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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 07:36

Un taxi, un soir d’orage. Il quitte la ville, mais se trouve pris sous des trombes d’eau. Aveuglé, il s’arrête au milieu de la chaussée : il a perdu son chemin et se demande où il va.

Flash back : fin des années 40, Israël vient d’être créé et la guerre fait rage entre israéliens qui veulent s’installer et les arabes, les anciens occupants. On suit la vie de Fuad Suleiman et de sa famille, soldat palestinien puis père de famille qui vit à Nazareth. Autour de lui sa femme, et son fils, Elia, qui va grandir et découvrir avec stupéfaction l’état de son pays. Elia, le client du taxi. La boucle est bouclée.

 

Voilà  un film très réussi, subtil et intelligent, qui décrit rien moins que 60 ans de la vie d’un pays, ou plutôt de la minorité (arabe) d’un pays (Israël). Après un début de film presque digne d’Amos Gitai, qui montre la guerre dans les rues de Nazareth, on retrouve ensuite la patte politique et sensible de Suleiman. De façon suggérée, il décrit l’évolution de son pays, dans lequel les militaires sont constamment présents (quand on téléphone dans la rue, avec une scène drôlatique avec un char israélien, ou quand on s’amuse en boite), où la fibre patriotique israélienne est exacerbée, même dans une école à majorité arabe comme dans cette chorale applaudie par tous, et où il n’est pas bon traiter les Etats-Unis de colonialistes ou impérialistes. Par touches, Elia Suleiman parvient à faire sourire d’événements tragiques, comme avec ce voisin qui tente désespérément de ce suicider.

 

En dehors du tour de force de raconter une telle histoire avec aussi peu de paroles et de gestes, l’aspect remarquable du travail de Suleiman est son art de la mise en scène. Par les choix des cadres, toujours avec des caméras fixes, il parvient à suggérer énormément de choses. Ainsi, quand sa mère mange une glace alors qu’elle n’en a pas le droit à cause de son diabète, le plan ne montre que la glace, objet de la faute, en cachant la fautive derrière le chambranle de la porte. L’autre force est de souvent montrer sur un double plan : une action principale se déroule, pendant laquelle un autre événement s’incruste, via la télévision, la radio, ….

 

Il serait dommageable et faux de considérer ce film comme burlesque. C’est avant tout un film politique, qui montre l’évolution malheureuse d’un pays. Malgré des tentatives pour traverser le mur qui sépare les territoires (très belle scène que je vous laisse découvrir), Elia, clown triste, assiste impuissant à l’évolution de son pays qu’il ne semble plus en mesure de comprendre. Assis sur son banc, à l’hôpital où est sa mère, il voit les individus passer, sans comprendre leurs motivations ni chercher à les connaître. Le personnage d’Elia ne parle pas, mais laisse transparaître par son visage, son corps las, cette détresse si poignante.

 

Film non récompensé à Cannes (et malgré mon amour pour Isabelle Huppert, je dois dire que c’est une grave erreur), Le temps qu’il reste est une œuvre intelligente et intelligible sur un pays qui ne l’est pas toujours. Plus calme et réservé que Intervention divine, son précédent film, Le temps qu’il reste est posé, mélancolique, mais pas nostalgique. Car l’important est d’utiliser le temps qui vient pour tenter de remédier à ce dialogue de sourds…

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commentaires

florence 29/12/2009 05:28


Tout à fait ok Yohan. 
C'est un film sociologique où l'on met l'accent sur la famille.
J'y ai trouvé les valeurs que j'attendais.
Le scénario est bien construit.
Les acteurs jouent merveilleusement leur rôle.

 


julie 28/10/2009 10:01


Tout à fait d'accord avec ton analyse de la mise en scène. Elle s'adresse aussi aux personnages, leur évolution dans le temps : l'appartement qui change de décoration tout en gardant des éléments
permanents, évidemment, mais aussi après l'éllipse de la mort du père, la vieille mère qui ne dit plus rien non plus et regarde avec hauteur la ville de son balcon. Les personnes qui
s'occupent d'elle, dont une immigrée. Jusqu'à l'hôpital où par un regard elle dit à son fils sa volonté d'arrêter là...


Yohan 28/10/2009 23:33



Tout à fait d'accord. Je pense qu'ailleurs que chaque plan pourrait être à analyser, tellement il a travaillé cet aspect-là. C'est un plaisir de voir un tel film, sur lequel Sleiman a passé du
temps pour un résultat admirable !



Theoma 04/09/2009 16:28

La BA m'a donné très envie de le voir, ton billet encore plus !

Yohan 06/09/2009 17:47


Eh bien, il ne te reste plus qu'à courir au cinéma ;-)


dasola 01/09/2009 10:24

Bonjour Yoha, je suis entièrement d'accord avec ton analyse de ce film que j'ai (enfin) vu hier soir. Je l'ai préféré à Intervention divine. J'ai été sensible aussi aux plans, à l'image en général et à certaines scènes. C'est en effet l'oeuvre d'un clown triste. Un grand film.

Yohan 02/09/2009 07:19


La mise en scène de ce film est vraiment formidable. Avec peu de moyens et d'effets, il arrive à créer une émotion folle. Oui, c'est un grand film !