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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 07:21

Senlis, début du XXeme Siècle. Séraphine est domestique. Elle passe sa vie entre petits boulots (cuisine, lessive, aide chez un boucher,..) et l’église où elle se rend dévotement. Il faut dire que son éducation religieuse n’y est pas pour rien. Mais sa vraie passion, ce sont les arbres, et les peintures qu’elle en fait. Avec peu de moyen, elle récupère des couleurs partout où elle en trouve, et peint en secret. Jusqu’au jour où un mécène de passage, découvreur du Douanier Rousseau, aperçoit l’une de ses peintures et décide de l’exposer. La peinture de Séraphine prend un tour officiel, et son succès pressenti sera grandissant. La chute n’en sera que plus terrible…

 

Yolande Moreau incarne, avec la légèreté et la grâce qui la caractérisent, une femme pauvre, qui vit de petits boulots mais qui croit en son étoile. Ou plutôt qui croit les voix qui lui ordonnent de peindre. Certains ont découvert la foi derrière un pilier, elle, c’est toute petite qu’elle est tombée dedans. Et cette foi sera le moteur de son œuvre.

 

Femme naïve, qui ne pense pas à sortir de sa condition, elle est bouleversée par l’arrivée de cet allemand raffiné, Wilhelm Uhde, qui boit du thé et reconnaît le passe-temps de Séraphine comme une œuvre artistique (incarné par Ulrich Tukur, très bien comme d’habitude. Pour mémoire, il incarnait le soldat allemand tourmenté dans Amen de Costa-Gavras). Après une période d’espoir, la guerre vient casser le bel avenir qui s’offrait à elle. Le retour de Wilhelm fait renaître ce fol espoir, et Séraphine, emballée, déboussolée, perd toute notion de la réalité pour s’évader dans un monde imaginaire, qui est bien loin d’être réel. Et ce monde rêvé, ce seront finalement quatre murs, qui lui serviront de maison pour la fin de sa vie.

 

Outre l’histoire unique de cette femme de ménage artiste, ce film vaut beaucoup pour sa réflexion sur la folie, qui sous-tend tout le film. Quelle limite peut-on poser entre le génie et la folie ? Car quand elle explique que ce sont des voix qui l’ont poussé à peindre, personne n’y prête attention, son travail étant remarquable. Mais lorsqu’elle commence à s’enfermer, à avoir des illusions  et ne plus parler qu’aux anges, beaucoup prennent conscience, mais trop tard, que son comportement est dangereux, pour elle et les autres.

 

Martin Provost prend le temps d’installer les décors, de monter Séraphine dans l’élément naturel, qui est la base de son œuvre. Pour un deuxième long-métrage, c’est une belle réussite, apaisante, surprenante et questionnante, sur une artiste inconnue pour la majorité du public.

 

A ce propos, une exposition lui est consacrée actuellement au musée Maillol à Paris.

 

D’autres avis (positifs) chez Pascale, Dasola

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 10:37

Voilà ! Un an que ce modeste endroit a ouvert ses portes ! Ouverture sur un billet d’accueil, puis un roman (très agréable d’ailleurs). Et depuis, les billets se sont accumulés (je ne pensais pas lire 76 livres en un an, mais je crois que le blog m'a poussé à augmenter mon rythme de lecture, ce qui n'est pas pour me déplaire), les commentaires ne cessent de se faire de plus en plus nombreux (pour mon plus grand plaisir) et surtout se sont tissées des relations à partir de cet écran qui étaient il y a un an insoupçonnées !

 

Des liens qui se sont traduits par des rencontres au travers de colis (Emeraude, ma première pourvoyeuse de swap, puis Lucie), puis par des rencontres en vrai, que ce soit pour le tirage d’un Lotobook ou pour une course éperdue à travers Paris. A chaque fois, de nouvelles rencontres, qui s’enrichissent d’une fois à l’autre, avec beaucoup de personnes, et surtout de persnnalités différentes (Fashion, Emeraude, Karine, Tamara, Emmyne, Laetitia, Amanda, So (tous les liens sont sur votre gauche ! Ah la flemme !!!) et beaucoup d’autres…).

 

Et puis il y a ceux que je côtoie depuis un an et pour qui je n’arrive pas à mettre un visage sur un nom (mais cela devrait bientôt être réparé ;-), même si on se retrouve toutes les semaines et qu’on a décerné un prix à un roman : Laurence, Catherine, Arsenik, Google, Dda, Cœur ou Joel, et tous les participants plus ou moins occasionnels (Pimpi entre autres). C’est un vrai bonheur de participer chaque semaine à cette énigme qui met tous nos neurones en branle.

 

J’ai au départ créé pour des raisons personnelles : un aide-mémoire de mes lectures et des films vus. Et puis, je me suis rapidement pris au jeu : des lectures glanées à droite et à gauche, des idées de films ou d’expo, des lectures autour d’un auteur précis (Merci les Chats !). Tout cela m’a permis de faire des découvertes littéraires très intéressantes, et je remercie tous les bloggueurs de leur contribution (que ce soit ceux que je visite régulièrement ou les plus occasionnels). La lecture de Passage du gué de Jean-Philippe Blondel ou de L’aveuglement resteront comme de grands souvenirs de lecture, que je n’aurai pas eu sans avoir découvert les critiques parues sur les blogs.

 

Un grand merci donc à tout le monde pour cette expérience beaucoup plus enrichissante que prévue, et j’espère que cela ne se finira pas de sitôt !!!

 

Comme promis aux trois personnes qui m’ont fait l‘honneur de me citer parmi leurs blogs préférés, je me lance à mon tour dans ce tag (ce billet en est l’occasion rêvée, car il est vrai que je ne suis pas un grand aficionado des chaînes qui circulent sur les blogs ; je fais donc aujourd'hui spécialement une exception à la règle !). Voici donc ma contribution (je ne sais pas s’il y en aura 7 ou plus, je verrai au fur et à mesure) :

 

Emeraude : c’est la première avec laquelle j’ai eu un contact physique (par l’intermédiaire d’un colis, en l’occurrence). C’est aussi par son blog et son billet inaugural que je me suis lancé dans Saramago, et parce qu’elle me laisse de très touchants compliments ;-)

 

Fashion : même si je ne suis pas accroc ni aux Hugh, ni aux Colin, ni à Mamma Mia, je dois avouer qu’elle a l’art de rendre extraordinaire n’importe quel ouvrage qu’elle a aimé. Et toutes les petites notes culturelles qui parsèment son modeste salon sont toujours à la fois instructives et drôlatiques.

 

Amanda : comme pour beaucoup d’autres, parce que Perette réussit en quelques lignes à me faire me gondoler devant mon ordi. Mais aussi parce qu’on sent dans ses billets toute l’affection qu’elle porte aux romans et à la littérature en général. Et parce que j'ai encore le souvenir d'une catastrophe heureusement sans conséquences.

 

Thom : parce qu’il est souvent de mauvaise foi, parce qu’il parle toujours de livres que lui seul (ou presque) connaît, parce qu’il réussit à combiner blog culturel et d’actualités, et parce qu’il a une manière très à lui de présenter ce dont il parle. Et car il faut le soutenir en cette période de récession bloguesque !

 

Laurence, et plus largement tous les contributeurs du Biblioblog, parce que j‘aime l’idée du blog participatif, parce que c’est l’une des fonctions essentielles d’Internet aujourd’hui de partager, ici sur des avis sur des romans lus en commun, pour les énigmes et pour la confiance qu’elle m’a accordée pour le prix Biblioblog 2008.

 

Laetitia : si elle publie relativement peu, j’aime beaucoup la concision de ses critiques de livres, courtes mais efficaces. Surtout, car j’apprécie les courts textes saisis sur le vif, dans lesquels elle restitue, encore une fois en quelques lignes, toute une atmosphère qui m’est souvent familière.

 

Karine : Alors, tout l’inverse de Laetitia, car côté concis, on a vu plus efficace. Mais se perdre dans les méandres de ses billets est un plaisir (même si j’avoue qu’il m’arrive parfois de sauter des lignes ;-)

 

En fait, je me rends compte que j’ai rencontré toutes ces personnes là en vrai (ou quasiment). Notre « amour » pour un blog est-il lié à la connaissance physique des personnes qui s’en occupent ? En ce qui me concerne, la réponse est sans aucun doute positive !!! Je n’oublie donc pas tous les autres que j’ai pu croiser, et je pense déjà à tous ceux que je croiserai plus tard et dont je n'ai découvert le chez-soi !!!

 

Pour termnier, un blog cinéma que je viens de découvrir mais qui me parait très prometteur (et déjà très riche et complet), celui de Pascale (à voir, j'ai un TGV de retard, car il est pas tout nouveau).


Merci à tous, et c'est donc reparti pour une nouvelle édition (qui devrait, dans la forme, être assez proche de la précédente !).

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 09:15

Après la vision du film de Christophe Honoré « librement adapté de la Princesse de Clèves », j’ai eu envie de replonger dans l’œuvre originelle. Et je suis bien content de l’avoir fait, à la fois pour la relecture de ce très beau roman, mais aussi pour le comparer avec la vision qu’en a Christophe Honoré.

 

Ce qui m’a frappé dans la lecture du roman est que Mme de Lafayette dresse un portrait de la cour d’Henri II, et que le personnage de la Princesse de Clèves, et son histoire d’amour impossible, n’arrivent que dans un second temps. Le portrait de la cour est assez déroutant pour un lecteur contemporain, car beaucoup de références compréhensibles au XVIIeme Siècle sont certainement beaucoup plus obscures aujourd’hui. D’autant que Mme Lafayette, en s’intéressant à la Cour d’un roi ayant vécu un siècle plus tôt, se permet très certainement de glisser dans le texte quelques phrases destinées directement à ses contemporains.

 

Pour l’histoire de la Princesse, on retrouve cette histoire d’amour impossible entre cette dernière et Nemours, en raison du mariage de la Princesse qui ne veut sous aucun prétexte tromper son mari. Les tourments qui la prennent lorsqu’elle croise son prétendant, les malaises qu’elle a en pensant à lui sont terriblement désuets mais décrits d’une manière telle qu’ils en sont charmants. On se prend d’amitié pour cette Princesse, qui refuse de céder, même lorsque son mari meurt, pour préserver sa dignité.

 

Par rapport au film, il y a tout de même quelques points très différents. Comme je l’avais dit dans le billet concernant La belle personne, la Princesse ne me parait pas effacée comme elle l’est dans le film. Surtout, Christophe Honoré a été bien inspiré (c’est le cas de le dire) de dire que le film est « librement inspiré ». On sent dans le film la trame du roman (trame assez classique, d’une femme séduite par un amant, qui se refuse à lui), avec quelques passages clés comme celui du portrait égaré.  


Si le film est agréable, j’ai une préférence pour le roman, qui, malgré une écriture qui date de quelques siècles, est très fluide. Si quelques tournures sont datées, l’ensemble est tout à fait agréable à lire et très élégant. Un beau roman qui, même s’il ne sert pas à tous les guichetiers, est une référence importante de la littérature en langue française, et une lecture dépaysante.

 

D'autres avis : le Bibliomane, Dominique, Pitou, Rose (qui parle du film et du livre)

 

La Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette

Ed. Librio

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 07:28

Lors de l’attribution de la Palme d’Or à Laurent Cantet pour Entre les murs, j’avais parlé ici du livre à l’origine du film (qui porte d’ailleurs le même titre). J’y avais défendu que, malgré ses défauts, ce roman était bien une fiction, inspiré de faits vécus, mais une fiction avant tout. Pour le film, même postulat : c’est une fiction, revendiquée comme tel (on n'est pas chez Nicolas Phillibert, dont j'apprécie beaucoup le travail, mais c'est un autre registre). Surtout, le film est beaucoup plus réussi que le roman, et Laurent Cantet a réussi à tirer le meilleur de l’ouvrage de Bégaudeau.

 

Sur le scénario, je vais aller vite : un collège à Paris, dans un arrondissement populaire (un des derniers) de la capitale. Un professeur de français, François. Une classe de 4eme. Des élèves : Khoumba, Wei, Souleymane, Henriette, Esmeralda… Et une année où des être humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, vivent ensemble (enfin pas une année pleine, juste dix mois, moins les vacances et les jours fériés encore. Parce que c’est vrai, on dit toujours que c’est une année scolaire, mais on y passe pas toute l’année à l’école, non ?).

 

Le procédé reste le même que le livre : c’est un huis clos, dans l’enceinte du collège. On ne le quitte jamais. On ne fait qu’y entrer, au début, pour ne plus en sortir. Le spectateur voyage donc entre salle de cours et salle des professeurs. Alors que le livre pouvait donner l’image d’un professeur parfois méprisant et loin des préoccupations qu'on peut attendre de lui (l’intérêt porté aux marques des vêtements, les préoccupations bassement matérielles de la salle des professeurs), Laurent Cantet insiste sur la solitude de François face à cette classe d’une vingtaine d’adolescents. Et la solitude de l'enseignant, au sein du collège. 

 

Solitude au sein de la salle de cours, où le prof fait face à vingt élèves, certains timides, d’autres beaucoup plus, disons, volontaires. Et pour trouver la bonne réponse face à leurs remarques et interrogations, François doit faire preuve d’à propos, qu’il n’a pas toujours. Solitude également dans la salle des profs, où la convivialité devrait être de mise, mais qui est également le lieu des mauvaises nouvelles ou des explosions de colère et de frustration, auxquelles personne ne trouve de réponse.

 

J’ai été très touché par ce film, et certaines scènes sont magnifiques d’intensité. Il y a des moments  artificiels mais émouvants, comme cette présentation devant le tableau noir. Surtout, la classe est la résonance de ce qui se passe dehors, et on y retrouve toutes les difficultés sociales et culturelles, notamment lors des réunions parents-professeurs ou lors de ce déroutant conseil de discipline.

 

François Bégaudeau tient de manière assez juste le rôle du professeur, celui qui doit avoir une autorité mais qui ne sait pas comment s’y prendre. Et lorsqu’il perd les pédales en plein cours, il est évident que n’importe qui dans cette situation pourrait avoir un comportement identique.

 

Bien entendu, c’est un film qui se passe à l’école, mais ce n’est pas un documentaire sur l’école d’aujourd’hui. C’est avant tout une grande fiction, scénarisée et montée comme telle. Et la présentation médiatique du film, qui a consisté pour beaucoup de journaux (Télérama, Libération et bien d’autres) à faire visionner le film à des professeurs et à recueillir leurs réactions, ne lui a pas rendu hommage. Il est évident que beaucoup n’y retrouveront pas leur quotidien, et ils en font leur reproche principal : mais c'est logique, Laurent Cantet fait tenir en deux heures une année scolaire. C'est comme si on demandait à toutes les instits britanniques si elles ont toutes un sourire constamment accroché aux lèvres. (cf. Be happy). Comme tout film, la trame est une situation particulière, qui a des parts d'universel mais ne peut recouvrir les expériences des 800 000 professeurs de France et de Navarre.

L’autre reproche souvent lu ou entendu est que Bégaudeau ne tient pas le rôle d’un bon prof. Et alors ! Ce n’est pas pour autant que l’image des professeurs et de leur métier est dégradée, bien au contraire.

 

J’ai trouvé d’énormes qualités à ce film, et j’y ai perdu les défauts du livre. Laurent Cantet a réussi un très beau film, humain et prenant, et je l’en remercie. Parce qu’avec une palme, ajoutée à un prix Nobel de littérature la même année, les déclinologues de la culture devraient nous laisser tranquille pour une bonne dizaine d’années !!!

 

Les avis que j’ai pu trouvés sont tous assez unanimes (je n’y vois pas trace d’unanimisme, c’est juste que c’est un film très réussi !) : Dasola, Bmr et Mam, Ariane, Varia

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 08:55

Un homme, dans une prison. Il n’est pas enfermé, il donne des cours de littérature aux prisonniers. Cet homme, c’est Philippe Claudel qui narre son expérience de professeur en prison. Sous formes de courts passages (de quelques lignes à deux pages), il raconte les anecdotes, les impressions, les souvenirs qu’il a de cette période, révolue au moment de l’écriture.

 

Sur la forme, cela m’a beaucoup fait pensé à Journal du dehors, d’Annie Ernaux. Sur le fond, il y a une différence, qui est le cadre restreint que se donne Claudel : il ne parle que de la prison et de ce qui s’y passe. Au maximum s'aventure-t-il dans le troquet en face de la porte. Il parle de la situation des détenus, des histoires de ces individus qu’il voit de temps à autre, jusqu’à leur prochain transfert, subitement, parfois au milieu d’un cours.

 

La première partie de ce petit ouvrage est une description du milieu carcéral vu par un intervenant extérieur. La surprise face à la découverte de ce monde si particulier, la vie en groupe imposée, une intimité perdue, l'invasion subie de la télévision. Puis, peu à peu, le narrateur s’immisce dans la description et apparaît de plus en plus proche de ce qu’il vit. L’ouvrage gagne en intensité au fil des pages, par l’implication progressive de l’auteur dans l’écriture. Implication dans la narration qui traduit la difficulté croissante à prendre ses distances avec cette activité.

 

Le lecteur y sent la détresse d’un individu face à un monde inconnu et parfois hostile. Détresse qui peut aller jusqu’au refus de donner son cours pour rester dans sa voiture, à la porte de la prison. Ou comment une activité que je présume bénévole peut avoir des conséquences visibles sur la santé d’un individu.

 

En moins de cent pages, Philippe Claudel parvient donc à rendre l’ambiance de ce lieu, qui a été à la fois source d’enrichissement personnel et apprentissage de la peur. Lieu qu’il finit par quitter définitivement, pour ne pas souffrir plus longtemps…

 

Le bruit des trousseaux, de Philippe Claudel

Ed. Stock

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 07:25

La guerre de Tchétchénie a fait des ravages, notamment parmi les soldats russes. Constantin (Kostia pour les intimes) fait partie des victimes de la guerre. Son char a été attaqué lors d’une opération : deux morts, et lui ressort du char le visage totalement brûlé. Il tente donc de reconstruire sa vie avec son nouveau physique, mais celui-ci lui sert surtout à effrayer les enfants. Après un passage dans l’alcool, qui le ravage, le dessin et la recherche d’un de ses anciens compagnons militaires l’amènent à reprendre goût à la vie.


Ce court d’Andreï Guelassimov m’a plu à plusieurs titres. Tout d’abord, il y a l’évocation de la guerre en Tchétchénie par un auteur russe, ce qui est en soi une prise de risque quand on voit ce qui est arrivé à Anna Politkovskaïa. L’auteur ne présente ici que les soldats russes, les combattants tchétchènes n’étant que des ombres sur le toit des immeubles. Il y a dans le comportement des soldats russes un mélange d’angoisse et de dérision, nécessaire pour supporter le danger de ce qui les attend. Il présente surtout les conséquences de la guerre sur les anciens soldats qui ont des difficultés à se réinsérer dans la société russe.

Le deuxième aspect que j’ai apprécié est la rédemption qui s’offre à lui. Pas une rédemption instantanée, mais qui passe par de multiples détails et événements qui changent sa manière de concevoir sa vie. Le retour vers le dessin, et les bons souvenirs du directeur de son ancienne école lui permettent de reprendre pied dans cette société qui a du mal à accepter son nouveau physique. La recherche de son compagnon militaire, présumé disparu, l’oblige à reprendre contact avec sa famille, qu’il avait délaissé. Et si la situation s’améliore, elle ne bascule pas du tout au tout. La réconciliation entre deux autres de ses amis militaires marque le clou de cette nouvelle naissance. C’est cet état d’entre-deux que j’ai trouvé très vrai, un état où tout n’est pas rose, mais où la situation peut tout de même s’arranger un minimum.

Un autre élément que j’ai beaucoup aimé, après avoir été un peu perturbé, est la narration. Le roman est écrit à la première personne, avec Kostia pour narrateur. Les épisodes marquant de sa vie (l’accident militaire, les cours de dessin) prennent place de manière inopinée au cours du récit de sa vie. L’élément perturbateur est que ces sauts dans le passé ne sont jamais signalés, ni par un changement de paragraphe, ni par un autre signe. Le lecteur est donc obligé de remettre les éléments dans l’ordre, et surtout replacer l’action dans le contexte qui est le sien. Une fois compris le mécanisme d’écriture, cela ne pose en fait que peu de difficultés, et donne une vraie unité au récit.

Un auteur à découvrir, qui s’engage dans la vie de son pays (et quand on connaît un peu la situation actuelle de la Russie, c’est un acte très fort qu’accomplit là Andreï Guelassimov !)

Les avis de Tamara, Chiffonnette, Fashion et Emeraude

 

Extrait :

" Quand je suis arrivé à peu près à mes fins, on a sonné à la porte. Je n’ai pas voulu ouvrir tout de suite parce qu’il était tard, et puis j’ai ouvert quand même. Ca ne pouvait être qu’Olga. Même ma mère, ça faisait six mois qu’elle n’avait pas mis les pieds chez moi. On ne communiquait que par téléphone.
- Excuse-moi, qu’elle a fait, de te déranger à nouveau. J’ai mon Nikita qui fait encore des siennes. Viens me donner un coup de main. Je n’en viendrai pas à bout toute seule.
- Pas de problèmes ! ai-je répondu
J’ai jeté ma veste sur les épaules et je l’ai suivie. J’ai laissé ma porte ouverte.
- Alors comme ça, il y a quelqu’un qui ne veut pas dormir ici ?
Le gamin a sursauté et m’a fixé comme si j’étais un spectre. Ses cubes lui en sont tombés des mains.
- Qui est-ce qui n’écoute pas sa maman ?
Il me regarde sans broncher. Les yeux comme des soucoupes.
- Allez, prépare tes affaires. Puisque tu ne veux pas obéir à ta maman, tu vas venir habiter chez moi. Tu ne peux prendre qu’un seul jouet.
Il reste silencieux, la bouche grande ouverte.
- Lequel on va prendre avec nous ? La petite voiture, ou bien ce bonhomme ? C’est qui, celui-là ? Superman ? Allez, vas-y, prends Superman.
Son regard se reporte sur Olga et il murmure :
- Je vais dormir. Je vais aller au lit tout seul, maman.
- C’est parfait. Tu as vite compris. Si tu recommences encore une fois, je reviens et je te prends avec moi pour de bon.
Arrivé à la porte, Olga m’a retenu :
- Tu veux du thé ? Allons à la cuisine – je viens d’en faire.
- Ma porte est restée ouverte. On ne sait jamais ce qui peut arriver…
- Excuse-moi de toujours t’embêter, me dit-elle alors. C’est que… il n’a peur que de toi… Moi, il ne m’obéit plus du tout.
Je me suis mis à rire. "

 

La soif, d'Andreï Guelassimov

Traduit du russe par Joëlle Dublanchet

Ed. Babel

 

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 07:50

Jean est envoyé par ses parents dans une école étrange. Lorsque ses parents le déposent, ils repartent aussitôt, car ils doivent traverser le bras de mer qui sépare l’école de la terre ferme avant que l’eau ne le recouvre. Surtout, les conditions de vie à l’intérieur de l’école sont inhabituelles : les élèves sont notamment contraints de manger de la touille, bouillie infâme, à tous les repas. Et les cours sont étranges : l’unique activité consiste à donner des coups de rame ! Enfin, et surtout, le personnel dirigeant de cette école n’est pas pour inspirer confiance à Jean…

 

Coté scénario, signé Corbeyran, cette bande dessinée est relativement attendue, et fait irrémédiablement penser à d’autres ouvrages jeunesse qui se déroulent dans des milieux scolaires étranges. Outre le célébrissime Harry Potter, cette lecture m’a fait penser à l’Ile du Crâne de Horowitz. Après une entrée en matière assez classique, la rencontre avec la fille du cuistot apporte un peu de piment. Et le mystère dure, puisque les sous-sols de l’école regorgent de créatures monstrueuses. Surtout, la fin de la bande dessinée est assez surprenante, et ne résoud pas toutes les questions posées lors de la lecture.

 

Mais cette bande dessinée vaut en fait surtout pour son dessin. Dans une utilisation des couleurs restreintes au noir et blanc, le dessinateur, Bouillez, parvient à jouer sur les ombres et utilise des jeux de lumières qui donne une intensité remarquable au dessin. Avec une économie de moyen (un trait net et deux couleurs), le dessinateur parvient à faire naître quantité d’images chez le lecteur, autres que celles dessinées.

 

Une histoire classique très joliment et savamment illustrée, qui vaut donc le coup d’œil !

 

Le phalanstère du bout du monde, de Corbeyran et Bouillez

Ed. Delcourt G. Productions

 

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 09:16

Suite aux différentes attaques subies par la malheureuse Princesse de Clèves (qui non seulement vit un tourment sentimental terrible depuis plus de trois siècles, mais est en plus contrainte d’entendre les cris d’orfraie de l’Omniprésident), Christophe Honoré a décidé de répondre aux questions présidentielles. Après avoir envisagé un film en costumes, il a transposé l’action au début du XXIeme, dans l’aristocratie d’aujourd’hui : le XVIeme arrondissement de Paris.


Junie arrive au Lycée Molière un matin d’automne ou d’hiver (en tout cas, il fait froid). Elle débarque en milieu d’année dans une classe où elle ne connaît que son cousin, Matthias. Elle trouve l’amour en la personne d’Otto, jeune adolescent timide qui se tient un peu à l’écart du groupe. Mais Mr Nemours, professeur d'italien habitué des conquêtes d'adolescentes, s’éprend de la nouvelle arrivante. Et cet amour impossible est malheureusement réciproque…


On reconnaît de loin la trame de la Princesse de Clèves dans ce film (somme toute assez classique aujourd’hui) : une jeune femme est amoureuse d’un homme de son âge, et refuse l’amour interdit par les conventions (ici, la relation professeur / élève). La transposition au cœur du XVIeme arrondissement est plutôt bien trouvée, dans ce lycée vétuste qui sent le poids de l’histoire.


Mais Christophe Honoré impose sa patte sur le film. D’ailleurs, sa vision de Junie me parait très loin de celle que j’ai eu lorsque j’ai lu le roman. Si la Princesse est tourmentée à cause de cet amour impossible, je ne la vois pas comme une femme effacée, timorée, qui subit les actions sans trop de passion. Autant les garçons sont bien rendus dans le film avec un bon Louis Garrel, qui fait très bien ce qu’il sait faire (Quand va-t-il jouer un ouvrier en bleu ?), Grégoire Leprince-Ringuet qui tient également bien le rôle d’Otto et surtout un Matthias très intéressant  (Esteban Carvajal Alegria), autant les personnages féminins m’ont laissé sur ma faim. Léa Seydoux en femme impassible et qui intériorise le tourment ne m’a pas convaincue. Le seul rare moment où elle prend de la dimension est le moment où elle sourit, lorsqu’elle croise Chiara Mastroianni.
 
Honoré met sa patte aussi par l’intrusion d’un passage chanté, comme dans son précédent film Les Chansons d’amour. Il y a enfin cette autre histoire d’amour, plus actuelle mais aujourd’hui relativement moins impossible, entre Matthias et Martin. Il y a tout de même une insistance à faire des parallèles avec d’autres histoires d’amour difficiles trop appuyée (Lucia de Lammermoor notamment, dont l’histoire rappelle beaucoup celle de la Princesse).
 
Au final un film plaisant, qui vaut surtout pour ses garçons, mais qui a aussi eu le mérite de m’avoir donné envie de relire le roman de Mme de La Fayette ; et je crois que c’était un des objectifs recherchés par Honoré. De ce point de vue là, c’est réussi !!!
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:52

Giovanni Drogo, jeune soldat, est affecté au fort Bastiani. D’abord heureux de quitter l’école militaire, il réalise que le fort est installé à l’autre bout du pays, à la frontière avec le pays des Tartares. Surtout, celle-ci n’est pas menacée, un large désert séparant les deux pays. Après avoir souhaité partir au bout des quatre mois réglementaires, Giovanni se retrouve prisonnier du fort. Non pas un prisonnier enfermé contre sa volonté, mais un prisonnier inconsciemment volontaire. Giovanni reste au fort, et son action va paradoxalement tourner autour de l’attente : celle de l’action, de l’arrivée de l’ennemi, là-bas, au bout du désert…

 

Ce qui est épatant dans cette œuvre, c’est que Buzzati écrit un roman sur l’attente. Il se passe très peu de choses, mais aucune des pages n’est superflue. On y sent le temps qui passe, inexorablement, et avec lui les rêves et les espoirs de Giovanni.

 

Le début du roman marque d’emblée cette attente : il faut en effet deux jours à Giovanni pour rejoindre le fort, situé aux confins du pays, à travers la montagne. Et dès ce voyage, on pressent que le héros y restera longtemps, beaucoup plus longtemps qu’il ne l’a prévu. Cette scène est d’ailleurs reprise en écho à la fin du roman, avec Giovanni qui accompagne un jeune soldat affecté au fort, comme si le temps avait passé sans que rien ne change.

  

Deux scènes du livre, qui se répondent d’ailleurs, m’ont particulièrement marqué. La première est le rêve que fait Giovanni, dans lequel il pressent la mort d’Angustina. La description de ce chariot aérien qui vient prendre le camarade de Giovanni est très réussie et évocatrice. Par la suite, la scène de la mort d’Angustina m’a également interpellé.

 

L’aspect le plus étonnant, finalement, est qu’on assiste à une multitude d’épisodes de la vie du fort (l’affaire du cheval apparu dans le désert, la lumière et la construction de la route, les visites de Giovanni en ville), et que Buzzati parvient à transmettre l’unité qui régit toutes ces situations distinctes : l’attente de l’élément perturbateur, qui va enfin sortir le fort de sa torpeur. Avec un sentiment de frustration très fort pour Giovanni, qui quitte le fort au moment où cette attente pourrait enfin être comblée.

 

A noter, à propos de ce roman, la chronique (classique) signée par Laurence, mais surtout le très signifiant parallèle qu’elle a trouvé entre cette œuvre et une chanson de Brel, Zangra. Tout cela lors du crossover organisé par le camarade Thom. Une vraie réussite que cette étude comparée !

 

Le désert des Tartares, de Dino Buzzati

Traduit de l'italien par Michel Arnaud

Ed. Pocket

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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 07:27
Après un souvenir mitigé d’Un long dimanche de fiançailles, je ne pensais pas replonger le nez dans un bouquin de Japrisot rapidement. Mais, comme les Chats ont désigné cet auteur Aristochat des mois d’août et septembre, j’avais un bon prétexte pour une nouvelle tenative. Et celle-ci fut bien plus concluante.

 

C’est l’été, du coté des Alpes Maritimes. Fiorimont, aîné d’une famille de trois garçons qui vivent avec leur mère et leur tante sourde, surnommé Pin Pon car il est pompier volontaire, vit une histoire d’amour avec Elle. Elle, c’est Eliane, une jeune fille allumeuse débarquée au village peu de temps auparavant avec sa mère, que tout le monde appelle Eva Braun à cause de son accent germanique. Mais l’arrivée d’Elle dans le village n’est pas anodine, et elle a ses raisons pour plonger le nez dans une vieille affaire qui marquera le village…

 

Sébastien Japrisot réussit un tour de force assez magistral avec ce roman : il réussit à tenir le lecteur en haleine du début à la fin du roman. Cela démarre de manière assez mystérieuse. C’est Pin Pon qui narre l’histoire, et l’aspect naïf du personnage, rendu dans l’écriture, crée de la difficulté pour comprendre où nous mène cette aventure. Puis les points de vue changent (Elle,  Cognata la tante sourde, Eva Braun), et chacun enrichit la trame de ce roman. De plus, le roman démarre et se clôt par le point de vue de Pin Pon, les deux parties encadrant un flash back. L’utilité de cette construction est de faire présager le pire tout en restant très flou, et de plonger immédiatement le lecteur dans un mystère qui ne le lâche plus.

 

La trame se densifie donc au fur et à mesure des contributions, et plonge le lecteur dans une horreur qui parait inéluctable. Néanmoins, si l’issue de ce roman est assez prévisible, Japrisot parvient à faire rebondir l’action et à surprendre le lecteur jusque dans les dernières pages. Vraiment un  ouvrage où le suspense est à son comble.

 

Quant aux personnages, ils sont tous limite demeurés (Mickey, Bou-Bou, Loulou-Lou,… : rien que les surnoms sont éloquents !), mais attachants. Que ce soit Pin Pon qui tente désespérément de retaper une vieille bagnole ou Mickey qui rêve de gagner une course cycliste, chacun a un but, et on a envie qu’il l’atteigne. Bien entendu, Elle est mue par un autre objectif, moins louable, mais sous ses airs de vamp, elle suscite plus de pitié que d’indignation.

 

Voilà donc un roman assez travaillé au niveau de l’écriture, avec un style oral bien rendu (il faut quelques dizaines de pages pour s’y habituer tout de même). C’est vraiment un livre que je conseille, et qui malgré ses 30 ans n’a pas vieilli.

 

Le film a été adapté au début des années 80 par Jean-Jacques Becker, avec Isabelle Adjani et Alain Souchon. Je ne l’ai pas vu, mais j’ai entendu que lui avait un peu plus subi l’outrage du temps.


L'avis de Laiezza (qui en dit beaucoup, quand même ;-)

 

Un été meurtrier, de Sébastien Japrisot

Ed. Folio-Policier

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