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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 07:28

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/72/36/08/19215843.jpgMousse et Louis sont jeunes, beaux, il est issu d'une famille riche et ont tout pour être heureux. Problème, ils sont accrocs à l'héroïne, et lors d'une de leurs nombreuses prises, ils font tous deux une overdose. Louis meurt, mais Mousse s'en sort. Elle apprend d'ailleurs à l'occasion de son passage à l'hôpital qu'elle est enceinte. Elle décide de conserver l'enfant, et se retire dans une maison du Pays Basque, prêtée par un de ses ex. Le rejoint sur place le freère de Louis, Paul, jeune homme tendre, qui a une histoire avec l'homme à tout faire de la maison. Surtout, il sera le soutien de Mousse pour mener sa grossesse à terme.


C'est le premier film de Ozon dont je parle ici, alors que c'est un réalisateur que j'aime beaucoup (même si je n'aime pas tous ses films). Le refuge fait partie de ceux que j'aime bien, car il recèle une douceur, une tendresse que je trouve touchante. On ne sait pas grand chose de Mousse, de sa vie, sauf qu'elle en a bavé, et refuse de se faire dicter ses faits et gestes par les personnes extérieures : elle refuse de répondre aux questions et sa décision de garder l'enfant est notamment liée au fait que sa belle-mère lui demande d'avorter.


Dans ce film, Ozon retrouve sa veine dramatique, celle de Sous le sable (merveilleux film) ou Le temps qu'il reste (très bon film également). Le point nouveau, c'est l'optimiste qui sourd de ce film. Alors que dans les deux précédents, la mort ou la disparition étaient au cœur de l'histoire, c'est ici la naissance qui est le centre de l'intrigue. La mort ouvre le film, mais elle s'éclipse devant la vie qui émane des personnages.


La grande découverte de ce film, c'est Louis-Ronan Choisy (acteur mais également compositeur de la musique), qui incarne Paul, le frère homosexuel. Alors que les premières images de lui, lors de l'enterrement de son frère, laissent penser qu'il est un homme dur, sec, on le découvre tendre, timide, plein d'attentions pour Mousse. Son duo avec Isabelle Carré est très réussi, et cette dernière compose avec une grande justesse cette junkie qu'on voit mûrir au fil du film. Juvénile au départ, elle gagne en intensité, en présence au fil des minutes. Mention aussi à Pierre Louis-Calixte, qui incarne le jardinier, compagnon de Paul.


Une belle réussite donc pour ce dernier opus de François Ozon, avec une fin dont je ne dévoilerai rien mais qui laisse bien des horizons ouverts... Un bon moment de cinéma !

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 07:27

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/9/2/6/9782262030629.gifTony Gatlif, cinéaste (Gadjo dilo, Exils) et très intéressé par la question tzigane, a décidé de porter à l'écran le problème de la déportation et du sort fait à cette communauté dans la France occupée. En parallèle du film, il a décidé de publier un roman, qu'il a écrit avec Eric Kannay et qui (du moins je l'imagine) reprend les événements du long métrage.


Zanko, Chavo et Kako, leur mère Puri Daï et les enfants Tatane, Taloche et les autres membres de la communauté sillonnent les routes de France. Comme tous les ans, ils ont décidé de passer l'automne à Saint-Amont, où il seront certainement employés pour les vendanges ou pour faire l'animation musicale des soirées dansantes. Mais l'ambiance à Saint-Amont a changé : si le maire Théodore et l'institutrice Lise Lundi essaient de les aider, d'autres, comme Pentecôte qui les employait jadis, ont radicalement changé de discours maintenant qu'ils font parti la milice. Et Zanko, le plus révolté des tsiganes, ne cesse de voir des présages menaçants pour la communauté, que ce soit le vol des corbeaux ou la grave blessure de Théodore, qui est également vétérinaire. Malheureusement, les évènements semblent lui donner raison.


Tony Gatlif poursuit donc son exploration du monde gitan, qu'il connaît bien puisqu'il en est issu. Mais cette fois, il choisit de faire un film historique sur un épisode peu connu, celui de la déportation des membres de la communauté tzigane. Si on aperçoit les camps d'internement et les conditions de vie dans ces endroits, Gatlif ne se contente pas de cet unique aspect : il montre également comment, dès avant la guerre, les autorités ont tenté de contrôler les mouvements des gitans en les obligeant à pointer dans les mairies où ils souhaitaient s'installer (ce qui n'a d'ailleurs pas changé).


Le thème central de ce roman, fidèle au titre d'ailleurs, est celui de la liberté. De la manière dont les gitans vivent le fait d'être contrôlés, voire d'être contraints de rester au même endroit. Et lorsque, pour diverses raisons, ils se retrouvent propriétaires d'une maison, ils ne cessent d'y voir des mulos (esprits), et continuent à vivre dans leurs roulottes. Constamment, on sent les membres du groupe tiraillés par cette envie de fuir, de retrouver une liberté de mouvement qu'on souhaite leur ôter.


Les personnages de Théodore ou de Lise Lundi sont ici ceux qui incarnent l'aide extérieure, et par lesquels Gatlif dépeint rapidement le travail de la résistance. Surtout, le point très intéressant est qu'il fait bien le partage entre la Gestapo (soldats allemands) et la milice (citoyens français), qui se concertent pour mener à bien leur politique de répression.


Roman plaisant, de lecture facile et pleins de rebondissements, je pense qu'il sera tout à fait adéquat pourmasse-critique-babelio.jpg des élèves de fin de collège, qui ont une idée de ce qu'est la déportation, et qui pourraient ainsi découvrir la vie de cette communauté. 

Le film est en salle depuis mercredi 24 février. 

 

Liberté, de Tony Gatlif et Eric Kannay

Ed. Perrin

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 07:33

Quelle expérience vécue avec Un tramway au théâtre de l'Odéon ! Je crois que j'y ai trouvé tout ce que je redoutais dans le théâtre quand je ne connaissais pas cet art : une réécriture pas forcément justifiée de l'oeuvre de Tennesse Williams, un propos inaudible, une mise en scène pompeuse et un jeu d'acteur presque absent. Heureusement qu'il y a Isabelle Huppert (pour qui j'ai voulu voir le spectacle) et Yann Collette, qui apportent un petit moment de passion dans cette longue pièce, avec une danse, seul instant où on s'intéresse à ce qui est dit, et où j'ai eu envie de voir la scène durer.


Je ne vais pas citer tout ce qui m'a laissé perplexe, voire déplu, car ce serait une longue litanie, mais il y a quelques points, tout de même, que je ne peux passer sous silence. Tout d'abord le jeu des acteurs. Stanley Kowalski, immortalisé à l'écran par Marlon Brando, est ici incarné par Andrzej Chyra, acteur qui a la sensualité et la bestialité d'un marshmallow. Il passe pour violent, mais jamais on ne sent l'homme pour qui Blanche (Isabelle Huppert) va voir un désir grandir, au point de devenir incontrôlable. Même chose pour Stella (Florence Thomassin), soeur de Blanche et femme de Stanley, qui est battue, enceinte, et qui a un manque de charisme assez incompréhensible. Et puis il y a cet acteur à l'accent espagnol qui ne fait que montrer sa bouche à la caméra.


Ensuite, il y a ce choix, que je ne comprendrai jamais au théâtre, de faire jouer les acteurs avec des micros. Autant cela peut éventuellement se justifier quand les acteurs parlent depuis la salle de bains implantée dans un couloir transparent qui fait penser aux couloirs d'embarquement des aéroports, autant, quand les acteurs sont en avant-scène, ce choix s'avère ridicule. Ah si ! Les micros sont nécessaires, car tout au long de la pièce, le spectateur se voit infliger une musique de fond qu'il faut bien que les acteurs couvrent.


Enfin, je crois que ce qui me sidère le plus, c'est ce recours à Un tramway nommé désir pour arriver à une pièce qui, certes, en respecte les passages narratifs, mais ne dit plus rien, ni sur l'époque où la pièce a été écrite, ni sur la nôtre. Warlikowski intègre, en plus, des textes classiques ou récents, allant de Platon à Oscar Wilde, en passant par Flaubert ou Coluche (je ne les ai pas tous reconnus, ils sont indiqués dans le programme), dont on se demande souvent ce qu'ils viennent faire là. Même chose pour les chansons, interprétées au beau milieu de la pièce à plusieurs reprises. Et je crois que le comble du grotesque est atteint au bout de 2h30 (trop longues heures), lorsque défile sous les yeux des spectateurs l'histoire de Tancrède, projetée en fond de scène, pendant que la chanteuse chante les paroles dans une langue inconnue.


Je suis assez rarement déçu au théâtre, mais cette version de Un tramway dépasse tout ce que j'ai pu voir jusque là : une mise en scène lourdingue, une pièce remplie d'intertextualité et de signifiants littéraires (c'est tellement chic), qui m'a laissé complétement à côté. Heureusement, il y avait Huppert et Collette pour aider à passer le temps (mais que ce fut laborieux !)

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:34

http://editionsflammarion.flammarion.com/docs/albums/35059/9782081217744_cm.jpgIphicrate et Arlequin, après le naufrage de leur navire, échouent sur l'île des esclaves. Cette île, sur laquelle vivent des anciens habitants d'Athènes, est connue pour être un endroit de subversion : les maîtres sont chatiés, et leurs serviteurs ont le pouvoir. Trivelin, l'homme-orchestre de cette communauté, accueille les nouveaux arrivants, et leur explique les règles : Arlequin devient le maître d'Iphicrate, et ils échangent leurs habits. De la même manière, le couple féminin Euphrosine-Cléanthis voit les rôles s'inverser. Mais le jeu ne durera que peu de temps, les valets n'étant pas assez méchants pour faire subir à leurs anciens maîtres ce qu'ils ont eux-mêmes subis.


Dans cette courte pièce (un acte, onze scènes), Marivaux met en jeu deux notions très présentes dans son théâtre. La première est celle du changement de position sociale. Ici, ce n'est pas une intrigue amoureuse qui en est à l'origine, mais la volonté de Trivelin de montrer aux maîtres la souffrance qu'ils font endurer à leurs serviteurs. En les confrontant, de plus, à un exposé de l'ensemble des griefs que leur font Arlequin et Cléanthis, il leur fait vivre une humiliation publique, où ils doivent assumer leurs minauderies, leurs caprices,... L'intrigue amoureuse n'est pour autant pas absente, puisque Trivelin décide que chaque maître doit tomber amoureux du serviteur de l'autre. On y sent la volonté de rompre les codes sociaux et les conventions, mais cette transgression ne fonctionne pas, chacun retrouvant finalement sa position initiale.


L'autre trait prégnant dans cette pièce est le lieu dans laquelle elle se déroule. Une île, où les positions sociales ont changé, une utopie sociale. On retrouve un peu ce thème dans La dispute, dans laquelle l'intrigue prend place dans un monde où les hommes sont séparés des femmes.


Mais ce qui est troublant chez Marivaux, c'est que son intuition, celle des rapports de force entre classes sociales (allez, soyons un peu anachronique) ne soit pas menée jusqu'au bout. On y sent la souffrance des valets, mais ils ont comme intériorisé leur situation, ce qui fait qu'au final, ils reprennent sans déplaisir leur statut initial. Bien entendu, l'intrigue de Trivelin n'est pas vaine, puisque les maîtres décident d'être plus doux envers leurs serviteurs. Mais la transgression reste limitée à la partie jouée, ce qu'assume totalement Trivelin, double de l'auteur, puisqu'il s'adresse à plusieurs reprises aux maîtres en leur expliquant que cette situation est transitoire.


Courte pièce, donc, mais qui permet se plonger avec plaisir dans l'oeuvre de Marivaux, dans laquelle il jongle avec courtes répliques et tirades plus construites, qui permettent notamment aux valets de faire parthttp://img.over-blog.com/300x116/2/99/28/34/divers/defi_classique.jpg de leurs griefs. Héritier du théâtre italien (présence d'Arlequin) et du théâtre français (pour les aspects plus dramatiques), Marivaux arrive à combiner avec beaucoup de facilité les deux écoles.

 

L'île des esclaves, de Marivaux

Ed. Flammarion - GF

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 19:00

http://www.biblioblog.fr/public/images/2010-01-06/vies-de-luka.jpg[Billet déjà paru sur Biblioblog] C'est toujours surprenant de découvrir un auteur d'abord connu pour ses romans via un autre biais. En l'occurrence, c'est par un roman-CD écrit avec Florent Marchet, Frère animal, que j'ai découvert Arnaud Cathrine. Et comme cette première approche fut bonne, c'était un bon prétexte pour se plonger dans un roman de Cathrine.


Luka habite à Liverpool, avec sa mère et son frère, Darl. A 17 ans, elle rêve de quitter cette ville, dont elle sent qu'elle ne pourra pas assouvir ses espoirs, notamment celui de devenir une pianiste reconnue. A cela s'ajoute son envie de ne plus voir Neal, son oncle, qui est régulièrement à la maison. Lorsqu'elle rencontre Jude, qui ne rêve que de partir pour Londres, elle sent que ses espoirs vont enfin se concrétiser. Mais l'attraction du quartier dans lequel elle a toujours vécu, et la maladie de sa mère qui l'oblige travailler, éloignent de plus en plus Londres de l'horizon proche de Luka.


Luka est jeune, lucide et pragmatique. Liverpool ne la satisfait plus, de même que les relations qu'elle a avec son frère ou ses amis. Pour elle, Londres et Jude sont l'avenir, les territoires inconnus vers lesquels elle désire à tout prix se rendre. De Jude, elle en parle autour d'elle, à sa mère, à ses amis, mais ils ne le voient jamais. Ils savent qu'il est serveur dans un pub, qu'il s'apprête à partir pour Londres, mais pas plus.


Cette envie de partir, personne ne la comprend vraiment, hormis Jude et sa professeur de piano, qui devient une très proche de la famille suite à l'accident de la mère. Les autres tentent de la retenir, de lui montrer qu'elle ne peut vivre que dans le cadre restreint de son quartier, de ses connaissances, et les problèmes de voisinage ne sont pour eux que des désagréments mineurs.


Les vies de Luka, ce sont celles qu'elle mène, d'abord chez elle, puis comme employée à la morgue, où elle s'occupe du nettoyage des locaux. C'est également la vie imaginaire qu'elle rêve aux côtés de Jude, à Londres ou comme pianiste renommée, une vie qu'elle pressent possible mais qui ne veut pas s'offrir à elle.


Ce n'est pas un roman à sensations ni péripéties, les décors sont plutôt sombres et tristes et l'intrigue met parfois mal à l'aise, comme lorsqu'on découvre la première relation sexuelle de Luka avec un garçon du quartier, pas enthousiasmante. Mais Arnaud Cathrine n'en rajoute pas dans le glauque. Malgré l'horizon bouché de son héroïne, son écriture laisse transparaître une gaieté, une luminosité, notamment via Luka, qui tranche avec le quotidien des protagonistes. Roman en partie triste et réaliste, sur le désarroi de jeunes adultes et leur attachement parfois involontaire aux lieux où ils ont grandi, en partie optimiste, sur la volonté de s'en sortir, Les vies de Luka est un très joli mélange entre style et intrigue a priori contradictoires, et permet, en quelques pages, de dessiner des héros poignants et forts.

 

Les vies de Luka, d'Arnaud Cathrine

Ed. Verticales

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 19:50

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/70/33/90/19223389.jpgBon, j'avoue, j'ai eu un faible, il y a quelques années, pour Le peuple migrateur, de Jacques Perrin. Loin d'être un amateur de volatiles (je baisse toujours la tête lorsque des pigeons s'envolent), j'avais beaucoup aimé ce documentaire, au plus près des oiseaux et qui permettait de découvrir des espèces insoupçonnées.


Alors, avec la sortie d'Ωcéans, je me suis dit qu'il serait bon de tenter de nouveau l'expérience. Et effectivement, j'ai plutôt bien fait, car cette plongée dans le monde sous-marin fournit des moments assez passionnants, et de forts belles images. Rien que la scène, avec cette mer déchaînée et violente, est saisissante. Et le premier animal que l'on aperçoit est digne des plus inquiétantes espèces préhistoriques. Par la suite, les plongées auprès des cétacés (baleines et autres, je ne saurai les distinguer) sont impressionnantes, tout comme celles avec les requins. Je trouve d'ailleurs dommage, en fin de film, de montrer la cuisine et la manière dont ont été tournées les images, mais ce n'est qu'une remarque mineure. Car le reste de la mise en scène est très réussi, comme la scène du massacre des requins dont on retire la queue et les ailerons avant de les rejeter à l'eau.


Deux scènes marquantes dans ce film : la première est cette attaque en piquée des oiseaux qui cherchent à capturer les poissons. Tels des kamikazes, en moins suicidaires (ce qui, je l'accorde, ne fait plus très kamikazes), ils fondent sur leur proie, et leur regard perdu, sous l'eau, est très bien saisi. L'autre scène est ce combat des crabes. Deux meutes s'embrochent, et un panoramique montre le nombre époustouflant de crabes qui se font la guerre. On se serait cru dans les grandes scènes du Seigneur des anneaux. Et bien sûr, on découvre des espèces, le mode de vie de ces bestioles, et j'ai eu un faible pour les otaries, animaux bien paresseux sur la plage, mais qui doivent sauver leur peau face aux orques.


Mais, car il y a plusieurs mais (je suis d'esprit critique, en ce moment), deux éléments m'ont gêné (je les signale car je ne les avais pas senti dans Le peuple migrateur).


Dès le générique, il y a cette ribambelle de logos d'entreprises toutes plus écologiques les unes que les autres (Fondation Total, Véolia environnement, pour les plus emblémantiques, et celles qui étaient absentes des films précédents), qui me trouble beaucoup. D'accord, elles ont financé le film, mais quel intérêt de les mettre au générique, où l'exposition est maximale.


Et puis il y a la voix off. Jacques Perrin se donne un alter ego, en l'occurrence son petit-fils (cela saute d'ailleurs aux yeux), à qui il raconte l'histoire des océans. Si la dernière scène de mise en abime est très réussie, si même la scène dans le musée peut se justifier, j'avoue que le commentaire m'a d'abord paru inutile puis au fur et à mesure du film lénifiant. Oui, bien entendu, l'homme est à l'origine de la pollution des océans, mais quand on voit un caddie au fond de l'eau, je pense que le spectateur est assez intelligent pour se faire sa propre idée. De plus, j'ai trouvé que les commentaires, qui ouvraient une séquence, étaient superflus : oui, il est difficile de voir dans l'océan car il y fait noir, oui, certaines mers ont été explorées tardivement (et encore, pas forcément pour tout le monde). Bref, j'ai trouvé cette option injustifiée, hormis pour mâcher le travail au spectateur et entrer dans un moule écologique à la mode, que les grandes entreprises ont tout intérêt à promouvoir, car elles savent où sont leurs intérêts. L'idée de Jacques Perrin de montrer le règne animal est ici subverti par des financiers qui en ont fait un film à la mode.


Alors, Ωcéans n'est pas un mauvais film, le travail fourni par les équipes techniques est considérable et impressionnant et les images superbes, mais cette récupération me dérange, profondément. Car ce qui faisait le charme du peuple migrateur (pas de commentaire, si je me souviens bien) disparaît ici sous la coupe des financiers. Même si je m'en doutais un peu, j'en ai malheureusement eu la confirmation.

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 21:45

http://www.theatre71.com/IMG/artoff49.jpgLittoral est la première pièce de la quadrilogie de Wajdi Mouawad, jouée notamment en intégrale cet été à Avignon. Alors que la dernière pièce de l'épopée, Ciels, sera prochainement présentée à Paris, à l'Odéon, le théâtre 71, dont Mouawad est un fidèle, propose de voir cette pièce qui est à l'origine de la suite.


Wilfrid habite au Canada. Alors qu'il est en plein ébat amoureux, il reçoit un coup de fil qui lui annonce la mort de son père. Encombré par ce cadavre dont il ne sait que faire, par le passé de son père qu'il découvre à l'aide de sa belle-famille, il décide de se rendre au Liban pour l'enterrer dans la terre d'où il est originaire. En arrivant dans ce pays, il réalise que cet enterrement sera tout sauf trivial, et il affronte ce pays qu'il ne connait pas vraiment, mais dont la dépouille de son père ne cesse de lui parler.


Littoral a beaucoup de qualités, notamment dans sa première partie. L'histoire de ce jeune homme qui doit affronter la mort de son père, qui réalise l'identification du corps et qui doit affronter sa belle-famille qui n'a jamais accepté le mari de leur soeur est presque banale. Mais Mouawad introduit une part fantastique et humoristique tout à fait bienvenue. En modifiant les angles de narration (par une équipe de tournage sur un plateau de cinéma, par le chevalier arthurien Guiromelan qui surgit de l'enfance de Wilfrid pour l'aider à affronter cette épreuve), en osant des passages qui peuvent être dérangeants, comme le constant rappel de son coït au moment du coup de fil annonciateur de mauvaise nouvelle, Mouawad rend ce récit très vivant. Même s'il abuse un poil de la peinture (mais moins que dans Seuls), notamment dans la scène d'ouverture où je ne la trouve pas justifiée, cette confrontation à la mort du père et à la terre originelle est assez prenante. On pourra reprocher à Mouawad de toujours traiter les mêmes thèmes, mais ce n'est pas sur celle-ci que je le ferai, puisque c'est chronologiquement la première. Le début est également servi par un très bon acteur, Emmanuel Schwartz, qui incarne Wilfrid. Face à lui, on trouve souvent Lahcen Razzougui, également impressionnant.


Malheureusement, l'arrivée au Liban marque une rupture dans le récit, qui n'est pas à l'avantage de la pièce. Le Liban, c'est la terre dans laquelle il faut enterrer le père. Mais comme les libanais défendent leur terre, et qu'il n'est pas question d'enterrer le cadavre n'importe où, Wilfrid décide de gagner le littoral, pour "emmerer" son père. Il fait donc des rencontres, plus ou moins intéressantes, souvent artificielles et dont on sent qu'elles sont là pour délivrer un message trop explicite. Les deux collègues qui se reconnaissent à leur rire sont le symbole de ce manque d'originalité, leur mode d'expression produisant à la longue un certain agacement. Heureusement, il reste quelques images fortes et bien trouvées, comme celle de ce père qui se débat dans cette mer figurée pour parler une dernière fois à son fils. Mais la fin est d'un didactisme excessif, qui tue un peu le propos.


Après le cinéma, voici donc mon deuxième effet Gainsbourg en très peu de temps : une pièce qui débute très bien, inventive, intéressante, mais qui tombe dans se deuxième partie dans des travers dommageables. Mais que cela ne vous empêche pas de vous faire votre idée, car la première heure est vraiment très réussie !


Sinon, plutôt que Seuls où Mouawad était seul en en scène (vous auriez pu le deviner), je vous conseille vivement Forêts, troisième volet de la quadrilogie. Cela dure quatre heures, mais c'est un vrai plaisir, tant cette pièce est passionnante !

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 15:39

http://www.lexpress.fr/images/jaquettes/28/9782070776528.gifDes derniers jours de Staline, en 1953, à la catastrophe sous-marine de l'Oskar au début des années 2000, en passant par un détour en RDA, Marc Dugain fait voyager le lecteur dans ce monde communiste et post-communiste en profonde mutation. Chaque période donne lieu à une partie distincte dans le roman. Celui-ci débute avec la rencontre entre Staline, mourrant et qui vient de renvoyer ses médecins juifs, et une jeune magnétiseuse. Le hic, c'est que Staline souhaite garder ces entrevues secrètes, et n'hésite donc pas à faire peur à la jeune femme. Plus tard, on rencontre deux hauts-gradés du régime dans la RDA, qui pressentent que le monde qu'ils connaissent ne durera plus longtemps. Enfin, la dernière partie emmène le lecteur sur les bords de la Mer de Barents, où vivent les marins travaillant à bord des sous-marins nucléaires.

Ma lecture de ce roman a été assez laborieuse, et pour plusieurs raisons. Alors que le thème avait de quoi m'intéresser (j'aime assez ce qui touche au monde slave), je n'ai jamais été emmené dans cette histoire. Le plus gros souci est un problème d'homogénéité et d'unité. En présentant ces différents périodes, qui traitent chacune de moments très divers dans l'histoire de l'URSS / Russie, Marc Dugain essaie de dresser un large panorama de ce pays, dans lequel le mensonge, la soumission à l'autorité étatique est toujours prégnante et amène les citoyens soit vers la maladie soit vers la mort. Malheureusement, l'impression que cela donne est celle d'un assemblage d'épisodes, sans lien fort entre eux. Alors, Marc Dugain tente de dresser ce lien, avec des relations familiales entre les protagonistes présents à l'époque stalinienne et à l'époque russe, mais cela reste artificiel. D'autant qu'il ajoute à cela une sorte de mystère pas très passionnant, dans lequel le lecteur se demande si ce qu'il ne saisit pas est une volonté de l'auteur ou un manque de vigilance de sa part.

En fait, chaque partie, en particulier la première (actuellement adaptée au cinéma) et la dernière, sur le sous-marin, sont intéressantes, et aurait mérité chacune un développement plus important. Mais on reste sur des impressions assez fugitives, notamment concernant Staline dont l'histoire avec la magnétiseuse est évacuée en une centaine de courtes pages.

A cette intrigue pas très claire s'ajoute un style que j'ai parfois trouvé ampoulé (en témoigne cette nuit qui n'est plus ni noire ni profonde, mais « carbonifère » !), et je ressors dans de cette lecture très mitigé, voire largement déçu. Enfin, c'est la vie, ma bonne dame, et on va tenter de se relancer
!

 

Une exécution ordinaire, de Marc Dugain

Ed. Folio

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 10:22

http://www.viviane-hamy.fr/gen-thumbailnews.asp?Photo=images/couvertures/o-7-1.jpg&tx=180&ty=288Géo, médecin au Havre, tient des permanences où il reçoit des marins. Il vit avec Célestine, et s'installe dans un nouvel appartement. Mais rapidement, ils sont gênés par le bruit tonitruant qui vient de l'appartement du dessous. Ce bruit, c'est de la musique de bal, celle que Mr Emile adore se passer en boucle. Géo essaie d'en savoir plus sur son voisin, mais celui-ci semble se dérober à sa vue. Et le jour où Mr Emile surprend Géo chez lui, ce dernier est obligé de s'enfermer dans un mensonge : il annonce à son voisin qu'il est intrigué car il mène une thèse sur le bal à travers les siècles. Ce mensonge entraîne Géo vers des horizons qu'il ne connaît pas, et il découvre la vraie nature de son voisin.


Vacarme dans la salle de bal, paru en 1998, est le premier roman de François Vallejo, auteur aujourd'hui reconnu. Si on n'y trouve pas encore les effets de style qui caractérisent aujourd'hui son écriture, il est déjà possible de noter dans cet ouvrage une intrigue tout à fait palpitante, et qui frise l'absurde. Le point de départ, des nuisances sonores de la part d'un voisin, est banal, mais entraine rapidement Géo et son épouse dans un monde qui leur est inconnu. Ils font la connaissance de Mr Emile, envers lequel ils ont d'ailleurs des jugements assez différents. Si Célestine fait preuve de beaucoup d'indulgence, Géo cherche lui à découvrir le secret de ce danseur invétéré et boîteux.


En voulant entrer dans son univers, il met d'ailleurs le pied dans un monde qu'il ne soupçonnait pas, que les apparences et les préjugés lui cachaient. Celui de ces hommes qui, comme Emile, font la queue devant les boulangeries pour ramasser les invendus (ce qui donne lieu à une magnifique scène nocturne dans les rues désertes, ou presque, du Havre). Celui de cet homme, qui malgré son physique ingrat, fut un danseur réputé, et qui se laisse encore dévorer par sa passion dans les salles de bal où il met les pieds.


Vacarme dans la salle de bal est un très bon roman, touchant et intrigant, mais surtout humain. Une très belle œuvre de François Vallejo, qui mérite vraiment d'être découverte (mais qui n'a malheureusement pas bénéficié de sortie en poche ! Hélas ! Viviane Hamy, si tu passes par ici...) (Je corrige : il est sorti au Livre de Poche l'an dernier ! Pardon, Viviane Hamy !!!)

Autres romans de François Vallejo : GroomOuest, L'incendie du Chiado

 

Vacarme dans la salle de bal, de François Vallejo

Ed. Viviane Hamy

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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 17:17

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/66/71/47/19189713.jpgIl est des oeuvres dont on sort frustré. Frustré, parce qu'on a l'impression d'être passé à côté, ou que l'auteur a manqué son sujet. Frustré, car on se faisait une montagne d'un film qui finalement n'est qu'une petite historiette joliment illustrée. Et puis, il y a la frustration à la Gainsbourg, celle dont on se dit que le réalisateur a frôlé une oeuvre forte, touchante, magnifique, et qui malheureusement manque un peu de distance.


Car Joann Sfar, avec sa biographie romancée et imaginaire de Gainsbourg, n'est pas passé loin du coup parfait. Sur un sujet attendu et assez glissant, et dont je n'attendais personnellement pas grand chose, n'étant pas un connaisseur ni un grand adepte de Serge, il parvient à éviter, pendant une heure, tous les clichés, et à y mettre sa patte. Les images de Lucien enfant, qui va chercher son étoile juive ou qui apprend le piano sous le regard inquiétant de son père, amènent une touche de naïveté, vite démentie par la suite. Les parents occupent d'ailleurs un place de choix tout au long du film. Surtout, le parti-pris de Sfar, de faire de cette évocation de la vie de l'artiste une interprétation toute personnelle, est l'idée forte du film. Que ce soit le juif aux quatre mains et quatre pieds qui poursuit le petit Lucien jusque dans son lit, ou son grand double qui prend feu avec les dessins de jeunesse de l'artiste, les personnages inventés par Sfar apportent une dimension qui rend la vie de Gainsbourg plus vraie, plus riche. Eric Elmosnino, magnifique dans ce rôle, trouve alors un personnage qui lui répond, qui lui tient tête.


La première partie du film vaut également pour son évocation, certainement fantasmée, du Paris des années 60. Boris Vian (Philippe Katherine chantant Je bois, irrésistible) découvre le talent de Lucien Ginsburg, et les frères Jacques, qui dorment dans tous les endroits improbables, mettent en musique les textes du jeune auteur. On y croise Juliette Gréco (Anna Mouglalis, fade) et les femmes qui occuperont la vie sexuelle du chanteur. La relation avec Bardot (Lætitia Casta, très bien) est génialement dépeinte, avec ce qu'il faut d'outrance pour faire revivre le mythe. Un début merveilleux, et on se dit au bout d'une heure qu'on voit peut-être le premier très très bon film de l'année.


Et patatras ! Tout cela est évacué. Le double de Gainbourg disparaît, certainement avalé par le chanteur, qui se retrouve du coup assez seul. On assiste, ensuite, à une mise en image des épisodes marquants de la vie de Gainsbourg : sa relation avec Birkin puis Bambou, son hospitalisation après qu'il ait failli y passer. Je crois que le comble de la reproduction convenue est cette scène de concert où il chante La marseillaise, alors que le concert est annulé en raison de la présence de nationalistes peu sympathiques aux alentours. Bref, une fin (longue) en eau de poison (ou queue de boudin), qui ferait presque oublier ce magnifique début de film. Heureusement, le meilleur reste en mémoire. Vraiment dommage, car on sent que Joann Sfar en a encore sous le pied.


Je dois tout de même lui rendre hommage, car j'ai réalisé que le titre de Gainsbourg, Initials B.B, est une reprise de la mélodie du 1er mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde, de Dvorak. Tout cela est d'ailleurs amené très subtilement, comme l'ensemble des chansons qui sont parfois juste évoquées pour éviter le catalogue. Rhâââ ! C'est vraiment rageant, car il ne manque vraiment pas grand chose pour en faire un grand film ! Mais je vous invite vraiment à voir ce très bon film (excellent dans sa première partie !)

 

L'avis de Pascale


Autre ouvrage de Joann Sfar : Le petit Prince

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