Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 07:30

Ne connaissant d’aucune manière Ian McEwan, j’ai lu ce roman pour connaître d’un peu plus près l’Aristochat du moment. J’ai donc choisi, pour découvrir cet auteur, de lire son roman Samedi.

 

Samedi narre l’histoire d’un samedi presque ordinaire dans la vie de Henry Perowne. Neurochirurgien, il profite de sa journée de repos pour faire du squash avec un collègue, pour rendre visite à sa mère dans la maison de retraite, et surtout pour recevoir sa fille et son beau-père qui viennent passer quelque temps à Londres. Mais ce samedi banal prend une tournure assez étrange : une insomnie perturbe son sommeil, et Henry croit au crash d’un avion en feu dans le ciel londonien. Puis il y a cette manifestation contre la guerre en Irak, qui aura des conséquences inattendues pour sa voiture. Bref, un samedi presque banal, qui prend des allures étranges…

 

Le premier élément qui frappe à la fin de la lecture de ce roman est l’action : il n’y en a pas, ou très peu. L’action se déroule sur une seule journée (ce fameux samedi de 2003, jour de la manifestation londonienne contre la guerre en Irak), et les 360 pages racontent cette journée. Mais s’il ne se passe rien ou pas grand-chose, ce n’est pas pour autant que ce roman est inintéressant, loin de là. Car il y a beaucoup d’événements, minimes, qui jalonnent cette histoire : le moment où Henry assiste à la répétition du groupe de son fils, la partie de squash, l’accrochage en voiture,…. Surtout, il y a cette irruption de l’extérieur dans le cocon familial, qui rompt la magie des retrouvailles familiales.

 

Mais le grand mérite de McEwan est surtout de faire ressentir l’extraordinaire de cette journée par des détails et par des descriptions pointues (voire pointilleuses). Cet avion qui descend avec un réacteur en feu au dessus des immeubles est le premier élément perturbateur du récit. Henry, à partir de ce détail, imagine des scénarii catastrophiques, alors que la réalité est bien plus prosaïque. Pourtant, les premières informations relayées par les média semblent lui donner raison…

 

Par la suite, beaucoup de détails mettent en exergue ces perturbations, et la montée de la colère voire de l’énervement et de la violence qui peut en résulter. La description en longueur de la partie de squash est très révélatrice de cette tension qu’arrive à instiller McEwan, sans utiliser d’artifices romanesques extravagants.

 

La description de cette journée « extraordinaire », mêlée à celle de l’histoire familiale alambiquée, notamment avec John Grammaticus, le beau-père, poète reconnu et reclus dans le sud de la France, crée une ambiance à la fois familière et insolite. Les activités sont celles d’un samedi classique, mais quelques détails en font ressortir la violence.

 

Si ce roman n’est pas un vrai coup de cœur, il vaut le détour pour le travail de McEwan, qui instaure une ambiance qui tient sur des détails et tient le lecteur en haleine pendant plus de 300 pages. De plus, ce roman en prise avec l’actualité permet à l’auteur d’avoir un œil très critique vis-à-vis du traitement de l’information, et fait ressentir les conséquences sur les individus du terrorisme et du 11 septembre. Il faudra que je poursuivre la lecture des œuvres de McEwan pour asseoir mon avis sur cet auteur.

 

Ian McEwan est l'aristochat des mois d'octobre et novembre ! Voir l'avis de Thom et Zaph.

 

Samedi, de Ian McEwan

Traduit de l'anglais par France Camus-Pichon

Ed. Folio

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Emmanuel 15/05/2011 11:41



Merci pour ton retour sur notre blog. Il est toujours tellement intéressant de confronter les points de vue en matière de littérature. J'ai du coup mis un petit lien vers ce blog depuis la page
d'accueil du Blog des Bouquins. A bientôt. Emmanuel



Yohan 25/05/2011 18:25



Mais de rien, les blogs sont faits pour être commentés ! Et merci pour le lien (même si le commentaire n'avait pas du tout cet objectif ;-)



Emmanuel 08/05/2011 23:37



Belle critique. Pas facile en effet de donner un avis tranché sur cette histoire en équilibre entre passion et ennui. Je suis cependant un tout petit peu moins tendre concernant les descriptions
détaillées de la partie de squash ou de la banlieu londonienne : si l'on perçoit bien la fin de l'auteur (nous faire vivre le plus prosaïquement possible cette journée à la fois banale et
singulière), les moyens utilisés m'ont semblé un peu pesant.


Emmanuel


http://leblogdesbouquins.blogspot.com/2011/05/samedi-de-ian-mcewan.html



Yohan 12/05/2011 19:18



Merci pour ce retour de lecture argumenté. C'est un livre dont je me souviens très bien, même si la lecture n'a pas été des plus plaisantes. Mais j'ai trouvé dans ce roman une force, une
intensité, liée uniquement au style, qui m'a beaucoup plu. Je vais aller lire ton billet, pour en savoir encore plus !



sylvie 18/12/2008 18:05

Je n'ai pas du tout aimé les considérations du héros principal, notamment sa vision du monde et des êtres sur le mode déterministe ... Sa lecture médicale et toute "génétique"... Comme ce roman a tendance a nous mettre en empathie avec lui, moi, je n'ai pas pu, c'est le genre de raisonnement que je déteste... Mais peut-être que l'auteur n'a pas d'empathie pour son héros, sauf que j'en doute, j'ai même lu que c'était le roman le plus autobiographique qu'il avait écrit...

Yohan 22/12/2008 10:59


De ce point de vue là, je t'accorde que le personnage principal m'est également paru assez pau sympathique, très froid et individualiste. Mais ce trait de caractère, s'il m'a sauté aux yeux au
début du roman, s'est ensuite dissipé, et j'ai pu continuer sans l'avoir continuellement en tête.


sylvie 16/12/2008 18:56

j'ai beaucoup aimé expiation de cet auteur, ce qui m'a fait lire Samedi; et j'ai été fort déçue...
Je me souviens du jardin de ciment aussi qui était très fort...
Mais Samedi, non! je l'ai lu en entier, mais j'ai presque regretté!

Yohan 18/12/2008 15:34


J'ai lu sur les blogs  beaucoup de bien de Expiation, donc je vais sûrement me laisser tenter. Pour  Samedi, je pense l'avoir lu dans des conditions (vacances) qui m'ont laissé le temps
de m'immerger, et de lire longtemps. Mais qu'est-ce qui t'a gêné : le manque d'action ? l'écriture ? autre chose ?


amanda 30/11/2008 12:05

j'y ai trouvé trop de lenteur pour vraiment "rentrer dedans"..

Yohan 01/12/2008 23:02


Je comprends ta réticence. Je l'ai lu étant en vacances, dnc j'avais le temps. MAis c'est vrai qu'en d'autres moments, on peut avoir envie de quelquechose de plus "remuant".