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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:32

Irène est une prostitué, atteinte d’une maladie dont elle sait qu’elle ne guérira pas. Elle est contrainte de vendre son corps pour apporter de l’argent au petit et la vieille, comme elle les appelle. Elle rencontre Rosalio, employé intérimaire sur un chantier de construction. Rosalio est analphabète, et sa rencontre avec Irène, qui sait lire mais n’a pas de quoi s’acheter de livres, est pour lui l’occasion de faire l’apprentissage de la lecture. Rosalio et Irène vont ainsi se tenir compagnie, pour lutter contre l’exclusion et la misère, elle lisant les livres que Rosalio apporte et lui apprenant à lire, lui narrant les contes qu’il a entendu lors de son enfance ou les histoires qu’il a vécu.


Le vol de l’ibis rouge est le premier roman de Maria Valeria Rezende. La narration est double : dans chaque chapitre, un conte (avec certainement une part autobiographique, mais ce n’est pas toujours précisé) est raconté par Rosalio. Ce conte est encadré par la description de la vie menée par Rosalio et Irène. J’avoue avoir mis quelques chapitres avant de comprendre le mécanisme de narration. Mais une fois celui-ci dompté, quel plaisir de lecture que ce roman !

La vie d’Irène et de Rosalio est précaire : ils manquent tous les deux d’argent, effectuent chacun un métier dangereux, elle prostituée, lui trouvant des petits boulots dans la construction. Surtout, cette misère sociale est liée à une misère culturelle : Rosalio ne sait pas lire, et Irène, qui peut l’aider, n’a pas les moyens d’acheter les livres qui pourrait la sortir de son univers. Il y a enfin la misère affective qui touche les deux protagonistes, chacun étant heureux de trouver une oreille attentive pour se sentir soutenu.

Il y a beaucoup d’humanité dans ce roman. C’est d’abord un hommage à l’apprentissage, à la culture et aux livres. L’hommage est aussi rendu à l’oralité, qui transparaît ici par les histoires racontées par Rosalio. Chaque conte est une aventure palpitante, qui mélange ce qu’a vécu Rosalio avant de venir dans la ville et  les mythes de la culture brésilienne. J’ai notamment noté un très joli conte au sujet d’une troupe de théâtre amateur, qui en partant de rien, se fait une renommée, au point que les habitants du village ne peuvent plus assister aux représentations du fait de l’affluence des gens venus de la ville.

Puis il y a l’aventure humaine entre ces deux personnages, usés par la vie, qui n’ont d’autres objectifs que de subvenir à leurs plus élémentaires besoins. Et cette amitié, cette solidarité va prendre le pas sur la misère, et inciter chacun à oser franchir le pas pour enfin pratiquer l’activité qu’ils désirent et quitter ce milieu sordide dans lequel ils se débattent.

Voilà donc une jolie surprise et une belle découverte que ce roman brésilien, qui est un concentré de solidarité et de dépaysement tout à fait remarquable.

 

Les avis également enthousisates de Chiffonnette,  A_girl_from_earth

 

Le vol de l'ibis rouge, de Maria Valeria Rezende

Traduit du portugais par Léonor Baldaque

Ed. Métailié

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commentaires

A_girl_from_earth 25/01/2009 14:35

Merci pour le lien, je vais rajouter le tien dans mon billet sur ce roman. J'espère que plein d'autres lecteurs découvriront et aimeront ce livre!

Yohan 26/01/2009 16:32


De rien pour le lien. J'ai palé hier, avec Chiffonnette, de ce livre, et les lecteurs qui nous accompagnaient ont eu l'air tenté. Donc de futurs lecteurs en perspective pour ce roman !


Karine :) 24/01/2009 18:04

J'avais déjà noté chez les deux filles que tu cites. J'ai un peu peur du côté "maladie", en grande hypocondriaque que je suis, mais je crois que je finirai par me laisser tenter. Je crois non plus n'avoir jamais lu d'auteur brésilien... bonne occasion!

Yohan 25/01/2009 09:29


Vraiment, il ne faut pas te laisser impresionné par la maladie de Irene. On sait qu'elle est préente, mais l'auteur ne fait pas de grandes descriptions de celle-ci. Surtout, elle s'insrit dans
un cadre de pauvreté globale, et n'est qu'un élément de la misère de Irene, misère que Rosalio va essayer de surmonter avec elle. Et pour la découverte de la littérature brésilienne, je  pense
que c'est une bonne entrée !