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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 07:28

Nicolas Phillibert est un documentariste dont j'apprécie le travail. S'il a acquis une notoriété indéniable grâce au très bon et efficace Etre et avoir, il a choisi de ne pas s'appuyer sur cette renommée, et de continuer son travail de fond. Après un retour sur les traces d'un film dont il fut assistant réalisateur, Moi, Pierre Rivière, et avant un documentaire consacré à la Maison de la radio, il a installé ses caméras dans la ménagerie du Jardin des Plantes, à Paris. L'objet de son attention : Nénette, une femelle orang-outang, l'animal le plus âgé de la ménagerie du haut de ses quarante ans.

  

Phillibert place ses caméras face à Nénette et sa descendance, qui partage sa cage au zoo. Car il fait le choix de concentrer son regard sur l'animal, ne laissant apparaître le visiteur que par la bande-son. Idée forte et éclairante, car les commentaires drôles, naïfs ou tendres apportent au film une pointe de tendresse.

 

Hormis les commentaires, Nicolas Phillibert laisse la paroles aux soigneurs, qui racontent leur expérience avec cette femelle au caractère pas toujours facile. D'apparence dolente et calme, elle a ses humeurs, comme l'explique très bien cette soigneuse qui a mis six ans pour se faire accepter par Nénette.

  

Mais la vraie star du film, c'est elle. De presque tous les plans, avec cet air détaché quand l'extérieur fait du bruit ou manifeste, elle semble être indifférente au temps qui passe. Sa vie est rythmée par le goûter, où elle boit, prend un yaourt et sa pilule (pour éviter qu'elle ait des enfants avec son propre fils), et les quelques balades sur les cordes de sa cage. Bien entendu, on ne peut pas ne pas penser au plus célèbre orang-outang du cinéma, le Roi Louis du Livre de la jungle, tant les attitudes de Nénette font penser à celle de ce roi de pacotille.

Un court moment passé avec Nénette (le film dure 1h10), tout à fait charmant et intéressant (où on apprend que l'orang-outang est l'un des seuls animaux qui ne produit aucun son (hormis pendant la saison des amours). Mais savez-vous quel autre mammifère est muet ? Allez, un petit cadeau au premier qui donnera la réponse ! (grande première dans ce lieu, eh oui, tout arrive !)

 

Autre film de Nicolas Phillibert : Retour en Normandie (qui me fait plonger dans les archives de ce blog. Mon Dieu, que de temps passé !)

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 07:38

Après le dur Head-on et le magnifique de l'autre côté, Fatih Akin revient sur les écrans dans un genre un peu inattendu pour lui : la comédie. L'aspect social est omniprésent, comme on pouvait s'y attendre, mais ce qui caractérise ce film, c'est le burlesque et l'outrance assumés des situations.

 

A Hambourg, Zinos est propriétaire d'un restaurant, le Soul Kitchen, installé dans un ancien entrepôt. Mais sa vie bien rangée est mise à mal. Entre le départ de son amie journaliste pour la Chine, les ambitions immobilières d'un ancien camarade aux méthodes de voyou et l'embauche de son frère par le biais d'un contrat lui permettant de sortir de prison, Zinos est dérouté. Et quand le mal de dos s'en mêle, c'est un vrai cataclysme qui s'abat sur le monde qu'il s'est construit.

 

Fatih Akin filme drôlement bien la ville. Après les plans magnifiques d'Istanbul dans De l'autre côté, c'est ici Hambourg qui a droit au regard du réalisateur allemand. On y découvre ce grand port, et la population de personnes modestes qui y vivent. Le retaurant de Zinos, sans prétention, sert de cantine aux habitants du quartier, qui lui demande des fritures ou de la purée. Alors, quand un nouveau chef aux ambitions culinaires arrive, c'est la révolution, et le début des ennuis. Mais c'est aussi le début de l'amusement pour le spectateur. Car ce chef, incarné par Birol Unel (Head-on), est misanthrope, imbu de sa personne et de sa cuisine, et fréquent lanceur de couteau. Il donne en quelque sort le signal de départ à cette comédie.

 

Les personnages sont assez irrésistibles, que ce soit Zinos (Adam Boudouskos) qui combat une hernie discale comme il le peut, mais qui prend tout de même part à un cambriolage, ou son frère Ilias (Moritz Bleibtreu) qui perd tout le capital de son frère au jeu. Les personnages secondaires méritent également le détour. Comédie aussi car l'intrigue est des plus irréalistes qui soit, les situations se dénouant par des biais assez rocambolesques. Bref, il faut accepter l'outrance et l'exagération, car c'est bien cela qui définit le film, comme en témoigne la scène où Zinos se fait remettre le dos en place.

 

Alors, on retrouve bien la patte de Akin, notamment par le biais de la bande originale très soignée comme toujours, et qui accompagne les bons moments du film, comme cette soirée où tous les clients du bar avalent à leur insu une grande quantité de nourriture aphrosdisiaque. Un moment très plaisant donc, dans la banlieue hambourgeoise, qui n'a pas la richesse et la densité des drames de Fatih Akin, mais qui permet de se dérider assez facilement.

 

L'avis de Pascale (qui a ri à gorge déployée),  Sandra (qui s'est ennuyée) 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 17:52

Wajdi Mouawad fait partie des auteurs de théâtre dont j'aime suivre le travail. Après une découverte enthousiaste de Forêts, je suis resté un peu sur ma faim avec Seuls ou Littoral. Surtout, il a commis le sacrilège (osons le mot !) de travailler sur ce maudit Tramway ! Alors, quand il s'est agi de voir sa dernière création, dernière partie de sa quadrilogie Le sang des promesses, j'étais un poil inquiet. Mais ce garçon sait rebondir, et j'ai trouvé que Ciels est vraiment une belle pièce.

 

Dèjà, le dispositif scénique est particulier. Le spectateur entre dans une grande boîte, au centre de laquelle se trouvent des tabourets pivotants. Autour de lui des murs blancs, rien qui ne laisse imaginer une scène de théâtre. Puis, après une ouverture pendant laquelle le spectateur découvre qu'on le prend pour une statue dans un jardin, il découvre les lieux de jeu : dans les murs, différentes niches figurent soit une salle de travail, soit les cellules individuelles des protagonistes.

 

Dans cette équipe travaillent cinq individus, faisant partie d'une cellule anti-terroriste (mais pas de Jack Bauer ici !). Un des membres vient de suicider, alors qu'il était sur le point de découvrir la clé de l'enquête. Pour le remplacer, on a fait appel à Clément Szymanowski, informaticien pris de haut par ses coéquipiers. L'intrigue tourne donc autour de la résolution de cette énigme terroriste, entre interrogation d'un tableau du Tintoret et révolte de la jeunesse, mais interroge aussi les rapports entre parent et enfants, homme et femme, autorité et désobéissance.

 

Mouawad ancre sa pièce dans un fait totalement contemporain : comment faire face aux menaces terroristes, et comment s'organiser pour les prévenir et les éviter. Ici, nous sommes en immersion avec cette équipe secrète : personne ne sait qu'ils sont là, ni pourquoi. Et le suicide de l'un d'entre eux, Valéry, les oblige à poursuivre cette mission alors qu'ils comptaient rentrer chez eux pour Noël. Mouawad y donne à voir toute la tension de ce monde clos, où l'autorité cède parfois le pas à l'autoritarisme, où les conflits mondiaux induisent des tensions entre individus. Monde clos dans lequel cohabitent des individus aux destinées très différentes, mais contraints de travailler en commun : une femme pour quatre hommes, des centres d'intérêt et une approche du problème variés, voire contradictoires.

 

Hormis le manque de confort lié aux tabourets, l'ensemble de la pièce est une belle réussite. De par l'installation scénique, qui entoure littéralement le visiteur, comme lors de la visio-conférence mondiale, ou par l'utilisation du son qui plonge le spectateur au coeur de bombardements, l'originalité du dispositif est l'une des forces de la pièce. Mais elle doit aussi à l'énergie des acteurs, en particulier à Stanislas Nordey, qui incarne Szymanowski, ami de Valéry qui découvre petit à petit la clé de la tentative terroriste et du suicide de Valéry. Malheureusement, trop tardivement, car la tragédie ne pourra pas être évitée, et prendra même une tournure personnelle pour un des membre de l'équipe.

 

Une belle clotûre de la quadrilogie, qui me permet de renouer avec mon admiration et mon plaisir à assister aux pièces écrites et mises en scène par Mouawad.

 

Autres pièces de Mouawad : Littoral, Forêts (première et troisième pièces de la quadrilogie), Seuls

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 14:30

Je crois que je commence à accepter ce que j'avais du mal à faire jusque-là : abandonner un livre dont je sens que la lecture sera longue et laborieuse. C'est exactement ce que j'ai fait avec le dernier roman d'Elisabeth Jacquet, dont je n'ai malheureusement pas eu le courage de poursuivre la lecture.

 

Pourtant, le titre, évoquant Flaubert et sa fameuse phrase au sujet de Emma Bovary a l'avantage de me séduire à peu de frais. Bien que ne connaissant pas Anna Karénine, je m'imaginais pouvoir plonger dans le roman sans trop de difficulté. Pourtant, les obstacles furent nombreux et parfois inattendus.

 

Car l'idée d'Elisabeth Jacquet est de raconte la vie d'Alice Quester, jeune femme qui aime tracer des parallèles entre l'existence qu'elle mène et celle d'Anna. Plus largement, elle cherche dans le comportement de ses proches les caractéristiques des personnages de Tolstoï, et plonge même dans la biographie de l'auteur russe. Mais sa présentation des passages d'Anna Karénine ressemble trop à des résumés un peu scolaires pour être embarqué. Surtout, n'ayant pas lu le roman initial, j'avais l'impression de découvrir rapidement une histoire qui originellement prend le temps de s'installer. Ici, en quelques lignes, les amours et les hésitations d'Anna sont évacuées.

 

Mais le souci principal que j'ai rencontré dans ma lecture ne vient pas de là. Ce qui m'a finalement poussé à jeter l'éponge, c'est la narration et l'écriture très hachée utilisée par l'auteur. J'avais l'impression de lire de courts paragraphes, me faisant sauter d'un personnage à l'autre sans que j'ai le temps de m'y intéresser vraiment. Au final, ce sont des ombres, et la confusion et la résignation l'ont emportée sur mon envie de continuer cette lecture.

 

Je n'aurai peut-être pas parlé de ce roman si je ne l'avais pas reçu dans le cadre de Masse critique, mais puisque la règle du jeu veut que le livre est envoyé contre un billet, je ne me suis pas posé trop de questions. Mais autant dire que celui ou celle qui veut ce livre n'a qu'à se signaler, je serai ravi de le lui envoyer, afin de donner une nouvelle chance à ce roman dans les mains d'un ou d'une autre.

 

Anna Karénine, c'est moi, d'Elisabeth Jacquet

Ed. Philippe Rey

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:17

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/72/46/70/19182073.jpgTony Gatlif a enfin franchi le pas, celui de raconter la chasse aux gitans menée par la France vichyste, projet qui lui tenait à coeur. En même temps que la parution du roman, écrit avec Eric Kannay, sortait donc sur les écrans Liberté.


Gatlif est fidèle a ce qui fait sa marque de fabrique : une histoire forte, portée par le communauté gitane, en particulier sa musique. Car si le sujet est difficile, le réalisateur n'oublie pas de faire entendre, comme toujours dans ses films, la musique de cette communauté. Que ce soit dans les rues lorsqu'ils font la quête, dans un bal ou devant des poules pour les faire pondre (scène très drôle), la musique est omniprésente, au plus grand ravissement des oreilles du spectateur.


L'autre marque de fabrique, c'est la générosité dont fait preuve Gatlif, sensible à l'écran. Générosité envers les personnages,qu'ils soient gitans ou non. Ainsi, Théodore, le maire et vétérinaire du film incarné par Marc Lavoine, sobre et efficace, ou Melle Lundi, jouée par Marie-José Croze, font preuve, chacun à leur manière, d'un altruisme et d'une solidarité admirable. Mais la générosité de Gatlif est également très sensible dans le personnage de Taloche (James Thierré, un véritable funambule). Simplet, il voue une admiration secrète pour Melle Lundi, et décide d'assister aux cours qu'elle donne uniquement pour la voir. Malheureusement, les gitans n'étant pas habitués à rester assis sur une chaise, les cours tournent courts.


Mais Gatlif n'oublie pas non la réalité historique, et montre clairement l'implication de la police française dans la traque contre les gitans. D'ailleurs, Théodore est lui-même d'abord enclin à faire respecter les lois de la France pétainiste, qui interdit aux gitans de voyager avec leurs roulottes. Sa lecture du texte de loi exprime bien cette ambivalence entre la volonté de faire respecter la loi et celle d'aider ces gens qu'il voit tous les ans, et qui ne viennent dans le village que pour participer aux vendanges.


Un très joli film, efficace et qui représente bien ce qu'a pu être cette France des années 1942-1943-1944, prise entre révolte, volonté d'aider les plus faibles, adhésion aveugle aux thèses les plus infâmes ou collaboration éhontée. Film qui permet également de voir Rufus, émouvant lorsqu'il découvre le campement gitan vide, et une représentation des camps d'internement des gitans, gérés par la police française et évoquée dès le générique avec une très jolie ouverture sur les barbelés. Bref, un film que je conseille vivement !

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 07:47

http://www.oulipo.net/oulipiens/docannexe/image/13357/img-1.pngQuelques mousquetaires est un recueil de nouvelles, qui nous emmène des étagères d'une bibliothèque qui a du mal à compter au salon d'Erasme, en passant par divers détours dans l'univers concentrationnaire. Un joli regroupement de textes, aux tailles, styles et sujets variables, mais qui mérite de s'y plonger.


Quelques mousquetaires est le nom de la première nouvelle. Par l'évocation des soldats de Louis XIII, le lecteur est immédiatement embarqué chez Dumas, et c'est effectivement dans les livres que nous emmène ce premier texte. Malheureusement, le propriétaire de la bibliothèque est perdu : tous les romans comprenant des chiffres ont été modifiés, chaque nombre gagnant une unité. On découvre ainsi les quatre mousquetaires (la vérité l'emporte enfin ! Enfin, presque, car ils sont bien entendu cinq, dans cette nouvelle version), 1985 de Orwell ou Vol 748 pour Sydney. Ce dérangement chiffré est le début d'une longue maladie de l'auteur, dont on ressent ici l'amour pour les jeux littéraires, tout membre de l'Oulipo qu'il est.


Hormis cette première nouvelle légère, mais pas tant que ça, le reste du recueil est plus sombre. Le géranium, Mon frère David et Mouvement blanc sont toutes liées, de près ou de loin, au milieu des camps de concentration. Que ce soit par des souvenirs, comme ce géranium aperçu à Belzec qui devient involontairement un instrument d'assouvissement de la vengeance, ou par des rencontres inattendues, Hervé Le Tellier dépeint l'enfermement et le traumatisme causé par celui-ci. Dans Mon frère David, ce sont deux jumeaux qui tentent de survivre dans cet enfer. L'intrigue de Mouvement blanc est centrée autour d'un jeu d'échecs, qui permettra à un ancien champion de découvrir, par le jeu d'un adversaire qu'il ne voit pas, que son partenaire est un ancien champion qu'il a bien connu. Et de savoir, lorsque le jeu n'est plus cohérent, qu'un malheur est arrivé à son ami. Impossible, avec cette nouvelle, de ne pas penser à Zweig et son formidable Joueur d'échecs.


L'auteur a néanmoins la bonne idée d'alterner ces trois nouvelles avec d'autres sujets. Dans L'orage en août, il raconte la rencontre entre Erasme et ses disciples humanistes, Faust, qui a pactisé avec de Diable, et Luther, venu incognito, qui tente d'échapper aux catholiques. Nouvelle aux tonalités fantastiques, dans un décor moyen-âgeux et rustique évoquant Bruegel ou Marguerite Yourcenar de L'oeuvre au Noir, elle embarque le lecteur dans une discussion endiablée sur la religion et le rôle de l'inquisition. L'avant-dernière nouvelle, Le cadeau, la plus courte et la plus malicieuse, est également une jolie évocation du deuil et de la séparation.


Un joli recueil, qui permet une entrée en douceur dans la conséquente bibliographie de l'auteur, dont le dernier roman, Assez parlé d'amour, m'intrigue pas mal...

 

Quelques mousquetaires, d'Hervé Le Tellier

Ed. Le Castor Astral

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 12:12

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/73/11/43/19207917.jpgVoici un film dont le casting est alléchant (George Clooney, Ewan Mc Gregor, Jeff Bridges ou Kevin Spacey,...), la trame du film intrigante (la description d'une unité parallèle de l'armée américaine spécialisée en phénomènes paranormaux), mais qui reste malheureusement une anecdote cinématographique : quelques passages plaisants, d'autres plus attendus, un ton qui se veut comique mais tombe souvent à plat. Un peu comme si le réalisateur, Grant Heslov, était passé à côté de son sujet.


Allez, un court résumé, pour la route : Bob Wilton, journaliste en galère largué par sa femme, décide de la reconquérir en partant enquêter en Irak. Il y fait la rencontre de Lyn Cassadi, l'un des esprits les plus forts de cette unité spéciale dont il a déjà entendu parler. Tout en voyageant dans le désert, Lyn lui raconte comment l'équipe a été montée puis sabotée.


Le ton du film est résolument comique, et se veut décalé. Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas, car il ne suffit pas de voir Jeff Bridges en chemise hawaïenne et collier de fleur en responsable militaire pour créer une véritable situation comique. Il y a un écart entre ce qu'a voulu dire le réalisateur, et la manière dont il le fait. Le tout est très léché, propre, loin de l'esprit foutraque qu'il veut faire entrevoir. Ainsi, lors de la scène presque finale où toute la base est sous l'emprise de LSD, les gesticulations de Kevin Spacey ne peuvent à elles seules tirer le film vers le haut.


Alors, on ne passe pas un mauvais moment, mais c'est exactement le genre de film dont on oublie tout ou presque une fois sorti. Les chèvres du titre jouent finalement un rôle assez anecdotique, et l'ensemble est trop décousu pour être crédible.


Tout de même, l'idée de la construction avec insertion de retours dans le passé est assez intéressante et permet de rompre la monotonie de l'action. Et il y a un passage très drôle, liée non pas à un comique de situation (car je crois que le réalisateur et/ou le scénariste ne sont pas bons dans ce registre) mais à un comique absurde : George Clooney explique à Ewan McGregor qu'il vient d'être victime du Dim Mak, le geste qui tue. Sauf qu'on ne sait pas quand il tue ! Par ce simple extrait, on comprend alors toute la folie et la paranoïa du personnage, bien plus que ce que laisse voir le reste du film. Mais hormis ce passage, vous pouvez aisèment vous passer de cette toute petite chose.

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 08:50

http://www.colline.fr/pics/0.464957001263562329.jpgAprès l'expérience difficile du Tramway (oui, j'en parle à nouveau, mais il faut exorciser ce type de traumatisme), je suis allé voir une autre pièce « d'après » un auteur connu et reconnu du monde théâtral. A la mise en scène, Guillaume Vincent, et dans le rôle de l'inspirateur, Frank Wedekind, avec sa pièce la plus célèbre, L'éveil du printemps. Si le « d'après » n'est pas usurpé, mon impression de spectateur est tout de même beaucoup plus enthousiaste, car certains choix peuvent être critiquables, mais l'ensemble a une résonance finalement assez forte.

La pièce de Wedekind (que je ne connaissais que de nom) met en scène un groupe de jeunes gens qui au sortir de leurs études découvrent l'attirance sexuelle. Les émois ressentis ou provoqués, les relations qui se tissent entre les amis sont au coeur de la pièce, ainsi que les tourments que ressentent certains d'entre eux, en particulier Moritz, qui connaîtra un destin tragique.

Guillaume Vincent axe sa mise en scène sur l'enfance, et même sur les traumatismes de l'enfance. Ce sont eux qui semblent dicter les comportements des personnages. La scène d'ouverture est de ce point de vue éclairante et très réussie. Trois personnes répètent un morceau dans un studio. Dehors, des pétards, et intrigués par le bruit, les jeunes gens sortent tour à tour, pour ne plus revenir. Le tout est accentué par une marionnette qui se déplace sur le plateau. Bref, une référence explicite au film d'horreur, qui fonctionne parfaitement.

Par la suite, on retrouve certains éléments de cette horreur qui touche les membres du groupe, comme lors de ce procès pendant lequel est jugé Melchior, le meilleur ami de Moritz. Les juges, aux voix métalliques et aux costumes roses parodiant les super-héros, sont inquiétants à souhait. A d'autres moments, la mise en scène laisse entendre le texte de Wedekind, reconnaissable par l'emploi de certaines tournures parfois désuètes.

Le petit péché de ce spectacle est de parfois laisser traîner en longueur certaines scènes, ce qui fait retomber l'ensemble. Après la scène d'ouverture, on assiste à une scène de danse, ou d'euphorie collective, mais la longueur de cette scène fait que le message se brouille. De même, mais là j'ai trouvé la scène ratée, lorsqu'il représente les sévices que subit Melchior en prison. Son agent à la voix militaire est irritant au possible, et l'outrance sans grand intérêt.

Autre petite remarque, mais il semble, d'après ce que j'ai lu, que c'est aussi le cas dans la pièce de Wedekind, l'aspect collectif du groupe est assez peu sensible. On ressent certaines individualités, comme Moritz (joué par Nicolas Maury, très bon), Melchior (Cyril Texier) ou Wendla (Pauline Lorillard), car elles ont de la place pour s'exprimer. En revanche, les autres personnages sont esquissés plus qu'incarnés, ce qui est un peu dommage.

Mais cette relecture de l'éveil du printemps est finalement assez intéressante, parfois déroutante et déstabilisante, mais elle ne laisse pas indifférent. Ce qui est essentiel, au théâtre.

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 07:54

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/2/4/0/9782070122042.gifCharlotte est morte. Elle s'est suicidée, en mars 2007. Son dernier compagnon décide de lui écrire, de relater les derniers instants qu'ils ont passés ensemble : leur rencontre au Salon du Livre, leurs vacances à Djerba, la relation de Charlotte avec un skipper. Charlotte décide de répondre, depuis l'au-delà, aux missives de son compagnon, en particulier pour lui reprocher sa manière de travestir les faits.

Lacrimosa débute comme un roman de Jauffret : la description de la mort de Charlotte, par pendaison, le jour où elle rentre dans sa famille. Les réactions des personnages sont outrées, comme celle de la mère qui refuse de lâcher la corps de sa fille, leurs caractères peu réalistes, et le cynisme si présent chez Jauffret affleure dans toutes les situations, en particulier avec l'arrivée du médecin qui doit constater la mort. Puis, la tonalité change peu à peu, par le biais des interventions de Charlotte. En dénonçant explicitement le fait que l'auteur des lettres utilise les faits à des fins romanesques, elle remet en question le droit de l'auteur à raconter une histoire vraie dans un roman.

Les interventions de Charlotte, depuis l'endroit où elle repose, influent sur la manière dont celui qui reste narre les faits. Plus fidèle, moins sombre, il décrit les moments de plaisir qu'ils ont eu à deux, à Djerba, les moments de doute, lorsqu'il sait qu'elle ne rentre pas pour passer la nuit sur le bateau du skipper. Bref, Lacrimosa permet de découvrir Régis Jauffret de manière plus intime, car il utilise moins ce cynisme et cet humour noir qui ont fait sa marque. Néanmoins, il ne peut s'empêcher d'y avoir recours, à nouveau, dans les dernières pages du roman.

L'histoire de Charlotte est vraie, elle a été vécue par Jauffret. Le coup de foudre inattendu, les quelques mois de bonheur et la fin, subite, brutale. Mais il parvient à s'éloigner du simple témoignage pour en faire une œuvre de fiction, liée à l'événement, mais qui va également au-delà. J'avais déjà eu cette impression lorsque j'ai vu Régis Jauffret lui-même, sur scène, dans un spectacle construit à partir du roman. Un beau livre, d'une certaine façon pudique tout en étant une véritable oeuvre littéraire.

L'avis de Laetitia, que je remercie pour le prêt.

Autre roman de Régis Jauffret : Microfictions

 

Lacrimosa, de Régis Jauffret

Ed. Gallimard

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 20:00

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/74/18/83/19251725.jpgUne famille, dans le salon d'une maison bourgeoise, dit au revoir aux dernières connaissances venues à l'enterrement de Charles, l'un des fils de la famille. Tout le monde entoure Marianne, la mère de Charles, Guillaume, son frère, et Delphine, sa fille. Manque à l'appel Frédérick, le père, qui a décidé de ne pas assister aux funérailles, ce qui a le don d'énerver au plus haut point Guillaume. Mais lorsque le père dévoile pourquoi il n'a pas assisté à l'enterrement, toute la famille est secouée par ce qu'il leur raconte.


Quel plaisir de retrouver le duo Ducastel/Martineau avec ce film ! Le thème, un secret de famille dans une famille bourgeoise, et le ton, un huis-clos dans une maison de famille perdue dans la forêt, surprennent, car ils ne correspondent pas forcément à l'univers habituel des deux réalisateurs. Pourtant, ils se révèlent extrêmement doués pour dépeindre avec délicatesse ce petit univers clos sur lui-même.


Chaque personnage, en quelques images, quelques scènes-clés, prend de l'ampleur, de l'épaisseur, et ils vivent tous devant nous. Au centre de la famille, il y a le couple de Frédérick et de Marianne, couple qui a connu une histoire mouvementée, mais dans lequel on sent toute la tendresse, tout l'amour qui les unit. Guy Marchand et Françoise Fabian sont admirables de sobriété, et chacun réussit à faire sentir dans son personnage le poids du passé. A leurs côtés, on retrouve le frère défait (François Négret, l'inconnu du casting, mais qui ne démérite pas) par la mort de Charles et par l'aveu de son père. Blessé surtout car Charles connaissait ce secret, contrairement à lui, laissé à l'écart. Et puis il y a la famille de Charles, son ex-femme, qui fait de la demeure de ses ex-beaux parents un refuge, un endroit où elle se sent à l'aise. Sa discussion nocturne avec Marianne est passionnante, touchante. Catherine Mouchet donne à ce personnage une distance, une forme de naïveté (son « mais qui n'a pas de problème avec son papa ou avec sa maman » restera dans les annales) qui apporte une touche de légereté bienvenue au film. Puis il y a la fille, Delphine (Sabrina Seveycou) et son compagnon (Yannick Rénier, que j'aime vraiment beaucoup). C'est elle qui va vivre le plus mal la révélation de son grand-père, et ce qu'elle apprend de son père la blesse, comme si elle ne voulait pas y croire. D'abord peu touchée par la mort de son père, elle découvre peu à peu tout ce qui lui a manqué. Heureusement, Rémi est là pour essayer de faire le lien entre les membres de la famille, et pour prendre en main la logistique.


L'autre point fort de ce film est la musique, Wagner que Frédérick écoute en boucle et avec lequel il réveille la maisonnée tous les matins. Manie dont on découvrira les raisons intimes au cours du film. Et il y a cette scène, où Catherine Mouchet choisit de mettre un concerto de Mozart, uniquement car il fait pleurer. Et effectivement, Delphine pleure (et je l'ai accompagnée, d'ailleurs), dans les bras de Rémi. Scène que j'ai trouvé magnifique, à l'image de l'ensemble du film, pour lequel j'ai une immense tendresse (comme pour beaucoup des oeuvres de Ducastel et Martineau, comme Jeanne et le garçon formidable, merveilleux, ou Crustacés et coquillages, sur un autre registre mais tout aussi intelligent). Bref, découvrez les films de Ducastel et Martineau, car ils sont vraiment tous très bons !

Autre film de Ducastel et Martineau : Nés en 68

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