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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:13

Cela fait longtemps que je n'ai pas parlé théâtre en ce lieu, non par manque d'envie d'en parler, mais parce que je n'y suis pas beaucoup allé depuis mon passage à Avignon (juste une représentation de Cyrano de Bergerac dans le cirque de Gavarnie au mois de juillet, spectacle plaisant mais un poil trop Robert-Hosseinien à mon goût). Retour théâtral, dis-je, avec une pièce reprise à la Comédie-Française, La Grande Magie, d'Eduardo de Filippo.


Dans un grand hôtel d'une station balnéaire italienne, quelques aristocrates sont en villégiature. Pour égayer leur séjour, un magicien, Otto Marvuglia, vient leur présenter son numéro. Mais le magicien n'est pas spécialement animé de bonnes intentions : en cheville avec Mariano d'Albino, il fait disparaître sa maîtresse, Marta di Spelta, afin que les deux amants puissent s'enfuir sans craindre les représailles du mari, Calogero di Spelta. Afin de le calmer, Marvuglia lui fait croire qu'elle est enfermée dans une petite boîte, et qu'il ne tient qu'à Calogero de savoir si le tour a fonctionné ou non. Mais Calogero se refuse à ouvrir la boîte en question, ce qui le plonge dans un abîme sans fond...


Voilà une reprise qui s'est admirablement déroulée. Car La Grande Magie est une pièce très intéressante, et la mise en scène est au niveau du texte. Outre l'intrigue amoureuse, qui occupe le premier acte avant de devenir secondaire, cette pièce est surtout l'occasion pour l'auteur de donner à réfléchir sur les troupes qui luttent pour survivre, comme celle de Marvuglia, et sur la frontière entre réel et virtuel, avec le personnage de Calogero, totalement déboussolé par les discours que lui tient le magicien.


Le premier acte donne l'impression d'une pièce classique, dans laquelle est intégrée un spectacle de magie (d'ailleurs admirablement présenté par Hervé Pierre en Marvuglia). L'ambiance au sein de l'établissement n'est pas très gaie, les rivalités sont implicites, et la jalousie ne demande qu'à s'épanouir. Le pauvre Calogero, lors de la disparition volontaire de sa femme, demeure seul face aux autres clients de l'hôtel. Puis la pièce prend un tour tout à fait pertinent. Le deuxième acte se joue dans l'appartement de Marvuglia, dont la femme, une furie, ne cesse de le récriminer contre ses dépenses inconsidérées. Avec ses acolytes, des bras cassés de première, il doit également affronter la police, que Calogero a lancé sur leurs basques (avec un inspecteur très bien incarné par Cécile Brune).


La dernière partie fait plonger le spectacle dans sa partie la plus absurde, avec un passage dix ans plus tard, dans l'appartement de Calogero. Malgré le temps, il n'a toujours pas compris comment sa femme avait disparu, et n'a toujours pas ouvert la boîte laissée par Marvuglia. Il se retrouve même à devoir affronter sa famille venue lui faire les reproches qu'il n'a pas voulu écouté jusque là. L'interprétation de Calogero par Denis Podalydès est vraiment de premier ordre : personnage décalé, abusé, dérouté, il nage en plein délire. Lorsque sa femme reparaît, il s'attend même à rajeunir, croyant le magicien qui lui répète que ces dix dernières années n'ont été qu'un rêve.


La mise en scène de Dan Jemmet est très efficace, rythmée. Un des parti pris de l'auteur est de ne pas offrir de coulisses aux comédiens : quand ils ne jouent pas, ils sont attablés, à droite et à gauche de la scène, attendant leur entrée en scène. Cette illusion supplémentaire est un habile ajout au texte de Eduardo de Filippo, auteur italien, du milieu du XXeme siècle. Le tout est comme toujours servi par les très bons comédiens de la Comédie Française. Outre ceux déjà cités (dont Hervé Pierre, que j'aime vraiment beaucoup sur scène), les interprétations de Martine Chevallier, Loïc Corbery (tout en souplesse) et Suliane Brahim (qui joue une toute jeune fille) sont à noter.


Un très joli spectacle, donc, auquel ce billet ne rend certainement pas complètement hommage. Mais comme il se joue jusqu'au 17 janvier, vous aurez peut-être l'occasion de vous faire votre propre idée !

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