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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 07:17

Un an après le sombre et magnifique La nuit nous appartient, James Gray arrive avec un film d’un tout autre genre : un mélodrame, une histoire d’amour terrible entre trois personnages. Et il est aussi doué dans ce genre qu'il l'est dans ses précédents films.

 

Leonard est un jeune homme fragile. Il vient de sortir d’une période dépressive, et des signes montrent qu’il n’est pas complètement guéri. Il vit chez ses parents, qui essaient par tous les moyens de lui faire rencontrer Sandra, la fille du repreneur du magasin de Reuben, le père de Leonard. Mais ce couple arrangé ne satisfait pas Leonard, qui s’est épris de sa voisine, Michelle. Qui n’a d’yeux que pour Ronald, son amant marié qui lui paie son appartement.

 

Au niveau intrigue, rien de bien novateur. Trois personnages, le gars amoureux, la fille qui le considère comme un ami, la troisième qui attend. Des relations amoureuses non réciproques, cela sent le déjà vu. Sauf que, rien que cette pour intrigue, le scénario est plus solide qu’il n’en a l’air. Car l’apparition de Ronald, le quatrième larron, fait que le trio devient un quatuor, et donc que la situation peut se débloquer. Cette incursion apporte beaucoup au film, car elle ajoute un ingrédient à la recette habituelle du mélo.

 

Ensuite, ce qui est très réussi dans ce film, c’est le personnage de Leonard. Jeune homme paumé, qui n’a pas fait le deuil d’une première histoire d'amour qui a mal tourné, stigmatisé pour sa maladie, il prend vie au fur et à mesure que sa relation avec Michelle évolue. Il est enfermé dans sa famille, dans les conventions de sa belle-famille juive qui veut le voir réussir. Son salut n’arrivera que par cette escapade hors du cocon, sur les toits, où il s’échappe avec Michelle.

 

Les deux jeunes femmes qui entourent Leonard sont également très bien dépeintes. Michelle, jeune femme inquiète, à la situation sentimentale instable, qui vit une épreuve personnelle douloureuse et qui ne veut en faire part  à son amant. Elle est touchante, parfois naïve mais au final lucide. Sandra, c’est l’amour raisonné, imposé par la famille. Enfin, c’est ainsi que le vit Leonard. Car Sandra semble sincèrement amoureuse de Leonard, et la situation telle que voulue par ses parents lui convient. Si elle sent parfois que certains détails clochent chez Leonard, elle préfère éviter de les aborder.

 

Les personnages sont très bien taillés, mais cela doit à la mise en scène très maîtrisée de James Gray. Il y a ce début intriguant, où Leonard se jette d’un pont. Mais il y a aussi ce jeu avec les appartements de Michelle et Leonard, qui donnent l’un chez l’autre via une cour. La référence à Hitchcock est flagrante, mais l’histoire d’humour se noue ici non pas dans un appartement comme pour James Stewart et Grace Kelly, mais entre les deux appartements, voire au dessus (pourquoi au dessus ? Vous le saurez en allant voir le film !). Une scène que j’ai trouvé merveilleuse est l’échange téléphonique entre les deux amants. Chacun est chez soi, fenêtres fermées, et le spectateur est placé entre deux : il n’est ni chez l’un, ni chez l’autre, il entend les deux voix par le prisme du combiné. Par cette mise en scène, le spectateur est à la fois partie prenante, car il entend l’échange mais également laissé à l’écart. On sent la bulle qui se crée autour des deux personnages, mais c’est une bulle très fine, qui peut éclater comme un rien.

 

Les trois acteurs principaux sont formidables : Joaquin Phoenix, en garçon fragile mais qui en veut (il parait qu’il annoncé sa retraite cinématographique ? C’est pour mieux revenir, non ?!?), Gwyneth Palthrow, qui revient avec ce rôle au tout premier plan, car elle tient vraiment bien sa place dans ce film, et Vinessa Shaw, la petite inconnue qui réussit à ne pas se faire écraser par ses deux camarades de jeu.

Si je ne suis pas un grand amateur des mélodrames, celui-ci est vraiment très réussi. Il y a très peu de bons mélos, poignants, sans pathos, et celui-ci se range dans la catégorie des très bons, avec certainement Sur la route de Madison. Vraiment, un film à voir (comme tous les films de James Gray d’ailleurs).

 

Les avis de Pascale, de Kilucru

 

Autre film de James Gray : La nuit nous appartient

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commentaires

Franck Bellucci 08/05/2009 16:33

Je viens de voir, tardivement certes, ce film dont j'espérais beaucoup et ma déception est grande. Je trouve le scénario convenu, le déroulement de l'intrigue ennuyeux, la réalisation prétentieuse et d'une lenteur qui n'apporte rien aux personnages lesquels sont faussement complexes. Et surtout je déplore une fois encore dans un film américain une happy end qui achève de gâcher l'ensemble. Bref, pour une fois Yohan, je ne partage pas ton enthousiasme !

Yohan 12/05/2009 13:39


Je te concède que le scénario n'est pas débordant d'originalité, mais j'ai été embarqué par cette double histoire d'amour. Et je trouve que le happy end n'est pas si happy que cela, et qu'il
est pour une fois une réaction presque banale dans cette situation. Car dans un vrai happy end américain, Joaquin Phoenix part avec Gwyneth Palthrow, et ne reste pas auprès de sa promise. Mais
pour une fois, je te permets de ne pas partager mon enthousiasme ;-))


Anjelica 10/12/2008 08:48

Je l'ai vu ce week-end et j'ai vraiment bien aimé. L'interprétation de Joaquim est digne d'un de De Niro et j'ai trouvé le film très esthétique.

Yohan 10/12/2008 20:05



J'ai vu ton billet avant de voir ce commentaire, et je suis content de voir qu'il y a des spectateurs de monn avis ;-) Enfin !!!
Sur le parallèle, avec De Niro, on verra dans les films à venir !



fashion 03/12/2008 22:16

Pfff, n'importe quoi... :)))) Mais j'aime bien venir batailler chez toi parce que tu chroniques plus de films que moi. Désolée. :)))

Yohan 05/12/2008 15:11


Je ne fais que reprendre les mots de ce cher Thom !!!
Et je t'en prie, cet endroit est également le lieu pour batailler (D'accord, ma pirouette pour m'en sortir n'est pas glorieuse, mais j'aime bien débattre avec toi ou Laetitia, ce qui arrange
régulièrement d'ailleurs ;-)


fashion 03/12/2008 20:31

Ben oui, je vais au cinéma pour éprouver des émotions, et là je n'ai rien éprouvé. Tu dis que tu vas au cinéma pour découvrir des choses qui te sont étrangères, je comprends mais là on est vraiment dans le cliché total vu et revu 100 fois... Quant à l'amour/passion - amour/raison, je ne l'ai pas du tout ressenti comme toi : on a d'un côté l'amour tout court et de l'autre pas d'amour du tout (Leonard dit à Sandra "I like you very much", on est bien loin de l'amour quand même). Mais bon, je me suis habituée au fait que cinématographiquement parlant, nous ne soyons jamais d'accord... :))) (je rejoins d'ailleurs complètement la critique de Laëtitia)

Yohan 03/12/2008 22:12



Je ne sais pas quoi répondre ... sur les clichés, d'accord pour l'histoire, mais le personnage de Leonard subit une telle évolution que c'est cette partie de l'histoire qui prend le devant de la
scène, plus que l'histoire d'amour. Sur l'amour raison, je suis d'accord que ce n'est pas de l'amour, mais l'amour raison existe-t-il vraiment ? Car à partir du moment où c'est raisonné,
parle-t-on d'amour ? Mais j'ouvre là une parenthèse qui pourrait nous emmener très loin...
Dans tous les cas, avec Laetitia et toi, une des "leadeuses de la blogosphère", je ne peux pas grand chose ;-)))



Laëtitia 02/12/2008 17:15

Et bien... comment dire... je suis nettement moins emballée que toi ! J'ai fait un ptit billet, va jeter un coup d'oeil qu'on puisse opposer nos arguments ;-)

Yohan 03/12/2008 22:13


Bah oui ! J'ai vu cela ! A croire que tu le fais exprès ;-)