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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 08:45

Osbourne Cox est viré de l'agence de renseignements pour cause de problèmes avec la boisson. Sa femme le méprise et se console avec Harry Pfarrer. Pour se venger de cette éviction, Cox décide de rédiger ses Mémoires, avec pour but d’égratigner le commandement et de révéler des secrets de l’institution qui l’a congédié. Mais une version de ces Mémoires est retrouvée dans une salle de sports. Linda et Chad, employés de la salle, sentent le bon coup et décident de faire chanter Cox, pour financer l’opération de chirurgie esthétique de Linda.


Les Frères Coen reviennent avec une nouvelle bande de joyeux abrutis. L’histoire de Burn after reading est assez anecdotique. L’affaire d’espionnage n’est qu’un prétexte pour décrire les relations hypocrites de tous ces personnages, qui se trompent ou veulent ressembler à ce qu’ils ne sont pas. Les rares un peu sensés finissent d’ailleurs plutôt mal en point. Les histoires de fesses prennent le pas sur l'élucidation de différentes affaires, mais c’est surtout l’occasion de jolis numéros d’acteurs.  Car, il faut bien l’avouer, c’est surtout pour les acteurs que vaut ce film.


Coté féminin, deux actrices qu’on voit assez peu sur les écrans, mais qui en imposent. Ce sont elles qui mènent le manège de cette bande de loufoques. Tilda Swinton, en épouse rigide et très organisée, est assez effrayante de froideur, et mène la danse auprès de Osbourne Cox, son mari, et de Harry Pfarrer, son amant. Frances McDormand campe une femme complexée, qui voudrait se faire refaire du haut en bas. Elle est déterminée, sait où elle veut aller, et ira jusqu’à pousser la porte de l’ambassade russe pour arriver à ses fins.


Et il y a le trio de losers. Un magnifique trio d’hommes manipulés, menés en bateau d’un bout à l’autre du film. Il y a Osbourne Cox, joué par John Malkovich survolté, qui parsème toutes ses phrases d’un fuck retentissant. Je crois d’ailleurs que je n’ai jamais autant entendu ce mot dans un film. Harry Pfarrer n’est pas mieux. Sa première apparition, remplie de tics lors d’un cocktail, donne le ton. George Clooney s’y colle, et remet complètement en jeu son image Nespresso. Et le meilleur pour le fin, le loser inconscient de son état, adolescent et immature : Brad Pitt, dans un rôle comique où il excelle. Mes scènes préférées sont bien sûr les confrontations de Pitt avec Cox. Son rire est idiot au possible, et toute son attitude respire la bêtise.


Il faut tout de même rendre aux Coen ce qui leur revient : un film au rythme qui ne faiblit pas, qui amène d’une situation burlesque à une confrontation loufoque. Et le dénouement vécu par exposé interposé m’a paru une bonne idée, le spectateur s’identifiant à ce responsable sidéré par ce qu’on lui raconte.


Il est évident que ce n’est pas le meilleur film des Coen (côté comique, Arizona Junior est une belle réussite), ni le plus recherché, mais j’y ai passé un bon moment, très distrayant. Et j’ai surtout découvert le caractère comique de Brad Pitt, et rien que pour cela, je les remercie (Joel ou Ethan, si vous passez par ici…)

 

Les avis divers d’Amanda, Pascale et son fucking billet, Kilucru, Finette

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 10:29

Voilà une pièce assez déroutante, qui dure un peu moins d’une heure, et que j’ai appréciée.


Le dépeupleur est un texte de Samuel Beckett. Dans ce texte, il raconte la vie au sein d’un cylindre de « cinquante mètres de pourtour et de seize mètres de haut ». Dans ce cylindre s’agitent des individus, qualifiés de « chercheurs ». Le but de leur quête : des échelles, situés sur le bord du cylindre, qui permettent d’accéder à des niches percées dans le mur. La pièce nous présente les règles mises en place pour que cette société fonctionne : une personne par échelle, mais priorité à la descente, le fonctionnement des queues pour accéder à une des 15 échelles,…

 

Ce texte est présenté dans un décor simple : un bout de cylindre, avec un encadrement noir qui fait ressortir le fond blanc. Des dessins figurent les échelles, et les personnages sont représentés par des petites figurines en métal. Au milieu, un homme, qui raconte le fonctionnement de ce monde clos, ses habitudes et ses conventions.


La mise en scène d’Alain Françon et de Michel Didym, bien que simple, est assez intéressante : l’acteur (Michel Didym), d’abord immobile, occupe de plus en plus la scène, prend de l’ampleur, se déplace, jusqu’à finir allongé au milieu des personnages métalliques.


Le spectacle est court, un peu moins d’une heure, mais passe à une vitesse extraordinaire. C’est typiquement le genre de spectacle où l’esprit se met parfois à divaguer, mais il finit toujours par revenir sur la scène, où il retombe sur ses pieds. Ce texte met en avant l'absurde de la situation de ces chercheurs : pourquoi cherchent-ils ? Quel est leur véritable objectif, puisqu'ils recommencent incessamment les mêmes gestes : faire la queue, grimper à l'échelle, redescendre ? C'est aussi un monde qui a sa propre hiérarchie sociale : ceux qui réussissent, les autres qui baissent la tête et renoncent à chercher. C'est un microcosme révélateur de nos propres comportements. 


Un spectacle intéressant, sur un texte que je connaissais pas du tout de Beckett, et qui m’a fait passer une agréable soirée.

 

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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 09:38

En Algérie, au début 1990, un jeune garçon de 11 ans découvre le camping. Le camping de Salamane, zéro étoile, qui accueille des algériens comme lui et sa famille, et des français, notamment la famille de Kinder Bueno qui débarque avec des provisions pour plusieurs mois. La vie s’organise dans ce cadre miteux, où Butagaz, le gérant, intervient régulièrement pour remettre en état les installations électriques. Ce milieu clos suit également de loin les élections qui se tiennent au même moment, et qui n’annoncent rien de bon.

 

C’est le premier que lis d’Abdelkader Djemaï, et j’ai l’impression de ne pas avoir débuté par le bon. Ce court roman plonge le lecteur dans un univers qui peut paraître familier, celui du camping, mais qui est à des années lumières des images qu’il en a. Il est ici plongé dans un milieu de jalousies, de rivalités et de ragots entre les différents campeurs.


Au milieu de ce paysage apparaît la figure de ce jeune garçon, 11 ans, qui essaie de se faire un ami et qui découvrira l’attirance pour une jeune fille. Cela lui rappelle d’ailleurs ses entrées au hammam, lorsqu’il avait le droit de voir les femmes nues en train de prendre leur bain. Il a une forme de perte d’innocence, de passage de l’enfance à l’age adulte qui donne la tonalité globale du roman.

Mais je n’ai pas été emporté. Ce roman m’a paru trop court pour développer tous les caractères qui pourraient donner lieu à des descriptions plus fouillées, j’ai l’impression d’être resté en surface. Surtout, ce qui est vendu en quatrième de couverture, « la tension montante comme le lait sur le feu », liée aux élections, est ici simplement suggérée. Il n’y a jamais de vraie description de cette violence, seulement une crainte rarement exprimée. Un autre point qui m’a un peu dérangé est la narration, qui est le fait de l’enfant, et l’écriture m’a paru hésiter entre un style enfantin, et un autre plus recherché soit un entre-deux qui au final m'a paru bancal.

Mais si j’ai bien compris, ce roman n’est qu’une introduction a posteriori à un autre roman de Djemaï, Un été de cendres, publié plus tôt. Je pense qu’il faut maintenant prolonger avec ce roman, pour sentir la véritable dimension de ce petit ouvrage. A suivre, donc !

Les avis de Anne, Sylire, Betty, Malice (toutes plus enthousiastes que moi)

 

Camping, de Abdelkader Djemaï

Ed. Le Seuil

 

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 10:45

Le livre de Noël est un recueil de différents textes de Selma Lagerlöf, auteur suédoise de la fin du XIXeme-début XXeme Siècle, Prix Nobel de littérature en 1909. Après avoir été publiés dans différentes revues, ces textes ont été réunis dans un même ouvrage. Et cette hétérogénéité se ressent malheureusement pendant la lecture, l’ensemble des textes ne donnant pas une unité attendue dans ce type de recueil.

 

Il y a, pour faire vite, deux influences assez distinctes, qui ne se rejoignent quasiment pas. Il y a l’aspect conte nordique, qui m’a paru le plus intéressant. L’auteur y mêle un peu de mythologie, mais pas de manière systématique. Dans la nouvelle qui donne son titre au livre, une petite fille attend avec une grande impatience le livre qu’elle reçoit tous les ans à Noël, pour pouvoir le dévorer au cours de la nuit. Mais elle reçoit un livre en français, ce qui tempère son enthousiasme car elle ne maîtrise pas la langue. Dans La nuit du Nouvel An des animaux, on suit un cheval qui emmène son cavalier vers le sommet de la montagne du pays, où se rassemblent autour d’une muse scandinave les animaux sauvages et domestiques, pour connaître le sort qui leur est réservé dans l’année qui vient.

 

Et puis il y a l’aspect religieux. Pas religieux mythologique, mais religieux catholique, au sens le plus latin. Une nouvelle s’intitule par exemple Nazareth, et on y rencontre Jésus et Judas qui sur le seuil d’une porte fabrique des oiseaux en argile. On apprend comment la gorge du rouge-gorge est devenue rouge (Claudel n’aurait pas pu trouver plus religieux !). Une nouvelle, Le crâne, m’a même fait rire, tellement la ficelle religieuse ressemble à du mauvais catéchisme. Pour ces nouvelles-ci, inutile donc de vous dire qu’elles ne m’ont pas emballées (enfin, c’est dit quand même).

 

Dans Légende de la fête de la Sainte-Luce, la plus longue nouvelle du recueil, il y a une tentative de mélange de folklore scandinave et de religion catholique. Cette nouvelle est assez agréable à lire, mais l’aspect suédois m’a encore une fois beaucoup plus attiré que le reste.

 

Voici donc un recueil assez étrange, hétérogène, dont l’unité est difficile à trouver (s’il y en a une), et qui m’a parfois laissé froid en raison des thèmes utilisés. Ce n’est pas un échec total, mais j’en attendais un peu plus.

Les avis divers et variés de Caro[line], Allie, La liseuse, Lou, Aelys

 

Le livre de Noël, de Selma Lagerlöf

Traduit du suédois par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach

Ed. Babel

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 09:07

Hunger est un film de Steeve McQueen (pas l’acteur-coureur automobile, un autre), qui a fait parler de lui. A Cannes, car il y a reçu la caméra d’or. Puis en salles, car il présente l’histoire de prisonniers irlandais, en particulier celle de Bobby Sands, mort en prison d’une grève de la faim.


Il y a trois parties distinctes dans le film. Dans la première, le réalisateur centre l’action sur la vie au sein de la prison. On s’attarde ainsi dans les cellules, où les prisonniers font une grève de l’hygiène, on suit les sévices commis sur les prisonniers pour les forcer à se laver ou simplement les humilier. Outre l’image des prisonniers, un gardien se trouve au cœur de l’action.


Puis l’action se focalise sur Bobby Sands. D’abord dans un dialogue avec un prêtre, auquel il annonce qu’il a l’intention de débuter une grève de la faim, son interlocuteur faisant tout pour le dissuader de mettre son projet à exécution. Enfin, Bobby Sands occupe tout l’écran : sa déchéance physique devient l’unique point du scénario, jusqu’à l’issue fatale.


Trois parties, et trois impressions différentes. Celle qui m’a le plus marquée est la première. Marquée, car ce film est une expérience physique éprouvante. Il y a les violences causées par les matons, bien entendu, mais tous les plans du film créent une tension difficilement supportable. Point important et radical, les dialogues sont quasi-absents dans cette partie. On assiste à un spectacle muet, on voit mais on ne saura jamais ce qu’on fait les prisonniers pour se retrouver là. Les ruses les plus fétides sont utilisées pour déranger les gardiens. Les murs des cellules sont couverts de déjections, la nourriture non consommée traîne dans un coin, et les asticots se font un plaisir d’y proliférer. Ce sont vraiment des passages où l’écoeurement est proche. Heureusement, pour faire souffler (un peu) le spectateur, la caméra se tourne parfois vers ce maton bourreau, aux doigts ensanglantés (ce qui donne d’ailleurs lieu à une très belle scène d’ouverture, mystérieuse et inquiétante). On y ressent la faiblesse de cet homme, omnipotent dans le cadre de la prison, mais qui vérifie chaque jour si une bombe n’est pas posée sous sa voiture.


Puis la suite m’a moins intéressé. La faute à ce dialogue de plus d’un quart d’heure, qui m’a littéralement sorti du film. Le prisonnier et le prêtre discutent, avec une caméra presque fixe qui les filme de côté. Je me suis perdu dans ce discours religieux et politique. De plus y est insérée une histoire d’enfance vécue par Bobby Sands, avec flash back de rigueur, sorte de métaphore assez balourde pour expliquer l’esprit de sacrifice de cet homme. La fin est une longue agonie, celle de Bobby Sands. On voit son corps dépérir, ses parents venir à son chevet. Cela dure, pour un résultat qui ne m’a semblé assez faible.

Bobby Sands est ici incarné par un acteur qui a payé de sa personne pour ce rôle, Michael Fassbender. C’est vrai que la performance est remarquable, mais un peu trop extrême pour vraiment m’emballer. Si le début est une dénonciation assez frappante du milieu carcéral des années Thatcher, la seconde partie m’a paru un exercice de style un peu vain pour dénoncer une réalité atroce.

Voilà donc un film éprouvant, avec des images qui choquent (mieux vaut être prévenu), mais avec une deuxième partie relativement décevante. Pour les cœurs bien accrochés !

L’avis de
Pascale, de Kilucru (plus emballés que moi !)

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 13:08

Il y a peu m’a traversé l’esprit qu’il y a parfois des pays proches géographiquement mais dont on ne connaît rien, ou presque. Et j’ai pensé, entre autres à l’Albanie. Pays très proche, coincé entre l’ex-Yougoslavie et la Grèce, en bord de mer, à l’histoire récente atypique, puisque totalement isolé et ignoré diplomatiquement. Puis j’ai découvert, en prenant un livre à la médiathèque, qu’un auteur contemporain mondialement connu, Ismail Kadaré, est albanais. Chouette, je vais donc pouvoir découvrir un peu ce pays. Et je ne suis pas déçu du voyage.

Dans cet ouvrage, il y a deux récits assez courts.

Le premier se déroule au pied de la Grande Muraille. On suit les réflexions de deux personnages, le surveillant Shung, qui comme son attribut l’indique, surveille la muraille, et le nomade Kutluk, qui rêve de la prendre d’assaut.

Le second récit s’intitule Le firman aveugle. Il narre l’histoire d’un pays où une loi est prise pour lutter contre le mauvais œil. De ce fait, tous les individus suspects de porter le mauvais œil peuvent être dénoncés par leurs voisins, et subiront des châtiments plus ou mois violents selon leur situation.

Dans ces deux nouvelles, on ressent l’influence de l’Orient. La première, bien entendu, car elle se déroule en Chine, et la seconde m’a beaucoup fait penser aux Contes des Milles et une nuit, même si Kadaré fait des références claires à la situation de son pays. Si la Grande Muraille est agréable à lire, j’ai nettement préféré le second récit. Outre l’aspect dépaysement, on sent que c’est un texte en résonance avec la situation de l’auteur : la peur de la dénonciation, l’arbitraire qui prend le pas, le totalitarisme d’un pays communiste lorsqu’il écrit le texte (1984 pour le Firman aveugle). La date d’écriture des deux récits n’est d’ailleurs pas anodine : si le second a été écrit à Tirana en 1984, en pleine période totalitaire du gouvernement communiste, le premier a été rédigé à Paris en 1993 alors que l’auteur avait obtenu l’exil. 

Voilà donc, avec ce petit ouvrage, une excellente initiation à cet auteur que je ne connaissais jusqu’ici que de nom. Et cela donne envie d’aller voir beaucoup plus loin, pour voir s'il parvient encore à mêler époque contemporaine et tradition des contes orientaux.


Merci à Sibylline d’avoir mis à l’honneur cet auteur, ce qui m’a incité à le lire (à noter que c’est au tour de Günter Grass pour les deux mois à venir)

 

La grande muraille, suivi de Le firman aveugle, d'Ismaïl Kadaré

Traduit de l'albanais par Jusuf Vrioni

Ed. Fayard

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 07:39

A Paris, aujourd’hui. Une journée habituelle dans le musée dirigé par Mr Mosk. Des touristes étrangers qui courent dans le musée, des provinciaux égarés qui veulent à tout prix voir les impressionnistes mais qui commencent par la caféteria, une classe bruyante, une exposition de braquemarts, un ministre tout habillé de rose, une installation très contemporaine et des gardiens dépressifs. Tout ce petit monde travaille ensemble, se côtoie dans cet univers polymorphe. Mais la nature semble prendre possession petit à petit du lieu.


Ce film de Jean-Michel Ribes (créateur de Palace et actuel directeur d’un des tous meilleurs théâtres de Paris, Le Rond-Point), est tiré d’une pièce du même nom, écrite par ses soins. L’aspect « homme de théâtre » se ressent d’ailleurs dans la réalisation, où les saynètes se succèdent les unes aux autres, avec quelques personnages récurrents (le directeur, la femme qui cherche les Kandinsky,…).


Malgré le scénario un peu plaqué, le réalisateur parvient à faire un film qui se tient, avec ce fil rouge qui est l’invasion de la nature, au travers des plantes, têtards et autres bouquets de fleurs. Surtout, ce qui fait la réussite de ce film, c’est la drôlerie de la majorité des scènes, bien servies par des comédiens assez souvent étonnants. Muriel Robin est une parfaite femme moderne et guindée à la recherche désespérée « des » Kandinsky, et c’est l’un des personnages les plus réussis du film. Il y a aussi ces gardiens, menés par Lucchini, qui racontent à une visiteuse la dépression qui les touche à force de voir du beau, et qui remercient donc l’exposition de mammouths.


La scène qui m’a certainement le plus fait rire est celle du transfert du tableau de Rubens représentant la crucifixion. Toile aux dimensions énormes, son transfert pose beaucoup de difficultés à l’équipe dirigée par Dominique Pinon. Tellement de problèmes, qu’un des ouvriers (Loïc Corbery) doit lâcher prise. Et les autres, tel un équipage qui assiste à un naufrage, veulent faire demi-tour pour l’aider.


Et il y a plein d’autres très bons acteurs qui apparaissent dans le film : Michel Blanc, Victoria Abril, Daniel Prévost, Yolande Moreau, François Morel et Valérie Mairesse (Le duo d’Un couple épatant recréé !). Mention également pour Philippe Khorsand, qui doit tenir là son dernier rôle. Et remerciements au réalisateur d’avoir intégré dans ce film des acteurs beaucoup plus habitués aux planches des théâtres, comme Guillaume Gallienne ou Micha Lescot, irrésistible dans la peau d’un jeune artiste étouffé par sa mère.

Bref, voilà un film au casting prestigieux, composé presque exclusivement d’acteurs ayant l’habitude du théâtre, et cela donne au film une dimension atypique et burlesque qui m’a bien plu. Ce n’est vraisemblablement pas le type d’humour qui plait à tous, mais cela m’a fait passé un agréable moment, malgré certaines scènes moins réussies (la métaphore religieuse est assez surprenante, par exemple).


A noter que certaines des scènes de la pièce qui a servi à long-métrage figuraient déjà dans le recueil Théatre sans animaux, qui a servi de base pour développer ensuite cette idée.

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 07:19

Un jour d’avril, un jeune homme est retrouvé trempé sur la plage de L., en Normandie, des partitions à la main. Muet, il est admis à l’hôpital dans la chambre 22. Hélène, infirmière, le prend sous son aile et va essayer de percer son secret : qui est ce violoncelliste doué ? Vient-il de Prague, de Londres ? Simule-t-il sa maladie ? Mais ce patient va révéler à Hélène des souvenirs qu’elle avait enfouis bien loin, et qui la bouleversent.

Dans ce premier roman, Franck Bellucci accommode à sa manière l’histoire de ce jeune homme, le "piano man", retrouvé sur une plage anglaise un matin et très bon pianiste. Il change par rapport au fait divers le lieu de l’intrigue et l’instrument dont il joue. Mais s’il utilise cette histoire, ce n’est pas pour décrire la vie de ce jeune homme ou inventer son histoire, mais il s’en sert de prétexte pour concentrer son attention sur Hélène. 
 


Car c’est bien Hélène qui tient le rôle principal de ce roman. C’est elle qu’on entend le plus souvent, au travers de son journal. Le journal alterne avec les propos d’un narrateur extérieur, qui raconte essentiellement la succession des événements liés à l’enquête sur l’identité de cet homme. Ce journal nous permet de plonger dans l’intimité de cette femme d’âge mûr, qui vit une histoire finissante avec un homme qui ne sera qu’une ombre dans ce roman, et qui va être confrontée de manière inattendue à son passé douloureux.


La vue de ce jeune homme réveille des souvenirs, ses traits lui évoquent un proche. Et petit à petit, Hélène plonge dans la folie, qu’on pensait au départ réservé à ce jeune homme. L’attirance d’Hélène pour lui devient une obsession et son comportement avec ce patient étrange prend des proportions inquiétantes pour l’ensemble du personnel. Et malgré les efforts du docteur pour éloigner Hélène, elle revient irrémédiablement dans la chambre 22. Et se trouve constamment au bord du précipice, sur le point de passer d'infirmière à patiente.


J’ai apprécié ce roman, qui prend le lecteur à contre-pied en lui présentant une histoire qu’il n’attendait pas. Sur un sujet relativement difficile, car partant d’un fait divers connu, Franck Bellucci parvient à créer et à faire exister ce personnage d’Hélène, qui éclipse totalement le patient, qu’on attend comme héros de ce roman. Et le secret d’Hélène prend le pas sur la découverte de l’identité de ce dernier.


Si j’ai mis un peu de temps à m’habituer à l’écriture (j’ai trouvé pendant les toutes premières pages qu’il  y avait beaucoup d’adjectifs ? Etrange, non ?!?), j’ai ensuite pris mon temps pour découvrir ce que cache Hélène. Et j’ai pris plaisir à me plonger dans cette histoire pas très joyeuse, mais touchante.

 
Vraiment une jolie découverte, qui sera je l’espère suivie par d’autres !

L’avis de
Laurence (que je remercie de l’envoi), du Bibliomane


Le blog de
l’auteur.

 

Ce silence-là, de Franck Bellucci

Ed. Demeter


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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 07:17

Un an après le sombre et magnifique La nuit nous appartient, James Gray arrive avec un film d’un tout autre genre : un mélodrame, une histoire d’amour terrible entre trois personnages. Et il est aussi doué dans ce genre qu'il l'est dans ses précédents films.

 

Leonard est un jeune homme fragile. Il vient de sortir d’une période dépressive, et des signes montrent qu’il n’est pas complètement guéri. Il vit chez ses parents, qui essaient par tous les moyens de lui faire rencontrer Sandra, la fille du repreneur du magasin de Reuben, le père de Leonard. Mais ce couple arrangé ne satisfait pas Leonard, qui s’est épris de sa voisine, Michelle. Qui n’a d’yeux que pour Ronald, son amant marié qui lui paie son appartement.

 

Au niveau intrigue, rien de bien novateur. Trois personnages, le gars amoureux, la fille qui le considère comme un ami, la troisième qui attend. Des relations amoureuses non réciproques, cela sent le déjà vu. Sauf que, rien que cette pour intrigue, le scénario est plus solide qu’il n’en a l’air. Car l’apparition de Ronald, le quatrième larron, fait que le trio devient un quatuor, et donc que la situation peut se débloquer. Cette incursion apporte beaucoup au film, car elle ajoute un ingrédient à la recette habituelle du mélo.

 

Ensuite, ce qui est très réussi dans ce film, c’est le personnage de Leonard. Jeune homme paumé, qui n’a pas fait le deuil d’une première histoire d'amour qui a mal tourné, stigmatisé pour sa maladie, il prend vie au fur et à mesure que sa relation avec Michelle évolue. Il est enfermé dans sa famille, dans les conventions de sa belle-famille juive qui veut le voir réussir. Son salut n’arrivera que par cette escapade hors du cocon, sur les toits, où il s’échappe avec Michelle.

 

Les deux jeunes femmes qui entourent Leonard sont également très bien dépeintes. Michelle, jeune femme inquiète, à la situation sentimentale instable, qui vit une épreuve personnelle douloureuse et qui ne veut en faire part  à son amant. Elle est touchante, parfois naïve mais au final lucide. Sandra, c’est l’amour raisonné, imposé par la famille. Enfin, c’est ainsi que le vit Leonard. Car Sandra semble sincèrement amoureuse de Leonard, et la situation telle que voulue par ses parents lui convient. Si elle sent parfois que certains détails clochent chez Leonard, elle préfère éviter de les aborder.

 

Les personnages sont très bien taillés, mais cela doit à la mise en scène très maîtrisée de James Gray. Il y a ce début intriguant, où Leonard se jette d’un pont. Mais il y a aussi ce jeu avec les appartements de Michelle et Leonard, qui donnent l’un chez l’autre via une cour. La référence à Hitchcock est flagrante, mais l’histoire d’humour se noue ici non pas dans un appartement comme pour James Stewart et Grace Kelly, mais entre les deux appartements, voire au dessus (pourquoi au dessus ? Vous le saurez en allant voir le film !). Une scène que j’ai trouvé merveilleuse est l’échange téléphonique entre les deux amants. Chacun est chez soi, fenêtres fermées, et le spectateur est placé entre deux : il n’est ni chez l’un, ni chez l’autre, il entend les deux voix par le prisme du combiné. Par cette mise en scène, le spectateur est à la fois partie prenante, car il entend l’échange mais également laissé à l’écart. On sent la bulle qui se crée autour des deux personnages, mais c’est une bulle très fine, qui peut éclater comme un rien.

 

Les trois acteurs principaux sont formidables : Joaquin Phoenix, en garçon fragile mais qui en veut (il parait qu’il annoncé sa retraite cinématographique ? C’est pour mieux revenir, non ?!?), Gwyneth Palthrow, qui revient avec ce rôle au tout premier plan, car elle tient vraiment bien sa place dans ce film, et Vinessa Shaw, la petite inconnue qui réussit à ne pas se faire écraser par ses deux camarades de jeu.

Si je ne suis pas un grand amateur des mélodrames, celui-ci est vraiment très réussi. Il y a très peu de bons mélos, poignants, sans pathos, et celui-ci se range dans la catégorie des très bons, avec certainement Sur la route de Madison. Vraiment, un film à voir (comme tous les films de James Gray d’ailleurs).

 

Les avis de Pascale, de Kilucru

 

Autre film de James Gray : La nuit nous appartient

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 07:30

Ne connaissant d’aucune manière Ian McEwan, j’ai lu ce roman pour connaître d’un peu plus près l’Aristochat du moment. J’ai donc choisi, pour découvrir cet auteur, de lire son roman Samedi.

 

Samedi narre l’histoire d’un samedi presque ordinaire dans la vie de Henry Perowne. Neurochirurgien, il profite de sa journée de repos pour faire du squash avec un collègue, pour rendre visite à sa mère dans la maison de retraite, et surtout pour recevoir sa fille et son beau-père qui viennent passer quelque temps à Londres. Mais ce samedi banal prend une tournure assez étrange : une insomnie perturbe son sommeil, et Henry croit au crash d’un avion en feu dans le ciel londonien. Puis il y a cette manifestation contre la guerre en Irak, qui aura des conséquences inattendues pour sa voiture. Bref, un samedi presque banal, qui prend des allures étranges…

 

Le premier élément qui frappe à la fin de la lecture de ce roman est l’action : il n’y en a pas, ou très peu. L’action se déroule sur une seule journée (ce fameux samedi de 2003, jour de la manifestation londonienne contre la guerre en Irak), et les 360 pages racontent cette journée. Mais s’il ne se passe rien ou pas grand-chose, ce n’est pas pour autant que ce roman est inintéressant, loin de là. Car il y a beaucoup d’événements, minimes, qui jalonnent cette histoire : le moment où Henry assiste à la répétition du groupe de son fils, la partie de squash, l’accrochage en voiture,…. Surtout, il y a cette irruption de l’extérieur dans le cocon familial, qui rompt la magie des retrouvailles familiales.

 

Mais le grand mérite de McEwan est surtout de faire ressentir l’extraordinaire de cette journée par des détails et par des descriptions pointues (voire pointilleuses). Cet avion qui descend avec un réacteur en feu au dessus des immeubles est le premier élément perturbateur du récit. Henry, à partir de ce détail, imagine des scénarii catastrophiques, alors que la réalité est bien plus prosaïque. Pourtant, les premières informations relayées par les média semblent lui donner raison…

 

Par la suite, beaucoup de détails mettent en exergue ces perturbations, et la montée de la colère voire de l’énervement et de la violence qui peut en résulter. La description en longueur de la partie de squash est très révélatrice de cette tension qu’arrive à instiller McEwan, sans utiliser d’artifices romanesques extravagants.

 

La description de cette journée « extraordinaire », mêlée à celle de l’histoire familiale alambiquée, notamment avec John Grammaticus, le beau-père, poète reconnu et reclus dans le sud de la France, crée une ambiance à la fois familière et insolite. Les activités sont celles d’un samedi classique, mais quelques détails en font ressortir la violence.

 

Si ce roman n’est pas un vrai coup de cœur, il vaut le détour pour le travail de McEwan, qui instaure une ambiance qui tient sur des détails et tient le lecteur en haleine pendant plus de 300 pages. De plus, ce roman en prise avec l’actualité permet à l’auteur d’avoir un œil très critique vis-à-vis du traitement de l’information, et fait ressentir les conséquences sur les individus du terrorisme et du 11 septembre. Il faudra que je poursuivre la lecture des œuvres de McEwan pour asseoir mon avis sur cet auteur.

 

Ian McEwan est l'aristochat des mois d'octobre et novembre ! Voir l'avis de Thom et Zaph.

 

Samedi, de Ian McEwan

Traduit de l'anglais par France Camus-Pichon

Ed. Folio

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