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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 07:36

http://www.neuvieme-art.com/images/actus/thumbs/thumbs_festival-angouleme-la-ou-vont-nos-peres-de-shaun-tan-prix-du-meilleur-album-01.jpgPrimée à Angoulême, Là où vont nos pères mérite amplement l'accueil très favorable qui lui a été fait. Tant sur le fond que sur la forme, elle réussit à exprimer et à susciter des réactions fortes. Et tout cela avec une formidable économie de moyens, puisqu'il n'y a aucun texte,et que les couleurs sont toutes dans les mêmes teintes ocres et marrons.

 

Là où vont nos pères est un hommage à tous ceux qui quittent leur pays et souvent leur famille pour aller gagner leur vie dans un pays inconnu. Le héros de la bande dessinée, émigré ayant laissé sa famille au pays, rencontre au fil de ses pérégrinations d'autres émigrés, qui chacun lui raconte son histoire, les raisons qui l'ont poussé à fuir et la façon dont il a été accueilli dans ce nouveau lieu. Certains ont fui la guerre, d'autres des conditions de travail humiliantes. Il leur reste quelques objets, des souvenirs, qui les suivent dans ce périple difficile.

 

Le tour de force de l'auteur, Shaun Tan, est d'avoir choisi un lieu imaginaire pour son action. Même si l'arrivée du père fait immédiatement penser à l'arrivée des immigrés a New-York, sur Ellis Island, événément très bien dépeint dans Golden Door, d'Emmanuele Crialese, l'ensemble de l'action se situe dans un endroit inventé. Cela va de l'écriture, qui ne ressemble à rien de connu, aux animaux de compagnie de ce pays, attachants et aux formes originales, en passant par les moyens de locomotion, un ascenseur qui emmène les individus d'un pays à l'autre.

 

L'autre tour de force est d'avoir réalisé un album sans parole. Bien évidemment, l'approche en terme de dessin et de découpage est du coup très différente de ce qui existe habituellement : plus de cases, des expressions découpées,... Cela laisse de la place pour le lecteur, qui peut introduire dans les dessins sa propre réflexion sur le sujet.

 

Là où vont nos pères est ainsi une grande bande-dessinée, servi par un excellent scénario et de très bonnes idées de « mises en scène ». Je vous le recommande très chaudement !

 

Les avis de Dédale, Keisha , In Cold Blog, Julien, BMR & MAM, Sylvie (qui en a fait un petit film)...

 

Là où vont nos pères, de Shaun Tan

Ed. Dargaud

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 07:40

Il est parfois des époques où un genre, un type de livres ou de films attire plus qu'un autre. C'est ce qui se passe en ce moment pour moi avec les comédies musicales. Outre les classiques de Demy (Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort ou Peau d'âne), je découvre quelques films musicaux américains (Le pirate, avec Gene Kelly et Judy Garland, qui vaut le coup d'oeil pour le baroque des décors et de l'interprétation) ou des films plus récents.

J'ai donc il y a peu découvert le premier film de Ducastel et Martineau, Jeanne et le garçon formidable (merci Julie). Outre l'intérêt indéniable du film qui aborde sur une forme a priori légère un sujet difficile (le Sida), et la belle brochette d'acteurs (Virginie Ledoyen, pas mal, mais surtout Mathieu Demy, Valérie Bonneton et Jacques Bonnafé), ce fut l'occasion de découvrir une libraire (Emmanuelle Goizé) commej'aimerai en rencontrer plus souvent lors de mes pérégrinations au milieu des bouquins !

 

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 09:35

Il est parfois des pièces dont on sort avec un sentiment mitigé, dont on sent que le spectacle est intéressant mais qu'il manque un je ne sais quoi qui l'aurait rendu très bon. En même temps, le fait de s'interroger sur le spectacle, et sur les ressentis qu'il a provoqués, montre qu'il n'a pas laissé indifférent. Et cela, c'est déjà une forme de réussite, dont peut se targuer We are l'Europe.


Sur scène, une troupe répéte un spectacle, intitulé We are l'Europe, ou projet WALE. La première partie est l'installation de la scène, l'attente de l'arrivée des comédiens, avec les discussions pour passer le temps (comme celle lancée par Manu sur l'intérêt des cuisines équipées, assez édifiante d'ailleurs !). Puis c'est le spectacle lui-même qui est présenté : il traite de l'Europe, de son étonnante capacité à toujours se considérer à la pointe de la culture mondiale alors que celle-ci est assez sclérosée. La situation sociale est loin d'être faramineuse, et l'adaptation au capitalisme a pris le pas sur toutes les autres formes de pensées, qui sont aussi caricaturales que le capitalisme forcené. A travers les chansons interprétées par les comédiens puis les discussions plus ou moins vives des acteurs, on découvre les tensions qui régissent le monde actuel, et les difficultés pour continuer à vivre dans ce dernier.


Le premier terme qui me vient à l'esprit pour parler de We are l'Europe est : gonflé. Gonflé, car le spectateur est directement pris à parti par ce qui est présenté sur scène. En mettant en question les comportements mercantiles actuels, en particulier culturels, le metteur en scène Benoît Lambert sait qu'il parlera à ceux qui ont pris place dans la salle, quitte à les bousculer dans leurs habitudes. Et le roller ou l'I-phone sont les exemples pris sur scène, mais ils sont bien entendu transposables à beaucoup de nos comportements.


Car ce qui est également gonflé, c'est de ne pas donner de pistes claires et toutes faites au spectateur. Bien entendu, le capitalisme en prend pour son grade, mais l'idéal communiste défendu par un des comédiens ne ressort pas vainqueur de cet affrontement. Le spectateur a beau chercher, il ne trouvera pas de réponses aux questions posées, et la clôture du spectacle, sur Viva la vida de Coldplay, démontre que le divertissement passe par une forme de coupure avec la réalité.


Servi par un texte de Jean-Charles Masséra, Benoît Lambert fait de ce spectacle une réflexion sur le monde qui nous entoure, en évitant de flatter le spectateur. Sur scène, tous les comédiens évoluent dans des costumes moulants aux couleurs chatoyantes. Effet garanti ! Les acteurs masculins sont néanmoins plus convaincants que les femmes, et ceci est certainement dû aux rôles des uns et des autres. En revanche, si la bande-son est éclectique (Coldplay donc, mais aussi Zazie, Balavoie, Renaud,...) la nécessite de chanter en intégralité les titres retenus n'est pas flagrante, et allonge quelque peu l'ensemble. Surtout quand il s'agit de chansons aussi connues que Mistral Gagnant.


We are l'Europe est néanmoins un spectacle largement recommandable, mais il n'est malheureusement plus à l'affiche à Malakoff. Mais rassurez-vous, il sera en tournée dans toute la France, avec des passages à Auxerre, Evry, Dijon, Châteauroux,... (plus d'adresses ici).

 

L'avis des Trois coups, de Marsupilamima.

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 08:12

Ce n'est pas mon amour pour le cheval, très modéré par ailleurs, qui m'a donné envie de lire ce roman (ou plutôt ce récit /essai). C'est le nom sur la couverture, Jérôme Garcin. Oui, celui qui tous les dimanche soir, occupe le transistor avec son émission Le Masque et la Plume. Emission envers laquelle j'étais sceptique au début, mais que je prends aujourd'hui beaucoup de plaisir à écouter (le parisianisme m'a vaincu !!!). Parfois de mauvais foi mais souvent de bon conseil, je vous conseille de vous brancher sur France Inter le dimanche à partir de 20h, ou mieux, d'assister à un enregistrement (c'est un vrai spectacle !).


Mais revenons-en à cette chute de cheval. La chute, c'est celle que fit le père de Jérôme Garcin dans la forêt normande et qui lui coûtât la vie. Editeur, il vivait sa vie entre Paris et Normandie, entre livres et cheval. Le jeune Jérôme (il a 17 ans quand son père meurt) prend alors en grippe le monde hippique, et décide de ne plus monter à cheval. Il s'y tiendra pendant vingt ans, avant que l'amour de l'animal prenne le pas sur les souvenirs douloureux.


Cet ouvrage, composé de treize chapitres, aborde le monde du cheval sous des angles extrêmement divers, et souvent très intéressants. Certains chapitres sont centrés sur la vie de l'auteur et sa relation au cheval et à la campagne. Le premier chapitre est ainsi une déclaration d'amour aux haras, aux hommes qui font vivre le pays d'Auge, terre historique de l'hippisme. Un passage est consacré aux chevaux qu'il a monté, et qui ont marqué sa vie de cavalier. Le livre se clôt par une description des habitudes de Jérôme Garcin dans le monde littéraire, qui a pris ses distances avec les mondanités pour se consacrer à sa passion.

Ensuite, Jérôme Garcin nous raconte ses rencontres, notamment celle avec Bartabas, au fort d'Aubervilliers, personnage qui l'impressionne beaucoup, notamment par son refus de la compromission avec toute forme d'institutionnalisation culturelle (parfois outrée, mais il a le mérite de défendre ses idées). Il décrit sa visite au Cadre Noir de Saumur, dont il regrette la splendeur passée, et montre l'opposition entre l'art défendu par Bartabas et la conception du cheval qui prévaut à Saumur.


Deux chapitres m'ont fortement intéressé. Le premier est celui consacré à Géricault, cavalier passionné, qui à la fin de sa vie ne pouvait plus monter à cheval à cause de différentes chutes. Le paradoxe, selon Jérôme (oui, je l'appelle par son prénom), c'est que Géricault est connu pour Le radeau de la Méduse, alors qu'il adorait peindre le chevaux, que c'était cela, sa vraie passion.


L'autre chapitre encore plus édifiant s'intitule : « L'autre bataille d'Hernani ». Cette bataille concerne, à la même époque que la querelle littéraire, les partisans d'une manière forte pour mener un cheval, à ceux qui préfèrent des formes nouvelles de conduite, beaucoup plus douces et prenant en compte le cheval. Cette deuxième vision, défendue par François Baucher, ne sera pas retenue par la hiérarchie militaire, mais imprègne les comportements des cavaliers d'aujourd'hui. Cette querelle hippique entre les Anciens et les Modernes est tout à fait intéressante, et très bien racontée.


Bref, alors que je n'ai que très peu de passion pour le cheval et que le monde dans lequel évolue Jérôme Garcin m'est assez lointain (un monde où on met des « gants beurre frais » !), cet ouvrage, à la fois essai et récit, est une belle réussite. On se prend d'amitié pour l'auteur, pour ces animaux pour lesquels il éprouve de la tendresse mais dont il sait très bien la destination finale, l'abattoir. Et en racontant cela, sans trémolos ni pathos, on sent toute l'affection qu'il a pour les chevaux. Et cet ouvrage m'a aussi souvent fait ouvrir le dictionnaire, que ce soit pour des termes hippiques (assiette, avant-main) ou littéraires (comme stylobate ou phratrie, qui ne faisaient jusqu'à présent pas partie de mon vocabulaire !).

 

La chute de cheval, de Jérôme Garcin

Ed. Gallimard

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 18:50

Pippa Lee est une femme heureuse : mariée à un éditeur plus âgé qu'elle, elle forme avec lui un couple que tous leurs amis regardent avec envie. Tout irait au mieux, si ce n'est cette querelle sourde avec sa fille qui ne lui parle plus. Mais Pippa n'est pas si heureuse que cela. Elle réalise surtout qu'elle est arrivée là où elle est par des circonstances parfois farfelues : elle a quitté la maison assez jeune, pour échapper à sa mère droguée par les médicaments, puis elle a eu des expériences plus ou moins intéressantes, avec un passage par une dépendance à la drogue et une vie sexuelle parfois débridée. Aujourd'hui elle veut faire le point, mais découvre que tout n'est pas si simple...


Commençons par les points positifs du film. En fait, j'en retiens surtout un, l'originalité de la construction que fait passer l'action du temps présent au temps passé, même si ce dernier est vu de manière chronologique (ce qui empêche certaines prises de risque scénaristiques qui auraient pu être intéressantes). On passe ainsi de la Pippa pimpante et gaie, à la jeune Pippa, en lutte avec sa mère, ou chez sa tante lesbienne. Ce va-et-vient permet de donner du rythme au film, et de lui conserver de la fraicheur dans le traitement. Un des autres points positifs est le passage où Pippa, ado, a fui de sa maison et se retrouve chez sa tante, qui vit avec une colocataire qui se trouve être sa petite amie, et qui a des comportements un peu étranges. Julianne Moore, qui joue l'amie, donne à ce personnage une dimension intrigante en quelques minutes, et constitue un des bons moments du films.


Pour le reste, c'est beaucoup plus mitigé. Le plus gros souci vient du fait que Pippa adulte, qui occupe la plus grande partie du film, est incarnée par Robin Wright Penn. Elle n'est pas mauvaise, mais manque singulièrement de charisme pour porter ce film sur ses épaules. Alors qu'elle joue une femme qui se bat pour sortir de la morosité de son couple, elle n'arrive jamais à faire ressortir sa colère ou son envie de révolte. Même lorsqu'elle découvre la maîtresse de son mari (Wynona Ryder, pas vernie dans ce rôle), on la sent désemparée, mais aussi fataliste. Et pour se consoler, elle se jette dans les bras du voisin (Keanu Reeves, plutôt intéressant dans ce petit rôle). Du coup, on regarde le film sans déplaisir, mais en attendant que le présent cède la place au passé, plus intéressant et beaucoup plus rythmé. Surtout, Blake Lively, qui incarne Pippa Lee jeune est autrement plus convaincante que Robin.


Au final, un film simplement plaisant, qui se voit sans difficulté, mais qui aurait certainement gagné à être un peu plus décalé. L'opposition entre jeunesse débridée et vie rangée est une idée intéressante, mais trop sagement mise en scène ici.

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 07:38

Le célibat des agriculteurs est depuis quelque temps un sujet en vogue, qui a déjà donné lieu à un film (plutôt réussi d'ailleurs), et à une émission de télévision (que je ne connais pas). Ce sujet est le point central du dernier ouvrage de Marie-Hélène Lafon, qui raconte l'arrivée d'une femme et de son fils qui ont quitté leur région d'origine pour s'installer avec un agriculteur du Cantal. Mais loin d'être une histoire d'amour banale et jolie, l'auteur nous fait découvrir les difficultés que peuvent causer ces situations.

Paul est agriculteur dans le Cantal. Célibataire, il vit avec sa sœur chez deux de ses oncles, chez qui ils sont arrivés tous jeunes. Mais à 46 ans, il ne souhaite pas vieillir seul, comme les autres membres de la famille. Il passe donc une annonce pour faire une rencontre féminine, et ainsi avoir quelqu'un avec qui vivre.

A Bailleul, dans le Nord, Annette lit cette annonce. Après une première rencontre avec Paul à Nevers, elle décide de franchir le pas et de quitter la ville où elle a connu son premier mari, Didier, et où sa mère vit encore. Avec son fils Eric, elle s'installe à Fridières, où elle doit trouver sa place autour des différents habitants du lieu.


L'annonce est un roman surprenant, qui ne dépeint pas une classique histoire d'amour, avec les modalités de la rencontre ou les doutes des amants, mais plutôt des personnages blessés, qui tentent de réduire et de combler leurs fêlures. Pour Annette, il s'agit de laisser derrière elle un premier mariage qui a viré à l'échec, sous les effets de l'alcool et de l'environnement néfaste de sa belle-famille. Quant à Paul, il ne souhaite pas finir sa vie comme ses oncles, toujours à deux et aux habitudes bien ancrées, ou comme Nicole, sa sœur, dont il ressent un aigrissement progressif.  Sa vie est devenue une suite de conventions, comme celle du circuit de lecture de la Montagne, imperturbable dans la famille.

L'arrivée d'Annette lui permet de prendre sa part d'émancipation, de se libérer du carcan dans lequel le tiennent sa famille et le village. En habitant dans un logement situé dans la ferme mais avec une entrée privative, il indique à sa famille qu'Annette et Eric deviennent plus importants à ses yeux. C'est la construction de ce nouvel équilibre qui est le véritable cœur du roman de Marie-Hélène Lafon. L'intégration qui passera par des épisodes plus ou moins importants, et dans laquelle le chien Lola ne sera pas complètement pour rien.


Mon entrée dans le roman fut assez laborieuse, gênée par une tendance systématique de l'auteur à instaurer un rythme ternaire qui consiste en la juxtaposition d'adjectifs ou de noms. Cette artificialité m'a sauté aux yeux, et j'ai du mal à m'en détacher et à l'oublier. Heureusement cette recherche stylistique se fait de plus en plus rare au fil du roman, ce qui m'a permis d'entrer pleinement dans cette histoire. La fin du roman est donc l'aspect le plus intéressant et le plus émouvant de cette histoire qui, si elle n'est pas bouleversante, dépeint une réalité, celle de la solitude et des habitudes, malheureusement assez triste.


Billet déjà paru sur Biblioblog.

 

L'annonce, de Marie-Hélène Lafon

Ed. Buchet-Chastel

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 15:16

Stanislas Graff est homme d'affaires, héritier d'un empire légué par son père. Homme pressé, courant entre rendez-vous avec les ministres, maîtresses et domicile conjugal, il a une vie agitée, jusqu'à ce qu'un matin, il est enlevé en bas de chez lui. Commence alors une détention d'une soixantaine de jours, dans les mains de bourreaux réclamant 50 millions d'euros. En parallèle, la vie privée de Graff est étalée dans les journaux : double vie, grosses pertes d'argent au jeu,... Sa famille tente de l'aider, mais ses subordonnés et amis ne l'entendent pas forcément de cette oreille...


Je crois que je vous ai déjà dit par ici combien j'aime Lucas Belvaux. Et son dernier opus ne va certainement pas tarir mon admiration pour ce cinéaste encore peu connu du grand public, mais qui signe une filmographie de qualité et cohérente. Dans Rapt, on retrouve les thèmes qu'il a déjà pu aborder dans certains films ou téléfilms. Ainsi, les scènes de captivité de Graff, dans un sous-sol éclairé par une lampe à gaz, rappellent celles de Cavale où Bruno Le Roux, terroriste, se terre dans son garage. Le monde des affaires évoque lui Les prédateurs, téléfilm en deux parties réalisé pour Canal + et traitant de l'affaire Elf. On se retrouve également dans un monde à l'exact opposé de celui de son précédent film, La raison du plus faible, où l'attention était portée sur des ouvriers cherchant à récupérer de l'argent de l'entreprise qui les a licencié. Ici, on se situe du côté des patrons, de la haute bourgeoisie parisienne où les domestiques servent à table et où les apparences et les convenances comptent.


Mais la force de ce film est justement de pas ne dicter au spectateur les sentiments qu'il a à éprouver. Assez naturellement, on s'attend à prendre en pitié ce patron, enlevé pour des raisons strictement financières. Les premières scènes de captivité, avec notamment ce majeur coupé et envoyé à sa famille, vont d'ailleurs dans ce sens. Mais peu à peu, le tableau change : on découvre sa double vie, son peu d'attention pour sa femme et ses filles et comme elles, on est un peu sous le choc des révélations. Mais de nouveau, le tableau, notamment après la libération de Graff, qui voit tous ses repères, professionnels comme familiaux, s'effondrer, change la donne. Et on se demande finalement qui lui a fait le plus de mal dans cette histoire. De la même manière, l'impression que laisse ses bras droits ou ses ravisseurs évoluent.


L'autre force est de rendre haletante cette histoire qui prend pour protagonistes principaux des individus qui refusent d'exprimer toute émotion, que ce soit la famille Graff, les policiers (quasiment toujours en costard-cravate) ou les ravisseurs. Ce ne sont donc pas les faits et gestes des personnages, mais bien le traitement cinématographique de Belvaux qui rend cette tension, notamment en ayant recours à des séquences courtes et qui s'enchaînent très rapidement, sans temps mort. Le moment fort du film est d'ailleurs la course-poursuite en voiture, hélicoptère puis train, pour laquelle le réalisateur utilise les mêmes effets. Mais cette rapidité des séquences est aussi balancée par des scènes un peu différentes, où la tension apparaît d'une autre manière, comme cette longue et belle scène sur la plage d'Ostende.


Les autres moments très fort du film sont ceux où Stanislas Graff (Yvan Attal, tout en retenue et très convaincant) est face à face avec son bourreau à l'accent marseillais (Gérard Meylan, doucereux et inquiétant comme il faut). Autour d'eux, André Marcon incarne un très bon bras droit qui n'hésite pas à profiter de la situation, et Françoise Fabian une mère froide, dont on se demande où elle cache ses sentiments (et surtout si elle en a). Je ne peux pas ne pas mentionner Patrick Descamps, qui devient un des acteurs fétiches de Belvaux et qui est, comme toujours, très bon. En revanche, Anne Consigny, qui joue la femme de Graff, est par moment un peu à côté, comme cela peut lui arriver de temps à autre. Lucas Belvaux, quant à lui, fait une courte apparition physique et vocale dans l'hélicoptère.


Pour conclure, Rapt est un film très efficace, comme toujours chez Belvaux très bien écrit, très bien servi par la musique de Riccardo del Fra, et qui devrait, comme pour d'autres de ses films (Un couple épatant, par exemple), encore gagner à être revu. Mais, je le répète, cet homme est merveilleux !!!


Pour ceux que cela intéresse, je vous invite à lire l'entretien qu'a accordé Lucas Belvaux à l'hebdomadaire Politis (si vous n'avez pas la version papier, je peux vous la faire parvenir !)

Autres films de Lucas Belvaux : Un couple épatant / Cavale / Après la vie


L'avis de Pascale (avec qui je vais me battre, puisqu'elle aussi l'aime d'amour !)

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 14:04

Bon, ce n'est pas le genre de la maison, mais devant les sollicitations répêtées de Laetitia, je vais vous faire part des quelques réflexions que m'insipre le questionnaire ci-dessous, consacré au cinéma. Je me doute bien que cela risque de ne pas intéresser grand monde, mais je m'y plie volontiers, car il est plutôt intéressant, ce questionnaire. Mais Laetitia, je te préviens : à l'avenir, je serai intraitable et je négligerai toutes tes propositions ;-).

En route pour ces 15 questions...
 

1 – Un film que vous regardiez étant jeune et qui vous remplit de souvenirs :

Je regardai assez peu de films étant jeune. En revanche, j'ai avalé je ne sais combien de Walt Disney, avec une tendresse particulière pour Le livre de la jungle, Robin des Bois, Merlin l'enchanteur ou Fantasia.


2 – Un film que vous connaissez absolument par cœur

Je pense que je ne connais aucun film par cœur, car j'ai une assez mauvaise mémoire pour les films. Mais s'il faut en désigner un, je pencherai pour Amélie Poulain (mais je suis très loin de tout connaître pas coeur, vraiment !)


3 – Un film qui a bouleversé votre jeunesse :

Une nouvelle fois, ce sera un dessin animé qui me faisait assez peur quand j'étais enfant : Brisby et le secret de Nimh, ou l'histoire d'une famille de musaraignes qui doit entrer dans le royaume secret des rats pour défendre sa peau. Je pense que je ne comprenais pas tout, mais cela était terrifiant !

4 – Un film que vous auriez aimé écrire/produire
:

Indéniablement, Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, car ce film est vraie merveille : tous les éléments cinématographiques y sont présents, il n'y rien à toucher !

 

5 – Un film qui vous a donné envie de faire du cinéma
Bon, je n'ai pas franchement envie de faire du cinéma, mais s'il a un film (ou plutôt trois) qui devrait être à l'origine de ma vocation à venir, ce serait la merveilleuse trilogie de Lucas Belvaux Un couple épatant / Cavale / Après la vie.

Sinon, mon envie de m'intéresser au cinéma est due à deux films : Amélie Poulain, de Jeunet, et 8 femmes, de François Ozon (c'est là que j'ai craqué pour Isabelle Huppert !)


6 – Un film que vous avez regardé plus d’une fois :

Il y en a plusieurs. Un de ceux que j'ai le plus vu, ce doit être Sacré Graal, des Monty Python.


7 – Le film que vous avez vu en dernier au cinéma

Rapt, de Lucas Belvaux (billet à venir demain lundi !)

 

8 – Un film dont vous avez regretté d’avoir payé la place :

Promenons-nous dans les bois : Film d'ados qui surfait sur la vague des films d'épouvante type Scream, mais sans idée, sans originalité, avec de la provocation gratuite. Bref, un beau navet, même pas drôle !

 

9 – Un film qui vous fait réfléchir sur la vie :
Il y en a beaucoup. J'en sortirai trois, qui ont une influence sur ma manière de penser :

Kedma d'Amos Gitaï, qui m'a fait prendre conscience que la guerre est une boucherie, et non un jeu comme on veut bien souvent nous la présenter (en l'occurence, le sujet était la guerre de 1948 lors de la création d'Israel),

The Magdalene sisters de Peter Mullan, qui décrit l'enfermement dans des couvents en Irlande de jeunes filles considérées comme déviantes. Là, c'est la bêtise de ceux qui se cachent derrière la religion qui est flagrante.

Très bien, merci d'Emmanuelle Cuau, qui traite de l'arbitraire policier et judicaire, avec l'arrestation d'un individu (Gilbert Melki) qui pose des questions lors d'un contrôle de police et qui se retrouve broyé par la machine judiciaire.


10 – Un film qui vous a donné envie de tomber amoureux :

Les demoiselles de Rochefort, en particulier pour la relation qui unit Françoise Dorléac et Gene Kelly


11 – Un film qui vous a fait tordre de rire :

Le dîner de cons, un classique très bien construit

 
12 – Un film qui vous a révélé un acteur que vous suivez à présent :

La graine et le mulet, pour Hafsia Herzi, qui a confirmé depuis une grande partie de son talent entrevu à cette occasion.

13 – Un film qui vous a fait pleurer comme une madeleine :

J'ai deux souvenirs importants de pleurs au cinéma : Effroyables jardins (ne me demandez pas pourquoi, mais j'ai pleuré du début à la fin du film), et La journée de la jupe, qui m'a laissé anéanti sur mon siège.

14 – Un film dont vous avez aimé un personnage en particulier :

Maurice Bénichou dans Amélie Poulain : je ne peux m'empêcher de pleurer quand il retrouve la boîte en métal dans la cabine téléphonique.

15 – Un film que vous regardez chaque année :

Je n'ai pas de rituel cinématographique, pas de films refuge en cas de coup dur. Donc pas de réponse à cette question !

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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 07:03

En août 1870, la guerre entre la France et la Prusse vient d'être déclarée. Les jeunes hommes malheureux au tirage au sort, ou trop pauvres pour ne pas échanger leur billet contre celui d'un appelé, s'apprêtent à partir sur le front de l'Est, où Forbach et Reichshoffen sont déjà le théâtre des combats. Dans le Périgord, Alain de Monéys, jeune notable local, a décidé de remplir ses devoirs militaires. Avant de partir, il se rend à la foire de Hautefaye. Mais alors qu'il pense passer une journée agréable, il devient la proie de la foule, qui le prend pour un prussien. Le calvaire durera tout l'après-midi, jusqu'à l'issue fatale, et ce malgré l'aide de quelques camarades qui tentent de le sauver.


Jean Teulé s'empare d'un fait divers réel, et en tire un court roman très efficace. Avec assez peu d'effets, mais non sans quelques touches de fictions, il parvient à rendre l'hystérie collective qui s'est emparée des participants de la foire de Hautefaye, de sa naissance à ses issues variables.


Alain de Monéys est un jeune homme bien sous tous rapports, et non suspect d'hostilité à la nation en guerre. Alors qu'il a les moyens de laisser sa place dans l'armée à un plus pauvre ou de prétexter son léger handicap, il décide de s'engager sur le front. Homme en vue, il se rend en ami dans le village voisin. Mais l'ambiance est électrique : la guerre, où les enfants tombent comme les mouches, mais aussi la sécheresse qui laisse sur la paille les paysans mettent les nerfs à vif. Alors, quand Alain défend un de ses amis accusé de soutenir les prussiens, il voit la foule se retourner contre lui.


Malgré les appels à la clémence, personne ne le reconnaît, chacun voyant dans ses traits un prussien à abattre. Le curé, averti, tente de créer une diversion, mais le bar improvisé qu'il ouvre dans l'église aura l'effet inverse de celui prévu, l'alcool favorisant l'euphorie collective. Chacun tente d'enfoncer le présumé prussien, refusant d'admettre les relations passées, car le but est d'être plus violent que le voisin.


Teulé n'épargne pas grand chose au lecteur, que ce soit de la torture dont est victime de Monéys ou des pensées abjectes qui s'emparent de la foule. Il tente bien d'apporter un peu de fiction en introduisant le personnage de la serveuse, qui se donne entièrement pour donner un peu de répit à Alain. Mais l'ensemble est tellement vif, décrit de manière tellement incisive, que l'horreur happe le spectateur, et l'entraîne dans les rues de Hautefaye. Rues d'ailleurs bien visibles dans l'esprit du lecteur, puisque chaque chapitre débute par un plan de hameau, avec la description du trajet effectué par Alain de Monéys.


Ce fait divers sanglant est assez instructif et inquiétant sur l'effet moutonnant d'une foule qui prend un individu comme bouc-émissaire. Plus aucune limite n'existe, aucun argument ne trouve grâce aux yeux des assaillants, qui deviennent des assassins. Les condamnations sont d'ailleurs à ce titre exemplaires, puisque quatre des protagonistes seront guillotinés sur la place du village. Exemplaire, car il est rare que la guillotine soit déplacé sur les lieux du crime.


Avec un style acéré, Jean Teulé donne une nouvelle vie à cet événement, édifiant sur le fond et entrainant sur la forme.


Les avis de Leiloona (que je remercie pour le prêt),Thom (qui offre en prime la chronique du Montespan), Toinette80, Stephie, Ys, Livrovore et certainement bien d'autres...


Autres romans de Jean Teulé : Je, François Villon 
                                               Le Montespan
                                               Le magasin des suicides

 

Mangez-le si vous voulez, de Jean Teulé

Ed. Julliard

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 07:35

Agatha Christie est la reine du roman policier qu'on pourrait appeler « vieille école », ou Cluedo : un meurtre, souvent dans des milieux bourgeois ou aristocratiques, un détective dépêché sur les lieux et une résolution finale lors d'une réunion où tous les protagonistes écoutent le meneur de jeu présenter ses conclusions.


Le meurtre de Roger Ackroyd n'échappe à ce schéma : Hercule Poirot, en retraite à King's Abott, est amené à élucider le meurtre de Roger Ackroyd, tué dans son bureau d'un coup de couteau dans le dos. Au fil de son enquête, il pousse chacun des protagonistes à dévoiler son secret, pour finalement pointer le doigt sur le coupable, qui ne peut plus se disculper.


Car, comme le dit Poirot, tout le monde a quelque chose à cacher, des servantes au secrétaire particulier en passant par l'ami militaire. Et le coupable désigné, Ralph Patton, que tout accuse et qui ne se montre pas, sert d'alibi au détective belge pour questionner mine de rien les suspects. Bien entendu, les femmes jouent un rôle central dans cette affaire, les relations amoureuses (comme les questions d'héritage) étant une étape quasi-obligée de ce type d'ouvrage.


Bon, la seule grosse originalité de cette aventure d'Hercule Poirot réside dans le choix du meurtrier, que je ne dévoilerai pas ici mais dont je pense beaucoup ont entendu parler. L'autre personnage intéressant est celui de Caroline, la sœur de docteur Sheppard, homme de confiance de Poirot le temps de cette enquête. Fouineuse, bavarde, elle n'a pas de plus grand plaisir que celui d'alimenter et de se tenir au courant des potins du village. Alors quand un meurtre doit être élucidé, elle tourne autour de Poirot pour tenter de glaner des informations.


Le choix des intrigues d'Agatha Christie est néanmoins un peu suranné, et un roman de l'auteur de temps à autre est suffisant. Car même si elle glisse des réflexions amusantes sur les manies des continentaux à constamment toucher leurs connaissances ou des descriptions assez osées, l'ensemble reste assez convenu et sans grande folie. Bref, une lecture plaisante, pour la détente, mais qui ne casse pas trois pattes à un canard. En fait, si j'ai lu ce roman, c'est surtout pour savourer au mieux la relecture qu'en a fait Pierre Bayard, éclairant l'ouvrage d'une nouvelle vision, avec une nouvelle enquête. Voici donc une des prochaines lectures à venir...

 

Ce roman est ma première contribution au challenge « J'aime les Classiques », organisé par Marie. (Bon d'accord, ce début ne fut pas très concluant...)


 

Le meurtre de Roger Ackroyd, d'Agatha Christie

Traduit de l'anglais par Miriam Dou-Desportes

Ed. Le Livre de Poche

 

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