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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 09:32

Irène est une prostitué, atteinte d’une maladie dont elle sait qu’elle ne guérira pas. Elle est contrainte de vendre son corps pour apporter de l’argent au petit et la vieille, comme elle les appelle. Elle rencontre Rosalio, employé intérimaire sur un chantier de construction. Rosalio est analphabète, et sa rencontre avec Irène, qui sait lire mais n’a pas de quoi s’acheter de livres, est pour lui l’occasion de faire l’apprentissage de la lecture. Rosalio et Irène vont ainsi se tenir compagnie, pour lutter contre l’exclusion et la misère, elle lisant les livres que Rosalio apporte et lui apprenant à lire, lui narrant les contes qu’il a entendu lors de son enfance ou les histoires qu’il a vécu.


Le vol de l’ibis rouge est le premier roman de Maria Valeria Rezende. La narration est double : dans chaque chapitre, un conte (avec certainement une part autobiographique, mais ce n’est pas toujours précisé) est raconté par Rosalio. Ce conte est encadré par la description de la vie menée par Rosalio et Irène. J’avoue avoir mis quelques chapitres avant de comprendre le mécanisme de narration. Mais une fois celui-ci dompté, quel plaisir de lecture que ce roman !

La vie d’Irène et de Rosalio est précaire : ils manquent tous les deux d’argent, effectuent chacun un métier dangereux, elle prostituée, lui trouvant des petits boulots dans la construction. Surtout, cette misère sociale est liée à une misère culturelle : Rosalio ne sait pas lire, et Irène, qui peut l’aider, n’a pas les moyens d’acheter les livres qui pourrait la sortir de son univers. Il y a enfin la misère affective qui touche les deux protagonistes, chacun étant heureux de trouver une oreille attentive pour se sentir soutenu.

Il y a beaucoup d’humanité dans ce roman. C’est d’abord un hommage à l’apprentissage, à la culture et aux livres. L’hommage est aussi rendu à l’oralité, qui transparaît ici par les histoires racontées par Rosalio. Chaque conte est une aventure palpitante, qui mélange ce qu’a vécu Rosalio avant de venir dans la ville et  les mythes de la culture brésilienne. J’ai notamment noté un très joli conte au sujet d’une troupe de théâtre amateur, qui en partant de rien, se fait une renommée, au point que les habitants du village ne peuvent plus assister aux représentations du fait de l’affluence des gens venus de la ville.

Puis il y a l’aventure humaine entre ces deux personnages, usés par la vie, qui n’ont d’autres objectifs que de subvenir à leurs plus élémentaires besoins. Et cette amitié, cette solidarité va prendre le pas sur la misère, et inciter chacun à oser franchir le pas pour enfin pratiquer l’activité qu’ils désirent et quitter ce milieu sordide dans lequel ils se débattent.

Voilà donc une jolie surprise et une belle découverte que ce roman brésilien, qui est un concentré de solidarité et de dépaysement tout à fait remarquable.

 

Les avis également enthousisates de Chiffonnette,  A_girl_from_earth

 

Le vol de l'ibis rouge, de Maria Valeria Rezende

Traduit du portugais par Léonor Baldaque

Ed. Métailié

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 09:11

Jamal Malik est un homme chanceux : candidat à Qui veut gagner des millions en version indienne, il est sur le point de décrocher le pactole. Mais des soupçons apparaissent, sa probité est mise en doute : comment ce garçon, serveur de thé dans un centre d’appels, peut-il répondre là où les avocats ou les professeurs se trompent. Mais en plongeant dans l’histoire de ce jeune homme, on découvre pourquoi il réussit à gravir un à un les échelons du jeu, jusqu’à devenir une vedette pour tous les pauvres du pays.

 

C’est une impression étrange que celle d’avoir eu le sentiment de partir pendant plusieurs heures dans une contrée lointaine, alors qu’on vient juste de passer 2 heures sur un fauteuil. Mais c’est exactement ce que j’ai ressenti devant ce film éclectique, foisonnant et entraînant.

 

Jamal Malik est au cœur de cette aventure. Dès le départ, on navigue entre le strass du plateau télé et la violence de l’interrogatoire policier, jusqu’à l’utilisation de la gégène. Le ton est donné, puisque le spectateur sera constamment balloté entre la misère du peuple indien et les espoirs suscités par le jeu.

 

On revit toute l’histoire de Jamal, de la mort de sa mère à la suite d’une ratonnade envers les musulmans indiens (ce qui a résonance terrible avec les événements récents) à la mafia locale qui n’hésite pas à réduire en esclavage de jeunes enfants pour en faire des pourvoyeurs de fonds. On voyage dans les bidonvilles, dans les toilettes publiques que les enfants font payer, dans les décharges et finalement dans les centres d’appel que les occidentaux ont installé là-bas pour réduire leurs frais (oui, ceux qui vous appellent le samedi à 8h pour vous vendre une encyclopédie !).

 

Et puis il y a la traditionnelle histoire de famille avec son frère Salim, qui prendra un chemin différent, et l’incontournable histoire d’amour avec Latika, que Jamal perd de vue mais pour qui il prend tous les risques, afin de la retrouver et de la sortir des griffes du mafieux qui la contrôle. Si ces moments et le dénouement sont relativement attendus, Dany Boyle parvient à les incorporer à un ensemble énergique, ce qui ne rend pas ces scènes trop guimauves.

 

A noter le très bon montage, ainsi que la bande originale qui accompagne tout le film. Avec en particulier un hommage final à Bollywood tout à fait savoureux !

 

Voilà donc vraiment un film surprenant, un conte moderne qui vous amènera loin, et qui s’il présente une situation très peu enviable de l’Inde, ne tombe pas dans un misérabilisme larmoyant. Il y a de l’action, du rire avec Salim et Jamal jeune, de l’amour, bref, tous les ingrédients pour faire un bon film. Et les acteurs, tous indiens, sont tous très bons dans leur registre. Vraiment une belle surprise, et chapeau au réalisateur de la bande-annonce, qui m’a donné envie de voir ce film tout en évitant de raconter les trois quarts de l’histoire.

 

L’avis de Pascale

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 08:53

Il y a quelques jours ont été fêtés les 80 ans de Tintin. Et par une troublante coïncidence, j’étais plongé depuis quelques temps dans un essai très intéressant sur le monde de Tintin, un essai sur le comique hergéen. Et qu’y apprit-on, dans cet essai ?

 

On y apprend tout d’abord les différentes influences qui ont inspiré Hergé pour ses différents personnages, notamment Rodolphe Töppfer. On y découvre également comment Hergé a fait évoluer le comique dans son œuvre, à la fois à l’intérieur des aventures de Tintin avec l’introduction de nouveaux personnages, mais aussi avec d’autres de ses albums. Ainsi, la première aventure de Tintin, chez les Soviets, est un coup d’essai pour Hergé : Tintin est un héros farceur, ruseur, beaucoup plus polémique que dans les albums suivants. Cette fibre existe encore chez Tintin au Congo ou en Amérique, mais elle disparaît peu à peu chez le héros principal. En effet, l’introduction de personnages secondaires comme les Dupondt, puis Haddock et enfin Tournesol font que l’aspect comique de la série va se déporter de Tintin vers ses acolytes. Et les Tintin des Soviets va se retrouver chez Quick et Flupke, les deux garnements qui sont les autres héros de Hergé.

 

Cette perspective historique étant posée, l’auteur emmène ensuite le lecteur vers les différentes formes de ce comique, de manière très didactique et fouillée. Il s’attarde ainsi sur le rôle des Dupondt, personnages n’ayant aucun lien de famille mais faisant preuve d’une similarité de gestes et de réflexions tout à fait étonnantes. Sur le rôle du Capitaine Haddock, le râleur, le ronchon qui fait le contrepoids parfait du très placide Tintin.

 

L‘auteur décrit également les gags qui reviennent à plusieurs reprises dans les albums d’Hergé. Ainsi, Hergé prend un malin plaisir à ce que le Capitaine Haddock soit aspergé d’eau, liquide qu’il exècre : par un lama, par un pommeau de douche qu’il confond avec un téléphone, par un lave-vitres… De même, le Capitaine est le personnage qui fait entrer le burlesque dans les épisodes, notamment par sa propension à constamment se cogner, à tomber de sa couchette ou dans l’escalier,…

 

Mais le comique réside également dans les dialogues. Outre les insultes utilisées par le Capitaine (hors contexte, certaines sont très étonnantes), l’auteur insiste sur la construction des planches et sur le fait qu’un événement devient comique car il contredit souvent ce qui vient d’être dit juste avant. Ainsi, à chaque fois que les Dupondt expliquent qu’il n’y a aucun problème, une catastrophe ne tarde pas à se produire.

 

L’auteur analyse aussi la satire, qui n’est pas le comique le plus utilisé par Hergé mais qui est présent, notamment dans Les bijoux de la Castafiore. Album que l’auteur considère du point de vue comique le plus réussi, car cet épisode ne tient que sur la vie à l’intérieur de Moulinsart. Il est notamment question de l’attirance entre le Capitaine et Bianca Castafiore, distillée de manière implicite dans quelques cases, et dont l’auteur donne ici toute la saveur.

 

Il est encore question d’Abdallah, de Séraphin Lampion ou du Général Alcazar, mais je conseille vraiment cet essai paru aux Editions Moulinsart aux amateurs de Tintin, car il permet de manière très ludique une approche plus détaillée de l’univers d’Hergé. Et donne immanquablement envie de plonger à nouveau dans les aventures de ce héros presque parfait, mais entouré de tellement de personnages secondaires décalés que l’humour est très souvent présent.

 

Le rire de Tintin, essai sur le comique hergéen, de Thierry Groensteen

Ed. Moulinsart

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 14:33

Gabriel a tout pour être heureux : une épouse, un enfant qui s’annonce. Mais il plaque tout et quitte le nid conjugal pour vivre seul. Gabriel est tourmenté par des secrets. Il se rend à la synagogue pour tenter de trouver l’apaisement. Mais les événements qui ont marqué sa vie remontent à la surface et le submergent : sa sœur, fauché par un chauffard ivre, ses parents, muets sur cet accident qui a bouleversé leur vie et sur l’histoire de leur propre famille. Surtout, c’est le silence qui étouffe Gabriel : il n’a jamais osé raconter à son épouse ou à son meilleur ami, qui a vécu un drame similaire, l’histoire de cette sœur trop vite disparue. Et c’est à l’occasion d’un voyage professionnel en Hongrie qu’il va découvrir ce que ses parents n’ont jamais voulu lui dire.

 

Ce roman m’a laissé une impression étrange, double. Commençons par le positif (qui prend le pas sur les points plus négatifs, tout de même !). C’est une histoire sur un secret de famille, thème à la mode actuellement, que ce soit en littérature (avec le très bon livre de Philippe Grimbert) ou au cinéma. Ici, l’originalité est que ce secret est double. Le personnage de Gabriel est à la fois victime et propagateur de secrets qui le minent.

Victime, car les parents de Gabriel ne lui parlent pas de leurs propres parents, d’origine hongroise. Grands-parents que Gabriel découvre par hasard lors d’une visite d’un cimetière de Budapest. Mais il n’arrive pas à ne pas faire subir à son entourage ce que ses parents lui ont fait subir. Ils lui cachent ainsi  la mort de sa sœur. Cette incommunicabilité le détruit, l’empêche de construire ce que tous considèrent comme une vie de famille classique. C’est la découverte par sa femme d’une lettre où il raconte la peur de devenir père qui déclenche la rupture, lettre qui donne lieu à un très beau passage du roman.


Il y a aussi la trace de la littérature d’Europe Centrale qui irrigue tout le roman. Gabriel est traducteur, spécialiste de Thomas Mann. Il a contracté l’amour de la littérature chez un libraire de la campagne champenoise, chez qui il dépensait tout son argent de poche.


Néanmoins, je n’a pas été complètement emballé par le récit. Je pense que cela tient à la narration de ce roman. Car si c’est agréable à lire, je n’ai pas ressenti le trouble de Gabriel, qui est le narrateur. Ce choix de la première personne ne me parait cohérent avec une écriture léchée, où on ne ressent pas les hésitations, les tourments de Gabriel. On sent ce trouble par moment, avec un récit éclaté, mais pas aussi intensément que je l’aurai imaginé.


Voilà un premier roman agréable, bien écrit, mais dont le choix de narration ne m’a pas séduit. Un premier essai néanmoins prometteur.

 

P.S. à Sabine Wespieser, l’éditrice : Dans ce genre de roman, le lecteur imagine souvent une part autobiographique au texte. Dans Le secret, Philippe Grimbert explique clairement qu’il raconte son histoire. Ici, on ne sait pas si Gabriel et Jean sont les mêmes personnes. Ce qui ne me dérange aucunement, chaque lecteur imaginant sa version. Mais l’éditrice jette le trouble en indiquant en quatrième de couverture que l’auteur est originaire d’Europe de l’Est, comme le personnage. Remarque que je trouve de trop, car elle crée un mystère qui donne l’impression d’avoir lu un roman dont on ne sait pas tout, dont le lecteur n’a pas toutes les clés. Si rien n’avait été indiqué, j’aurai pris cela pour une fiction. Là, je suis dans un entre-deux qui me laisse une impression d’inachevé assez frustrante !

 

Les bains de Kiraly, de Jean Mattern

Ed. Sabine Wespieser

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 09:14

Lors de la traversée de la lande de Lessay, dans le Cotentin, Maître Tainnebouy, herbager, voyage en compagnie d’un homme qui  ne connaît pas les lieux. Dans cet endroit où la nature est hostile, entre brumes et marécages, les deux voyageurs entendent une cloche sonner, alors qu’il n’y a aucun bâtiment aux alentours. Maitre Tainnebouy raconte alors à son accompagnateur étonné l’origine de ce bruit : c’est ainsi qu’on découvre l’histoire de Jeanne Le Hardouey et de l’abbé de la Croix-Jugan.

 

Moine à l’abbaye de Blanchelande, Jéhoel de la Croix-Jugan s’est engagé dans la Chouannerie. Face à la défaite des siens, il décide de se donner la mort, mais le coup de feu n’est pas mortel. Retrouvé dans un fossé, il est recueilli par une paysanne qui le soigne. Mais les Bleus, ennemis des Chouans, découvrent le blessé, et pour le punir, lui arrachent sauvagement tous ses bandages : La Croix-Jugan survit, mais il est défiguré.

 

Quelques années plus tard, Jéhoel de la Croix-Jugan revient dans l’abbaye d’où il est parti mais reste encapuchonné pour cacher sa défiguration. Et c’est lors d’une des messes auxquelles elle assiste que Jeanne Le Hardouey va se prendre de compassion et d’amitié pour l’abbé. Elle apprend l’histoire de cet homme, qui va lui faire oublier son mari, son ménage, au point que les villageois vont la croire ensorcelée par cet abbé revenu des Enfers…

 

Voici un roman que j’ai lu il y a quelques années, et dans lequel je me suis replongé avec plaisir. J’en avais gardé le souvenir de cette lande inhospitalière, brumeuse, où se mêle les combats religieux et le fantastique dans ce personnage de l’abbé de la Croix-Jugan. J’y ai retrouvé tous ces aspects, et mon esprit, plus que par l’intrigue en elle-même, a été attiré par tous les aspects un peu secondaires au récit.

 

On retrouve ainsi dans ce roman un élément qui me parait assez caractéristique des romans du XIXe Siècle, la prise de position de l’auteur par l’intermédiaire de son narrateur. Ainsi, en plusieurs épisodes du récit, le narrateur nous fait part de son aversion pour le monde moderne, pour les machines, pour le progrès, opinions qui sont très proches de celles de l’auteur. De même, la narration prend clairement la défense de Chouans, ces paysans de l’Ouest qui se sont révoltés pour défendre la religion catholique. A travers ces différents aspects, on plonge dans un roman qui nous montre les débats qui avaient lieu au milieu du XIXe dans le milieu intellectuel français.

 

Si je ne partage pas les opinions politiques du conservateur Barbey d’Aurevilly (qui avait des positions très différentes en matière de littérature, puisqu’il a notamment défendu Flaubert ou Baudelaire), la lecture de l’Ensorcelée m’a une nouvelle plû par ce mélange de réalité historique et de fantastique, instillé de manière assez subtile dans le roman. C’est un joli roman à découvrir, avec un style parfois un peu daté, mais qui se lit avec un grand plaisir.

 

L'ensorcelée, de Jules Barbey d'Aurevilly

Ed. Folio - Classiques

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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 08:18

En Picardie, les ouvrières d’une usine de textile découvrent que toutes les machines ont disparu du jour au lendemain, le patron avec elles. Avec leur prime de licenciement, elles décident de payer un tueur professionnel pour liquider le patron-voyou. Mais le monde économique étant complexe, leur cible n’est pas celle qu’elles pensent. Et cela se complique lorsque le tueur est loin d’être un professionnel.

 

Benoît Delepine et Gustave Kervern sont connus pour leur collaboration à l’équipe de Groland. Ils signent avec ce film une œuvre qui reprend l’esprit de la présipauté, en mélangeant actualité sociale et humour noir et osé.

L’actualité sociale saute aux yeux dès le début du film. Des ouvrières, pour la plupart d’entre elles âgées, perdent du jour au lendemain leur emploi. L’une d’entre elles, Louise (Yolande Moreau), taiseuse et solitaire, fait cette proposition saugrenue de descendre le patron. Proposition que toutes acceptent. Par la suite, on suit notre héroïne dans sa quête pour débaucher un tueur, puis les équipées en Picardie, à Bruxelles et à Jersey pour descendre les divers patrons, qui changent à coups de rachats d’entreprise et autres subtilités économiques.


Mais le social fait vite place au burlesque, tout en restant en arrière plan. Ainsi, le moyen de subsistance de Yolande Moreau est de tuer les pigeons à coups de tapettes à souris ! On découvre aussi les conditions sociales de ces ouvriers, dans des paysages souvent gris mais où la bonne humeur, parfois feinte, est de mise.

Surtout, on retrouve l’humour qui fait la renommée de Groland. L’attaque du 11 septembre avec des maquettes en carton orchestrée par un ancien ingénieur métallurgiste qui défend la thèse du complot (Benoit Poelvoorde) est tordante ! De même, notre tueur, Michel, (Bouli Lanners), pétochard au possible, utilise des moyens relativement amoraux pour descendre (ou essayer de descendre !) les patrons visés. Il arrive même à tuer accidentellement une vache ! J’ai également beaucoup aimé la séquence où Yolande Moreau, dans un bar, se gondole devant un dessin animé !
Louise et Michel ont également des secrets qu’ils ne souhaitent pas dévoiler, mais je vous laisse découvrir cela sur l’écran.


Au final un film agréable, qui permet de dérouiller les zygomatiques, même si j'ai trouvé le rythme un peu bancal. C’est tout de même jouissif de se permettre un tel humour et un tel scénario au cinéma. Et le lien avec la vraie Louise Michel est infime, mais il ne me parait illogique que ce film se range sous les auspices de cette grande dame du XIXeme Siècle.

P.S : Veillez à ne pas quitter la salle trop tôt, vous pourriez vous interroger sur la présence d'Albert Dupontel au générique !


Les avis de Dasola, Pascale, Cathe, Kilucru

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 07:51

La Comédie Française a programmé cette année une nouvelle mise en scène de l’Illusion Comique. Cette pièce de Corneille date de 1636, et a été publié juste avant Le Cid. Qualifiée de baroque et hommage au théâtre, elle n’a pas été jouée dans l’enceinte du Palais-Royal depuis … 1937 et une mise en scène de Louis Jouvet ! Mais venons-en à cette nouvelle version.

Pridamant recherche son fils, Clindor, qui a quitté le domicile parental. Pour l’aider à savoir ce que son fils est devenu, il s’adresse à Alcandre, mage capable de lui montrer le parcours de son fils. On retrouve ainsi tout d’abord Clindor en valet de Matamore, homme aux exploits célèbres mais un brin mégalomane. Clindor est aimée de Lyse, mais il aime Isabelle. Ce triangle amoureux, suite à de multiples péripéties, envoie Clindor en prison, d’où il parvient à s’échapper et à construire une nouvelle vie…

Je n’en dis pas plus pour conserver la surprise à celles et ceux qui ne connaissent pas la pièce. Corneille, s’il a vécu à la même époque que Racine, n’applique pas les codes du théâtre classique : pas d’unité de lieu, ni d’action. Ce qui donne à cette pièce un souffle et une modernité appréciable. De plus, les vers de Corneille sonnent plus naturels à l’oreille que ceux de Racine. Il y a un effet de réel qui fait que le spectateur ne se sent pas éloigné de cette histoire d’il y a quatre siècles. Et surtout cette pièce est un hommage au théâtre, avec une dernière tirade que tous les étudiants en lettre devraient connaître par cœur !

Et cette nouvelle mise en scène, alors ? Signée Galin Stoev, elle est assez surprenante. Tout d’abord, c’est le décor qui saute aux yeux. En lieu et place de la grotte du mage, on découvre une pièce en construction, avec des ouvertures, des fenêtres, des panneaux qui coulissent. Le lieu n’est pas très attirant, et j’avoue avoir eu du mal à comprendre la nécessité d’un tel écrin. Surtout que la lumière au néon n’est pas très heureuse. Les costumes des acteurs sont modernes et souvent dans les tons gris, seules les robes des deux actrices, d'un rouge vif, donnent de la couleur sur la scène.

 

Au niveau des acteurs, il est à noter la surprenante mais très amusante prestation de Denis Podalydès, qui interprète un Matamor loin des images habituelles. Rien que son physique instaure une distance entre ce que le lecteur se figure et ce qu’il voit sur scène. Et dans le jeu on découvre Matamor pleutre, presque névrosé. Pour le reste de la troupe, c’est un peu inégal. Les demoiselles Julie Sicard et Judith Chemla s’en tirent bien, comme Loïc Corbery en Clindor ou Hervé Pierre en Alcandre. En revanche, le personnage du père, Pridamant, joué par Alain Lenglet, m’a laissé très perplexe. Le père inquiet pour son fils, au lieu de faire paraître cette angoisse, m’a paru distant. Souvent les mains dans les poches, il est en dehors de l’action qui se déroule devant ses yeux. Peut-être l’acteur était-il malade, sinon j’ai du mal à comprendre le choix du metteur en scène.

 

Et question choix, il y en a un autre très discutable. Quelques acteurs jouent plusieurs personnages. Si la séparation Clindor / Dorante (personnage secondaire) est sans ambiguïté, le reste peut mettre le spectateur sur de mauvais rails. Par exemple, Hervé Pierre passe du rôle d’Alcandre à celui de Géronte sans sortir de scène, ni changer de costume. Ce qui laisse le spectateur bouche bée quelques instants, le temps de comprendre le subterfuge.

 

Voilà donc une très belle pièce de Corneille, dans une mise en scène qui a des défauts mais n’est pas sans intérêt. Et qui est loin de mériter les nombreux articles qui la descendent en flèche.

A noter, mais c’est mesquin de ma part, qu’une des actrices n’a pas laissé son camarade finir une de ses répliques. C’est rassurant de voir que cela arrive aux meilleurs ;-)


PS : Question aux connaisseurs de la pièce : à la sortie, j’ai eu une discussion avec mon accompagnatrice du soir sur la signification de la pièce. Il y a bien entendu du théâtre dans le théâtre, mais nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord sur le moment où commence la mise en abyme : Dès l’intervention du mage ? Après l’évasion ? Si mon idée de la pièce correspond à la seconde possibilité, celle de mon accompagnatrice (et visiblement du metteur en scène) est la première solution. Si quelques uns pouvaient me donner leur avis et leur vision des choses, cela me serait bien utile…

 

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 14:59

Voilà, Grominou a publié la liste des 115 participants au défi qu'elle a lancé, ce qui laisse la choix de quatres livres parmi 785 ! Il y a de quoi s'y perdre.

Comme je l'avais signalé dans mon bilan de cette année, je vais tenter d'élargir l'horizon géographique de mes lectures (et y combler quelques lacunes impressionnantes).

Les quatre romans retenus officiellement pour le défi sont donc (par ordre alphabétique) ....

- American Darling, Russel Banks

- Les nuits blanches, Fedor Dostoievski

- Le procès, Franz Kafka

- La caverne des idées, Jose Carlos Somoza

J'espère néanmoins pouvoir lire plus de quatre livres de cette liste dans l'année, et signalerai à l'occasion tout roman lu et faisant parti de cette liste !

Je souhaite à tous les participants de très bons moments de lecture, et Grominou, je te félicite pour l'établissement de cette liste !!!

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 10:00

Ma première lecture du Petit prince m’avait laissé une impression mitigée, de conte un peu naïf et assez moralisateur. Pour donner une seconde chance à l’œuvre de Saint-Exupéry, je me suis plongé dans l’adaptation dessinée qu’en a fait Joann Sfar.


On y retrouve le Petit Prince, qui aide un aviateur en panne en plein milieu du désert. Le Petit Prince lui raconte la vie sur sa planète, avec la rose, puis son voyage de planète en planète, où il rencontre des grandes personnes étranges : un roi, un vaniteux, un géographe… Puis son arrivée sur la Terre, où il rencontre un serpent, une fleur, un renard… Avant son départ vers sa planète, après que l’aviateur a réparé son avion.

Mettre des dessins sur le roman de Saint-Exupéry n’est pas chose aisée, puisque l’auteur avait lui-même représenté son héros. Sfar reprend ici les caractéristiques du héros (cheveux blonds, yeux bleus), mais en accentue certains traits, comme la taille démesurée des yeux. Cela donne une vision nouvelle du héros, qui permet de s’éloigner un peu du personnage connu. Le dessin, globalement, est très éloigné de celui de l’auteur : les personnages sont assez monstrueux, les couleurs sont souvent éclatantes, contrairement aux pastels souvent utilisés.

Néanmoins, si le dessin permet une nouvelle lecture du conte (avec notamment une case où le Petit Prince est littéralement effrayant), j’avoue ne pas accrocher à cette histoire, trop simpliste pour me toucher. Oui, les rois veulent être obéis, les vaniteux ne pensent qu’à eux, les ivrognes boivent trop,… Les seuls passages qui m’ont vraiment intéressés (et ils sont heureusement assez nombreux) sont ceux sur Terre où l’aviateur discute avec le Petit Prince,  en particulier la fin de l’album lors de la séparation entre les deux personnages.

J’ai notamment eu un coup de cœur pour les trois dernières planches, qui représentent magnifiquement l’absence, la solitude et l’attente de l’autre. Mais je crois que Le Petit Prince n’est définitivement pas fait pour moi.


Les avis de Goelen et de Keisha

 

Le Petit Prince, de Joann Sfar, d'après Antoine de Saint-Exupéry

Ed. Gallimard BD

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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 07:19

Eh bien voilà une belle surprise de fin d’année (oui, je l’ai vu l’année dernière !). Dans ce film tout à fait original, Agnès Varda revient sur les plages qui ont rythmé sa vie d’enfant, de femme, de photographe, de cinéaste, de plasticienne et d’amante. Des plages belges à San Francisco, en passant par Noirmoutier ou La Pointe Courte à Sète, la réalisatrice retrace ses 80 ans, avec émotion et une envie de partager les moments qui l’ont troublée. Son amour avec Jacques Demy, ses festivals d’Avignon, ses films : elle se raconte dans cette autobiographie filmée déroutante et touchante.

 

Pour tout avouer, je ne connais strictement rien au cinéma d’Agnès Varda. Je connais un peu plus celui de Jacques Demy (Peau d’Ane, Les demoiselles de Rochefort, Lola ou les Parapluies de Cherbourg), mais je suis vraiment allé voir ce film sur les conseils enthousiastes lus ou entendus un peu partout. Et je ne regrette pas un seconde.


Agnès Varda retrace sa vie, sans nostalgie aucune. Dans une magnifique séquence, elle rend hommage aux grands acteurs qu’elle a côtoyés, mais ne s’apitoie pas sur ces amis disparus. Les roses déposées aux pieds de Philippe Noiret, Gérard Philippe, Charles Denner, Jean Vilar ou Maria Casarès (quelle affiche !) rappellent cette merveilleuse aventure du festival d’Avignon à ses débuts, dont elle fut la première photographe. Mais elle ne regrette pas le temps passé, et se tourne résolument vers l’avenir. Ainsi, lorsqu’elle retourne dans sa maison d’enfance à Bruxelles, elle ne reconnaît pas les lieux mais n’en éprouve aucun chagrin. Elle questionne même les propriétaires actuels sur leurs loisirs, alors qu’on pourrait penser qu’elle chercherait à connaître ce qu’est devenue la maison où elle a grandi.

 

Tournée vers l’avenir, Agnès Varda l’est totalement. Elle essaie des choses nouvelles, tente des expériences artistiques (très jolis plans au début du film avec les jeux de miroir). Elle en vient même à se déguiser en pomme de terre pour promouvoir une de ses installations à la biennale de Venise. Jamais rassasiée, elle est toujours en quête de nouveauté. Et si le film plonge dans son passé, la nouveauté y est constamment présente : par les plans, par le montage entre séquences actuelles et images d’archives, de ses films ou de ceux des autres, par la mise en scène inventive, comme cette arrivée en voile latine sur la Seine ou cette plage installée rue Daguerre en plein Paris.

 

Il n’y a rien à toucher à ce film : c’est une magnifique œuvre rétrospective, avec une lucidité hallucinante. On y ressent tout son amour pour la création artistique, pour les êtres qui lui sont chers, Jacques Demy, ses enfants et petits enfants. Et il y a également des surprises : au générique, on ne trouve rien de moins qu’Harrison Ford et Jim Morrison (sans compter Michel Piccoli, Catherine Deneuve, et ceux déjà cités…).

 

Vraiment un film enchanteur, qui berce, fait entrer dans le monde de cette petite dame à la coupe au bol, qui nous emmène littéralement chez elle. La surprise de cette fin d’année (ou début, si vous y tenez) !

 

Les avis tous enthousiastes de Laetitia, Pascale, Cathe, Kilucru, Aifelle,…

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