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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 17:10

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/9/5/8/5051865107859.gifUn homme dégingandé, visiblement anxieux comme le montrent les mouvements de ses mains, monte sur scène. Autour de lui, un contrebassiste beaucoup plus petit que son instrument, un guitariste membre de feu La Tordue et un saxophoniste / guitariste / banjoïste irlandais. Cet homme, c'est Loïc Lantoine, chanteur d'une quarantaine d'années, et qui revendique de faire de la « chanson française ». Et effectivement il ne chante qu'en français, à une exception près.

Loïc Lantoine aborde des sujets et des styles musicaux très différents. Certains, les plus anciens, sont assez durs, que ce soit dans le texte ou dans l'instrumentation, souvenir du fait qu'il a débuté ses concerts avec comme seul musicien François Pierron, son fidèle contrebassiste. Des chansons comme Badaboum, quihttp://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/grandes/8/5/6/0825646143658.gif donne son titre à son premier album, ou Mauvais ouvrier, sont dans cette veine. L'autre veine revendiquée par ce chanteur aux idées communistes, c'est la peinture réaliste d'un milieu social qu'il connaît, celui des ouvriers : on sent chez lui une aspiration à ce que les choses changent, et une légère pointe de nostalgie dans certains cas, notamment lorsqu'il évoque la fermeture d'un bistrot. Mais si certains textes peuvent être durs, l'ensemble reste gai, presque joyeux, tellement l'artiste est doué. Il arrive à mêler des moments de tendresse (comme dans Pierrot, magnifique chanson sur l'amitié) et des moments de loufoquerie pure, comme cette autre chanson où il évoque l'arrivée d'extra-terrestres sur la Terre ou celle où il raconte comment le Manneken Pis est devenu cet enfant qui fait pipi devant tout le monde. Il n'hésite pas non plus à reprendre des chansons d'autres, comme Quand les cigares, de Raoul de Godewaersvelde (certains nordistes connaîtront, l'auteur ne cachant pas ses racines, citant dans ses chansons Armentières ou en utilisant des mots de patois) ou Monaco de Joe Dassin. L'une de ses chansons les plus drôles est Nny, où il rend une forme d'hommage à un grand chanteur français (ces deux dernières chansons ne figurent pas dans le dernier spectacle, et c'est bien dommage !).

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/grandes110/5/2/8/5051011798825.gifTrès bien entouré, donc, la musique s'est fait plus mélodieuse. Si François Pierron continue à jouer de la contrebasse avec un cintre, un bout de bois, ses doigts ou un archet, Eric Philippon et le musicien irlandais apporte une touche mélodique nouvelle qui ne rompt pas le charme des chansons de Lantoine.

Auteur de trois albums (le premier avec l'aide des Têtes raides, le troisième est un live sur lequel il se fait accompagner de différents musiciens) il est en train de préparer le quatrième. Homme talentueux, qui joue sur scène un vrai spectacle comique entre ses chansons, Loïc Lantoine est vraiment un artiste à suivre, et que je vous invite à découvrir s'il passe près de
chez vous, car vous serez assurés s'y passer un bon moment !

 

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 13:00

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/3/3/1/9782234064133.gifThomas Legrand est éditorialiste politique tous les matins sur France Inter. Dans ce court essai, il s'intéresse à la présence quasi permanente de Nicolas Sarkozy dans ses chroniques : sur 205 chroniques, il a trouvé Sarkozy dans 192 d'entre elles, alors que François Fillon n'est cité que dans 14 sur la même période. Cette présence quotidienne interroge Thomas Legrand, qui tente donc de décrypter les raisons de son sarko-centrisme, assez généralisé dans les analyses politiques.


Legrand défend une thèse, résumée dans le titre : Nicolas Sarkozy bouge énormément, parle beaucoup, promet la rupture. Mais une analyse des différents thèmes de campagne qu'il a mis en avant montre qu'il n'en a pas fait grand chose depuis son arrivée au pouvoir. Sarkozy est d'après lui un président qui estime que la parole vaut acte. De fait, Sarkozy se déplace énormément en province où il tient systématiquement des discours. Mais des discours à sens unique, car les journalistes ou les opposants ne peuvent à aucune occasion poser leurs questions. Une seule conférence de presse digne de ce nom a été organisée en France, en janvier 2008. Ce qui fait loin.


Au niveau des thèmes développés par Sarkozy, et potentiellement menaçants pour la République, la majorité ont rapidement été mis de côté. Il en est ainsi de la laïcité positive ou de la discrimination positive, ou, encore plus flagrant, de la politique de civilisation annoncée début 2009. Dans tous ces cas, les élans passionnés de Sarkozy sont restés lettre morte, comme par exemple dans le cas de la discrimination positive avec l'abandon des statistiques ethniques (Ouf !).


Là où je suis d'accord avec Legrand, c'est que Sarkozy agite tellement de vent, qu'il attire sur lui tous les regards et toute l'attention. Du coup, les "idiots utiles" dénoncés par Legrand existent : ce sont ceux qui poussent des cris d'orfraie à chaque intervention de Sarkozy, attirant ainsi indirectement l'attention sur le président. Il est évident que certaines déclarations ou initiatives sont à condamner, mais trop de condamnations les banalisent. Ainsi, on rentre dans un système où il faut s'insurger contre Sarkozy, alors que nombre de ses idées ne le méritent pas.


Là où je suis en désaccord, c'est pour dire que Sarkozy n'a rien changé. D'accord, la rupture annoncée n'a pas eu lieu : le décorum et le faste républicains sont les mêmes, la politique de la Françafrique également. Pire, il a accéléré ce que les gouvernements précédents avaient déjà amorcé : la mise à bas du service public, que ce soit l'éducation (15 000 supprimés par an depuis quelques années, une saignée catastrophique), la santé (l'hôpital public ou la sécurité sociale) ou la Poste (décision sarkozienne, pour le coup). Il a également inauguré une politique où les plus aisés s'en sortent encore mieux, avec ce bouclier fiscal qui est une des rares mesures que Sarkozy a mis en place. A part une crainte pour l'indépendance de la justice, je trouve Thomas Legrand un peu trop léger sur cet aspect des choses. Peut-être est-ce un prisme journalistique qui fait qu'il s'interroge plus sur les effets médiatiques de Sarkozy que sur des politiques menées depuis plusieurs années, et qui sont malheureusement toujours les mêmes.


Ce n'est peut-être rien qu'un président qui fait du temps aux journalistes ou aux opposants politiques, mais lui ne perd pas de temps pour mettre en place une politique à destination de ceux qui réussissent, de ceux qui ont les moyens. Je ne sais pas quelles conséquences auront les résultats des élections régionales, mais je doute que Sarkozy change beaucoup sa ligne politique. Et Sarkozy devrait encore l'objet de nombreux éditoriaux...

 

Le site de France Inter, où vous pouvez retrouver les éditos quotidiens de Thomas Legrand.

 

Ce n'est rien qu'un président qui nous fait perdre du temps, de Thomas Legrand

Ed. Stock - Parti pris


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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 22:22

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/69/96/84/19151192.jpgMartin Scorsese a choisi d'adapter, avec son acteur fétiche du moment Leonardo Di Caprio, le merveilleux roman de Dennis Lehane (Pour un résumé sans rien dévoiler, voir le billet suivant). J'étais sceptique, après avoir vu la bande-annonce. Une impression de trop, de forcé qu'il n'y a pas dans le roman se dégageait des premières images. Heureusement, dans sa version longue, le film est très belle réussite.


Bien entendu, les différences avec le livre existent, en particulier une tentative de fuite de Teddy Daniels avant de rejoindre le phare qui ne figure pas dans le film. Néanmoins, l'originalité la plus importante du film est certainement le poids que donne le réalisateur aux reconstitutions des scènes traumatisantes qu'a vécu Daniels lors de son passage en Europe. L'origine des troubles, très nette ici, me semblait plus esquissée dans le roman, à moins qu'elle ne soit simplement noyée dans l'ensemble du roman et les descriptions, nombreuses et merveilleuses.


L'autre grande différence est que si Shutter Island le livre est une réussite, c'est que Lehane parvient à ménager l'ambiance, avec cette île coupée du monde, et l'action, notamment dans le pavillon C. Dans le film, Scorsese donne la primeur à l'intrigue et à l'action, un peu au détriment de l'ambiance. Ainsi, la scène dans le cimetière manque un peu d'effroi, de crainte, et se résout de manière très abrupte. Un autre petit défaut est une utilisation un peu légère des effets spéciaux, flagrants en particulier lors de l'arrivée sur le bateau.


Mais j'avoue que je pinaille énormément, car les plus de deux heures du film se savourent avec délice. Le scénario machiavélique mis en place par Lehane est respecté (même si Scorsese prend clairement parti, dès le début du film), et le spectateur est totalement embarqué dans la quête de Rachel Solando. Les personnages sont magnifiquement campés, avec Leonardo Di Caprio formidable. J'ai également beaucoup aimé la prestation de Mark Ruffalo, tout en finesse et en subtilité dans le rôle de Chuck Aule, collègue de Daniels. Ben Kingsley, en psychiatre dont on ne sait jamais s'il aide les marshalls ou cherche à les perdre, est également très bon.


Bref, un excellent moment de cinéma, tel qu'on voudrait en vivre plus souvent : une intrigue prenante et intrigante (c'est mieux pour une intrigue) à souhait, une interprétation magistrale et une manipulation dont on sort bouche-bée. Un bon cru de Scorsese !

Les billets de Ys, Amanda, Pascale (toutes emballées, voire plus !)

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 20:30

http://www.biblioblog.fr/public/images/2010-01-06/L-assassinat-d-Yvon-Toussaint.jpg[Billet déjà paru sur Biblioblog] Yvon Toussaint, journaliste belge, découvre en 2008 l'existence d'un sénateur haïtien qui porte le même nom que lui. Ou plutôt portait, car ce dernier a été assassiné devant chez lui en mars 1999. Intrigué par cet homonyme au destin tragique, Yvon Toussaint décide de s'embarquer pour Haïti pour enquêter sur la mort de cet homme. Mais la recherche de la vérité s'accompagne d'une découverte de ce pays et d'une introspection, rendue encore plus délicate du fait de la proximité liée à ces nom et prénom qu'ils ont en commun.

Yvon Toussaint décide, dans ce roman, de rendre compte de son périple. Mais loin d'écrire un journal de bord de son voyage, il décide d'y insérer des éléments de fiction, qu'il ne distingue pas du reste. Il prévient le lecteur du roman de ce choix dès les premières pages, et il est effectivement impossible de démêler le faux du vrai. D'une simple enquête policière, qui débute par la visite des proches (la première femme, la mère, les enfants légitimes ou non), Yvon Toussaint fait peu à peu de son ouvrage une plongée intime dans ce pays qu'est Haïti.

Car en définitive, la vrai héros du livre, ce n'est ni Yvon Toussaint le journaliste ni Yvon Toussaint le sénateur, mais cette terre qu'est Haïti. En débarquant dans cette île dont la géographie lui fait penser à une grande mâchoire, Yvon Toussaint ne sait pas ce qu'il y trouvera. Au fil des rencontres, avec des amis du sénateur, des personnalités locales comme cet acteur qui lui offre un spectacle dans un ancien grand hôtel, il apprend à connaître les coutumes de ce territoire et de ce peuple. La corruption et la dissimulation des faits problématiques sont monnaie courante, comme le montre le peu de recherches effectuées après la mort du sénateur. Est-ce un règlement de comptes décidé par l'ancien président Aristide ? Est-ce un meurtre commandité par les laboratoires pharmaceutiques contre lesquels Toussaint, médecin de formation, se lève ? On ne connaitra pas le mot de la fin, mais la mort de Toussaint est bien le symbole de cette corruption, comme le sont aussi les meurtres des personnes sur lesquelles Toussaint s'appuie pour mener son enquête.

L'autre grande découverte du journaliste est celle du vaudou. Contrairement ce qu'il peut penser au départ, il découvre que Toussaint est un adepte du vaudou. Originaire des plateaux du centre de l'île, il est un adepte des préceptes des loas, ces dieux qui dictent leurs lois aux disciples. Il apprend aussi que si les vivants ne peuvent pas parler aux morts, les morts peuvent eux chevaucher les vivants : ils prennent possession des vivants et leur dictent leurs faits et gestes. Yvon Toussaint, en apprenant cette pratique, s'inquiète alors de l'éventuel chevauchement que pourrait pratiquer sur lui l'ancien sénateur.

Car Yvon Toussaint le journaliste est également au cœur du livre, même si la narration se cache derrière une seconde personne du singulier qui amène une proximité troublante avec ce narrateur. Ce voyage à l'étranger est l'occasion pour lui de faire un retour sur sa propre vie, et avoir une réflexion sur ses actes. Roman à la fois plein de mystère et d'exotisme, avec sa petite part de folklore, mais aussi d'introspection et d'enquête, L'assassinat d'Yvon Toussaint est une belle lecture. Elle permet de rencontrer ce pays avant qu'il ne soit touché par le séisme qui l'a frappé (et que Toussaint évoque, comme par anticipation, tant les éléments naturels jouent un rôle important dans ce pays).

Un extrait assez représentatif de la tonalité de l'ouvrage :
" - Mais pour en revenir à votre Yvon Toussaint, vous n'avez tout de même l'intention d'affabuler d'un bout à l'autre ?
- Certainement pas. Au contraire, les fragments de réalité que je vais recueillir seront comme les tenants et les mortaises de l'ouvrage. Je vais avoir des égards pour ce type et respecter ce que j'apprendrai sur lui comme s'il s'agissait de moi-même. Simplement, je me reconnais le droit de combler avec du vraisemblable tout ce qui me paraîtra utile à la compréhension du personnage. Je tiens beaucoup au factuel, mais il devra se révéler solide et autant que possible vérifiable. Ce qui n'empêchera pas la fiction dont je badigeonnerai le récit d'être, elle, tout à fait arbitraire. Voire onirique ! Car je pourrai toujours me réfugier derrière Valéry qui pense que le rêve est une hyptothèse féconde..."

 

L'assassinat d'Yvon Toussaint, d'Yvon Toussaint

Ed. Fayard

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 18:15

http://idata.over-blog.com/1/84/51/02/silas_marner.gifSilas Marner est tisserand dans un petit village de l'Angleterre, au début du XIXe Siècle. Il est arrivé dans le village après avoir été exclu de sa communauté, suite à une dénonciation calomnieuse de la part de son meilleur ami. Il consacre tout son temps au travail, et voue un culte de plus en plus important à son sac de guinées en or qui grossit. Mais quand ce dernier disparaît, par une nuit de pluie et de brouillard, Marner voit son monde s'écrouler. Le village le prend enfin en considération, et il en devient même la coqueluche lorsque décide d'élever Eppie, une petite orpheline qu'il a trouvé un soir devant se cheminée. Eppie devient le centre de sa nouvelle vie, mais son père, que personne ne connaît, caresse toujours l'espoir de récupérer la jeune fille.

 

Ce doit être la première fois que je lis un roman écrit par une anglaise du XIXe Siècle. Car George Eliot est une femme, moins connue que certaines de ses contemporaines (Austen, Brontë ou Gaskell), mais qui est considérée comme un auteur classique de l'époque. Voilà donc encore un classique que je viens de découvrir.

  

Deux choses m'ont frappées dans ce roman. La première est celle de la description du village, avec ses conventions sociales, car on ne mélange pas les différentes classes. L'Arc-en-ciel, le troquet du village, est le lieu de rencontre des villageois, et le salon du squirrel Cass est celui des bals, des dîners, où tous les convives rivalisent dans leurs tenues. Les deux mondes ne sont pas imperméables (le médecin ou les hommes de religion peuvent assister aux deux), mais il est évident que les comportements y sont très différents. Ainsi, l'arrivée de Marner au cours du bal est une intrusion beaucoup plus étrange que celle au troquet quelques temps auparavant. La description du village permet également la mise en exergue des ragots, des cancans, des stéréotypes qui laissent à l'écart ceux dont on ne comprend pas le comportement. C'est ce qui arrive à Marner à son arrivée.

 

La deuxième chose, c'est la naïveté de l'histoire d'amour racontée : Godfrey Cass veut épouser Nancy Lammeter, mais il est secrètement marié à une serveuse de bar. Je ne voudrais pas paraître désobligeant, mais cette partie du récit m'a paru assez harlequinesque. Si cette histoire reste secondaire, elle occupe toutefois une place relativement importante, notamment au centre du roman. Mais la personnalité de Marner, son amour pour Eppie et sa renaissance à la vie permettent d'oublier, au final, cette partie moins convaincante du récit.

 

Un classique que je suis content d'avoir découvert, même si les nombreuses références religieuses, et la moralité de l'histoire (on finit toujours par être récompensé lorsqu'on a rien à se reprocher) ne sont pas ma tasse de thé. Je ne sais pas si Eliot est typique des romans anglais du XIXe Siècle, mais je crois que cette catégorie littéraire n'est pas forcément ce qui m'attire. Mais je ne demande qu'à être surpris...

Livre proposé par Keisha dans la chaîne des livres, et tous les liens dans le billet de demi-bilan chez Ys.http://les-carabistouilles.fr/wp-content/uploads/2010/03/defi_classique-300x116.jpg
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Silas Marner, de George Elliot

Traduit de l'anglais par Pierre Leyris

Ed. Folio

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 22:41

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/73/44/82/19215286.jpgMarc Dugain a choisi d'adapter lui-même un de ses romans, celui auquel fut consacré un billet il y a peu. Roman qui ne m'avait d'ailleurs pas convaincu. En revanche, le film est une jolie réussite, en particulier parce que Marc Dugain a resserré l'intrigue du film sur un petit bout du roman, que j'avais d'ailleurs trouvé rapidement expédié, bien qu'intéressant.


Le film est donc centré sur les figures de Anna, médecin réputée pour ses dons de magnétiseuse, et de Staline, qui après avoir renvoyé tous ses médecins juifs par peur d'un complot, a recours aux services de celle-ci. Cet épisode, qui occupe un cinquième du roman, prend ici toute la place, ce qui permet à Dugain d'installer une ambiance et des personnages, d'instaurer une forme de terreur douce qui était perceptible dans le roman, mais que le film accentue.


La force du film, c'est qu'on sent constamment la pression qui pèse sur la population russe de cette année 1953, qui est celle de la fin du règne de Staline. Ainsi, Anna est mariée, mais n'arrive pas à avoir d'enfant. Ses vaines tentatives de procréation éveillent les récriminations des voisins, qui se plaignent des cris de jouissance qui retentissent presque quotidiennement dans l'immeuble. Anna est également surveillée à l'hôpital, par un de ses collègues adipeux qui n'attend qu'une chose (je ne dirai pas laquelle !), mais qu'elle lui refuse. Alors, ce sont les menaces de dénonciation, que son supérieur tente de couvrir, mais qu'il ne peut indéfiniment « oublier ». Lorsque la police embarque Anna pour rejoindre Staline, elle ne sait pas où elle va, ni pourquoi elle y va. Tout laisse à penser qu'on l'emmène dans un endroit pour l'interroger, mais il n'en est rien : c'est le camarade Staline qui la reçoit, pour qu'elle soigne ses rhumatismes.


A partir de ce moment, le secret doit être maximum. Même le mari d'Anna ne doit rien savoir, et la séparation des deux amants n'empêche à ce dernier quelques jours de torture, pour bien vérifier qu'il ne savait rien. Toute cette ambiance de suspicion, de crainte, de menaces est très bien rendu par le film, avec ses bâtiments aux longs couloirs, dont on ne sait jamais vraiment ce qu'on peut y trouver.


Le tout est porté par de très bons acteurs, au premier rang desquels André Dussolier, méconnaissable, hormis par sa voix, en Staline, et Marina Hands, toujours impeccable, en Anna. Leur duo fait de peur et d'attirance fonctionne parfaitement, et c'est un plaisir de les voir ensemble. Le reste de la distribution est à l'avenant, avec Edouard Baer, très bien en mari abandonné pour une raison qu'il ne connaît pas, et un trio de la Comédie Française qui vient renforcer ce bon casting : Denis Podalydès en concierge soupçonneux, Grégory Gadebois en médecin libidineux et Thierry Hancisse en ouvrier alcoolique, qui n'hésite à boire dans les flacons d'eau de Cologne qu'il fabrique.


Marc Dugain réussit donc son passage au cinéma, avec le mérite d'avoir réussi à transformer son propre écrit pour le ramasser et en faire une oeuvre plus dense, et beaucoup plus passionnante.

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 12:20
http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/67/30/66/19243357.jpgSteven Russell mène une vie qui ne lui correspond pas vraiment : il n'est marié que par convention, et n'est flic que pour retrouver sa mère qui l'a abandonné. Alors, suite à un grave accident de voiture, il décide de prendre sa vie en main. Il dévoile à tous son homosexualité, et décide de gagner de l'argent en escroquant les assurances. Pris par la patrouille, il rencontre en prison Phillip Morris, jeune homme sensible et fragile. Steven Russell prend Phillip sous son aile, et l'aide à sortir de prison. Ils vivent dans le luxe, mais Steven ne peut s'empêcher de tout faire pour gagner encore plus d'argent, au risque de détruire son couple.

  

Présenté sous le ton de la comédie dramatique, l'histoire de Steven Russell est une histoire vraie : plusieurs passages en prison suite à diverses escroqueries (assurances, sécurité sociale), et une histoire d'amour assez inattendue. Ce qui est frappant eet inattendu, c'est ce qui est indiqué en fin de film : Steven Russell a été condamné à la prison à perpétuité, en particulier car il avait ridiculisé le gouverneur de l'époque, un certain George Bush. Mais le ton du film, plutôt joyeux malgré le sujet, est très plaisant, et assez décalé par rapport au tragique de cette histoire.

 

Les deux réalisateurs (Glenn Ficarra et John Reca) choisissent de mettre en scène de manière outrée la vie de ces deux personnages. Tous les clichés concernant les homosexuels sont utilisés (ou presque), mais d'une manière qui évite tout regard condescendant. Voir Jim Carey se ballader dans la rue avec deux chihuahuas et une ceinture doré à tête de lion est assez drôle, et suffisamment décalé pour ne taxer les auteurs d'homophobie.

 

Bien que le scénario soit réussi, avec un nombre de rebondissements assez incroyables (comme l'est la révélation finale), le film vaut essentiellement pour son duo d'acteur, Jim Carrey et Ewan McGregor. Concernant ce dernier, ce fut pour moi une vraie découverte, car j'ai vu très peu de films avec cet acteur. Il incarne ici un jeune homosexuel, blond aux yeux bleus, qui a un flagrant déficit de confiance. Tous ses amants se sont servis de lui comme larbin, et sa rencontre avec Steven Russell semble être sa planche de salut. 2010 sera d'ailleurs peut-être l'année McGregor, car son apparition dans le dernier Polanski semble intéressante...

 

Mais la vraie star du film, c'est Jim Carey, formidable acteur capable de changer l'expression de son personnage en un regard ou une moue. Touchant en homme amoureux, hilarant quand il met en œuvre ses projets d'escroquerie, il est de presque tous les plans, mais qu'il porte ses vêtements unicolore de prisons ou des vêtements de luxe, il est convaincant, comme souvent dans ces films où il sort de la comédie pure pour aborder un registre plus dramatique. Et que ce duo Carey/McGregor, improbable, est réussi ! Et rien que pour cela, ce premier film vaut vraiment le coup d'être vu.

L'avis de Pascale.

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 13:58

http://www.biblioblog.fr/public/images/2010-01-06/prive-de-titre.jpg[Billet déjà paru sur Biblioblog] Sicile, 1941. Toute la population est réunie sur la place du village pour écouter un poème de 2000 vers composé en l'honneur de Gigino Gattuso, considéré comme le seul martyr fasciste de l'île. Un homme en retrait assiste à la cérémonie. Et pour cause, il est tenu pour responsable de la mort de Gattuso, dont la légende veut qu'il ait été tué par un communiste.


24 avril 1921, dans la même ville. Les fascistes commencent à avoir du poids dans les affaires du pays, et les actes de violence entre fascistes et communistes sont nombreux. Ce soir-là, trois jeunes hommes détestant les communistes décident de faire de Michele Lopardo, un des leaders du camp adverse, leur cible. Au détour d'une rue sombre, Nino Impallomeni, Titazio Sandri et Lillino Grattuso se ruent sur Lopardo, et provoquent une bagarre malheureusement habituelle. Sauf que Lopardo est armé, et qu'il décide de tirer deux coups en l'air, pour effrayer les assaillants. Mais lorsqu'ils se relèvent, Lillino reste à terre, mortellement blessé par balle. Tout accuse Lopardo, et la police, fière de servir les intérêts fascistes, décide de ne pas poursuivre trop longuement l'investigation. Mais quelques fonctionnaires, intrigués, décident de trouver la vérité sur la mort de Grattuso, malgré l'hostilité d'une grande partie de la population.


A partir de deux faits divers, Andrea Camilleri retrace dans Privé de titre la vie dans cette bourgade insulaire durant les années 20. Le premier de ces faits divers est la mort de Grattuso, dont Camilleri change le nom dans l'ouvrage (comme celui de tous les protagonistes, d'ailleurs). Grattuso, soi-disant mort pour avoir défendu ses opinions devant un ennemi aussi vil qu'un communiste, a payé son engagement au prix fort. Sa mort bénéficie, grâce à l'ambiance propice aux fascistes, d'un hommage qui lui est rendu annuellement, et une rue portera même son nom.


Le second fait divers que relate Camilleri concerne la ville de Mussolinia. Au cours d'un déplacement en Sicile, les responsables locaux ont l'idée de mettre sur pied une ville, là où il n'y a rien qu'une forêt. Mussolini doit, lors de son passage, poser la première pierre. Mais une fois parti, le projet est oublié par tous, sauf par Mussolini qui tente, quelques années plus tard, de savoir où en est la construction de cette cité. Les responsables locaux, pris de cours, sont obligés de recourir à des montages photographiques pour tromper le Duce. Mais lorsqu'il découvre la supercherie, les têtes tombent.


A travers ces deux faits divers, Camilleri décrit la montée du mouvement fasciste en Sicile, sa terre d'origine. Grattuso, tué en pleine rue, est longtemps resté le seul martyr fasciste reconnu de l'île, mais les compléments d'enquête, et l'oubli font que si son statut de martyr est resté, la raison de sa mort a été oublié. Camilleri dépeint également les amitiés dont ont bénéficié les fascistes, que ce soit auprès de policiers ou de journalistes.


Au niveau de la forme, Camilleri utilise bien entendu le récit, entre scènes d'action et description des différents protagonistes. Il y ajoute des documents d'époque, dont on ne sait s'ils sont vrais ou non, mais qui donnent à l'ensemble une tonalité très réaliste : des articles de journaux, tirés de différents titres, ou des rapports de police, des lettres adressées à Mussolini,... Un autre trait caractéristique, et déroutant, concerne le vocabulaire utilisé par Camilleri. Sicilien, il écrit en italien en utilisant beaucoup de termes issu du jargon de sa terre natale, que beaucoup d'italiens ne comprennent pas. Le traducteur (ou la traductrice, je ne sais), Dominique Vittoz, rend compte de cette spécificité en intégrant dans le texte beaucoup de termes lié à un jargon ou à un patois que je connais pas. Ainsi, les verbes apincher, chapoter, quincher et autres sont monnaie courante. Cet aspect est déroutant, donc, mais n'empêche heureusement pas la compréhension globale.


Andrea Camilleri signe donc un joli petit roman, entre policier et historique, où l'on sent l'amour pour la Sicile et sa défiance face à la montée du mouvement fasciste. Un livre court, mais riche et avec beaucoup d'idées de narration différentes et intéressantes.

 

Privé de titre, d'Andrea Camilleri

Traduit de l'italien par Dominique Vittoz

Ed. Le Livre de Poche

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 07:36

http://www.biblioblog.fr/public/images/prix_2010.pngC'est avec quelques jours de retard que j'ai le plaisir de vous annoncer la quatrième édition du prix Biblioblog, pour sa version 2010. L'objectif est de mettre à l'honneur quelques romans francophones parus en 2009 et qui sont passés relativement inaperçus. Pour retrouver la liste des candidats et toutes les informations pratiques concernant le prix, rendez-vous sur biblioblog !

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 22:20

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/71/93/88/19155581.jpgLe dernier film des frères Coen débute par une scène intrigante et qui donne le ton de tout ce qui va suivre : dans la Pologne de la fin du XIXe Siècle, un couple de paysans juifs reçoit à dîner un homme qui a aidé l'homme de la maison sur le route. Sauf que cet homme est un dibbouk, c'est à dire un revenant pour les juifs. L'épouse, persuadée d'avoir face à elle un esprit malveillant, lui plante un couteau en plein cœur, avant que l'hôte ne passe la porte sur ses deux jambes. Générique. 


Ensuite, on découvre la vie de Larry Gopnik, dans les années 1950 : il est américain, père de deux enfants, mathématicien et juif. Alors que sa vie se déroule pour le mieux, entre son pavillon et sa femme, tout autour de lui vacille : sa femme demande le divorce, religieux de surcroît, pour convoler en noces religieusement correctes avec Sy Ableman ; son fils, qui doit faire sa bar-mitsva, est poursuivi par son voisin à qui il doit de l'argent ; son poste à l'université est lié à la décision de la commission de titularisation, au moment où un élève en difficulté essaie d'acheter son diplôme.


Les frères Coen dessinent, avec Larry Gopnik, l'american way of life de la communauté juive dans les années 50. En dépeignant les déboires de la vie de leur héros, tenaillé entre ses incertitudes professionnelles et ses difficultés familiales, ils choisissent vraisemblablement d'évoquer leur propre enfance, tout en conservant l'humour qui est leur marque de fabrique. Si la scène d'entrée donne le ton, avec cette mythologie juive qu'on retrouvera dans tout le film avec notamment les visites de Larry chez les rabbins ou la cérémonie de la bar-mistva, le film est très drôle, en particulier grâce aux deux enfants (et surtout le fils), au voisin d'origine germanique dont le passe-temps favori est d'aller à la chasse avec son fils, ou sa voisine sculpturale qui prend le soleil nue dans son jardin.


Les meilleurs moments sont ceux où Larry est en proie aux cauchemars. D'abord espacés, ils deviennent de plus en plus fréquents, au point qu'on se demande parfois si on se trouve dans la réalité ou dans les méandres de l'esprit de Gopnik. D'ailleurs, Larry est obligé de demander à son frère si la discussion au bord de la piscine a vraiment existé.


A serious man est donc, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, un film très drôle, assez tendre (ce qui est plutôt neuf chez les Coen, il me semble) et avec lequel on passe un agréable moment. Le tout servi par de très bons acteurs, inconnus pour la plupart (dont Michael Stuhlbarg et notamment un presque sosie de George Clooney en plus vieux, c'est troublant). Un bon crû, donc !

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