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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 07:58

Après le très beau Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, j’avais envie de poursuivre la découverte de l’œuvre littéraire de Mathias Malzieu. D’autant plus que cette fois-ci, plus encore qu’avec le roman précédent, La mécanique du cœur est en lien direct avec le CD du même nom. Cd qui présente des épisodes narrés dans le roman, avec apparition des personnages. Et le plaisir a été encore décuplé par le magnifique concert inspiré du disque, donné au Zénith de Paris.

 

Je commence par le roman. La Mécanique du cœur raconte l’enfance de Jack, le géant qui protège Mathias dans le roman précédent. Enfant abandonné, il est élevé à Edimbourg par le docteur Madeleine. Habituée aux réparations sur les êtres humains, elle remplace le cœur de Jack, trop fragile, par une horloge. Mais cette horloge attirera sur Jack les railleries, et surtout, le mécanisme n’est pas très robuste : il ne peut donc pas tomber amoureux ! Et cela devient problématique lorsqu’il croise une chanteuse de rue, qu’il voudra retrouver à tout prix.

 

Dans ce conte, car c’est bien d’un conte qu’il s’agit, on suit les aventures de Jack, entre son enfance miséreuse à Edimbourg avec Madeleine, Arthur, Luna et Anna et son épopée en Andalousie pour retrouver la  petite chanteuse qui l’a séduit. Le tout en compagnie d’un étrange horloger français, et surtout en opposition avec Joe, le grand de la cour d’école, amoureux de la même chanteuse.

 

Le roman reprend le personnage de Jack, et explique son histoire, de la naissance le jour le plus froid du monde à sa transformation en ombre qui protège les personnes tristes. Si l’écriture  est toujours aussi riche en images et métaphores, il met de côté son expérience personnelle pour se concentrer sur le conte. Même si on peut se demander si cette histoire d’amour avec une espagnole n’est pas inspirée par son histoire personnelle…

 

Du coup, ce qui m’avait tant plu dans le roman précédent, soit le mélange réel / imaginaire, est écarté. De plus, la longueur du roman, plus importante, fait que l’action a parfois tendance à se diluer, et les images, en étant très nombreuses, à perdre leur pouvoir d’évocation. Mais ces quelques petits défauts n’empêchent d’en faire une œuvre très personnelle et intéressante.

 

Passons à présent au CD, sur lequel j’irai vite. On y retrouve la patte de Dionysos, avec en plus une note très particulière liée aux différents duos qui parsèment le disque : avec Emilie Loizeau, Olivia Ruiz, Alain Bashung, Grand Corps Malade,… Et même Jean Rochefort ! Chacun des intervenants incarne un personnage du roman, et intervient donc au moment où ils apparaissent dans cette histoire. Une manière d’incarner ce qu’il y a sur papier. C’est un album très entraînant, riche et varié et vraiment très réussi.

 

Venons-en enfin au concert, qui fut un grand concert. En plus, ayant eu la chance d’y assister à Paris, j’ai eu l’occasion de voir sur scène certains duos de l’album : avec Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, ou encore Arthur H, Rosy de Palma ou Eric Cantona (Ouah ! J’ai vu Eric Cantona en vrai, celui des mouettes et du chalutier !). Avec un orchestre assez efficace et éclectique (big band, batterie, guitare, violon, violoncelle, contrebasse,…), le groupe a réussi à installer une ambiance très particulière dans cette grande salle. Surtout que, au lieu d’enchaîner les chansons, comme certains chanteurs peuvent le faire, Mathias Malzieu laisse le temps de respirer, prenant quelques minutes pour changer d’instruments, raconter l’histoire. Ce qui a donné une ambiance à la fois survoltée et très attentive. Vraiment un grand moment que ce concert.

 

Quant à Mathias Malzieu lui-même, zébulon sautant pendant 2 heures sur scène, il profite du bonheur d’être sur scène. Et s’il peut paraître quelque peu narcissique, demandant au public à d’innombrables reprises une ovation, cet homme est tellement talentueux, et s’entoure tellement bien qu’il peut se permettre ces petits écarts.

 

Voilà donc un roman et un CD à lire et à écouter, et pour les concerts, si vous avez l’occasion, Dionysos vaut vraiment le déplacement.

Laetitia en parle un peu partout : ici, ou encore .

Autre livre de Mathias Malzieu : Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi

La mécanique du coeur, de Mathias Malzieu
Ed. Flammarion
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 10:58

Après une première expérience avec Lyonel Trouillot loin d’être concluante, j’ai donné une seconde chance à l’auteur avec un roman plus engagé. Avec aussi un roman qui entrait dans le thème du Club des théières (L’anniversaire). Et je me suis réconcilié avec cet auteur haïtien (je n'étais pas non plus très fâché, en fait).


2004. La république d’Haïti fête le bicentenaire de sa fondation. A cette occasion, un étudiant prend part aux manifestations qui demandent la démocratisation du pays. Mais le pays, ses dirigeants et une grande partie de la population ne sont pas prêts à ce type de protestation, et le tout se termine dans des combats violents entre l’armée, les bandes payées par le gouvernement et les manifestants.

 

Pas de suspense dans ce roman. Dans un rapide prologue inspiré des avertissements cinématographiques (Toute coïncidence avec des personnages ou des faits…), Lyonel Trouillot annonce que l’étudiant, personnage central du roman, meurt à la fin du récit. C’est "chronique d’une mort annoncée" dans une manifestation. Le court roman présente donc la journée de l’étudiant, et parvient en quelques pages à dresser un portrait d’Haïti.


Ce portrait du pays passe par la présentation de la famille du héros. Il y a le petit, son frère cadet, jeune homme sans rêve et sans illusions, à l’opposé de son frère, qui prend un chemin complètement différent, entre violences et désespoir. Souvent au cours de la journée, l’étudiant se souvient de propos de sa mère, Ernestine Saint-Hilaire. Ses aphorismes parcourent le récit et donnent une couleur locale tout à fait agréable.

 

Plus largement, Lyonel Trouillot confronte le lecteur aux inégalités qui touchent le pays. Notre héros est ainsi employé par un médecin pour donner des cours à son fils, un abruti gavé de consoles vidéo et incapable de se prendre en main. Et cet épicier, coincé entre sa femme et son magasin, donne encore une autre vision du pays.

 

Il y a enfin la touche Trouillot : le fantasme de l’étudiant pour une journaliste étrangère croisée et dont il est tombée amoureux sur le coup. Ce rêve va suivre l’étudiant pendant toute la manifestation, car il espère, dans la foule, pouvoir la retrouver. Cette recherche ira même jusqu’à l’aveugler, au point qu’il ne réalisera pas la violence qui l’entoure.

 

Le tout est écrit dans un style très poétique, avec une alternance de phrases longues et courtes, et cela donne un rythme très plaisant, même s’il est parfois compliqué de s’y retrouver au sein d’un même chapitre. La narration passe facilement d’un fait à un autre, avec des transitions telles qu’on se demande comment on en est arrivé à ce point du récit. Le tout est loin d'être optimiste, chacun préférant se retrancher dans sa misère personnelle et s'en remettre à la fatalité. Et pour les rares qui osent se lever contre le pouvoir, cela ne se termine pas très bien... 

 

Voilà donc une jolie découverte que ce roman, qui m’incite à poursuivre la découverte de l’auteur, et surtout de ses récits historiques et engagés.


Sylvie en a parlé.


Autre roman de l'auteur : L'amour avant que j'oublie (sélection prix Biblioblog 2008)

 

Bicentenaire, de Lyonel Trouillot

Ed. Babel

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 10:26
Je tente peu à peu de combler mes lacunes cinématographiques, et à l’occasion d’une exposition consacrée à Dennis Hopper à la cinémathèque française, une rétrospective de ses films (en tant que réalisateur et acteur) est organisée actuellement. Et dans ce cadre, j’ai vu (enfin) Apocalypse now, monument du cinéma des années 70.

 

Lors de la guerre du Viet-Nam, Willard, soldat habitué aux tâches ingrates, doit débarrasser l’arme américaine de Colonel Kurtz, qui utilise des méthodes réprouvées par les dirigeants américains. On suit donc Willard, entouré d’une équipe de quatre personnes, remonter le cours du fleuve pour atteindre son but, la zone retranchée de la jungle dans laquelle se cache Kurtz.

 

Il est assez banal de dire que ce film est un chef d’œuvre. Un petit bémol cependant : j’ai vu ce film dans une version longue (Redux), et je pense que les quelques scènes ajoutées par Coppola lors de la ressortie du film n’apporte que peu à l’intrigue, et en ralentissent même le rythme.

 

En dehors de ce petit bémol, la première heure est absolument fascinante. L’attente de Willard (Martin Sheen) dans sa chambre d’hôtel donne le ton au film : une ambiance poisseuse, un stress qui ne quitteront jamais le héros, ni le film. La scène où Willard reçoit ses ordres (avec Harrisson Ford jeune) est également révélatrice de cette ambiance. On est continuellement dans une attente, celle de la rencontre avec Kurtz, qu’on voit en photo mais qui n’apparaît qu’en toute fin du film.

 

La scène qui m’a vraiment cloué au fauteuil est celle de l’attaque du village vietnamien par la horde d’hélicoptères au son de Wagner et La chevauchée des Walkyries. C’est un passage absolument phénoménal, où la cruauté et la barbarie se mêlent à la vacuité et l’imbécillité du commandant, qui ne jure que par son surf. Le personnage de Kilgore, joué par Robert Duvall, est époustouflant dans ce rôle de colonel insouciant, sûr de sa force et qui se fait rouler dans la farine par Willard.

 

Suite à cette scène, Willard et son équipage remontent le fleuve, et on suit cette épopée, avec les obstacles (la plantation française) et les moments plus « reposants » (l’animation des playmates). Tout est tendu, on sent que le danger est partout et que rien ne sera résolu tant que Kurtz ne sera pas tué. Il y donc encore une attente, perpétuelle, qui marque tout le film.

 

Et puis il y a la rencontre avec Kurtz (imperturbable Marlon Brando), brute sanguinaire, militaire fou qui règne en empereur sur la population d’indigènes qui habite là, et sur un photographe dément (Dennis Hopper). Cette violence, cette folie, présente déjà depuis le début du film à chaque instant, est ici décuplée, multipliée pour atteindre un point de non-retour.

 

Ce qui m’a marqué, en dehors de cette scène d’attaque en hélicoptère, est l’ambiance de folie qui règne dans le film. Il y a bien entendu Kurtz, complètement dérangé. Mais tous les protagonistes de cette histoire sont atteints de folie, à un degré plus ou moins important. Que ce soient les accompagnateurs de Willard (Ce soldat qui se prend d’amitié pour un chien), Willard lui-même ou toutes les personnes qu’il rencontre (les français totalement inconscients de ce qui arrive, les soldats américains), tout le monde est touché par cette folie qui émane de la guerre.

 

C’est donc un grand film, éprouvant car très noir, et qui montre à la fois l’horreur de la guerre et ses conséquences habituellement peu montrées à l'écran.

 

A noter que ce film est une libre adaptation d’un roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres. Coppola a transposé l’action à l’époque qui lui était contemporaine (Chez Conrad, l’action se passe dans l’Afrique coloniale) et cela donne une résonance vraiment particulière et intéressante au film.

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 08:02

Maguy est une grand-mère inquiète pour son petit-fils. Atteint d’une maladie orpheline, le traitement coûte une fortune, et sa retraite d’ancienne hôtesse de la RTBF (radio télévision belge) ne lui permet pas de subvenir à cette dépense. Comme les parents de l’enfant fuient la maladie plutôt qu’ils ne le soutiennent, Maguy est obligée de se débrouiller seule pour trouver cet argent. A la recherche d’un emploi, elle répond à une annonce demandant une hôtesse. Mais l’emploi qu’elle y trouve est bien différent de celui qu’elle a occupé : elle devient hôtesse au Sexy Fun, et se spécialise dans une activité maison qui lui vaudra son nom de scène, Irina Poignet.


 Ce roman de Philippe Blasband plonge Maguy, grand-mère banale, bien sous tous rapports, découvrir le milieu glauque et violent de la prostitution et de la nuit. Entre situations personnelles inhumaines et concurrence à tout crin, elle perd peu à peu ses repères. Lorsque que sa collègue, qui l’a initié à son nouvel emploi, est renvoyée car elle rapporte moins que Maguy, cela la met dans une situation complexe qu’elle ne connaît pas. Mais l’image de son petit-fils qu’il faut absolument sauver l’incite à continuer cette activité étrange, d’autant qu’elle s’y prend plutôt bien.

Malheureusement, si le sujet est fort, le traitement m’a paru un peu léger : on sent l’hésitation de Maguy, mais cela reste assez superficiel. Le regard de l’extérieur est à peine évoqué. Même les aspects plus comiques, s’ils font sourire, ne semblent pas totalement exploités. Ainsi la scène où Maguy déclare son traumatisme physique lié à sa nouvelle activité fait sourire, sans plus. De plus, la typographie utilisée m’a quelque peu gênée. Lorsque les personnages crient ou hurlent, en plus du verbe utilisé dans le dialogue, les mots sont inscrits en majuscule, comme si c’était absolument nécessaire pour comprendre l’intention véritable de l’auteur. C’est un détail, mais qui trahit selon moi les quelques lacunes de ce texte, qui aurait pu être beaucoup plus porteur. L’auteur est également scénariste, et peut-être que la concision des scénarii  a eu un effet involontaire sur l’écriture de ce roman.

A noter que ce roman est paru alors que l’adaptation cinématographique a déjà était réalisée par Sam Gabarski. L’action passe de Bruxelles à Londres, avec une merveilleuse Marianne Faithfull et un très intrigant Miki Manojlovic (vu chez Kusturica) comme gérant du club. Un film plus réussi que le roman !


Extrait :

Après deux semaines, Maguy se rend compte que son nouveau travail a déjà perdu toute son étrangeté. Elle ne peut pas vraiment dire qu’elle aime faire ça, comme elle avait aimé être hôtesse à la RTB. Mais ça ne la dérange pas.
Un jour, alors qu’elle est occupée avec un client, Camille passe à nouveau la tête par la porte. Il lui demande, de voix calme et sans intonation :
- Quand tu as fini ça, tu peux passer au bureau, s’il te plaît ?
- Quand j’ai fini ça ?
Et elle indique le pénis qu’elle est en train de masturber.
- Non, quand tu as fini ton chift.
Il sort et referme la porte.
Maguy continue à masturber tout en se répétant à voix basse :
- Chift ?... Chift ?...Ah oui !... Shift !
Elle murmure, plusieurs fois de suite, avec un léger accent anglais : « Shift ! », « Shift ! », « Shift ! »…

 

Irina Poignet, de Philippe Blasband

Ed. Le Castor Astral

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 07:54

 

Pascal Thomas revient avec dans ses bagages Agatha Christie, mais aussi Bélisaire et Prudence Beresford, qui sont une nouvelle fois confrontés à énigme pour le moins étrange.

 

Tante Babette, chasseuse de papillons, est témoin d’un crime, commis dans le train qui a croisé celui dans lequel elle était assise. Alors que Bélisaire n’accorde aucun crédit au récit de la tante, Prudence est intriguée par cette étrange histoire. Surtout qu’aucun corps n’a été retrouvé. Pour parvenir à ses fins, elle se fait engager comme domestique dans une maison menée de main de maître par un vieil avare qui tient sous son joug sa fille. Et lorsque le corps est découvert, les masques commencent à tomber.

Comme dans Mon petit doigt m’a dit ou L’heure zéro, l’histoire et le dénouement de l’affaire comptent moins que l’atmosphère que met en place Pascal Thomas. Dans les Alpes, entre Savoie et Suisse, les personnages mènent leur investigation dans des paysages enneigés, souvent inquiétants, comme ses statues de loups qui accueillent les visiteurs dans la demeure de Mr Charpentier. L’endroit où est découvert le cadavre n’a rien de très rassurant non plus.

 

Cette atmosphère de mystère et d’intrigue est tenue tout du long du film, car la révélation finale (que je ne donnerai pas, bien entendu), n’est pas réellement expliqué : comment Prudence comprend-elle qui est à l’origine du crime ? On ne le sait pas trop, mais ce n’est pas grave.

 

Ce n’est vraiment pas grave, car on prend un vrai plaisir en compagnie de ce couple de détective qui débarque du milieu du XXeme Siècle (ou presque). La prestation du couple Catherine Frot / André Dussolier est vraiment délicieuse, car ce vieux duo, un peu pantouflard et assez anti-conformiste (comme le montre la toute fin du film) semble avoir la recette pour faire vivre un couple malgré les années. De l’humour (comme avec le Colonel Raquette), des railleries finalement inoffensives mettent du piment dans la vie bien réglée des deux personnages principaux. Et je n’en rajouterai pas sur les talents d’imitateur d’André Dussolier !

  

Leur joie est tellement communicative qu’elle en éclipse la majorité des autres acteurs. Annie Cordy s’en sort bien face aux deux personnages principaux en collectionneuse de papillons à l’accent belge, Claude Rich est magnifiquement agaçant en vieillard grincheux et pingre. Les plus jeunes passent un peu plus inaperçus, malgré leur talent : Hippolyte Girardot, Chiara Mastroianni ou Melvil Poupaud (très convaincant dans le précédent film de Pascal Thomas) se font ici totalement voler la vedette.

C’est vraiment un délice de visionner ce film, un peu du genre des histoires qu’on raconte au coin du feu : c’est classique, mais tellement bien mis en scène et avec une telle fraîcheur qu’il est bien difficile d’y résister. Un peu de baume au cœur efficace et intelligent ! Et comme Pascal Thomas donne l’impression de se bonifier d’adaptation en adaptation, on souhaiterait presque un prochain épisode !!!

 

L’avis de Pascale, Dasola, Sylire

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 07:26

J’ai une affection particulière pour l’auteur Annie Ernaux, qui a produit une œuvre singulière, qui touche à la fois l’intime et l’universel. Cette particularité, déjà présente dans La place ou L’événement, atteint son apogée dans Les Années, autobiographie sans première personne qui retrace le destin d’une génération, mais plus largement d’un groupe aux références communes.

 

A partir de photographies la représentant à différents âges de la vie, l’auteur convoque tous les souvenirs liés à ces périodes. De la jeune fille à la sortie de la guerre à la professeur divorcée en retraite entourée de ses deux grands garçons, en passant par la femme mariée installée en Savoie, on découvre (ou retrouve) la vie de cette femme, déjà aperçue dans ses précédents romans. Mais plus que sa vie, c’est toute une évolution de la société qui est retranscrite ici, et qui plonge le lecteur dans ses propres souvenirs.

 

Cette autobiographie, en écartant le recours à la première personne, permet à chacun de se mettre à la place de l’auteur. Si l’introduction dans chaque époque se fait par l’intermédiaire des photographies personnelles, le propos devient rapidement plus large et traduit l’évolution des comportements familiaux, sociaux,… Et tout en en montrant l’évolution, le récit met en exergue ce qui n’a pas ou peu  bougé. Ainsi, dans le cas des repas de familles, si les thèmes de discussion évoluent entre ceux auxquels elle a assisté enfant et ceux qu’elles organisent en tant que grand-mère, le rite du repas parait assez immuable et au final très traditionnel.

 

Je ne pense qu’Annie Ernaux ait une ambition de sociologue en écrivant ce récit, mais il est un point de vue sur les soixante dernières années par une femme qui les a traversées. Surtout, elle place chacune des photographies dans un contexte social et politique plus large qui fait que d’une simple description, on passe à la captation d’une atmosphère, d’un univers que pour ma part je n’ai pas connu (hormis les derniers chapitres qui concernent l’histoire récente).

 

C’est une plongée dans une mémoire collective, dans monde en mouvement qui est en droite ligne avec l’œuvre précédente d’Annie Ernaux que j’ai pu lire. Elle avoue qu’elle avait l’idée de ce livre depuis plus de 20 ans, avec des tas de notes, des anecdotes, qui mises bout à bout, forment dans ce récit un ensemble cohérent et émouvant. J’ai l’impression qu’elle a écrit le récit qui clôt une partie de sa production littéraire. Je ne sais pas quels sont ses futur projets, mais j’espère qu’ils seront aussi riches que les précédents.

 

Vraiment un livre à lire, que ce soit par les jeunes ou les plus âgés, car la lecture de ces  années est un vrai plaisir à savourer !

 

Les avis de Thom, Christian, LaurentFranck B. (mais ça fait beaucoup de garçons, pour une fois !), Cathe, Dasola

Autres livres d'Annie Ernaux : La place, Journal du dehors

 

Les années, d'Annie Ernaux

Ed. Gallimard

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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 13:17

 

Ce film est sorti sur grand écran au printemps, et je l’avais malheureusement raté à l’époque. Mais Arte m’a permis une rapide séance de rattrapage, avec en prime une version allongée en deux parties.

 

1968, dans les facultés parisiennes. Catherine, Yves et Hervé sont étudiants, et prennent part aux révoltes de l’époque, sur fond de répression policière et d’avortement illégal. Pour fuir ce monde dans lequel ils ne se reconnaissent, ils décident de fonder une communauté dans une ferme du Lot, où l’amour libre et la liberté sont érigés en règle.

Années 1980 : Catherine est restée seule à la ferme, où, avec l’aide de ses voisins, elle a élevé ses deux enfants. Devenus adolescents, Ludmila reproche à sa mère le choix de vie qu’elle a fait et Boris, homosexuel, fait face à l’irruption du Sida.

 

En 3h20, Olivier Ducastel et Jacques Martineau tracent la fresque de la France, de Mai 68 à Mai 2007, de la sortie du monde corseté du Général de Gaulle à l’entrée dans le conservatisme sarkoziste, en passant par la chute du monde communiste et les utopies hippies. Sur un fond de fiction, Ducastel et Martineau choisissent de montrer comment les utopies, les rêves et les luttes se sont construits et ont disparu face à l’évolution d’une société que leurs personnages ne maîtrisent pas.

 

Le scénario est loin d’être univoque. Ainsi, le retrait  de ces étudiants dans une ferme isolée est rapidement mis en question : les occupants de le ferme partent un à un, chacun pour des divergences personnelles ou politiques. Cet isolement du monde est également remis en cause : comment lutter contre une société qu’on refuse, si on ne s’y frotte pas ? Cette question est d’ailleurs posée à Yves lorsqu’il refuse de faire son service militaire. De même, en voulant fuir la société de consommation, les membres de la communauté sont contraints de trouver des moyens de subsistance, ce qui se traduit par un retour à la terre et un enfermement dans les contingences matérielles liées à l’élevage et l’agriculture, sensible quand Catherine se déclare "otage" de sa ferme.

 

En exposant l’universel  de ces quarante dernières années à travers la vie de cette communauté et de ses descendants, les réalisateurs montrent la fin progressive des illusions qui ont vu le jour pendant quelques années juste après 1968. Le temps est rythmée par des images ou des événements : l’adoption de la loi sur l’avortement, l’élection de Mitterand, l’apparition du Sida, l’élection de Chirac, l’église saint-Bernard, le 11 septembre 2001, le 21 avril 2002,… Par petites touches, on revit ces moments qui font partie de la culture collective (cela m’a d’ailleurs furieusement fait penser à Les Années, d’Annie Ernaux, dans lequel je suis plongé). Ce n’est pas un film très optimiste, les phrases de la fin du film tirées du discours de Nicolas Sarkozy contre Mai 68 font redescendre le spectateur assez brutalement sur terre.

 

Les acteurs s’en tirent plutôt bien, notamment Yannick Rénier, même si la difficulté est de rendre le vieillissement d’une quarantaine d’années en ne changeant pas d’acteur. Cela saute aux yeux lorsque Laetitia Casta, âgée de plus de cinquante ans, retrouve un air juvénile dans les bras de son ami. Hormis ce petit reproche, c’est une fresque plutôt réussie, qui passe d’ailleurs très bien à la télévision (peut-être plus qu’au cinéma) et qui m’a embarqué dans cette société en évolution rapide, constante vers le désenchantement et la fin des révoltes.

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 10:02

Ivanov est un propriétaire terrien dans la Russie de la fin du XIXeme Siècle. Sa femme est atteinte de tuberculose et condamnée à courte échéance, son métayer le mène par le bout du nez, mais Ivanov n’arrive pas à prendre le dessus : sa mélancolie le mine. Il traîne son vague à l’âme, dans ce monde en perdition, et ce ne sont pas les soirées de cartes chez les Lebedev qui lui donnent de l’entrain : tout le monde s’ennuie à qui mieux mieux. Rien ne fonctionne pour lui, et lorsque, après la mort de sa femme, il décide de se remarier avec la fille Lebedev, rien ne s’arrange, ni pour lui, ni pour son entourage…

 

Résumée ainsi, cette pièce de Tchekhov semble loin d’être enthousiasmante. Une soirée avec un dépressif russe, comme on dirait aujourd’hui, n’est pas très avenante. Néanmoins le spectacle joué actuellement au théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie du Bois de Vincennes, est vraiment très réussi, et permet de passer un moment fort agréable et divertissant. 

 

La première astuce de l’auteur est liée au personnage d’Ivanov. Comme son nom donne le titre de la pièce, on pourrait s’attendre à ce qu’il occupe la majeure partie de la scène. Mais ce n’est pas le cas ! Cette pièce, avant d’être la description d’un caractère mélancolique, montre les ravages de cette maladie sur l’entourage, qui s’échine et s’épuise à sortir le malade de son marasme. Il est tout à fait significatif qu’Anna, tuberculeuse, soit beaucoup plus vive qu’Ivanov, physiquement sain mais mélancolique.

 

Comme Beaumarchais décrit en filigrane un monde sur le point de s’écrouler dans Le Mariage de Figaro, Tchekhov met ici en scène des propriétaires terriens de la fin du tsarisme. Une radinerie excessive qui pousse les invités à se gaver de confiture de groseilles à maquereaux, un ennui ressenti par tous les personnages (mais pas par le spectateur, fort heureusement), des problèmes financiers qui s’accumulent et une haine exacerbée de l’étranger, notamment des juifs, sont autant d'inidices qui laissent présager la fin d'un certain ordre social. Comme dans Le Mariage de Figaro, le personnage le plus malin et le plus roublard est le métayer, qui surpasse son maître. 

 

Mais cette pièce, si le sujet est parfois lourd, est ici remarquablement adaptée, de manière subtile et nuancée. Philippe Adrien, metteur en scène, s’est aidé d’un comédien pour traduire le texte, et donc revenir à la source. Il donne à l’ensemble de la pièce un ton comique, qui va crescendo tout du long et qui se termine par une scène de noces qui prend des tournures de farce, avec des pleurs exagérés d’un coté et la tristesse froide d'Ivanov de l’autre. Il y a un aspect jouissif dans ce spectacle très inattendu et tout à fait efficace.

 

Tous les acteurs (je ne les citerai pas, car il faudrait tous les citer) sous au diapason pour produire ce magnifique spectacle, qui mérite vraiment le détour. Dans un décor sobre et adpaté, qui évolue entre les actes, ils occupent l’espace et réussissent à donner vie à ce lieu. Il y a notamment la scène chez les Lebedev, avec une ambiance de tripot remarquablement rendue. Quand la pièce s’est terminée, après 2h15, j’ai d’abord été étonné que ce soit déjà fini puis qu’il n’ait pas eu un acte supplémentaire.

 

Cette pièce de Tchekhov, dans cette mise en scène singulière et audacieuse, casse l’image de l’auteur parfois intellectuel et froid pour lui donner une dimension tragi-comique tout à fait savoureuse. Vraiment un bon moment à passer !

 

Autre pièce de Tchekhov :  La Cerisaie

 

L'avis des trois coups.

 

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 07:53

Denis Robert est le journaliste qui a, entre autres, dévoilé l'affaire Clearstream, et pour laquelle il est d'ailleurs poursuivi en justice. Ici, il n'affronte pas les milieux banquiers luxembourgeois, mais s'intéresse au milieu du football, et notamment au rôle des agents de joueurs. Ces agents sont rémunérés sous forme de commission lors du passage d'un joueur d'un club à un autre. On commence d'ailleurs à trouver des agents de ce type dans le milieu littéraire !

Denis Robert est supporter du FC Metz. Activité difficile actuellement, étant donné les résultats assez inconstants du club. Mais surtout, il a pour connaissance un agent de joueurs, qui souhaiterait l'entretenir des magouilles du métier. Denis Robert prend donc connaissance de l'affaires de paris truqués qui ont touché le championnat belge et son club préféré, du procès qui a touché la Juventus de Turin, club de Deschamps, Zidane, où on a trouvé en 1998 (juste avant la Coupe du monde) une pharmacie digne d’un hôpital. Denis Robert avance donc petit à petit dans un milieu qu'il ne soupçonnait qu'à peine, et qui va l'interroger sur les moeurs du "milieu du terrain".

La forme qu'adopte Denis Robert pour cet essai footballistique n'est pas celle d'une enquête, mais il présente les différentes étapes qui l'ont amené, parfois par hasard, à découvrir toutes ces manipulations pas toujours reluisantes. Il y a le personnage de Vic, ami d'enfance et agent, qui souhaite utiliser la notoriété de Robert pour régler ses comptes. Lorsqu’il aperçoit le vrai motif de Vic, Denis Robert réussit à détourner l'objectif initial pour ne pas se faire manipuler par son « indic ».

Pas de grandes révélations dans cet ouvrage pour quelqu'un qui s'intéresse de près à ce sport, mais une accumulation de faits ou d'omissions de faits assez éclairante. Ainsi, l'affaire de la Juventus n'est pas relayée en France, alors qu'elle touche deux joueurs qui ont fait partie de France 98. Ou plutôt, c'est peut-être pour cette raison qu'on en parle pas en France.

On a également la confirmation que toutes les affaires de transferts de joueurs, notamment pour ceux qui changent tous les ans, sont plus des questions financières que sportives. D'ailleurs, les directions sportives de club n'ont parfois par grand-chose à dire face à des projets juteux.

Ainsi, quand le journaliste fait la liste des joueurs achetés à des prix exorbitants et qui n'ont pas ou très peu joués (comme à l'OM, en l'occurrence), il est évident que le sport tient parfois peu de place. Quand Robert a écrit cet essai (début 2006), l'entrée dans les clubs des magnats russes avait débuté dans un club anglais (Chelsea). Aujourd'hui, cette pratique s'est répandue, et les milliardaires du pétrole commencent à s'y investir à leur tour (comme à Manchester City). Rien qui ne sente très bon, et il est vraisemblable que Denis Robert aura très prochainement de la matière pour un nouvel ouvrage. Malheureusement !!!

 

Le milieu du terrain, de Denis Robert

Ed. Les Arènes

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 07:52

Etant plutôt bon public, il est assez rare que je ne trouve pas de points positifs à un film encensé un peu  partout et par beaucoup de personnes différentes. Toutefois, je suis loin de partager l’enthousiasme débordant qui entoure le dernier opus de Woody Allen, mais alors très loin. Je n’ai pourtant rien contre le réalisateur, dont j’avais beaucoup aimé Match Point ou Accords et désaccords avec Sean Penn, ni contre les acteurs principaux du film (Javier Bardem, Scarlett Johansson ou Penelope Cruz) mais j’ai trouvé ce film long, sans surprise et assez cliché pour tout dire.

 

Vicky et Cristina passent l’été à Barcelone, chez l’oncle et la tante de Vicky. Les deux amies ont des visions très différentes de l’amour : Vicky rêve d’une vie en couple avec Doug, jeune cadre de New York à qui la fortune tend les bras, alors que Cristina nage dans l'idée d’un amour passionnel. Mais leurs routes amoureuses vont être bouleversées par la rencontre avec Juan Antonio, peintre et tombeur de jeunes filles…

 

Plus je repense au film, et moins j’y trouve de points positifs. Il y a d’abord cette exaspérante voix off, qui soit prend le spectateur pour un demeuré, soit considère que les acteurs ne sont pas capables d'exprimer les émotions. Car on ne peut pas dire que le scénario soit d’une complexité insondable, et qu’il est obligatoire d’avoir des explications sur à peu près tout ce qui passe. En plus, les acteurs nous exposent tous leurs états d’âme, et aucun n’a de secret. Ou quand ils en ont un, ils le racontent à une tierce personne, comme dans le cas de la tante de Vicky, et donc au spectateur qui sait tout. La voix off ajoute de la limpidité à la clarté, et ça en devient transparent.

 

Ensuite, il y a cette image de carte postale. On est à Barcelone, donc il faut montrer du Gaudi. Le parc Guell figurait d’ailleurs déjà dans l’Auberge espagnole, mais Klapisch avait une manière de la montrer qui me semblait moins tapageuse que celle de Allen. Même à Oviedo, tout est magnifique : jamais une goutte de pluie (pourtant c’est la Galice),… Un peu trop net pour moi.

 

Et puis il y a l’histoire. Entre Vicky qui est une Princesse de Clèves moderne (Non, il ne faut pas, car j’ai un fiancé,…) et Cristina qui navigue entre passion et fuite, aucune des deux histoires ne m’a touché. Seul le retour de la femme  de Juan Antonio, jouée par une Penelope Cruz survoltée, apporte un peu de piment à ce tableau. Le film parle des espoirs déçus, du temps qui passe, des regrets, mais ce sont tout de même des sujets assez communs qu'Allen n’a pas traité pour le mieux ici. C’est un film « sexy », d’accord, mais comment ne pas faire sexy avec cette brochette d’acteurs, si ce n’est de leur mettre une cagoule sur la tête ou de les filmer dans le noir. Et pour le côté jouissif, je préfère ne pas en parler plus, de peur d’entraîner une introspection aux conséquences qui pourraient être désagréables...

 

Pour les rares points positifs, deux ou trois situations amusantes (la première nuit d’amour rapide entre Cristina et Juan Antonio, l’excuse de Vicky pour sa blessure), mais j’ai vraiment trouvé l’ensemble fade et par moment ennuyeux. Mon accompagnatrice ce soir-là est ressortie avec une impression similaire.

 

Une déception pour ce film, que je ne m’explique pas trop pour le moment. Et les critiques positives lues un peu partout ne m’ont pour le moment pas permis de comprendre ce qui avait tant plu, et que je n'ai pas trouvé.

 

Les avis de FB, Fashion, Praline, Magda, Ariane, SecondFlore, Pascale (déçue aussi, au moins, nous sommes deux !)

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