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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 22:31

Dans le genre « grand classique du théâtre français », voilà certainement une des pièces qui rentre le mieux dans cette catégorie. Tout le monde connaît Harpagon, et chacun a une idée bien précise de son caractère : est-il fou ? Méchant ? Inconscient du mal qu'il fait ? En tout cas, la troupe de la Comédie-Française a décidé de monter cette année une nouvelle version de l'Avare, dans une mise en scène de Catherine Hiegel, en donnant une dimension assez originale du personnage.


Pour les quelques lecteurs qui ont du mal à retenir l'intrigue de cette pièce (c'est mon cas, donc je comprends votre désarroi), voici un rapide résumé. Harpagon, vieil avare, a deux enfants : Élise et Cléante. Élise souhaite épouser un jeune homme qui l'a sauvé de la noyade et est employé dans la maison de son père. Cléante, quant à lui, souhaite épouser Marianne qu'il vient de rencontrer. Mais Harpagon ne l'entend pas de cette oreille : il destine Élise au riche Anselme, qui accepte de la prendre sans dot, et il envisage d'épouser lui-même Marianne. Mais les contrariétés des jeunes amants seront levées, notamment par l'intervention des serviteurs d'Harpagon...


Dans cette mise en scène, la première chose qui marque, c'est le décor. Une grande entrée, avec un escalier monumental qui monte vers la droite, et les fenêtres sur la gauche donnant sur le jardin. Cette entrée de la demeure d'Harpagon sera le lieu où vont se nouer toutes les intrigues, où les personnages, nobles comme valets, vont se croiser, s'épier, s'espionner et manigancer.


Dans un style classique (costumes d'époque, notamment) mais non pas sans inventivité (notamment le final de la pièce, surprise agréable), Catherine Hiegel dépeint un Harpagon volontairement méchant, sans compassion aucune pour ses enfants ou ceux à qui il fait du mal. Pas une méchanceté cynique, mais bien une méchanceté involontaire, qui n'est dû qu'à une chose : la seule chose qui intéresse Harpagon, c'est de favoriser ses intérêts, sans chercher à forcément nuire à ses proches. De ce fait, Harpagon incarné par Denis Podalydès, est quelqu'un d'assez joyeux, sans aucun scrupule face au désarroi de ses enfants.


L'un des moments les plus attendus de la pièce, le monologue d'Harpagon se plaignant de s'être fait dérobé sa cassette, est également l'un des moments les plus réussis. Harpagon, meurtri, s'adresse dans le texte au public, croyant voir parmi les spectateurs le voleur de son bien. Ici, Denis Podalydès s'adresse littéralement au public, et en fait même partie, puisque le comédien quitte la scène pour escalader les fauteuils du parterre. Cette incursion hors-scène donne à ce monologue une force supplémentaire, rendue très justement par l'acteur.


Face à Harpagon, personnage central de la pièce, les autres personnages arrivent à lui donner le change. Pour l'affronter, les enfants (Benjamin Jungers et Suliane Brahim), malgré leur naïveté, convoquent tous les stratagèmes possibles pour arriver à leur fin. Ainsi, ils n'hésitent pas à faire appel à Frosine (Dominique Constanza, très bien), vieille intrigante au bandeau, qui se prend d'amitié pour les amours de jeunes gens. Le seigneur Anselme (Serge Bagdassarian) a ici une dimension assez inattendue : arrivant comme le Roi Soleil, il est la risée de Marianne, la destinée d'Harpagon dont il apprend qu'il est proche. Surtout, ce sont les valets qui donne une dimension tout à fait intéressante à la pièce. La Flèche (Pierre Louis-Calixte), Valère (Stéphane Varupenne) et Maître Jacques (Jérôme Pouly) sont à la hauteur de leurs rôles, car ce sont eux qui donnent le tempo à l'intrigue. Parfois sacrifiés, ces personnages sont ici parfaitement incarnés, le plus surprenant étant la densité que prend Maître Jacques, souvent insignifiant, à qui Jérôme Pouly donne du corps et une véritable existence, en particulier dans la scène l'opposant à Valère.


Cette version de l'Avare est donc tout à fait réussie, et le spectacle fut longuement applaudi le soir où j'y ai assisté. Des passages classiques, quelques trouvailles bienvenues servent admirablement cette pièce dont le seul défaut est certainement d'être un peu longue à démarrer, puisqu'il faut attendre le troisième acte pour que l'ensemble prenne du coffre. Mais à cela, ni le metteur en scène ni les acteurs n'y peuvent grand chose !

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 16:23

La crise est le sujet de beaucoup de livres paraissant actuellement, que ce soit en essai ou en fiction. Trois mois payés fait partie de ces ouvrages sur la crise. Mais pas celle qui nous occupe actuellement, l'autre grande crise économique du XXeme Siècle : celle de 1929.


Ecrit en 1930 par Marcel Astruc, Trois mois payés narre les aventures d'un employé aux écritures qui vient de perdre sa place et qui se retrouve avec trois mois de salaire en poche. Cet argent lui servira à se nourrir, à se chauffer pendant l'hiver et à voir venir en attendant des temps plus cléments, en particulier de retrouver un emploi. Mais l'insouciance du début cède peu à peu la place à la déception et à la misère, et le héros ira d'espoirs déçus en eldorados de paille, sans jamais retomber sur ses pieds.


Trois mois payés est la chronique d'un employé qui se retrouve au chômage. L'auteur fait le choix de centrer ce roman sur le personnage principal, en le suivant dans ses pérégrinations quotidiennes, en présentant les affres de sa situation. Le lecteur reste donc au plus près de ce personnage, pas toujours sympathique, notamment parce qu'il pense longtemps qu'il pourra faire face à la crise et refuse les offres d'emploi, les considérant toutes comme indignes. C'est un homme rêveur, qui dépense son argent en bois de chauffage au point de provoquer un feu de cheminée, qui ne pense aucunement à économiser son petit pécule. La moindre opportunité est pour lui l'occasion d'imaginer le début de sa future richesse, mais que ce soit son investissement en bourse, ou l'offre d'un homme rencontré par hasard de l'associer à ses affaires, s'avèrent des échecs cuisants.


En restant au plus près du personnage, de ses découvertes et des ses velléités de conquêtes féminines, on finit par s'attacher peu à peu à ce quidam. Mais ce choix me paraît assez dommageable sur un plan documentaire. Car en ne racontant que sa vie quotidienne, le lecteur n'a, à aucun moment, de perspective large sur cette période de l'histoire. On reste au ras du sol, dans un Paris où on croise encore des boursicoteurs et des hommes cherchant à faire fortune, mais le lecteur n'arrive pas à se faire une vision globale de la vie à cette époque. Bien entendu, cet ouvrage est une réédition, et il faut considérer le fait qu'il ait été publié dès 1930. Mais ce qui était évident à un lecteur de l'époque est aujourd'hui trop lointain pour être immédiatement compréhensible par un lecteur contemporain.


Plus qu'une chronique de la crise, c'est ici la vie d'un personnage lambda que raconte Marcel Astruc, homme de lettres et journaliste. Si l'ouvrage a des qualités, il me paraît presque anachronique de le rééditer aujourd'hui, car le lecteur n'a pas les repères nécessaires pour tout saisir. Par exemple, quelles sont les répercussions concrètes de cette crise sur la vie quotidienne, hormis le chômage du héros et ses difficultés croissantes à se nourrir ? Comment la société, dans son ensemble, a ressenti ce moment difficile ? Il aurait fallu un apport documentaire pour restituer ce texte dans son contexte, mais la postface se contente de rapidement présenter l'auteur.


En revanche, l'illustration de la couverture est vraiment réussie, représentant une file d'attente devant une soupe populaire du IIIeme arrondissement de Paris. Mais la photo ne représente pas la crise, puisqu'elle date de 1925 !


Déjà paru sur le Biblioblog
Trois mois payés, de Marcel Astruc
Ed. le Dilettante
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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 07:55

Avant de découvrir le nouveau Resnais, et pour poursuivre mes découvertes des précédents films de ce grand réalisateur, je suis allé voir, sur les conseils (preque pas insistants ;-) d'une fan absolue, Providence. Ce film est sorti en France en 1977, a fait un tabac aux Césars et a été tourné en anglais, avec un très joli casting anglo-saxon (Dirk Bogarde, Ellen Burstyn, John Gieguld...). Et comme souvent avec Resnais, on se trouve confronté à une œuvre aux multiples facettes, troublante, mouvante et parfois fascinante.

 

Providence est le nom de la demeure de Clive Langham, un écrivain âgé et malade, qui a une fâcheuse tendance à abuser du vin blanc. Dans son lit, il rêve son futur roman : une histoire d'adultère entre une femme blasée par un mari avocat fortuné et un homme qui a échappé à la peine de mort que voulait lui infliger l'avocat en question. Mais les personnages de fiction se mêlent aux connaissances du romancier, et les traits de ses enfants apparaissent dans ceux des individus qu'il imagine...

 

Resnais interroge ici la frontière fragile entre fiction et réalité, avec ce mélange entre la vraie vie, symbolisée par le repas final, et les fantasmes issus de son imagination. Fantasmes qui prennent, au fil du temps, des dimensions de plus en plus rocambolesques. Si le début est surprenant mais peut paraître crédible (la fuite d'un homme des bois qui prend la forme d'une bête sauvage, avec du poil qui lui pousse partout, puis le procès de celui qui l'a tué et l'attirance entre cette femme et le meurtrier disculpé), la suite prend une tournure tout à fait différente. Le premier signe de ce changement, le plus flagrant, est l'intervention de l'écrivain, qui décide de revoir de temps à autre sa copie en modifiant le comportement des personnages. L'écrivain revient régulièrement dans le film, via des scènes où il apparaît couché ou se promenant difficilement dans sa chambre, avec toujours une bouteille à portée de main.

 

Puis ce qui était réaliste disparaît pour laisser place à des séquences qui ne troublent pas les personnages, mais interrogent les spectateurs. Les décors changent alors que les personnages restent au même endroit (une fois une ville, une fois une mer dont il est clairement visible qu'elle est artificielle), un footballeur revient régulièrement, comme un leitmotiv, et les réactions des personnages sont de plus en plus imprévisibles.

 

En représentant ses personnages sous les traits de ses proches, Clive Langham pense raconter une histoire de fiction. Mais à travers ces personnages, ce sont ses obsessions qui apparaissent. Ainsi, l'élément le plus caractéristique de la vie de Langham, la bouteille de vin blanc, apparaît dans quasiment toutes les séquences fictives. Il en profite d'ailleurs pour réécrire les relations entre son fils, sa femme et son fils adoptif, comme si la réalité ne lui convenait pas, que les amours de sa progéniture étaient contre nature, et qu'il devait rétablir un ordre qui n'existe pas.

 

Bien entendu, le spectateur est parfois perdu dans ce mélange entre fiction et réalité, d'autant plus que, dans la fiction, tout est possible. Mais ce trouble n'est pas désagréable, car il interroge le lecteur sur la place entre fiction et réalité, et sur la façon dont la vie personnelle apparaît dans les oeuvres fictionnelles. Mais ce trouble n'a pas valu celui éprouvé devant d'autres films de Resnais, comme Je t'aime, je t'aime (sur la relation à la mémoire) ou L'année dernière à Marienbad, qui reste pour le moment mon préféré !

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 15:03

En entamant ce roman, j'étais prévenu que ce n'était pas le meilleur de l'auteur. Mais comme il faut bien commencer par l'un d'entre eux, c'est avec Hors champ que j'ai découvert Sylvie Germain. Et il faut bien dire que ce ne fut pas très concluant.

 

Aurélien a une vie assez bien rangée, où tout est à sa place : un boulot avec des collègues sympas, une copine qu'il est heureux de retrouver après une courte séparation due à des raisons professionnelles, une famille un peu loin, mais qu'il visite régulièrement, notamment pour son frère Joël, handicapé. Mais il a une curieuse sensation, il n'est pas dans son assiette. Son sentiment est corroboré par ses proches, qui le trouvent flou. Et pour cause : il disparaît peu à peu, se faisant bousculer dans la rue, marcher sur les pieds. Et à la disparition physique s'ajoute sa disparition dans l'esprit de ses proches.

 

Bon, l'idée de départ est plutôt intéressante, même si pas totalement originale : comment un homme réagit quand il se rend compte que plus personne ne fait attention à lui, quand peu à peu il devient un ectoplasme dont toutes les traces disparaissent. Malheureusement, Sylvie Germain ne semble pas savoir quoi faire de ce scénario de départ. La disparition d'Aurélien est progressive, et un peu comme pour le syndrome de la grenouille qu'on met dans de l'eau de plus en plus chaude, il semble accepter cette situation. D'abord fâché que ses collègues l'ignorent au moment de la pause café ou du repas, il s'y fait, n'éprouvant à aucun moment de la colère ou de l'angoisse, et n'essayant jamais de comprendre ce qui lui arrive.

 

Sa disparition, si elle n'est pas un problème pour Aurélien, aurait au moins pu questionner ses proches. Mais là aussi, ils agissent tous comme s'il n'avait pas existé, oubliant les rendez-vous galants ou au cinéma. Bref, Aurélien subit et souffre en silence, ce qui me paraît assez peu crédible.

 

Sylvie Germain tente d'ajouter une pointe de sentiments en présentant une situation familiale un peu complexe, avec sa mère et son frère handicapé dont il prend soin. Mais là encore, tout cela est esquissé de manière trop sommaire pour pouvoir attraper le lecteur. Le seul point sur lequel l'auteur parvient à être constante, et qu'elle développe, c'est la relation d'Aurélien avec un chant polonais et plus largement avec son enfance dont il se remémore les paroles, et qu'il fredonne dès que l'adversité est trop grande. Comme si son seul réconfort se trouvait dans ces quelques mots qui le renvoient à l'enfance, aux moments où il n'avait pas à réfléchir.

 

Disons que ce n'est pas un mauvais roman, car l'auteur écrit de manière plaisante, mais c'est un roman raté, car elle n'a pas su exploiter l'idée de base. Comme si elle avait été encombré par Aurélien, et qu'elle a été obligé de lui faire un sort qui ne l'intéresse que peu.

 

Les avis de Laetitia, Ys (toutes deux déçues), Dédale du Biblioblog (beaucoup plus enthousiaste).

 

Hors-champ, de Sylvie Germain

Ed. Albin Michel

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 09:31

Ah ! Comme il est difficile de parler de ce film ! Non pas parce qu'il y en a rien à dire, mais plutôt parce qu'il y a tellement de choses à évoquer dans Il était une fois en Amérique qu'un simple billet est loin d'être suffisant. Ce film de Leone, sorti en 1984, d'une durée de 3h45, est un véritable chef d'oeuvre, qui, comme d'autres films de cette trempe, fut un échec lors de sa sortie. Aujourd'hui, il retrouve le rang qui lui est dû, et qu'il n'aurait jamais dû quitter. Allons-y pour quelques éléments, mais ce sera vraiment succinct.

A New York, dans les milieux juifs et mafieux, la contrebande bat son plein. Le milieu est dirigé d'une main de maître par Noodles et Max, qui avec l'aide de Cockeye et Patsy, conduisent toutes les opérations de fabrication et de distribution de l'alcool prohibé. L'amitié entre Max et Noodles, les deux hommes forts, remonte à loin : jeunes déjà, ils s'aidaient dans les coups durs, et faisaient régner leur loi sur le quartier. Mais les amitiés d'enfants sont toujours mises par à mal par les évolutions des adultes, dont les idéaux peuvent diverger...

A travers trois périodes, présentées de manière non-chronologique, Leone réussit à dépeindre avec une virtusioté et un dynamisme époustouflant la vie de ce quartier et de ce groupe. Enfants, on suit les débuts des émois sexuels de Noodles, qui se cache dans les toilettes pour espionner Déborah, la fille du cafetier, quand elle répête ses pas de danse, ou d'un autre enfant qui veut échanger une pâtisserie contre les attentions d'une jeune fille, mais ne peut résister à la tentation d'engloutir la gâteau (une des plus belles scènes du film). On découvre comment les liens se nouent, comment la lutte contre l'adversité cimente une amitié indéfectible. Surtout, la violence de cette époque est constamment présente, dans ces milieux où tout est permis et où les policiers sont tournés en ridicule, surtout quand ils se font prendre dans les bras d'une jeune fille qui monnaye son corps et ses faveurs.

Adultes, on découvre les méthodes de ces hommes qui arrivent à faire valoir leurs intérêts à la fois dans les entreprises prohibées, mais également à faire d'un syndicaliste un pantin qui servira toutes leurs activités. La tension est constamment présente, et Leone la rend encore plus palpable en faisant durer les sons, en saturant l'espace sonore, comme avec ce téléphone qui lance véritablement le film, ou cette cuillère qui tourne sans fin dans une tasse, rendant l'intervention de Noodles encore plus forte. A l'aspect film d'action et presque policier (mais où est passé l'argent ?), Leone ne néglige pas l'aspect romantique et sentimental du film, avec notamment une séquence magnifique dans laquelle Noodles invite Déborah dans un hôtel, ouvert spécialement pour lui et dans lequel il a fait venir un orchestre. Les scènes de danse, ou celles sur la plage, sont magnifiques et tristes.

Et en plus de cela, le dénouement du film est également totalement inattendu, avec une confrontation finale de toute beauté et une conclusion sur un camion-poubelle (surprenant, n'est-ce pas !) qui permet des interprétations différentes. Bref, c'est un film merveilleux, qui joue sur tous les registres pour atteindre son but (car même le comique est présent, comme dans la scène de l'hôpital devant laquelle la vie est un long fleuve tranquille paraît un enfantillage).

A cela, il convient d'ajouter des acteurs assez fascinants, et au premier rang desquels Robert de Niro. En incarnant Noodles, jeune homme ayant connu la prison mais qui s'oppose aux méthodes violentes prônées par Max, il arrive à donner à ce personnage une dimension impressionnante.  Face à lui, on trouve un excellent James Woods, qui incarne un Max sans scrupules, usant et abusant de son pouvoir pour obtenir de l'argent et des femmes. Tous les autres rôles sont également très réussis, mais j'ai une tendresse particulière pour Deborah, jouée par Elizabeth McGovern, dont ce fut malheureusement le seul rôle important au cinéma.

Il convient également de mentionner la musique de Morriconne, qui comme dans beaucoup de fims de Leone, est devenue indissociable du film.


Voilà donc un film à voir au moins une fois dans sa vie, mais je suis ûr qu'une fois que vous y aurez goûté, vous aurez un goût de trop peu. Et si vous pouvez le voir au cinéma, je vous garantis que les 3h45 passent comme une lettre à la Poste, tellement l'ensemble est prenant et saisissant. Ahhh, quel film ! 

Le billet de Pascale (qui y a justement regoûté il y a peu)

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 20:09

Jacques Tardi est aujourd'hui un auteur de bande-dessinées connu et reconnu. Ses thèmes de prédilection : les adaptations d'oeuvres littéraires (Léo Malet, Daeninckx), ou leur illustration, en particulier celles de Céline. Ses deux ouvrages les plus célèbres sont deux séries : Le Cri du peuple, qui a pour objet la Commune de Paris, adaptée d'après le roman de Jean Vautrin, et Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste qui enquête sur des phénomènes plus ou moins normaux.

Au niveau des thèmes, deux reviennent constamment dans l'oeuvre de l'auteur : Paris, dont les représentations sont toujours saisissantes, et la Première Guerre Mondiale. C'est ce second sujet qui est ici présenté à travers la vie d'un soldat lors des trois premières années de cette boucherie sans précédent.

Pendant trois années (1914, 1915 et 1916), le lecteur suit un jeune soldat dans les combats, dans ses doutes et dans les horreurs qu'il est amené à voir et à rencontrer. Rien n'est épargné : l'absurdité des assauts, non préparés et qui ne sont que l'occasion de pertes nombreuses, la description des mutilations, des blessures occasionnées par les combats, etc.

L'aspect documentaire est au coeur de cet ouvrage. En utilisant de grandes plages de dessin  (3 cases par planches), Tardi se laisse la possibilité de décrire en détail les paysages ou les matériels utilisés, mais également de mettre en perspective les personnages qui sont au coeur de l'action. Les objets dessinés sont d'une vérité assez frappante, et on sent tout le travail et l'attachement de Tardi pour cette époque, attachement dû aux récits qu'il a entendu dans sa famille concernant cette période.

Tardi fait également un travail remarquable concernant les couleurs. Le gris et le blanc de la neige tranchent avec le rouge du sang qui est répandu. Les tons pâles ne rendent que plus frappants l'utilisation du rouge, qui est l'incarnation de la barbarie des combats qui ont eu lieu en 1914. Tardi s'inspire également d'artistes qui ont connu cette époque, et qui l'ont présentée dans leur travail. Ainsi, la dernière case de l'année 1916 fait référence à une oeuvre d'Otto Dix, artiste allemand qui a beaucoup travaillé sur la guerre (dont une partie des oeuvres est présentée à l'Historial de la Grande Guerre, installé à Péronne, dans la Somme)

En plus de l'indéniable qualité artistique, due à la maîtrise de Tardi, le travail avec l'un des spécialistes de cette époque, Jean-Pierre Verney, apporte une dimension supplémentaire. Chaque année est présentée par l'historien en fin d'ouvrage, qui replace dans leur contexte les événements rapidement décrits par Tardi. Ce travail commun donne donc lieu à un ouvrage précis et riche, qui est une très bonne approche de cette époque sombre et sanglante.

Le second tome, consacré aux années 1917-1918-1919 vient d'être publié, avec un DVD sur les champs d'horreur. 

 

Putain de guerre 1914 - 1915 - 1916, de Jacques Tardi & Jean-Pierre Verney

Ed. Casterman

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 07:35

Jean-Pierre Jeunet, devenu réalisateur star depuis Amélie Poulain, revient avec un nouveau film, pour lequel il a abandonné Audrey Tautou, mais a conservé quelques connaissances : Dominique Pinon, bien sûr, mais aussi André Dussolier. Pour le reste, si les acteurs changent, on retrouve la patte du réalisateur, même si cet opus n'est pas le plus intéressant qu'il ait pu réaliser.


Bazil est un jeune homme pour lequel la vie n'est pas une partie de plaisir. Son père, militaire, a sauté sur une mine. Suite à ce décès, sa mère a plongé dans la dépression, laissant Bazil dans un pensionnat dirigé par les bonnes soeurs. Adulte, Bazil travaille dans un vidéo-club. Un soir, alors qu'il regarde Le grand sommeil qu'il connaît par coeur, une fusillade éclate dans la rue, et Bazil reçoit par accident une balle en pleine tête, qu'il conservera toute sa vie. Sans travail, contraint de faire la manche, son but sera alors de se venger de ceux qui ont détruit sa vie : la Vigilante de l'armement et les arsenaux d'Aubervilliers, qui ont fabriqué les armes sources de ses malheurs. Pour l'aider dans cette aventure, il sera aidé par des marginaux vivant dans une caverne sous le périph qui occupent leur temps à récupérer des matériaux et à fabriquer de nouveaux objets.


J'ai une affectation particulière pour Jeunet, car c'est par Amélie Poulain que j'ai véritablement fait mon entrée en cinéma. Depuis, la vision de Delicatessen ou d'Un long dimanche de fiançailles ont été des moments fort agréables, dans lequel on retrouvait un univers personnel et marquant. Avec Micmac à tire-larigot, Jeunet semble poursuivre dans cette veine, mais l'ensemble s'essouffle. Le film n'est pas mauvais, loin de là, mais certains manques font que cela reste un film agréable, sans plus.


Plusieurs éléments m'ont un peu retenu. Sur le fond, la critique des marchands d'armes est intéressante, et l'opposition des deux directeurs de société (Nicolas Marié, PDG branché, et André Dussollier, vieille école) fournit des moments assez savoureux, comme celui où Dussollier débarque chez son concurrent pour se venger d'un coup tordu. L'apparition d'émissaires africains travaillant pour un dictateur est également une idée de scénario bienvenue, car cela permet de montrer la vénalité des directeurs en question. Malheureusement, la charge ne va pas jusqu'au bout, et reste assez faible. Si ce film est une fable, un conte avec des personnages hors normes, il est tout de même étrange que les sanctions soient aussi peu sévères envers ces hommes ayant détruit la vie de Bazil.


L'autre point qui m'a gêné, c'est la primeur flagrante donnée à l'action, et ce au détriment des personnages. Bien sûr, le titre laisse entendre que la quête de Bazil ne sera de tout repos, mais j'ai trouvé qu'on passait à côté de nombreux personnages. Même Bazil (Dany Boon, bien) et la môme Caoutchouc (Julie Ferrier, très bien) sont assez peu esquissés. Quant aux autres membres de la tribu, que ce soit Tambouille (Yolande Moreau), Placard (Jean-Pierre Marielle), Fracasse (Dominique Pinon), Remington (Omar Sy, l'un des plus convaincants) ou les autres, on ne fait que les survoler. On ne saura jamais vraiment pourquoi ils sont là (ou très vaguement), et comment ce repaire a été mis en place. Si l'intrigue reste intéressante, avec des péripéties inattendues (homme-canon, détournement de la vidéo-surveillance gérée par Urbain Cancelier, libidineux à souhait) l'analyse des personnages reste un peu courte.


Jeunet n'hésite pas à faire des clins d'œil à son travail, que ce soit à ce film (puisque les références y sont nombreuses, avec des affiches parlant du film par exemple) ou aux précédents (le canal et la scène dans le café pour Amélie Poulain, les scènes sur les toits pour Delicatessen). Ces références font sourire le spectateur, mais il faudrait veiller à ce que le travail de Jeunet ne devienne pas uniquement de l'auto-référencement. Mais peut-être clôt-il avec ce film un cycle, qui fut tout de même assez riche.

A noter, ce qui est rare dans le cinéma, l'hommage rendu par Jeunet à Internet qui permet de confondre les deux directeurs véreux. En ces temps de débat sur le piratage et sur la crédibilité des informations délivrées par Internet, ce point me semble assez rare pour être souligné. 


L'avis de Pascale, de Laetitia

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:31

Arnaud Cathrine, romancier, et Florent Marchet, musicien, se sont associés pour élaborer cette oeuvre qui, si elle n'est certainement pas sans antécédent, a le mérite de l'originalité : un roman musical. Plus qu'un CD habituel, Frère animal est vraiment le travail en commun de ces deux artistes, avec un livre qui donne lieu à des représentations sur scène.


La SINOC (société industrielle nautique d'objets culbuto) est l'entreprise qui emploie la majeure partie de la population de la ville. Elle est considérée comme la mère, celle qui fournit à tous les habitants, ses enfants, les moyens de subsistance. Mais certains jeunes souhaitent ne pas avoir à suivre le chemin de leurs parents, entrés par tradition chez Sinoc. Malheureusement, les velléités de Thibault, dont le père et le frère aîné sont entrés chez Sinoc, sont mal perçues. Et lorsque ne pouvant échapper à son destin, Thibault décide de se venger de cette mère nourricière, cela prend un tour qui ne permet pas le retour en arrière.


Le thème central de Frère animal est le monde de l'entreprise. Mais la grande originalité de cette œuvre est de faire de l'entreprise et du DRH les parents d'une famille composée de tous les salariés. En partant de cette filiation, les auteurs pointent la dépendance dans laquelle se trouvent les employés face à ce lieu qui est le seul endroit où travailler dans la région. Par de petites touches sont également abordés les problèmes liés aux entretiens d'embauche avec des questions étranges, ceux des stages souvent non rémunérés,...


Au sein de cette grande famille, on plonge dans la famille classique de Thibault, avec son père, son frère et sa petite amie. Tous plus ou moins liés à Sinoc, ils ne comprennent pas pourquoi Thibault cherchent à s'éloigner de ce lieu qui ne l'épanouit pas. Son père, qui concède que ce travail ne lui plaît pas particulièrement, n'envisage pas d'autre avenir pour son fils, comme si l'avenir de tous les jeunes du coin devait prendre le même chemin que le sien. La peur des livres, passe-temps préféré de Thibault que ses proches ne comprennent pas, est l'un des symboles marquants cette séparation irrémédiable entre les différents membres d'une famille (un peu comme dans ce fameux scetch des Deschiens, savoureux et beaucoup plus comique que la tonalité de ce roman musical (voir plus bas)).


Par de courtes chansons, interprétées par les différents personnages (Thibault, la mère Sinoc, le DRH, le frère ou le père), c'est un univers assez glauque qui est dépeint par les auteurs. Rien ne semble pouvoir tirer les individus hors de ce bourbier qui les attire irrémédiablement. Et le seul moyen de s'en échapper est de recourir à des actes violents et eux aussi irrémédiables.


Je ne connaissais pas Arnaud Cathrine, mais j'appréciais déjà Florent Marchet, dont on sent ici les sujets qu'il a déjà développés dans son précédent album, Rio Baril (sorte de roman musical également, glauque et passionnant), et qui est certainement l'un des jeunes artistes les plus intéressants du moment. Florent Marchet a également participé au dernier album de Clarika, dont il signe la musique des meilleurs morceaux (L'ennui, notamment, magnifique morceau). Comme dans Rio Baril, les personnages semblent condamner à suivre un chemin qui les amènera vers la chute finale.

Pour ceux que cela intéresse, Frère animal est toujours présenté sur scène, avec notamment un passage au Café de la Danse à Paris en décembre. Et Florent Marchet, en préparation d'un nouvel album, sera seul sur scène ce mardi 10 novembre au théâtre Mouffetard, à Paris.

 

En cadeau, un lien vers le sketch des Deschiens, que In Cold Blog nous a gentiment offert il y a quelques mois.

 

Frère Animal, d'Arnaud Cathrine et Florent Marchet

Ed. Verticales

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 17:35

Les problèmes d'immigration ne sont pas l'apanage des pays européens. L'Amérique est elle aussi concernée par ces questions, à laquelle les États-Unis répondent simplement par un mur construit à la frontière mexicaine. Mais l'entrée aux États-Unis est comme souvent précédée de voyages dangereux. C'est un de ces voyages qui nous suivons dans Sin nombre.


Au Honduras, Sayra s'apprête à faire le voyage vers les États-Unis en compagnie de son père et de son oncle. Le voyage n'est pas de tout repos, car sans papiers, il doivent échapper à la douane mexicaine. Pour traverser le Mexique, ils s'installent sur le toit d'un train qui voyage vers le nord. Malheureusement pour eux, des bandes mafieuses règnent sur le Mexique. Casper est membre de l'une d'entre elles, la Mara. Enrôlé jeune dans cette organisation, il commence à s'en détacher, et se rend compte de l'absurdité de cette organisation le jour où sa copine est tuée par le chef de la bande. Mais la déclaration de guerre arrivera juste après, quand Casper tue le chef, sur le point de violer Sayra (la migrante) qui poursuit son voyage. Casper, accompagné de Sayra, doit alors fuir le plus vite possible pour échapper aux tentacules de l'organisation mafieuse.


Le sujet est intéressant : montrer comment les habitants des États d'Amérique centrale arrivent à atteindre les États-Unis, et décrire les conditions de leur voyage. Il montre également comment la société mexicaine est infiltrée et tenue d'une poigne de fer par différents groupes mafieux.


Le premier point évoqué est celui que j'ai trouvé le plus intéressant. Les migrants se suspectent les uns les autres, la solidarité est très largement absente sur le toit de ce train. Surtout, la menace de la douane ou d'un racket par les mafieux est constamment présente, et les voyageurs sont toujours sur le qui-vive, évitant de dormir tous en même temps. On y voit également les passeurs, que ce soit entre le Honduras et le Mexique ou entre le Mexique et les États-Unis, qui font passer leurs clients sur des embarcations de fortune, faite de grosses chambres à air.


Sur la partie de la mafia, j'ai trouvé que certaines scènes étaient gratuitement violentes. S'il est difficile de passer sous silence le fait que l'allégeance à ces organisations est souvent due au risque de subir des violences physiques, le trait est un peu trop appuyé à mon goût, notamment lors des séances de tabassage collectif, préalables à l'entrée dans la Mara. En montrant que Casper n'est jamais en repos, le réalisateur (le jeune Cary Fukunaga, dont c'est le premier film) montre l'étendue de ces organisations capables de mobiliser des membres sur l'ensemble du territoire mexicain.


Mais ma plus grosse réticence est le scénario hollywoodien de ce film. Produit par un studio, on y sent son influence, avec ce voyage entre un jeune garçon en fuite et une jeune fille qui tente d'aller à l'étranger. La scène finale, également, est certes symboliquement forte, mais vraiment trop attendue et faite pour faire pleurer dans les chaumières.


Mais Sin nombre est tout de même un film intéressant, qui vaut le coup d'œil, rien que pour explorer ce monde largement passé sous silence dans nos contrées, où les problèmes d'immigration existent mais sont légèrement différents. (Pour les aspects européens du sujet, voir Welcome ou Nulle part terre promise)


L'avis de Pascale

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 07:45

Comme j'avais pu le dire lors de ma lecture de quelques nouvelles de Maupassant, la période 1870-1871 est assez méconnue, alors qu'elle est une des charnières de l'histoire de l'Europe telle que nous la connaissons. Parmi les éléments les plus connus, bien que peu médiatisés, il y a la Commune de Paris, qui se déroula au printemps 1871. Auparavant, la France a connu une défaite militaire retentissante face à la Prusse, la chute d'un Empire et l'avènement dans la douleur de la République, troisième du nom, et l'Allemagne a eu droit à son unification. Et tout cela en moins d'un an. Ce sont ces événements que Pierre Milza retrace dans cet ouvrage, premier tome qui sera suivi d'un second consacré lui plutôt aux événements de la Commune de Paris.


Si cet ouvrage est intitulé guerre franco-prussienne, c'est parce que celle-ci occupe une large partie des nombreux chapitres de l'ouvrage, tout en laissant la place à des ouvertures passionnantes. Dans le premier chapitre, Milza revient sur les raisons de cette guerre, et en impute la responsabilité à Bismarck et aux prussiens pour qui ce conflit était une occasion d'accélérer l'unification de l'Allemagne au profit de la Prusse, et aux dépends de l'Autriche-Hongrie, en période de déclin mais qui cherche à prendre dans son giron les états allemands du Sud (Bavière, Wurtemberg,...).


Pour la première fois, j'ai pris connaissance de la manière dont s'est déroulée cette guerre. Pas encore mécanisée, elle a fait de nombreux morts des deux côtés. Après une invasion du territoire français par l'Alsace, les prussiens ont ensuite poursuivi leur marche jusque Paris, en prenant Sedan (où fut capturé Napoléon III), puis Metz (défendue par Bazaine, dont la responsabilité militaire est très largement engagée dans la défaite). Quelques ilôts de résistance persistent (Belfort à qui on doit le Lion de la place Denfert-Rochereau, Dijon qui sera reprise par Garibaldi, Paris dans laquelle les prussiens-allemands n'entreront pas) mais la victoire allemande est éclatante, puisqu'ils vont jusque Tours ou Le Mans. La défense, assurée par des milliers de français de métropole ou des colonies, a également été assurée par les volontaires venus de pays étrangers pour défendre la République, comme Garibaldi et ses chemises rouges ou d'autres citoyens venus de pays plus lointains.

 

 

En parallèle se met en place la République. Après la capture de Napoléon, la République est proclamée à Paris le 4 septembre. L'installation fut loin d'être simple, avec un gouvernement coupé en deux, un morceau à Paris (Trochu, Favre, Simon, Ferry) et l'autre à Tours (Gambetta et Freycinet). Les dissensions sont nombreuses, notamment entre les partisans d'un arrêt des hostilités et ceux qui veulent se battre jusqu'au bout (parmi eux, Gambetta ou Clemenceau). Se développent également, à Paris mais aussi à Lyon et surtout à Marseille, des mouvements insurrectionnels demandant l'instauration de Communes, inspirées de la Révolution et qui sont les prémices de celles du printemps. On voit clairement que les républicains, s'ils s'opposent aux monarchistes (orléanistes ou légitimistes) et aux conservateurs, doivent affronter une opposition sur leur gauche, loin d'être nulle. Et comme plus tard en 1919, l'Assemblée élue le 4 février suite à l'arrêt des hostilités est très largement de droite, et elle porte au pouvoir Thiers, ancien proche de Talleyrand et ministre de Louis-Philippe, qui accepte la République, notamment car elle lui permet d'assouvir ses ambitions personnelles (Rien de bien neuf sous le soleil, en quelque sorte).


L'autre point très intéressant de cet ouvrage est de s'intéresser à la vie quotidienne, en particulier celle des parisiens. Car si les prussiens ne sont pas entrés dans Paris, ils ont fait le siège de la ville pendant plusieurs mois. Les sorties militaires ont été des boucheries, et les parisiens ont été contraints de vivre à l'intérieur des remparts (approximativement le périphérique aujourd'hui). L'enthousiasme du départ laisse peu à peu la place à la course pour se nourrir. Les animaux du Jardin des Plantes, comme les rats, les chiens ou les chats seront la nourriture d'une grande partie de la population parisienne, même si certains quartiers sont relativement épargnés, car les plus riches ont des ressources.


Dernière grande guerre européenne du XIXeme Siècle, elle a laissé beaucoup de monde sur le carreau. Tout cela pour permettre aux prussiens de justifier assez facilement l'unification allemande. Pierre Milza est un très bon historien, et arrive à rendre très vivante toute cette époque, en ne passant pas sous silence beaucoup d'éléments souvent ignorés. Un très bel ouvrage, que je conseille vraiment à tous les amateurs d'histoire. Et j'attends maintenant le second tome, pour continuer à explorer cette année terrible, comme l'a qualifiée Victor Hugo, figure majeure de cette période et qui sert à Pierre Milza pour introduire le sujet.

 

"L'année terrible" : la guerre franco-prussienne septembre 1870 – mars 1871, de Pierre Milza

Ed. Perrin

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