellement le dernier Tarantino, Inglorious Basterds, Welcome de Philippe Lioret, Mademoiselle Chambon et Le père de mes enfants, deux films sensibles et passionnants, mais encore 
Le temps qu'il reste, ou Non, ma fille tu n'iras pas danser
Surtout, j'ai toujours en tête mon visionnage de Il était une fois en Amérique (un chef d'oeuvre, magistral !) et les dernières comédies musicales que j'ai vu avec grand plaisir (les classique comme celles de Demy, mais aussi Jeanne et le garçon formidable ou Le pirate, avec Gene Kelly et Judy Garland).

Pour le théâtre,  mention aux toujours très bons spectacles de la Comédie-Française (
L'avare ou La grande magie) et au nouveau passage à Avignon. Mais cette année scénique a surtout été marquée par la représentation magnifique de Carmen à l'opéra comique (version diffusée samedi soir sur France 3 en première partie de soirée, à voir).

Je suis sûr que 2010 réservera d'autres très bonnes surprises, et je vous souhaite à tous un très bon réveillon à ceux qui liront ce billet dans les temps, et une excellente année 2010 à tous, pleine de découvertes dans tous les domaines !

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 12:38

Le procèsUn matin comme les autres, Joseph K. reçoit la visite de policiers qui lui annoncent qu'un procès a été intenté contre lui. Pourquoi ? Par qui ? Personne ne le lui dit. Mais Joseph, plutôt que de chercher les raisons de ce procès, lutte pour qu'il cesse immédiatement. Il découvre petit à petit le monde de la justice qui lui était inconnu, et qui se loge chez les avocats, dans les greniers, chez des peintres désargentés. Son optimiste de départ cède peu à peu la place à la fatalité, car les différentes rencontres qu'il fait ne l'incitent guère à espérer une issue positive à ce procès.


Grand classique de la littérature, puisqu'il est à l'origine d'un adjectif aujourd'hui usuel, Le procès n'est pas un roman d'un abord facile. Les repères du lecteur sont mis à mal, en particulier dans le premier chapitre : la manière dont s'effectue l'annonce du procès à Joseph, le fait qu'il reste en liberté et qu'il puisse continuer son travail dans une banque sont assez inattendus pour un lecteur contemporain. Le plus troublant est que le monde dans lequel se débat Joseph K. est totalement abstrait : jamais de nom de lieux, rien qui puisse le localiser précisément. Tout y est tellement excessif qu'il est difficile de se figurer qu'un tel monde existe, de l'avocat mourant qui défend Joseph à ses relations professionnelles qui deviennent suspectes du fait de son procès.


Le lecteur suit le héros du roman, de rencontre en rencontre, de lieu en lieu. Mais aucun rendez-vous n'est plus constructif qu'un autre. Les informations sont toujours mauvaises, qu'elles viennent de Block, un autre accusé dont le procès dure depuis cinq ans, ou du peintre officiel de la justice, qui lui expose les différentes méthodes d'acquittement, dont aucune n'assure d'être laissé en paix. La pression qui pèse sur Joseph K. est au fil des pages de plus en plus palpable, et l'étouffement physique qu'il ressent, notamment chez le peintre, gagne par moment le lecteur.


L'ensemble, organisé en chapitres, forme un ensemble cohérent, marqué par une visite finale à la cathédrale qui se transforme pour l'accusé en sermon par un prêtre qui, par une parabole, lui présente son avenir, sombre et sans espoir. Un roman noir, sec, oppressant, et qui a bien mérité de figurer parmi les classiques de la littérature, même si son abord est déroutant.

 

http://img.over-blog.com/300x116/2/99/28/34/divers/defi_classique.jpg

A noter que dans l'édition Folio Classique, quelques chapitres qui ne figurent pas dans la mouture finale de l'ouvrage (décidée par l'imprimeur) sont ajoutées (elles ne sont pas forcément d'un grand intérêt) mais que la préface de Claude David est courte et éclairante (et bien entendu à lire une fois le roman terminé, comme beaucoup de préfaces, car l'auteur n'hésite pas à y dévoiler une bonne partie de l'intrigue).

 

Le procès, de Frank Kafka

Traduit de l'allemand par Alexandre Vialatte

Ed. Folio

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 19:56

http://media.canal-plus.com/image/08/9/160089.101.jpgGrégoire Canvel est un homme voué corps et âme à son métier. Producteur de cinéma, exigeant et audacieux, il passe une bonne partie de son temps au téléphone, à traiter avec les artistes en contrat chez lui ou à réparer ce qui peut l'être. Mais c'est également un père de famille accompli. Sa femme, même si elle trouve qu'il consacre trop de temps à son métier, élève avec lui leurs trois filles. Malheureusement, Moon Films, la société qu'il dirige, connaît des difficultés financières qu'il ne peut plus assumer. Peu à peu, l'amour de son métier devient une pression insupportable, qui le pousse à mettre fin à ses jours. Commence pour sa famille un travail de deuil qui se fera dans le respect de ce qu'a laissé leur père.

 

Autant le dire tout de suite, Le père de mes enfants est un film épatant. D'un sujet a priori rébarbatif (les soucis financiers d'une société de production) puis triste (le suicide de Grégoire Canvel), Mia Hansen-Love réussit à tirer de ce scénario un film lumineux, gai, qui montre les événements, heureux comme malheureux, sans jamais s'appesantir sur aucun d'eux. La tristesse suite au décès est aussi naturelle que la joie de cette famille qui se retrouve dans la maison de campagne, où les deux plus jeunes filles inventent des journaux télévisés. Une coupure d'électricité, un soir autour d'un plat de crêpes, devient l'occasion de s'émerveiller du noir qui existe, et l'absence du père est à ce moment-là non pas niée, mais acceptée.

 

Dans la première partie du film, l'humeur générale est très liée à celle de Grégoire. Heureux en famille, et soucieux dans son travail, même si les deux sont intimement liés. Puis, à la mort de Grégoire, son épouse Sylvia, qui devient responsable de la société, devient la protagoniste principale avec sa fille, qui tente de découvrir les secrets que son père a tenté de cacher à ses enfants.

 

Mia Hansen-Love, pour son deuxième film, signe avec Le père de mes enfants un très bon long-métrage, touchant sans être larmoyant, joyeux sans être euphorique. L'ensemble est d'ailleurs admirablement servi par les acteurs, en particulier les deux membres de la famille de Lencquesaing, Louis-Do et Alice, qui incarnent Grégoire et sa fille aînée. Mais l'ensemble du casting est vraiment très bien choisi, en particulier les deux plus jeunes filles de Grégoire.

 

Il est de notoriété publique que ce film a été inspiré à la réalisatrice par l'histoire de Humbert Balsan, producteur renommé qui a mis à ses jours il y a quelques années. Si l'histoire n'est pas une simple mise en image, on retrouve les éléments qui font de la vie des producteurs des cauchemars, comme lorsqu'un réalisateur marginal, ici suédois, plombe les finances de son film et de la société de production par ses caprices. Film qui parle du cinéma, de ses coulisses et en montre les aspects parfois peu ragoûtants, mais qui mérite vraiment, vraiment le déplacement !

 

En bonus, la chanson qui clôt le film, tirée de The man who knew two much et interprétée par Doris Day :

 


L'avis de Pascale

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 07:17

Manhattan[Billet déjà paru sur Biblioblog] Elle a décidé de partir. De tout plaquer pour faire le point avant qu'il ne soit trop tard. Elle, c'est la narratrice de Manhattan, qui rédige une dernière lettre, dans laquelle elle décide de révéler ce qu'elle a tu jusque là.


Une tache est apparue sur son bras. Elle ressemble à une carte de Manhattan, et est inquiétante. Lorsque le verdict tombe, il est terrible : quatre taches blanches dans le cerveau la condamnent à moyen terme. Elle prend alors toutes ses affaires, et sans prévenir personne, elle part en emmenant son chien. D'hôtels en aéroport qu'elle quitte après avoir renoncé à partir définitivement pour le bout du monde, elle cherche un endroit où elle pourra s'expliquer. Elle trouve finalement un logement où elle prend sur elle de raconter à sa mère ce qu'elle n'a jamais eu le courage de lui dire.


Pour conserver aux lecteurs la surprise, je ne dévoilerai pas ce que la narratrice avoue enfin à sa mère. Ce qui m'amène à devoir un peu jongler pour parler de ce roman. Tout d'abord, la première impression est que ce texte est dur : immédiatement, le lecteur apprend la maladie de l'héroïne, et la suivra dans son choix extrême de partir sans en comprendre toutes les raisons. Mais peu à peu, la maladie passe au second plan. D'abord, c'est la solitude du personnage qui est flagrante. Embarrassée par son chien, seul élément qu'elle conserve de son passé, elle finit par le laisser à l'aéroport pour pouvoir au mieux faire ce travail d'introspection. 


Puis le texte prend un nouveau virage, avec l'adresse personnelle à la mère et l'évocation de ce secret, qui ne sort que maintenant qu'elle sait qu'elle n'aura plus longtemps à le garder. Alors, l'interrogation sur le lien entre ce secret et cette maladie est inévitable. Le fait d'avoir vécu dans un mensonge permanent, en incarnant la figure voulue par tous mais qui n'était pas la sienne, est-il une des causes de la maladie qui s'est déclarée ? On n'en saura pas plus, mais le parallèle entre les deux parties du texte, maladie et révélation du secret, ne permet pas d'évacuer un éventuel lien de cause à effet.


Dans ce court texte, Anne Révah parvient à donner une consistance à son héroïne, qui prend au fur et à mesure de le lecture la dimension d'un personnage de fiction. En sortant de le lecture, ma première impression était mitigée, mais en y repensant, ce texte mérite qu'on s'y attarde. Et ce d'autant plus que l'écriture est froide, presque clinique, mais agréable.

L'avis de Leiloona (qui a apprécié), d'Amanda (qui elle n'a pas aimé, mais qui donne plein de liens)

 

Manhattan, d'Anne Révah

Ed. Arléa

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 07:37

CanineDans la campagne grecque vivent un père, une mère et leurs trois enfants, deux filles et un garçon. Personne, hormis le père, n'a le droit de quitter l'enceinte de la propriété, l'ailleurs étant présenté par les parents comme un territoire dangereux. Les enfants sont éduqués de manière originale par les parents, qui leur apprennent des mots, mais en en transformant le sens, et en leur faisant participer à des compétitions récompensés par des autocollants. Mais l'attrait de l'extérieur, qu'ils ne pourront découvrir que lorsque l'une de leurs canines sera tombé, est le plus fort...


Voilà un film qui me laisse fortement perplexe. Le postulat est fixé dès le départ, les enfants souhaitant jouer à « celui qui laissera le plus longtemps le doigt sous le robinet d'eau brûlante », après avoir appris quelques termes à la signification dévoyée. Le père amène pour son fils une de ses collègues, qui lui sert de professeur sexuelle, et qui profite de la situation pour satisfaire quelques uns de ses fantasmes.


Le problème du film est que le postulat de départ, s'il est original, troublant et dérangeant, n'est jamais justifié. Bien entendu, le réalisateur, Yorgos Lanthimos, pousse la situation à son paroxysme, avec une scène de transe de la fille aînée assez bien foutue, ou le massacre d'un chat perçu comme le mal incarné. Mais tout ceci est vain, car les mobiles des parents sont totalement opaques. Ils veulent empêcher leurs enfants d'aller à l'extérieur, d'accord, mais pourquoi ? Que craignent-ils ? De quoi veulent-ils les protéger ? La fin ouverte accentue encore cette circonspection qui saisit le spectateur lorsqu'il quitte la salle de cinéma. Car ce qui marche chez Ursula Meier et Home, où on comprend l'événement fondateur de la claustration familiale, ne fonctionne pas ici, car le spectateur est tenu totalement à l'écart. Rien de bien intéressant à retenir de cet exercice de style, au cours duquel l'ennui gagne peu à peu par manque de profondeur.


Je remercie Pascale, qui en ces temps de fêtes ne cesse de distribuer des places !


Les avis de Sandra M. (déçue, et le mot est faible) et de Rob (emballé).

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 19:23

http://www.lecture-ecriture.com/img/xingu.jpgDans la haute société de Hillbridge, quelques dames de bonne compagnie ont l'habitude de se réunir, pour parler de littératures, de sciences ou de tout autre sujet passionnant. Elles reçoivent chacune à leur tour, et l'entrée dans le club est très réglementé : il est inacceptable que n'importe qui pour assister à ces réunions. Mais lorsque Osric Dane, écrivain réputée, est de passage dans leur ville, elles ne peuvent s'empêcher de l'inviter à y prendre part. Mais les rivalités internes et l'attitude hautaine de Osric Dane rendent rapidement cette réunion invivable. Et lorsqu'on commence à parler de Xingu, c'est la goutte d'eau...

 

Edith Wharton, romancière américaine, née à New-York et habituée à la vie dans la haute société, dépeint dans ce très court ouvrage (une cinquantaine de pages) la vie guindée et précieuse de quelques femmes provinciales, et les relations tendues et hypocrites qui les unissent. La première partie du roman présente la préparation de la venue d'Osric Dane, et notamment les querelles pour savoir qui doit recevoir : celle qui a le plus grand salon ? Sinon, sur quel critère choisir ? En quelques lignes, chaque caractère est dessiné, de la meneuse du groupe à celle que tout le monde considère comme la naïve de première.

 

Puis l'arrivée d'Osric Dane va faire taire les rancœurs, puisqu'elles vont concentrer leur fiel sur cet étrangère, qui est loin de tout ce qu'elles imaginent et qui les prend de haut. Ayant un avis sur tout, elle coupe court à toutes les discussions. Jusqu'à ce que l'une d'entre elles parle de Xingu : Dane est piégée, ne sachant pas de quoi il s'agit, et les autres jouent de son ignorance pour se moquer ouvertement. Alors, les femmes du club, auparavant très suspicieuses l'une envers l'autre, s'amusent au dépend de leur invitée, qui rapidement va prendre la poudre d'escampette.

 

Tout le monde en prend pour son grade : le milieu fermé des femmes du club, qui ne jurent que par les apparences (les livres sur les étagères) ou Osric Dane, dont le comportement est très antipathique. Néanmoins, cette peinture du milieu snob et méprisant m'a laissé assez froid. La forme, très courte, ne m'a pas permis de plonger assez profondément dans ce milieu, et il ne m'en reste donc qu'un souvenir assez superficiel. Pas mal, drôle par moment, mais un peu court.

 

Je remercie Fashion, qui m'a envoyé ce court texte dans le cadre du swap Books inside.

 

Les avis de Papillon, Allie, Lilly, Lecture/Ecriture

 

Xingu, d'Edith Wharton

Traduit de l'anglais par Claudine Lesage

Ed. Mille et une nuits

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 11:50

http://www.cinemovies.fr/images/data/affiches/2009/une-affaire-d-etat-18730-1053542826.jpgUn avion est abattu au dessus du golfe de Guinée. Ce qui crée l'émoi de Victor Bornand, un des proches du Président de la République française, et de certains membres de son entourage. Car la cargaison que transportait cet avion n'était pas anodine : il s'agit d'armes à destination des rebelles qui tentent un putsch au Congo. Rien ne semble transpirer de cet événement, jusqu'à ce qu'apparaissent des informations distillées par un inconnu qui a intérêt à bousculer les hommes en place. Tout est alors permis pour faire taire les bavards, et pour empêcher la police d'y fourrer son nez.


Évacuons immédiatement un éventuel malentendu : contrairement à ce que peut laisser penser l'affiche, l'action du film se déroule exclusivement à Paris, les seules évocations de l'Afrique ayant lieu par l'utilisation d'images de documentaires montrant les combats entre rebelles et militaires. Mais l'Afrique, si on ne la voit pas, est au cœur de l'intrigue de ce film, notamment via la fondation montée par Bornand et promouvant le micro-crédit. La « Françafrique » est clairement visée dans cette fiction.


Une affaire d'Etat est un film rythmé, sans aucun temps mort. L'action débute immédiatement : les premières images montrent l'avion et son explosion, et sont immédiatement suivies par une immersion dans une soirée du gratin parisien, où la cocaïne et les prostituées coulent à flot. Le ton est donné ! On suivra les intrigues menées par Bornand (André Dussolier, très efficace), avec les politiques, les journalistes, les marchands d'armes (Denis Podalydès, peureux à souhait) et son homme de main, Michel Fernandez (Thierry Frémont, un poil monolithique).


Face à eux, la police tente de démêler les nœuds de cette histoire. Mais entre les services de renseignements et la police criminelle, les relations sont tendues. Ce qui ressemble d'abord à des règlements de compte prend peu à peu une dimension qui dépasse le travail de Bonfils et Nora Chahyd (Gérald Laroche et Rachida Brackni, tous deux très convaincants). Et ce sont les services secrets qui prennent alors l'affaire en main (Jean-Marie Winling, comme toujours impeccable).


Alors, si l'intrigue fonctionne, elle n'est pas totalement exempte de facilités de scénario qui lui portent préjudice. Bon, la flic d'origine arabe et donc confrontée au préjugés de ses collègues, c'est déjà vu, et pas forcément essentiel, d'autant que les relations de Chahyd avec Bonfils se caractérisent surtout par une mise à l'épreuve qui ne dit pas son nom, et qui est autrement intéressante. Autre facilité, cette course poursuite finale, trop longue et quasi irréaliste, où un des protagonistes, renversé par un vélo, continue à courir dans les rues de Montmartre en boîtant. Surtout, l'élément le plus gênant concerne le nombre de morts de cette histoire. Il me paraît assez étrange de vouloir garder secrète une histoire en éliminant autant de personnes, même si les premières cadavres découverts ne sont pas « volontaires ».


Mais, malgré ces réserves, ce film d'Eric Valette est prenant, même si le traître (il y a toujours un traître dans ces histoires) est assez rapidement identifiable. Un bon moment devant ce film politique, qui sous couvert d'une intrigue policière aborde de nombreux problèmes de fond. Mais il lui manque une finition dans le scénario, qui lui aurait permis d'être un très bon film.


L'avis de Pascale.

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 10:24

http://www.biblioblog.fr/public/images/2009-07-12/biographie-de-pavel-munch.jpg[Billet déjà paru sur Biblioblog] La biographie est un genre littéraire complexe : comment décrire la vie d'une personnalité sans tomber dans la panégyrique, ou dans la dénonciation ? Et quelles sont les raisons, plus ou moins avouables, qui poussent à choisir tel sujet plutôt qu'un autre ? C'est le sujet de ce roman qui, plus qu'une simple biographie (car ce n'en est clairement pas une), est une approche de cette relation ambigue entre le biographe et son sujet.

 

Pavel Munch est un artiste renommé. Il a débuté par la sculpture, en façonnant  de petites figurines d'argile. Puis son art s'est développé, a pris d'autres directions : il a ainsi mis en place des installations beaucoup plus imposantes, souvent à base d'éléments assez inattendus. Mais la vie de Pavel Munch est loin d'être simple. Son rapport à la terre est maladif, celui aux femmes problématique. Seule Roberta trouve grâce à ses yeux, c'est elle qui l'a élevé et qui l'a poussé dans la voie artistique. Ses relations affectives sont essentiellement sexuelles, et plus particulièrement homosexuelles.

  

Pascal a rencontré Pavel par hasard, à l'armée. Il a tout de suite été frappé par cet homme, par son corps, et a suivi sa carrière artistique, sans lui en faire part. Devenu un romancier connu, il présente à Pavel l'idée d'écrire sa biographie. Ce dernier donne son accord, mais l'enfantement de l'ouvrage ne sera pas sans douleur pour l'écrivain, qui a du mal à distinguer son travail et son admiration pour l'artiste.

 

La première partie de l'ouvrage est une biographie presque classique de Pavel Munch. On découvre son enfance, ses premières œuvres, ses premiers émois platoniques pour un militaire de passage, son éducation sexuelle par d'autres garçons en internat. Munch, nom d'emprunt, n'est pas quelqu'un d'aimable. A aucun moment, le lecteur n'éprouve d'empathie pour ce personnage, qui a un rapport étrange avec tout ce qui l'entoure. Seul son physique, son charisme semblent être les éléments qui font qu'on le regarde, qu'on l'observe. Et c'est exactement ce qui arrive à Pascal, le narrateur et biographe.

 

Malheureusement, l'aspect antipathique du personnage fait qu'en tant que lecteur, j'ai eu du mal à m'intéresser à l'artiste, et que la relation avec le biographe m'a paru assez sibylline. Bien entendu, la deuxième partie de l'ouvrage montre pourquoi Pascal s'intéresse à Pavel, sans décrire précisément ce qu'il cherche. Pascal a un intérêt artistique, mais également sexuel pour Pavel, au point d'accepter de souffrir quand Pavel le fait poser. Cette relation déséquilibrée m'a assez peu intéressé, notamment car elle n'est pas assez nette.

 

Pascal Morin a une écriture agréable, mais les traits de caractère qu'il donne à Pavel Munch (une invention de sa part puisque Pavel Munch est un personnage de fiction) ne m'ont pas convaincu, et m'ont paru caricaturaux. Notamment ceux qui concernent son homosexualité, qui est ici présentée comme une simple chasse aux conquêtes masculines, où l'avidité des relations prend le pas sur toutes autres considérations. La réflexion sur la place du biographe et son choix de sujet est certes intéressante, mais n'est pas assez étoffé, pour le coup.

  

Une découverte en demi-teinte, donc, pour ce roman qui clôt une série de quatre romans consacrés aux quatre éléments (avec ici, la terre).

 

L'avis de Leiloona

 

Biographie de Pavel Munch, de Pascal Morin

Ed. du Rouergue - La Brune

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 09:29

http://www.cuneipage.com/media/01/02/377339311.gifScott est américain. Photographe de formation, il est envoyé en Roumanie pour faire un reportage sur les bergers de Transylvanie. La Roumanie qu'il découvre est celle de 1988, des Ceaucescu et d'avant la chute du Mur. Autant dire qu'il est bien surveillé, en particulier par son chauffeur. Heureusement, il peut s'appuyer sur Helena, la traductrice qui l'aide dans ce périple nouveau pour lui. Helena n'a qu'un rêve : quitter ce pays pour enfin profiter de la vie. En accord avec Scott, ils décident de se marier, mais uniquement pour permettre à Helena de le suivre au Danemark, où il a vécu avec sa première femme. Mais l'affection de Scott prend une dimension inattendue, et lorsqu'Helena s'en va, il est totalement désœuvré. Il demande alors à son beau-fils de retrouver Helena, ce qu'il parvient à faire après un voyage à travers l'Allemagne et l'Italie. Il apprendra surtout les raisons qui ont poussé Helena à fuir son pays...


Piazza Bucarest est un roman qui se laisse apprivoiser. L'entrée en matière n'est pas des plus simples : un photographe américain, vivant en partie au Danemark, décide d'aider une jeune roumaine qui veut fuir son pays. Tout cela raconté par son beau-fils, qui n'a aucun lien avec Helena, puisqu'il est le fils issu d'un premier mariage de la femme de Scott. Qui est danoise, d'où l'implantation au Danemark. J'espère que vous suivez !


Le début du roman est également assez théorique. Il est y régulièrement fait mention de l'Histoire, avec une majuscule, comme pour bien montrer qu'on ne parle pas à la légère de ce sujet. Puis, on se prend d'affection pour les héros du roman, on souhaite en apprendre plus sur cette jeune femme qui à Bucarest vivait parmi des jeunes artistes marginaux. Le moment de bascule se fait lorsqu'à la télévision, depuis le Danemark, Scott et sa nouvelle épouse assistent au simulacre de procès des Ceauscescu, qui aboutit à leur mise à mort en place publique. Chacun a une interprétation des événements, et on sent enfin apparaître dans ce couple très lisse une brêche qui laisse augurer un trouble plus profond.


C'est vraiment lors de la rencontre du narrateur avec Helena, en Italie où elle est partie avec un antiquaire, que le roman prend sa véritable dimension. Depuis les petites places romaines (dont la Piazza Bucarest du titre), Helena replonge dans sa vie en Roumanie, et dans les expériences qui ont construit sa vie : les cours de piano, sa relation avec le fils de la professeur. Surtout, on comprend véritablement pourquoi elle a cherché à passer à l'Ouest, abandonnant sur place beaucoup plus que son propre passé. Et c'est là que s'exprime la force romanesque et fictionnelle de Grøndahl, capable d'emmener son lecteur de la Roumanie communiste à l'Italie ensoleillée et insouciante, en passant par les paysages plats et battus par les vents de la campagne danoise.


Une belle rencontre avec cet auteur et ses personnages, beaucoup plus obscurs que ne le laissent penser les premières pages. Un peu d'abnégation, mais qui fut assez bien récompensée cette fois-ci, d'autant plus que l'écriture de l'auteur est assez savoureuse !


Les avis de Clarabel, Ingannmic (sous le charme), Papillon et Cuné (surtout sensibles à la musique des mots de l'auteur)

 

Piazza Bucarest, de Jens Christian Grøndahl

Traduit du danois par Alain Gnaedig

Ed. Folio

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 16:12

http://medias.jds.fr/images/article/21082/photos/Vincere_300.jpgBenito Mussolini, avant de devenir le dirigeant de l'Italie fasciste, a défendu des idées de gauche : anticlérical, antimonarchiste, il fut la cible des policiers du régime. Directeur d'un journal de gauche, il est apprécié, avant d'être débarqué : il défend l'entrée en guerre de l'Italie, moyen selon lui de régénérer la nation italienne. Seul, banni des milieux dans lesquels il naviguait, il s'appuie sur sa femme, Ida, qui lui a permis d'acquérir un nouveau journal. Mais peu à peu, cette première femme devient encombrante, et Mussolini fait tout pour la tenir loin de lui. C'est la vie d'Ida Dalser qu'a choisi de conter Bellochio, de sa passion amoureuse à son enfermement dans un hôpital de bonnes soeurs, où elle est séparée de son fils, Benito Albino Mussolini...


Vincere est un film osé et assez déconcertant pour le spectateur : Bellochio choisit de raconter cette histoire dramatique de manière outrée, en appuyant certains moments, certains passages. Les personnages eux-mêmes, que ce soit Ida ou Mussolini, sont hors du commun, l'une pour son amour éperdu, l'autre par sa cruauté. En intercalant des images d'archive dans la fiction, le réalisateur montre bien que cette petite histoire est en lien direct avec la grande : que serait devenu Mussolini si sa femme n'avait pas mis à sa disposition son argent quand il en avait besoin ?


Dans les commentaires entendus ici et là, il est souvent fait référence à l'opéra. Je trouve cette comparaison très juste, car les caractères enflammés des personnages (l'amour fou), les péripéties qu'ils vivent (un mariage nié, une accession au pouvoir) entrent tout à fait dans les caractéristiques de l'opéra. Bellochio a d'ailleurs certainement eu cette référence en tête, puisque résonne devant une église un air de Tosca, opéra qui relate lui aussi une relation amoureuse contrariée par la jalousie.


Vincere est un film riche, qui joue sur l'iconographie et sur l'image de Mussolini. Mussolini jeune est incarné par Filipo Timi, avant de devenir une image d'archive lorsqu'il abandonne Ida (Giovanna Mezzogiorno). Mais l'image de Mussolini revient sous les traits de son fils, qui dans une scène très réussie, se moque de la manière dont son père prononce ses discours (discours intéressant à entendre par ailleurs, qui parle de la politique coloniale fasciste en Afrique). Vincere est également un hommage au cinéma, puisque les écrans sont nombreux dans le film, que ce soit la projection du Kid pour les malades, des actualités dans une salle de cinéma ou d'un film catholique sur la voûte d'un hôpital pour les blessés de guerre.


Vincere est donc un film dense, touffu, qui interpelle mais qui mérite vraisemblablement une deuxième vision pour être sûr de bien suivre Bellocchio dans son cheminement artistique. Cheminement marqué par ce qui touche à l'enfermement et à la psychiatrie, puisque avant Vincere, il avait traité de la captivité d'Aldo Moro, homme politique enlevé dans les années 70 par les activistes de gauche dans le très bon Buongioro, Notte.

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