Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 10:16

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/70/50/86/19216826.jpgLa terre de la folie est un étrange documentaire. Luc Moullet, réalisateur et narrateur, a décidé de retourner dans les Alpes de Haute-Provence, dont il est originaire, pour enquêter sur les actes criminels de la région, très nombreux. Parmi ceux-ci, on en trouve un perprétré par un membre éloigné de sa famille. Il délimite un pentagone dont le centre est Digne-les-Bains, et les sommets Sault, Manosque ou Castellane. Et il se promène dans ce pentagone, découvre les meurtres, immolations ou autres suicides qui y ont eu lieu. Pour lui, différentes explications peuvent être avancées pour décrire cette spécificité, mais ce documentaire est un moyen pour Luc Moullet de revenir sur sa propre part de folie.


La narration est on ne peut plus classique. Luc Moullet nous raconte en majorité des histoires, avec l'aide des habitants de différents bourgs où ont eu lieu ces crimes. On y parle à la fois d'affaires familiales, d'adultères, de violences gratuites, mais aussi de certaines qui ont défrayé la chronique, comme l'affaire Dominici ou celle de cette femme qui a été retrouvé découpée en morceaux dans la ville de Digne. La suite de ces événements macabres est tellement incroyable que cela en devient cocasse, malgré tout. Car devant cette accumulation, on est obligé d'imaginer qu'il y a une raison pour laquelle ce territoire est autant marqué par ces événements tragiques.


Luc Moullet avance différentes raisons : la forte radioactivité du site, suite au passage de Tchernobyl (mais cette explication ne tient pas pour les événements plus anciens), le manque d'iode, qui entraîne un ralentissement de l'activité, l'implantation de nombreuses sectes, le paysage désolé de cette région, où poussent les cailloux, le vent fort de ces hauts plateaux  ou la solitude... Bien entendu, les relations consanguines peuvent être une autre explication.


Mais chercher pourquoi n'est le propos principal de Luc Moullet. A travers ce documentaire, il souhaite montrer qu'un acte de folie meurtrière peut toucher n'importe qui, que les victimes subissent souvent des coups de la part de personnes qu'ils connaissent. Et mine de rien, Luc Moullet annonce que les crédits de l'hôpital psychiatrique ont été diminué, et rappelle, facétieux, que Jacques Chirac avait une fille psychoïde, ce qui n'est le cas du Président actuel. Les interventions de René Fregni, romancier qui fait part de son travail d'infirmier, sont également bienvenues.


Long-métrage très peu diffusé (deux salles dans Paris, deux en banlieue parisienne), La terre de la folie vaut vraiment le coup d'oeil. Et loin d'être une œuvre désincarnée ou simplement absurde, Luc Moullet n'hésite pas à revenir sur les propres fêlures de sa vie. Bref, un film déroutant, mais emballant !

Repost 0
19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 22:00

Yuan Zhao, artiste renommé dans le milieu de l'art contemporain et de la performance, bénéficie d'une opportunité pour exposer aux États-Unis. Logé chez les Travers, il a en charge un cours d'art dans un collège réputé. Cece Travers, la mère de famille, est ravie de le recevoir. Entourée de Gordon, son mari, et de ses enfants Olivia et Max, elle met tout en œuvre pour que Yuan Zhao se sente le mieux possible : elle a aménagé la maison de piscine, se passionne pour l'œuvre de Yuan Zhao et veille, par le biais de son activité au collège, sur les élèves de son pensionnaire, parmi lesquelles Olivia. Mais l'arrivée inattendue de Phil, son beau-frère avec lequel elle a eu une relation, met en lumière les difficultés de son couple. Difficultés que la présence de Yuan Zhao ne fait que voiler...


J'ai une impression mitigée sur ce roman. Il est agréable à la lecture, intéressant dans ces deux parties principales, mais laisse un goût de trop peu, un sentiment d'inachevé.


Une de ces parties consiste en la description de l'arrivée de l'artiste chinois dans cette famille américaine aisée. Le Travers ne sont en effet pas dans le besoin, et la piscine est le symbole de cette aisance. Gordon Travers est psychologue et a connu un important succès de librairie, qui a assis sa place à l'université. Olivia est une élève brillante, membre d'une troupe de danse qui vient de faire un voyage en France, mais Max, le fils, pose plus de problème. Sa petite amie n'est pas forcément la bienvenue dans la famille, car venant d'un milieu qui n'est pas celui des Travers. Ce petit monde riche, fermé sur lui-même, est mis à mal par l'arrivée de Zhao, mais surtout par le retour de Phil. Ayant eu une liaison avec son beau-frère, Cece est mal à l'aise, et elle va essayer de le cacher derrière son activité pour intégrer Zhao. On découvre donc la vie de cette famille, plutôt intéressante d'ailleurs.


L'autre pan du roman est consacré à la vie de Yuan Zhao à Pékin, dans l'East Village. Cette zone de la capitale chinoise est connue, au début des années 90, comme le repère des artistes contemporains, que le pouvoir refuse. Les œuvres, éphémères, mettent les corps à nu, leur font subir des sévices au nom de l'art. Cette plongée dans le monde artistique de cette époque et de ce pays, est très instructive, et permet d'en connaître un peu la face cachée. Cette partie de l'intrigue permet aussi une réflexion intéressante sur la question de la propriété de l'œuvre : en tant qu'œuvre éphémère, les seuls traces de ces expériences sont les photos, et l'artiste photographe, comme le performer, revendiquent la paternité de ces photos. Débat qui n'est pas tranché, mais la question est intrigante.


Malgré cette intrigue sur deux plans qui tient la route le long des 450 pages, il manque des éléments pour en faire une histoire forte. Yuan Zhao a un secret, mais le dévoilement, à la fin du roman, est un peu un pétard mouillé. Les œuvres déroutantes de June Wang, à base de poissons morts, apportent un côté absurde et drôle, comme le voyage du galago en avion, mais ces moments sont trop peu nombreux pour emporter une adhésion plus forte. Bref, un moment pas désagréable, plutôt plaisant même, mais trop lisse pour susciter l'enthousiasme.


Merci à BOB pour l'envoi de ce roman, où vous retrouverez (prochainement, je pense) les avis de Biblio, Keisha, Yv, Goelen

Repost 0
17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 13:05

 

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/70/32/36/19201260.jpgAlexandrie, IVe Siècle après Jésus-Christ. Sous domination romaine, la ville est partagée entre chrétiens, dont la religion est désormais reconnue, juifs et païens, qui adorent les dieux hérités des divinités égyptiennes (comme Sérapis, dont les chrétiens se moquent du pot de fleur qu'il a sur la tête). Les païens dirigent la bibliothèque, centre du savoir. Dirigée par Théon, elle accueille des étudiants de toutes les religions. Parmi les professeurs, on compte Hypathie, philosophe et astronome, qui cherche à découvrir le secret de la gravité ou celui des orbites des planètes du système solaire. Mais les querelles religieuses mettent à bas toute cette société, et Hypathie, convoitée par différents hommes, préfère se réfugier dans ses recherches.


Agora est le premier péplum que je vois au cinéma. J'étais passé au travers de Troie ou d'Alexandre, mais il y a, dans cette version par Amenabar, un aspect historique et scientifique (le mot est un peu fort, mais je n'en trouve pas d'autres) qui m'attire.

 

Plusieurs enseignements sont à tirer de ce film :

  1. J'ai bien fait de ne pas y aller pour l'aspect purement péplum. Les batailles à couteaux tirés, les coups qui pleuvent (ou les pierres, car la lapidation est à la mode) ne sont pas ma tasse de thé. Ces scènes sont toujours trop longues, trop explicites, et frisent parfois le grotesque, comme lorsque la caméra tourne autour de Théon, seul au milieu du champ et qui n'est attaqué par personne. Le plus grotesque étant un empalement inutile sur une grille de l'église lors de l'attaque des chrétiens par les juifs.
  2. Le fond historique est plutôt bien rendu, avec ces querelles religieuses. Il y aurait certaines invraisemblances historiques, mais j'avoue ne pas les avoir remarquées. Les extrémistes chrétiens, tout de noir vêtus, sont effrayants, et font bien entendu penser à d'autres extrémistes, aujourd'hui au service d'une autre religion. Comme souvent, un film historique est vraiment intéressant lorsqu'il entre en résonance avec des faits actuels ce qui est le cas ici. Mais on voit bien que les opprimés changent facilement de camp.
  3. L'histoire d'Hypathie est elle aussi assez intéressante, plus pour sa partie scientifique que pour ses histoires de cœur (enfin, celles qu'elle refuse). Elle a l'intuition de la gravité, celle des orbites elliptiques des planètes autour du soleil, et cherche désespérément à justifier ses intuitions. Elle est campée par Rachel Weisz, qui tient tout le film sur ses épaules et qui confirme son talent d'actrice. Et si elle tient le film, c'est notamment parce que les rôles masculins sont tenus de manière assez indigente. Passe encore pour Davus (Max Minghella) ou Michael Lonsdale (Théon), mais la palme revient à Oscar Isaac. Amoureux transi d'Hypathie puis préfet d'Alexandrie, il semble incapable de donner la moindre dimension tragique à son personnage. Un beau raté.
  4. Je déteste les musiques de péplum, trop fortes, trop appuyées, sans nuances. Elles desservent plus souvent le film que l'inverse.

 

Première expérience péplumesque avec Agora plutôt convaincante, mais le péplum n'est tout de même mon genre de prédilection. Peut-être que les grands classiques que je n'ai pas vus, avec Richard Burton ou Charlton Heston, mériteraient un visionnage.

 

L'avis de Pascale, que je vous conseille vivement car son billet est hilarant !

Repost 0
15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 19:40

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/9/7/6/9782911939679.gifDans ce court essai, John Berger, figure intellectuelle de l'altermondialisme, expose l'idée que le monde capitaliste tel que nous le vivons et nous le connaissons est une prison. Prison en quelque sorte inconsciente, mais de laquelle nous n'arrivons pas à nous extraire. Et de laquelle personne ne souhaite nous extraire.


La thèse de Berger ne part pas de rien. Le fondement de sa réflexion est l'œuvre de Foucault, qui a lui même travaillé sur le pénitencier et la prison. Mais leur source commune, c'est Jérémy Bentham, philosophe et économiste, féru de libéralisme économique et qui a également théorisé le moyen de toujours contrôler les prisonniers à l'aide du Panoptique. L'idée du panoptique, c'est de construire des pénitenciers circulaires, dans lesquels un gardien, placé dans une tour au centre du cercle, est suffisant pour avoir un œil sur tous.


Pour Berger, l'œuvre de Bentham est à la base d'un emprisonnement plus large, celui dont sont victimes les êtres humains dans le système économique dominé par le capital financier non industriel. Mais pour Berger, la prison dans laquelle nous sommes n'a pas pour but d'enfermer, mais plutôt celui d'exclure. La différence est minime, certes, mais je trouve que l'image est assez parlante.


Autre point que Berger discute est celui que l'idée du cyber-espace soit celui de l'emprisonnement le plus fort. La non limitation de nombreux espaces, l'ouverture, virtuelle ou réelle, à divers univers en quelques instants, peut paraître une opportunité phénoménale, mais elle a un revers : en détruisant les repères, en passant du réel au virtuel, notamment en terme financier, les prisonniers ne savent plus contre quoi s'emporter, et sont anesthésiés, condamner à rester dans leur enfermement, individuellement.


Dans ces courts chapitres, Berger utilise plusieurs sources pour défendre sa thèse. Si l'ensemble n'est pas une démonstration brillante, l'ensemble des exemples choisis par John Berger est cohérent, et cette cohérence est de plus en plus flagrante au fil de la lecture. L'emprisonnement économique est peut-être une thèse outrée, mais elle a certainement un fond de vérité qui est malheureusement beaucoup plus répandu que ce dont on veut se rendre compte.


Ouvrage publié par les éditions Indigènes, ceux-là même qui ont également publiés « Je suis prof et je désobéis », très bon essai sur la situation de plus en plus précaire des personnels de l'enseignement.

 

Dans l'entre-temps. Réflexions sur le facisme économique, de John Berger

Ed. Indigènes - Ceux qui marchent contre le vent

Repost 0
12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 09:30

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/72/58/82/19182433.jpg Un film sur la vie romantique d'un poète romantique n'avait rien pour particulièrement m'attirer. Mais les bonnes critiques, notamment celle de Télérama, m'ont invité à pousser la porte d'un cinéma pour voir Bright Star. Et je ne le regrette pas un instant.

 

Ms Brawne, jeune fille issue d'une famille de la moyenne bourgeoisie, passe son temps libre à coudre, à dessiner des vêtements qui ont leur petit succès. Mais sa passion est prise avec moquerie par John Keats, jeune poète habitant une maison voisine avec un ami poète plus âgé, et qui veille sur son frère malade. Après des première rencontres où les deux jeunes gens ne se ménagent pas, ils sentent l'un et l'autre que leur amitié prend une tournure inattendue. Mais le mariage est impossible, et les différents voyages et la santé fragile de Keats mettent à mal leur amour fusionnel...

 

Jane Campion est tout de même une réalisatrice extrêmement douée. Dans le genre qui est le sien (film historique peignant une histoire d'amour hors norme), elle excelle depuis plusieurs films, en particulier La leçon de piano. Ici, dans l'Angleterre du début du XIXeme Siècle, on découvre la vie du poète John Keats, mort à 25 ans, par les yeux de celle qui lui voue un amour presque aveugle, Ms Brawne. Le moindre départ de Keats pour quelques jours la plonge dans un désarroi indescriptible. Pour apaiser ses souffrances, elle se rue sur la moindre des lettres de son amant, qu'elle apprend par cœur, et tue le temps en capturant les papillons et en les faisant vivre dans sa chambre. Mais ce passe-temps ne peut être qu'éphémère, les papillons ne pouvant vivre longtemps dans cette cage.

 

Certaines scènes sont lumineuses, de sensualité et de retenue mêlées. Car si l'amour des deux jeunes gens crève les yeux, il est impossible pour eux de se marier, Keats étant trop pauvre. Ainsi, la scène où ils échangent leur premier baiser, du bout des lèvres, est très réussie. De même, la découverte par Ms Brawne de Keats mourrant au pied d'un buisson rempli le spectateur d'une profonde empathie. Néanmoins, le traitement est tel que l'émotion reste un peu à distance du spectateur, qu'elle ne l'étreint pas complétement.

 

La figure de Keats est très intéressante également. Loin du poète qui écrit en se promenant dans les champs, son travail est laborieux, il corrige avec l'aide de Brown, son ami qui se prend pour son tuteur et qui décide de ce qui est bien pour son jeune ami. Avec la volonté de mettre en danger sa relation avec sa bien-aimée.

 

La (toute) petite retenue que j'ai par rapport au film est un manque de contexte. On ne sait jamais clairement à quel moment ni où se situe l'action. Plus problématique, les problèmes d'argent et de logistique qui touchent la famille Brawne sont trop rapidement décrits pour être clairs. Mais cela n'empêche en rien de suivre avec plaisir et compassion l'histoire d'amour impossible et passionnée de Keats et de Ms Brawne.

 

L'avis de Pascale, de Rob

Repost 0
10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 07:52

http://www.lmda.net/imgliv/L61828.jpgLemuel Sears, vieil homme habitué à la ville, profite de l'hiver pour retourner à Janice, la ville de son enfance. Là, il retrouve l'étang sur lequel il patinait quand il était petit. Mais quelle n'est pas sa (mauvaise) surprise lorsqu'il découvre que l'étang sert maintenant de dépotoir. Il demande alors à un détective de mener une enquête, mais celui-ci est rapidement supprimé. Il lui semble donc difficile de mener à bien cette investigation, surtout à distance. D'autant que sa paisible existence est troublée par la rencontre avec une jeune femme, dont il tombe amoureux, mais qui lui mène la vie dure.


La paradis est, pour Sears, cet étang qu'il a connu enfant. Il veut connaître les responsables de son salissement. Mais Sears ne mène pas lui-même l'enquête : il mandate un détective, puis un environnementaliste pour trouver les origines de cette pollution inacceptable. Mais leur fin tragique laisse penser que les enjeux dépassent largement Sears. Mais les figures des deux inspecteurs sont juste ébauchées, car ce n'est pas par ce biais que l'auteur nous apprend ce qui est à l'origine de cette pollution. Et Sears ne sera finalement mis au courant que de manière incidente. Car John Cheever fait le choix d'un récit alterné, entre les aventures amoureuses de Lemuel, et la vie de la petite bourgade autour du lac.


Plus précisèment, il fait entrer le lecteur dans l'intimité de deux familles voisines et qui ont du mal à vivre en bon voisinage. L'une d'entre elles, d'origine italienne, est directement impliquée dans ce qui intéresse Sears, alors que la seconde sera elle insérée dans l'histoire de manière détournée.


Et c'est cette narration alternée qui est le vrai plaisir de ce court roman, car on navigue entre Manhattan et Janice, entre Sears et les querelles de voisinage, entre un supermarché, centre de toutes les tensions, et un voyage au bord de mer qui réunira la famille. Cette diversité de ton,et d'écriture est un vrai plaisir de lecture car, avec de courts chapitres, le lecteur ne sait jamais où l'auteur va l'emmener.


Le seul petit défaut de ce roman concerne l'intrigue amoureuse entre Seras et la jeune femme, qui le tourne un peu en bourrique. Annexe au cœur du roman (la pollution de l'étang), elle ne sert que peu l'intrigue, et si elle permet de cerner un peu plus le personnage de Sears, elle est loin d'être essentielle. D'ailleurs, quelques jours après ma lecture, mes souvenirs sur cet aspect du roman sont minimes, alors que ceux concernant les affaires de Janice sont encore très présents.


Ecrit en 1982 et dernier roman de son auteur, John Cheever, On dirait vraiment le paradis est un roman à la lecture très plaisante, au style agréable, et qui permet de découvrir cet auteur reconnu par ses pairs mais dont les écrits n'ont été que tardivement publiés en France.

 

On dirait vraiment le paradis, de John Cheever

Traduit de l'anglais par Laëtitia Devaux

Ed. Joëlle Losfeld

Repost 0
10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 07:25

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/5/1/2/9782246680215.gifPhilippe Jaenada, l'homme aux parenthèses (voilà, c'est dit !). Auteur dont j'ai déjà beaucoup entendu parler, notamment via les Chats, et que je n'avais jamais eu l'occasion de découvrir. C'est maintenant chose faite, et bien faite, avec son dernier opus.


Un été dans les Pouilles. Avec sa femme Oum et son jeune fils Géo, Voltaire (ces prénoms vous donnent une idée des personnages), a décidé de passer les vacances sur le côte, là où ils sont déjà venus en villégiature. Si tout débute comme des vacances classiques (repas sur le balcon, linge étendu), rapidement, le paradis perd son aspect bienveillant, et se transforme en piège qui se referme sur eux : un feu s'est déclaré plus haut, et leur seule solution est de fuir, vers la plage, vers la mer, et toujours plus loin, car les flammes et la fumée semblent les poursuivre.


Si le paysage bucolique, les pizzerias et la mer toute proche annoncent des vacances de rêve (et on s'y croirait), la fuite et la peur des personnages sont au cœur du roman. Même si la forme laisse peu de suspense quant à l'issue, on suit avec compassion le parcours de Voltaire qui tente de sauver sa famille, de prendre les bonnes décisions quand tout semble perdu. Dans la mer, il tente de surmonter son appréhension par rapport au fait que Géo ne sait pas nager, et cela donne lieu à un passage poignant.


Mais, ce qui est épatant dans l'écriture de Jaenada, c'est qu'il y instille une joie de vivre, un humour qui n'a pourtant que peu à voir avec le cadre dramatique de l'action. En repensant à certains événements qu'il a vécu à Paris, à ce qu'il devrait retrouver s'il arrive à s'en sortir, Voltaire parvient à s'échapper mentalement de la fournaise qui l'entoure. De la rencontre avec Oum à leur premier repas au restaurant, on découvre en creux l'histoire de ce couple. Mais le passage qui a ma préférence est celui où Voltaire raconte ses déboires, une nuit de beuverie, avec un restaurant Hippopotamus de la place Clichy. La description des lieux et du personnel est savoureux, le recul et le second degré avec lequel est raconté cette anecdote est irrésistible. Si ce passage est le plus réussi, l'ensemble du roman est truffé de passages aux tonalités similaires.


J'ai donc passé un très bon moment dans ce feu de forêt des Pouilles, entouré de personnages attachants, et un auteur très doué pour les passages décalés et comiques qui s'intègre dans une tragédie humaine. Bref, un très bon début avec Jaenada, que je vous recommande !

L'avis de Thom

 

Plage de Manacora, 16h30, de Philippe Jaenada

Ed. Grasset

Repost 0
8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 19:32

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/71/06/24/19193657.jpgTante Éléonore laisse en héritage sa maison au bord de mer à son neveu et à ses deux enfants, Natanaël et Angelica. Habitués à y venir passer leurs vacances, ils doivent apprendre à y vivre sans leur grand-tante. En souvenir, elle laisse à Angelica une poupée en porcelaine et à Natanaël la clef de la porte derrière laquelle les deux enfants n'avaient pas le droit d'entrer. Dans cet endroit secret, Natanaël découvre une bibliothèque. D'abord déçu, car sa grand-tante lui a déjà raconté toutes ces histoires et surtout car il ne sait pas lire, il découvre que cette bibliothèque est assez spéciale : les personnages des livres y prennent vie. Et leur existence est directement liée à Natanaël, qui doit lire une formule pour les sauver. Lorsque le brocanteur Pictou s'en mêle, la défense des livres devient une priorité pour Natanaël, qui avec l'aide d'Alice, du lapin ou de l'Ogre, doit tout faire pour sauver les personnages de ses contes favoris.


Kerity est le nom de la demeure léguée par Éléonore. Vieille femme vivant seule en bord de mer, elle a dédiée sa vie aux livres. Et elle compte sur Natanaël pour perpétuer son œuvre. Mais le jeune garçon, malgré tous ses efforts, ne sait pas lire, contrairement à ce qu'a imaginé Éléonore : les mots restent coincés dans sa bouche. Et c'est là que se trouve le nœud de cette jolie histoire : comment Natanaël, raillé par sa grande sœur car il a du mal à déchiffrer, va réussir à être digne de l'héritage qu'a laissé sa tante ? Comment sauver les personnages qui l'ont accompagné depuis tout petit, et dont la survie dépend uniquement de lui ?


Servi par les voix de Jeanne Moreau ou Denis Podalydès, entre autres, on plonge facilement dans ce long-métrage, à l'intrigue simple mais efficace : éloigné de la maison, Natanaël doit absolument rejoindre la maison avant midi, en combattant une jeune demoiselle et son seau de plage ou un crabe qui a trouvé refuge dans un château de sable. Et pendant ce temps, les personnages de fiction, Peter Pan, les sept nains ou le petit chaperon rouge doivent tout faire pour ne pas être vendus au plus offrant.


Outre ce plaisant détournement des personnages connus de tous, Kerity est un film avec une animation magnifique. Ce n'est pas Avatar ou Pixar, mais plus un film d'animation dans la tradition française des dernières années, dans la lignée de la Prophétie des grenouilles ou des Triplettes de Belleville, en étant plus accessible aux enfants que ce dernier. Rebecca Dautremer, responsable de l'animation, signe de très beaux décors, des dessins chatoyants et chaleureux, dans lesquels prend place cette aventure fantastique. Un film à découvrir en famille, avec les enfants, même petits, car ils pourront profiter de certains moments très jolis du film (en risquant d'avoir un peu peur lorsque Natanaël est assailli par les lettres, dans quelques scènes impressionnantes). Cela vous permettra également de découvrir comment la petite fille aux allumettes utilise la dernière qu'elle a en main...


Et j'aime beaucoup la phrase qui sert de code pour sauver les personnages : « Ce n'est parce que c'est inventé que ça n'existe pas » !

Repost 0
4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 11:19

La petite Catherine de Heilbronn est une reprise au théâtre de l'Odéon, dans sa seconde salle de la porte de Clichy, d'un spectacle qui a connu un joli succès il y a deux ans. Raté à l'époque, j'ai donc profité de cette seconde chance pour m'y rendre. Malheureusement, j'ai du mal à partager l'enthousiasme critique qui a entouré cette pièce.

Catherine est une jeune fille, qui éprouve un amour mystique pour le Comte Wetter von Strahl. Ce dernier ne comprend ce que lui veut la jeune fille, et tente de se défaire d'elle. Le père de Catherine, qui ne comprend pas l'amour de sa fille pour cet homme, croit au pouvoir démoniaque de Strahl. A l'issue d'un jugement qui ouvre la pièce, avec un monologue un poil pesant du père (Fred Ulysse) et des juges qu'on ne fait qu'entendre, il est décidé que Catherine doit laisser libre Strahl, et le père renoncer à ses accusations.

Mais Strahl a un secret : lors d'une nuit d'agonie où tout le monde a cru qu'il allait mourir, il a vu, en rêve, l'image de la femme qui lui est destinée. Fille de l'Empereur, elle aura sur le cou une tache rouge. Cunégonde, Baronne von Thurneck, femme fatale et ennemi du Comte von Strahl, se fait passer pour cette femme. Mais lorsque la supercherie est découverte par Catherine, qui revient auprès du Comte, l'objectif est alors de prouver que Catherine est bien celle qui lui était destinée.

L'intrigue de cette pièce est à la fois onirique, notamment avec le rêve qui dévoile au Comte les caractéristqiues de sa bien aimée, et mystique. On asssiste donc à une forme de conte, dans lequel on retrouve les personnages de conditions modestes (Catherine et son père), les nobles, la méchante usurpatrice qui cache son âge sous de nombreuses fanfreluches, et l'Empereur, avec un rôle qui semble presque celui d'un démiurge. Mais ce conte n'a eu que peu d'effets sur moi. L'ensemble est lourd, pesant, et surtout, il manque de rythme. Le décor, composé d'éléments qui se déplacent et forment des lieux toujours différents (une église, une salle avec cheminée, un château,...) est une bonne idée, mais la lenteur et le nombre des déplacements casse le rythme de la pièce.

Heureusement, le couple central de la pièce est très intéressant, avec Jérôme Kircher et Julie-Marie Parmentier. Tous les deux font entendre une voix singulière, celle d'une quête qui le hante pour le premier, celle d'un amour qu'il faut arriver à faire entendre pour la seconde. Dans le rôle peu évident de Catherine, Julie-Marie Parmentier est très convaincante, et la présence de ce couple a sauvé ma soirée. Pour le reste, les acteurs sont pas mal, sans plus, sauf Hélène Filières, en Baronne von Thurneck, que j'ai trouvé à côté de son personnage. Non pas en terme de posture, mais en terme d'éloctution. J'ai toujours eu l'impression qu'elle prononççait les phrases d'une manière fausse à chaque fois.

Bref, une soirée dont je sorti déçu, car certains passages sont assez ennuyeux. Il faut dire que ce texte de Kleist, que je ne connaissais pas, n'est pas non plus à proprement parler ma tasse de thé. Je préfère donc conserver la très bonne impression que m'avait faite La famille Schroffenstein, montée par Stéphane Braunschweig il y a quelques années, et qui m'avait vraiment beaucoup plu.

Repost 0
2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 13:11

http://www.images-chapitre.com/ima3/newbig/929/1039929_3013668.jpgVatelin, homme intègre qui aime plus que tout sa femme Lucienne, découvre que celle-ci est poursuivie depuis plusieurs jours par Pontagnac, un de ses bons amis. Si Pontagnac jure que ses intentions sont honnêtes, ce n'est pas l'avis de Lucienne, qui tient là a fidélité par dessus tout et qui souhaite se débarasser de cet importun. Pontagnac n'est pas le seul à courtiser Lucienne. Rédillon fait lui aussi des avances à la femme de Vatelin. Mais Lucienne ne veut pas céder, sauf à une condition : si son mari la trompe. Dans ce cas, elle s'offrira à l'un de ses amants. Pontagnac et Rédillon vont donc tout faire pour que Lucienne surprenne Vatelin dans une position inconfortable. Et l'arrivée de Maggy, avec qui Vatelin eut une vague aventure en Angleterre semble favoriser leur entreprise. Mais à la fin, il y en a toujours au moins un qui est le dindon de la farce...

Sur une intrigue assez classique et des personnages archétypaux connus chez Feydeau, l'auteur réussit à signer une oeuvre enlevée, tourbillonnante et qui, malgré le nombre important de protagonistes, ne perd jamais le lecteur. Car, une fois n'est pas coutume, j'ai trouvé la lecture de cette pièce très agréable et fluide, contrairement à d'autres pièces où seul une vision sur scène permet de saisir de nombreux effets. Ici, si la mécanique de la pièce est comme souvent prépondérante chez Feydeau, au détriment du texte, il reste quelques passages assez savoureux, comme cette scène d'exposition où Valentin, découvrant que sa femme est poursuivie dans la rue, réalise que ce dernier est son ami Pontagnac. Les amabilités entre Lucienne et Pontagnac pleuvent, et ne peuvent que provoquer le rire chez le spectateur.

Le second acte est celui où l'intrigue se joue dans sa plus grande partie. Dans une chambre d'hôtel, tous les protagonistes vont se croiser, pour des raisons plus ou moins avouables. Et si Lucienne découvre que son mari la trompe, elle pense que c'est avec une touriste de passage, alors que sa vraie maîtresse se cache dans la salle de bains. Si l'intrigue évolue, c'est souvent le fait de quiproquos. Elle prendra toujours la direction attendue, mais pas pour les raisons que l'on pense. Le Dindon est donc une pièce très bien écrite et huilée, et sa lecture me donne envie de voir un Feydeau sur scène (ce qui est loin d'être irrréalisable) !

A noter à la fin de l'édition du Livre de Poche, un court et intéressant appareil critique, qui revient sur les éléments et les personnages de la pièce, mais qui s'intéresse également sur la réception qui a été faite des pièces de Feydeau, depuis leur création jusqu'à aujourd'hui. Comme souvent, l'oeuvre a connu des hauts (lors des créations dans les années 1890 - 1900 - 1910, et aujourd'hui) et des bas (dans l'entre deux guerres, notamment). On apprend aussi, chose que j'ignorais, que Feydeau est le dernier grand auteur de vaudeville, venant bien après Labiche, et qu'il a réussi à lui donner ses lettres de noblesse en modifiant les codes de ce genre, concurrencé depuis 1850-1860 par les opérettes. Et effectivement, Feydeau est aujourd'hui le plus connu et joué des auteurs de théâtre de cette époque, et le réprésentant du célèbre "Ciel, mon mari" !

 

Le Dindon, de Georges Feydeau

Ed. Le Livre de Poche

Repost 0