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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 09:01

Léna s’occupe seule de ses deux enfants, Anton et Augustine, après avoir quitté son mari Nigel. Ses parents l’invitent à passer quelques jours en Bretagne, en famille avec sa sœur Frédérique et son frère Gulven. Chacun tente de faire ce qu’il peut pour aider Léna, qui a des difficultés à faire face à toutes ses responsabilités. Ces bonnes intentions sont souvent des cadeaux empoisonnés, que Léna accepte mal. Mais on réalise peu à peu que ses difficultés sont réelles, et qu’elle aura besoin d’aide pour remonter la pente.

 

Présentée ainsi, l’intrigue du dernier film de Christophe Honoré n’est pas a priori encourageante. Pourtant, ce serait dommage de s’en priver, car c’est un magnifique portait de femme et de famille que signe le réalisateur breton.

 

Le début du film est une charge contre la famille, qui fait penser aux films de Desplechin. Mère autoritaire qui tient son mari sous sa coupe, sœur rigide qui ne croit qu’aux vertus du mariage et ne comprend pas la séparation de Léna, frère détaché dont l’aide est minime : personne ne semble en mesure d’aider Léna. Et comme ils ont tous de très bonnes idées pour l’aider, en particulier inviter Nigel, l’ex de Léna, sans la prévenir, on se dit que leur bonté affichée est volontairement fausse.

 

Mais on découvre aussi les failles de Léna, très rapidement : elle manque de perdre son fils dans la gare Montparnasse dès l'ouverture du film, ne parvient pas à garder vivante une pie blessée, accepte difficilement les aides qui lui sont apportées, en particulier professionnelles, et n’hésite pas à porter un regard moqueur sur la copine de son frère. Elle perd peu à peu, pour le spectateur, son statut initial de victime pour épouser celui de femme malade, en détresse. Femme enfant, elle n’arrive pas à se prendre en main, et son fils, collégien, semble bien plus lucide qu'elle sur son désarroi. Chiara Mastroianni tient certainement avec Léna l’un des plus beaux rôles de son début de carrière.

 

Autour d’elle, les personnages évoluent également. Frédérique, sa sœur (Marina Foïs, surprenante), d’abord hostile, prend peu à peu la défense de Léna après avoir elle-même vécu une période où son couple vacillait. Le père (Fred Ulysse), d’abord aimant et touchant, réalise que sa fille n’est peut-être pas celle qu’il croit, et son comportement en sera totalement bouleversé. Les autres personnages sont plus stables, tout en n’étant pas monolithiques : la mère (merveilleuse Marie-Christine Barrault), du haut de sa tutelle, dirige la maisonnée au doigt et à l’œil, Nigel (impeccable Jean-Marc Barr, très bon quand il est bien dirigé) est certainement l’un des plus virulents, celui qui essaie d’être compréhensif mais  dont la carapace finit par céder. Seul le frère reste en dehors (Julien Honoré), usant d’un second degré qui cache une volonté de ne pas affronter ce monde qui l’effraie.

 

Christophe Honoré s’est assagi avec ce film : il n’y a même pas la rituelle partie de comédie musicale ! S’il conserve certains effets (le monologue introductif face caméra du père, les incrustations des photos de jeunesse des personnages), ceux-ci sont utilisés à bon escient. L’élément le plus ambitieux est ce passage central, illustration d’un conte breton qui narre l’histoire d’une jeune fille qui veut épouser un danseur, mais les épuise. Pour arriver à ses fins, elle pactise avec le diable. Passage central, qui reprend un thème récurrent du film (les allusions diaboliques sont nombreuses), et qui éclaire ce très beau film, (é)mouvant, au titre intrigant : Non ma fille tu n’iras pas danser.


Autre film de Christophe Honoré : La belle personne

Livre de Christophe Honoré : Scarborough

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commentaires

julie 28/10/2009 09:50



Si ce film fait bon ptit film français par certains côtés, ça fait du bien de trouver des personnages qui ont des comportements un peu à la marge. Plus que l'étude de
ces comportements, cela permet de scruter la réponse des autres, et cela nous instruit bien sur les multiples encadrements auxquels nous nous soumettons pour vivre en société. Bouh...ça fait
froid dans le dos! 



Yohan 28/10/2009 23:32


Le sujet est certainement très français, mais je trouve qu'il apporte une touche qu'il fait qu'il se démarque. L'intégration de ce passage sur le conte breton est osée, et réussie. Quant aux
encadrement auxquels nous sommes confrontés, il est évident qu'il en dénonce plus d'un. Enfin, je n'en dirai pas trop, étant moi-même dans un de ses encadrements il y a bientôt deux ans ;-) 


Franck Bellucci 17/09/2009 20:21

J'ai aussi beaucoup aimé ce film qui ose présenter un portrait de femme complexe, parfois dérangeant ou peu aimable, et par la même vraiment dense et intelligent. Et je suis tout à fait d'accord pour reconnaître que le casting est un sans faute : tous les personnages sont portés par des acteurs talentueux et justes. quant à C. Mastroianni, elle est magnifique, vraiment.

Yohan 27/09/2009 17:51


Ce sont ces portraits que j'ai aimé. Lena, comme son père ou sa soeur, sont des personnages mouvants, qui évoluent fortement au long du fim, sans artifice. C'est cette ambition qui m'a séduite dans
ce film !


Emeraude 17/09/2009 14:09

je commençais à trouver le film un peu long (mais pas pour autant mauvais) quand Léna s'en va marcher seule dans la nuit (la dernière scène en fait) et qu'une note de musique m'a fait redresser sur mon siège. A la deuxième mesure j'ai reconnu une chanson de l'album que mon chéri et moi écoutons tout le temps. Une musique qui représente donc beaucoup pour moi.C'est bête car j'ai trouvé le film vraiment très touchant (mais peut être un peu long) et d'avoir suivi Léna dans les rues de Paris sur cette musique si importante  pour moi, a fait complètement changé mon avis sur ce film.Finalement, donc, je l'ai trouvé aussi beau et touchant que ces quelques notes de musique...

Yohan 27/09/2009 17:50


Parfois, un détail touche particulièrement, et change totalement la vision du film. Sur la longueur, je n'ai pas été gené, et c'est trouvé très réussi, certainement le film le plus réussi d'Honoré.