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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 19:30

En cette année du cinquantenaire de la mort d'Albert Camus, son travail de romancier et de philosophe a été beaucoup évoqué. Son oeuvre dramatique a été moins commentée. L'occasion a été donnée de s'y attarder grâce à Stanislas Nordey, qui a monté une nouvelle version des Justes.

 

Moscou, début du XXeme Siècle. Dans un appartement, quatre hommes et une femme discutent de l'attentat qu'ils vont commettre contre le grand-duc Serge. Leur première tentative échoue, et révèle toutes les différences d'appréciation qu'ils ont de leur rôle. Stepan, qui sort de prison, est prêt à tout faire pour mener à bien la lutte, alors que ceux qui l'entourent ne peuvent s'empêcher de s'interroger sur le bien-fondé de leur action.


L'élément primordial de la pièce est le magnifique texte de Camus, que je ne connaissais pas. Au travers des cinq personnages principaux, il parvient à confronter toutes les attitudes qui peuvent exister dans un groupe qui est passé à la lutte terroriste. La question de la légitimité et de la justice de l'action taraude Boria, Yanek et Dora. Ce dilemme est encore accru lorsque Yanek renonce une première fois, car dans le carrosse du grand-duc se trouvaient des enfants, qui ne méritent pas, selon lui, de mourir au cours de cet attentat. Opinion que ne partage pas du tout Stepan. La pièce permet également de remettre à jour la réflexion sur la distinction entre crime commun et crime politique, qui a ici pour objectif de renverser un régime honni pour servir la cause du peuple. Peuple qu'on ne voit pas ou peu, et qui par la voix de Foka, prisonnier de droit commun et bourreau, est loin de soutenir ceux qui agissent pour lui.


Les justes est une pièce dense, riche, et très cohérente dans le parcours de Camus, qui fut résistant et journaliste à Combat. A partir d'un fait réel (l'attentat contre le grand-duc Serge), il imagine les discussions dans ce groupe dont les membres ont un objectif commun, mais des manières différentes de vouloir y arriver.


La mise en scène de Stanislas Nordey peut paraître déroutante, mais elle m'a assez convaincu. Alors qu'on imagine une effervescence certaine dans ce groupe sur le point de passer à l'acte, les personnages adoptent des attitudes très éloignées du réalisme, et tout en retenue. Les acteurs ne se regardent ni ne se touchent, et parlent le plus souvent face au public. De prime abord déconcertant, ce parti-pris est conjugué à un jeu de déplacement qui rend cela plus vivant qu'on peut le penser. Mais, visiblement, certains s'ennuient, puisque des sièges se vident au cours de la pièce.


J'ai également trouvé la distribution très bonne, avec un vrai enthousiasme pour la rapide apparition de Raoul Fernandez en Foka, prisonnier et bourreau qui a accepté cette charge pour réduire sa peine. Parmi les cinq personnages principaux, il est difficile d'en sortir un du lot, car Frédéric Leydgens, Vincent Dissez ou Wadji Mouawad (acteur ici, après avoir fait jouer dans Ciels Nordey, le metteur en scène de ce spectacle) tirent leur épingle du jeu que leur a demandé le metteur en scène. La bonne surprise du spectacle, c'est Emmanuel Béart, qui incarne Dora. Loin de tout dispositif huppertien concentrant l'attention sur sa personne (Mon Dieu, cette phrase me fait mal, tellement j'apprécie Huppert), elle s'inscrit avec beaucoup de naturel et de facilité dans la troupe. Et son apparition dans une pièce qui questionne l'engagement et la prise de position est tout à fait cohérente avec son parcours (Souvenez-vous de son soutien aux sans-papiers de l'église Saint-Bernard, qui ne date pas d'hier !).


Les réactions par rapport à ce spectacle sont mitigées, mais j'ai été assez séduit par le dispositif mis en place. Seul le passage avec l'intervention de la grande-duchesse (Véronique Nordey, avec un micro !!!) m'a quelque peu sorti de la pièce, mais dans l'ensemble, j'ai passé une bonne soirée et surtout découvert un magnifique texte.


Les avis des trois coups, le bon et le moins bon.

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 07:51

[billet déjà paru sur Biblioblog] Heureusement que certaines maisons d'édition font des rééditions de titres anciens, car sans cela, beaucoup de références seraient perdues (et malgré cela, beaucoup se perdent). C'est grâce à une réédition que j'ai eu l'occasion de découvrir l'adaptation par Golo d'un roman d'Albert Cossery, Mendiants et orgueilleux.


Cette bande dessinée emmène le lecteur dans les rues du Caire, celui des mendiants, des pauvres qui n'ont pas forcément un toit pour se loger. C'est aussi la ville des maisons closes, dans lesquelles ont fait la rencontre de Set Amina et de ses filles, en particulier Arnaba qui aura un destin funeste. Dans ces rues étroites, où la foule se presse, on suit plus particulièrement trois individus. Le premier rencontré est Gohar, vieillard au bonnet rouge constamment vissé sur la tête et accroc au haschich. Il fait des cauchemars qui le plongent dans une Egypte fantasmagorique, où il manque se noyer. Le second est Yeghen, le fournisseur de Gohar. Homme au physique ingrat, il tente d'apporter à ses clients la plénitude via la drogue. Le troisième de la bande est El Kordi, jeune homme idéaliste, bien habillé, aux rêves de révolution.

 

Tous ces personnages se trouvent au cœur une enquête policière, qui n'est finalement qu'un prétexte qu'utilise Cossery pour dépeindre les habitants pauvres du Caire. C'est également l'occasion de faire connaissance avec un officier autoritaire qui a du mal à assumer son attirance pour les hommes. Il est de fait obligé de donner rendez-vous à ses amants dans de petites boutiques au fin fond de quartiers sordides pour être sûr de ne pas être reconnu.


Autour des principaux protagonistes, on découvre encore un homme tronc victime des violences de sa femme jalouse, ou la tenancière de la maison close qui fait tout pour que son commerce reprenne. Une galerie de personnages tous plus étranges les uns que les autres, dont les intentions se découvrent petit à petit et que le lecteur a envie de suivre. L'intention de Cossery, outre celle de décrire cette ville, est également de mettre en avant cette partie de la population souvent décriée, mais qui a des raisons pour vivre de la façon dont elle le fait.

 

Le dessin de Golo rend un hommage intéressant à cette vie des quartiers populaires, plein des bruits des tramways ou des boutiques. On y ressent l'influence d'autres dessinateurs, comme à travers le personnage de Yeghen qui évoque ceux de Tardi dans Adèle Blanc-Sec, ou celle d'Hergé par le biais de cet policier infiltré à la moustache pareille à celle de Dupont (oui, le frère de l'autre), et qui est aussi efficace que son illustre modèle. Une jolie évocation des milieux pauvres de cette ville du Caire, ville d'origine d'Albert Cossery avant son arrivée à Paris, et dans laquelle a décidé de s'installer Golo, né pour sa part en France. Un carrefour qui a permis à un auteur et à un dessinateur de se rencontrer, pour un fort joli résultat.

 

Mendiants et orgueilleux, de Golo, d'après Albert Cossery

Ed. Futuropolis

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 07:45

Dans les beaux quartiers de Paris, deux musées très proches géographiquement offrent chacun une exposition consacrée à la mort, mais avec des approches très différentes. Alors qu'au musée d'Orsay, le visiteur découvre comment le crime et son châtiment ont été abordés lors des deux derniers siècles, le musée Maillol ouvre ses portes aux vanités, noms de ces oeuvres qui mettent en scène des squelettes, crânes, ossements, bref, tout ce qui a trait à la mort et à sa représentation. Deux approches différentes, mais en un sens très complémentaires.

 

A Orsay, l'esposition dirigée par Robert Badinter et mise en espace par Jean Clair promène le spectateur du crime fondateur, celui d'Abel par Caïn, aux châtiments les plus imaginatifs, avec la reproduction d'un engin décrit par Kafka dans La colonie pénitentiaire. Le parcours emmène le visiteur découvrir des oeuvres classiques (Géricault, très marqué par la mort, ou Goya) comme modernes (Picasso) où des reproductions de journaux de la Belle-Epoque n'hésitant pas à mettre en image les plus violents faits-divers.

 

Plusieurs passages m'ont particulièrement marqués. Le premier est le couloir d'entrée de l'exposition, avec au fond cette guillotine drapeé d'un voile noire qui indique l'entrée dans la salle traitant de la Révolution (différentes représentations de Charlotte Corday assassinant Marat, assassinat de Peletier de Saint-Fargeau,...).  Le second est la salle montrant les prisons de la fin du XIXeme Siècle, de Courbet à Sainte-Pélagie aux photos de la prison de Saint-Lazare, sans oublier le panoptique de Bentham. Le dernier point est ce qui concerne l'aspect scientifique du crime. Avant le recours à la police scientifique au début du XXeme Siècle, de prétendus savants ont tenté de découvrir les marques d'une violence à venir en étudiant les bosses et cavités de la boîte cranienne. L'exposition de différentes modèles est assez troulante. Voilà donc une belle exposition, bien dimensionnée même si il faut parfois jongler avec les autres visiteurs tellement il y a de monde.

 

Un peu en retrait de la Seine, le musée Maillol accueille lui des oeuvres contemporaines, classiques et antiques qui ont toutes pour objet la représentation de la mort, via la mise en scène des crânes. Le leitmotiv de cette exposition : Memento mori, ou Souviens-toi que tu vas mourir. On découvre donc des oeuvres ambitieuses, dérangeantes, troublantes mettant en scène le squelette et divers ossements. Ainsi, Annette Messager représente un crâne avec des mitaines dont les doigts sont remplacés par des crayons. On découvre les oeuvres de Damian Hirst, avec le crâne en diamant, mais aussi un crâne en mouche. On découvre également un cabinet de curiosités, avec une jolie collection de cannes dont les pommeaux représentent des scènes funèbres, un crâne de Mickey ou des performances dans lesquelles l'artiste y met de sa personne.

 

Puis on remonte le temps, avec le XIXeme Siècle, avec Cézanne, Buffet ou Nadar, puis on découvre des oeuvres plus anciennes, notamment les scènes de Saint-François par Le Caravage, De La Tour et Zurbaran. Le clou du spectacle étant cette mosaïque de Pompeï qui représente déjà ce thème qui a énormèment inspiré les artsites.

 

Une exposition passionnante, qui mêle contemporains (Basquiat, Niki de Saint-Phalle,...), modernes (Picasso) et classiques. Un prix un peu élevé (11 euros l'entrée, auxquels il faut ajouter l'audioguide, très bien fait et presque indispensable), mais une bien belle exposition, qui confirme la fascination de l'être humain pour la mort et sa venue.

 

Crime et châtiment, Musée d'Orsay, jusqu'au 27 juin 2010 (Attention, il y a du monde)

C'est la vie ! Vanités, Musée Maillol, jusqu'au 28 juin 2010 (Moins courue, mais très réussie malgré un prix un poil élevé).

 

A lire, le billet très détaillé de Ys sur sa visite à Orsay.

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 07:51

Lucien est un homme connu et reconnu : chirurgien réputé, il est également célèbre par son engagement dans les causes humanitaires, notamment l'aide aux sans-papiers. Lorsqu'il décide d'en accueillir chez lui, cela paraît logique à tous, car c'est bien dans sa mentalité de soutenir une famille africaine en difficuté en France. Mais lorsque Arnaud, son fils qui n'a pas pris la même orientation politique que son père, et Babeth, sa fille qui l'a copié en tous points, découvrent que le sans-papier en question est une jeune moldave accompagnée de sa fille, les interrogations débutent. Et le comportement inhabituel de leur père n'est pas pour les rassurer, eux qui voient également vaciller leur propre cadre de vie.

 

De prime abord social, voire politique, ce film d'Anne Le Ny (déjà auteur du très bon Ceux qui restent) prend rapidement une tournure comique assumée. Loin du portrait des sans-papiers ou d'une quelconque réflexion profonde sur la question de l'engagement, elle donne à voir la vie de cette petite famille dérangée dans ses habitudes, entre un père qui tente de vivre une dernière fois son désir, un fils qui le découvre sous un jour nouveau, et sa fille qui tombe littéralement des nues.

 

Ce sens du comique est tout d'abord servi par de très bons dialogues. Anne Le Ny, déjà aperçue chez Bacri/Jaoui ou Pascal Thomas semble avoir retiré de ces expériences un très bon sens du dialogue, qui se révèle très efficace dès la première rencontre entre les enfants et Tatiana. La scène qui suit, dans la cuisine, est mémorable. L'humour est également rendu par la cocasserie des situations. Ainsi, lorsque le père décide de les déshériter, les deux enfant ne bronchent quasiment pas (situation hautement improbable dans la vraie vie). De même, la vie de Babeth, coincée entre un mari ennuyant, des sorties programmées avec son père et une vie sexuelle des plus platoniques est une caricature. Et la manière dont elle retrouve le goût à la vie, entre son collègue de travail et ses espiègleries d'enfant dans un bar, l'est tout autant.

 

Un comique assumé donc, qui n'empêche pas une part de réflexion, notamment à travers le personnage de la femme d'Arnaud (Valérie Benguigui), mais dont on sent que ce n'est pas le thème essentiel. Une réussite, en grande partie grâce aux acteurs, qui forment une belle brochette. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été autant séduit par Karin Viard, qui dispose avec ce rôle de toute une palette qu'elle met à profit, notamment dans cette scène où elle git, béate, au pied d'un radiateur en peignoir. Même chose pour Fabrice Lucchini, très sobre, qui donne au personnage d'Arnaud une humanité dont on le sent assez dépourvu au départ. Et mention également à Michel Aumont, souvent hors champ mais qui laisse planer un mystère permanent sur les attitudes de son personnage.

 

Pas un grand film, c'est certain, mais il permet de passer un bon moment, en traitant de manière décalée un sujet grave. Cette volonté initiale permet de montrer qu'il est possible de s'amuser de beaucoup de situations, mais tout dépend de la manière dont cela est fait. Et Anne Le Ny le fait plutôt bien. 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 07:52

Un jeune étudiant, paresseux sur les bords, est admis dans une nouvelle école et tombe fou d'admiration pour un de ses professeurs. Littéralement obsédé par ce dernier, il fait tout pour en être proche : il s'inscrit à ses cours, loge dans la même maison,,... Il finit par devenir le secrétaire particulier de celui qu'il admire. Mais il ne s'explique pas toujours le comportement de son maître, capable de quitter sa femme et sa maison pour plusieurs nuits sans prévenir personne, ou faisant preuve envers son élève d'une froideur inhabituelle. C'est que le maître cache un secret bien difficile à révéler.

 

Quel plaisir de se plonger à nouveau dans l'écriture de Zweig. Une nouvelle fois, c'est un bonheur de découvrir la vie de cet étudiant et sa relation avec ce maître sous la plume de l'écrivain autrichien. Ici, il ne déroge pas à son thème de prédilection, la passion. Cette fois, elle prend la forme de l'admiration d'un étudiant envers son maître, admiration qui fait que cet élève assez peu studieux devient une bête de travail. C'est même lui qui sera à l'origine du fait que son maître se remette à son grand oeuvre : une histoire du théâtre du Globe, avec comme figure centrale Shakespeare et ses compagnons comme Marlowe.

 

Comme souvent, les personnages de Zweig sont des êtres blessés, marqués par l'existence et par les épreuves. C'est ici surtout le cas du maître, homme mystérieux, qui vit auprès d'une femme attentionnée mais qui a des réactions souvent déroutantes. Ces sorties la nuit, dont il rentre comme si de rien n'était, ou ses sautes d'humeur inattendues instaurent un climat de mystère tout à fait réussi. Ceci est d'autant plus sensible quand l'élève, dans sa chambre, attend avec fébrilité la venue de son maître, dont il a entendu les pas dans l'escalier. Cette venue fait suite à une séance particulièrement efficace de travail. Mais le maître entre, fait preuve d'une grande distance envers l'élève et ressort presque aussi rapidement.

 

Voilà donc une très bonne nouvelle, très moderne de par les thèmes traités (que je ne peux dévoiler ici, au risque de rendre la lecture moins passionnante), et qui devrait intéresser beaucoup de lecteurs.


Beaucoup d'autres avis sur cette nouvelle et sur les autres ouvrages de Stefan Zweig chez Karine et Caroline, qui ont eu la bonne idée d'organiser le challenge Zweig !

 

Autre nouvelle de Zweig : Le joueur d'échecs

 

 

La confusion des sentiments, de Stefan Zweig

Traduit de l'allemand par Olivier Bournac et Alzir Hella

Ed. Stock - La Cosmopolite

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 07:18

Adam Lang, ancien premier ministre du Royaume-Uni, a décidé d'écrire ses Mémoires. Suite au suicide de Mike McAra, chargé de l'aider à rédiger cet ouvrage, son équipe choisit de confier ce travail à un autre nègre (dont on ne connaîtra pas le nom, si je ne me trompe). Ecrivain en manque de travail, il prend cette offre comme une aubaine inattendue. Mais lorsqu'il découvre les troubles conditions de la mort de son prédécesseur et le scandale politique qui éclate, il réalise qu'il a mis le doigt dans un engrenage qu'il ne maîtrise pas...


Le dernier film de Roman Polanski m'a beaucoup plu. Alors que la bande-annonce laisse penser à un film d'action, à un thriller vif et nerveux, le film est assez lent, et prend le temps d'installer les scènes. C'est cette gestion du tempo, entre moments forts et scènes plus longues qui m'a particulièrement interpellé. Un peu comme si Polanski réussissait à prouver qu'on peut faire un très bon film, un poil angoissant, sans avoir recours au téléscopage des images et à l'effet clip.


L'ensemble est très prenant, et cela doit beaucoup au décor choisi par Polanski. Adam Lang habite en effet sur une île, au large de New York. Ce qui crée un isolement tout à fait propice au climat de tension que rencontre le nègre lors de son séjour auprès de celui dont il doit écrire les mémoires, ou plutôt réécrire tellement le premier jet est mauvais. L'architecture de la maison, avec ces grandes baies vitrées donnant sur les dunes balayées par le vent crée un contraste saisissant entre le dehors, venteux et insaisissable comme ces feuilles que s'échine à ramasser le jardinier, et le dedans, lieu où le contrôle de soi est le maître-mot, même lors des situations les plus délicates.


Ewan McGregor, de tous les films ou presque en ce moment, incarne ce jeune écrivain, dont le seul fait d'armes littéraire est la rédaction des mémoires d'un magicien. Rapidement, il sent que l'histoire dans laquelle il est entré n'est pas nette, et ce ne sont pas ses rencontres sur l'île (avec Eli Wallach, notamment), où il loge dans un hôtel désert, qui le rassurent. D'un autre côté, vivre avec Adam (Pearce Brosnan, bien), sa femme jalouse (Olivia Williams, très convaincante) et sa collaboratrice-maîtresse n'est pas plus pour le faire rêver. Alors, il tente de comprendre pourquoi l'ambiance est si mauvaise, et s'engouffre dans cette histoire, dont il découvre une à une les ficelles.


Je parlais du temps, car hormis la scène de poursuite et celle du retour en ferry, le reste du film est très posé. Les moments les plus inquiétants sont cette discussion au fond de la forêt avec le professeur Emmett (Tom Wilkinson), ou la rencontre dans une voiture avec un opposant de Lang. Hormis cela, c'est vraiment par l'atmosphère que Polanski réussit à rendre l'angoisse qui étreint le nègre. Et, cerise sur le gâteau, comme le film est tordu, le plaisir réside également dans la compréhension des tenants et aboutissements de cette histoire politique. Qui ne se dévoile qu'en fin de film, avec une très jolie scène finale.


Un bon moment de cinéma, donc, où la maîtrise de la mise en scène de Polanski fait des merveilles, et qui m'a beaucoup fait penser à Hitchcock, par ce suspense qu'il arrive à insuffler à partir de très peu d'effets. Espérons qu'il puisse nous montrer à nouveau sa maestria, en dehors de ses films de famille dans son chalet suisse !

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 07:38

[Billet déjà paru sur Biblioblog] Si, par le biais de ce titre, vous pensez trouver un essai sur la mondialisation et l'unification des goûts vinicoles, vous ne trouverez certainement pas votre bonheur. En revanche, si vous êtes d'humeur vagabonde, prêt à aller baguenauder en Italie du sud, dans la province du Basilicate, en compagnie de personnages attachants aux destinées assez improbables, vous serez servis.

 

Riccardo Fusco est un intellectuel, qui ne réussit pas à trouver un éditeur pour sa thèse consacrée aux oies. Son épouse est artiste, directrice d'un théâtre, et elle n'hésite à mêler les relations professionnelles et les relations intimes. Ce qui a le don de mettre en colère Ricardo. Enfin, en colère, c'est vite dit, car ce n'est pas vraiment un sanguin. Pour se changer les idées, il décide de rendre visite à un ancien ami, Djacendre, qu'il n'a vu depuis longtemps. Cet ami, que Riccardo pensait être comme lui en galère, a trouvé un bon filon : un ancien de leurs camarades, Graziantonio Dell'Arco, est devenu l'un des hommes les plus riches d'Italie, et a embauché Djacendre. Ce dernier propose à Riccardo de travailler avec lui, en particulier pour lancer un vin avec lequel Dell'Arco veut faire fortune : l'Aglianico.

 

Ce résumé, qui peut déjà paraître long, ne concerne que la toute première partie du roman. Car tous les personnages, Riccardo, Djacendre, Dell'Arco, mais aussi le rival vinicole toscan ou une œnologue américaine vont vivre, tout au long des pages, des aventures absolument rocambolesques. Il ne faut certainement pas chercher ici du réalisme dans ce qui est conté, car que ce soit la fortune de Dell'Arco qu'il construit sur des arnaques, ou l'histoire d'amour tumultueuse et passionnée que Riccardo (re)vit avec un ancien amour sont loin de tous les cadres habituels du roman réaliste.

 

Mais une fois accepté ce postulat d'outrance et d'excès, quel plaisir de lecture que ce roman ! Les personnages se croisent, se rencontrent, leurs relations sont démesurées, on découvre à la fois leur présent et leur passé, par exemple, comment les brimades de l'enfance de Dell'Arco l'ont poussé à devenir l'homme qu'il est. Ce foisonnement de situations, loin de perdre le lecteur, crée un univers dans lequel il plonge, découvrant avec délectation les relations guindées des hommes riches d'Italie et leur orgueil qui les pousse dans leurs derniers retranchements. L'intrigue est loin d'être linéaire, elle ne cesse de bouger, l'attention étant portée sur l'un ou l'autre des protagonistes.

 

Ce qui est assez frappant et très réussi, c'est que le fond s'allie à la forme. Gaetano Cappelli écrit par le biais de longues phrases, pleines d'incises et de digressions. Son écriture n'est pas sophistiquée, mais elle s'adapte aux pérégrinations complexes des personnages. Malgré quelques transcriptions de discussions paysannes un peu trop appuyées (des "g" ponctuent de nombreux mots, pour marquer l'aspect campagnard des personnages), l'ensemble est d'une lecture très fluide et se révèle extrêmement prenant. Un très bon roman pour s'évader et se divertir, avec une histoire sans prétention mais qui fera nécessairement naître plusieurs rires ou sourires au cours de la lecture.

 

Les avis de Amanda et de Yv

 

Irrésistible ascension du vin Aglianico à travers le monde, de Gaetano Cappelli

Traduit de l'italien par Catherine Siné

Ed. Métailié

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 07:56

A l'été 2004, l'Express a publié une série d'interview de Michel Pastoureau par Dominique Simonnet. L'objet de ces entretiens : les couleurs et leurs significations, et plus particulièrement comment ces dernières ont évolué dans le temps. Au cours de sept chapitres, chacun consacré à une couleur, le lecteur découvre donc l'histoire de cet outil de décoration qui est finalement bien plus que cela.

 

Pour Michel Pastoureau, il n'y a que six couleurs véritables : noir et blanc, puis bleu, rouge, vert et jaune. Les autres sont qualifiés par lui de demi-couleurs. La classification retenue par l'historien est originale : elle s'éloigne à la fois des couleurs dites primaires (on associe le vert, mélange de bleu et de jaune, avec les trois autres), mais aussi des couleurs de l'arc-en-ciel. D'ailleurs, la justification de ce choix est un des points les plus intéressants de l'ouvrage. Pastoureau remet en cause la vision prétendument scientifique des couleurs, qui voudrait distinguer des couleurs dites primaires des autres. Selon lui, tout cela n'est qu'une construction scientifique qui évolue avec le temps, et la seule classification possible est fondée sur des éléments historiques et sociaux.

 

Dans chaque chapitre, il revient sur les histoires de couleurs. Le jaune mal-aimé, considéré comme la couleur de la tromperie et de la duplicité. Mais cela uniquement en Occident, puisque les civilisations orientales ou antiques ont souvent considéré autrement cette couleur. Il est intéressant de voir comment le bleu, couleur du consensus, s'est imposé au terme d'un long combat avec le rouge. Il fut longtemps laissé de côté, notamment en raison de la difficulté à le fabriquer. Edifiant, également, la façon dont le vert s'est imposé comme la couleur de la nature, statut qu'il n'a acquis que récemment, et qui fait qu'il truste aujourd'hui toutes les places, son utilisation étant désormais liée à l'environnement.

 

Voilà donc un petit ouvrage tout à fait passionnant, qui permet de réaliser que nos valeurs et nos hiérarchies sont des éléments qui se sont longuement construits depuis des siècles, et qu'elles évoluent encore et toujours, chaque couleur recouvrant au fil des temps des significations qu'elles ne recouvraient pas jusqu'alors. Un petit livre qui devrait figurer dans toutes les bonnes bibliothèques !

 

Je remercie très chaleureusement Emmyne (dont le blog est actuellement en pause, maus j'espère qu'elle reviendra très vite !), qui m'a permis de gagner cet essai lors d'un de ses concours. Et vous pouvez également lire les avis de Dédale, de Mo et de Moka.

 

Le petit livre des couleurs, de Michel Pastoureau et Dominique Simonnet

Ed. Points

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 10:00

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/72/58/93/19256845.jpgAlex a un boulot très particulier : il doit, sur commande d'un père, d'un frère ou d'un ami, séduire des jeunes femmes, afin qu'elles réalisent que l'histoire d'amour qu'elles vivent ne leur convient pas. Avec l'aide de sa soeur et de son beau-frère, il monte les coups romantiques les plus clichés pour ouvrir les yeux des dames. Jusqu'au jour où il reçoit une commande qui devient un défi : séduire en un temps record une femme, sur le point de se marier et qui surtout est folle amoureuse de son fiancé.

 

Voici la comédie française qui marche en ce début d'année, et elle le mérite assez. Sur un scénario jouant sur les situations caricaturales (Ah, cette séduction au milieu des dunes en plein désert ! Ce milieu de riches héritiers qui se marie à Monaco !), le spectateur suit les aventures d'Alex et de son équipe avec un sourire quasiment permanent sur les lèvres. Car ce trio de bras cassés, endettés jusqu'au cou et qui tente de mettre sur pied des filatures, des écoutes ou des combines toutes plus alambiquées les unes que les autres est vraiment très réussi. Romain Duris est impeccable en Alex, maître en séduction pas chère, qui connaît toutes les ficelles du métier, et qui se donne totalement dans ce rôle fait sur mesure pour lui. Autour de lui, Julie Ferrier et François Damiens sont également très bons, dans un second degré involontaire, en particulier ce dernier lorsqu'il se prend pour un pilote de rallye italien alors qu'il parle avec un accent belge à couper au couteau. Vraiment, ce trio est très réussi, et mérite à lui seul le déplacement.

 

Car le reste, qui n'est finalement que secondaire, est moins passionnant. L'histoire entre Alex et celle qu'il doit séduire (Vanessa Paradis) est assez banale, et si ce n'était le recours à George Michael ou à Dirty Dancing, on oublierait bien vite ces passages qui font un peu retomber l'ensemble. Heureusement, la reproduction du final entre Jennifer Grey et Patrick Swayze par Paradis / Duris dans un restaurant italien désert au milieu de la nuit vaut son pesant de cacahuètes.

 

Une bonne comédie, signée Pascal Chaumeil, qui fait passer un très joyeux moment, car elle permet de confirmer les talents comiques du trio Duris / Ferrier / Damiens, en particulier leur côté absurde et décalé. La dernière scène, lors de laquelle Damiens tente de jouer le rôle de Duris en séduisant une géomètre, est une bonne conclusion du moment passé avec ce long-métrage.

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 12:48

L'opéra est un art que je trouve formidable. Et une nouvelle fois, Le barbier de Séville n'a pas dérogé à la règle, et m'a vraiment enchanté.

 

L'opéra de Rossini reprend l'intrigue de la pièce de Beaumarchais. Le Comte Almaviva tente de séduire, avec l'aide du barbier Figaro, une jeune fille, Rosina, que son tuteur, le docteur Bartholo, retient prisonnière chez lui, car il souhaite l'épouser. Almaviva se travestira donc pour arriver à ses fins (policier, professeur de musique) : séduire la belle (mais il n'a besoin de fournir beaucoup d'efforts pour cela) et écarter le tuteur (plus périlleux).

 

L'opéra de Rossini se classe parmi les opéra bouffe (je n'y connais pas grand chose en opéra, j'ai au moins appris cela). Ce côté bouffe, voire burlesque, est merveilleusement rendu par de nombreux aspects de l'oeuvre. Tout d'abord, l'intrigue est rocambolesque : on escalade par une échelle pour rentrer par le jardin, on fait croire à un des personnages qu'il est malade, et il le croit,... Les travestissements jouent également leur rôle dans cet aspect de trop-plein. Mais le côté bouffe est également visible par le biais des peronnages, très caricaturaux et efficaces, notamment Bartholo, et par les mélodies de l'opéra. Plus particulièrement, ce sont les airs qui sont frappants : il y a beaucoup d'effets dans les chants, beaucoup de prouesses, que ce soit en terme de gamme ou de vitesse de prononciation; Ainsi, le célèbre "Figaro, Figaro Figaro" du premier acte est très représentatif, comme le sont les airs de Rosina, très enjolivés.

 

Entre les passages chantés, Rossini intègre quelques moments parlés, mais qui passent très bien, en particulier grâce à la mise en scène de Coline Serreau, pleines de surprises, qui n'hésite pas à souligner les efftes du texte mais le fait de manière très drôle. Elle se permet même, à la fin de l'opéra, d'intégrer un ballon de football sur scène, ce qui passe sans aucun problème. A noter également les costumes, très beaux, mais surtout les décors, magnifiques, représentant l'intérieur d'une maison sévillane qui se dévoile au milieu du premier acte.

 

Tout cela pour dire que j'ai passé une excellente soirée pendant laquelle j'ai découvert un opéra dont je connaissais pas mal d'airs (l'ouverture, La calumnia, Figaro,...) mais tous concentrés dans le premier acte, ce qui m'a permis de découvrir beaucoup d'autres airs dans le second acte. Un spectacle dont on sort avec l'envie de chanter et de s'amuser, tellement tout cela est pétillant et agréable.

 

Pour vous faire une idée de la mise en scène et des costumes, une vidéo sur le site de l'opéra avec la fin du 1er acte (magnifique, avec une autre distribution).

 

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