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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 08:46

Quelle étrange sensation de lire un roman et de s’apercevoir au bout d’une centaine de pages qu’on connaît l’histoire et les personnages, puisqu’on en a vu le film qui en a été tiré ! C’est exactement ce qui m’est arrivé en lisant le roman de Jim Thompson, 1275 âmes.


Nick Corey est shérif dans une petite ville des Etats-Unis,
Pottsville, qui compte 1275 habitants. Nick est fainéant, mais il en a assez d’être considéré comme un moins que rien, et il décide de prendre sa vie en main. Mais il a une manière un peu radicale de remettre sa vie professionnelle et amoureuse sur les bons rails…


Roman lu dans la collection Folio policier, il s‘agit néanmoins bien plus d’un roman noir que d’un policier classique. Nick Corey est bien shérif, mais au lieu d’élucider les meurtres et de régler les conflits dans son patelin perdu, il participe aux exactions commises. Pour régler le problème du proxénétisme, la solution qu’il trouve est de liquider les deux maquereaux. De même, pour se débarrasser du mari de sa maîtresse, un homme violent et raciste, il décide de le tuer. Dans tous les cas, Nick parvient à monter des bobards qui lui permettent de se disculper, une fois en saoûlant le shérif de la grande ville voisine qui s’accuse du meurtre des maquereaux (ce qui donne lieu à une scène très drôle), une autre fois en faisant croire à un règlement de compte.


Nick est donc fainéant, lâche et hautement antipathique : il manipule tous les membres de son entourage pour arriver à ses fins. Mais ceux-ci sont aussi horribles que Nick. Il y a tout d’abord Myra, la femme de Nick, et son frère Lennie, une baraque abrutie. Myra déteste son mari, l’accuse de tous les maux et prend systématiquement la défense de son frère. Pour échapper à cette tigresse domestique, Nick se réfugie chez Rose Hauck, sa maîtresse, ou chez Amy, celle qui aurait dû devenir sa femme. Seules ces deux dernières semblent posséder un peu de raison dans ce village complètement fou.

Toute l’histoire est vécue du point de vue de Nick. On saisit ainsi toutes les combines qu’il met en place, on s’étonne et s'épouvante face au machiavélisme dont il fait preuve pour se sortir des situations dans lesquelles il se fourre. Tout cela semble très amateur, mais Nick a pensé à son plan depuis longtemps, ce qui le rend hautement détestable. De plus, lorsque sa situation de shérif risque d’être compromise lors des élections suivantes, il n’hésite à calomnier indirectement son adversaire. Et il fait une nouvelle fois preuve d’une grande habileté.


J’ai beaucoup apprécié ce roman, et notamment l’écriture de Jim Thompson, orale et très « populaire ». On plonge avec cet anti-héros dans les bas-fonds des Etats-Unis des années 50, avec le racisme et le sexisme ambiant, les rivalités de village,… L’histoire est noire, très noire, cynique et désabusée comme le héros, mais c’est un vrai plaisir de lecture que ce roman. Seul petit bémol pour la fin en queue de poisson.

Pour ce qui est du film qui en a été tiré, il s’agit du très bon film de Bertrand Tavernier, Coup de Torchon. L’action est déplacée en Afrique, mais on retrouve la lâcheté de Nick incarné par Philippe Noiret, avec à ses côtés Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell ou Jean-Pierre Marielle. J’ai gardé un très bon souvenir du film, et la lecture du roman m’a donné envie de le revoir !


L’avis de Laurence

 

1275 âmes, de Jim Thompson

Traduit de l'anglais par Marcel Duhamel

Ed. Folio - Policier

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 10:28

 

Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan, est un homme amoureux. La vie conjugale avec son épouse se déroule pour le mieux, et deux enfants naissent de leur union. Mais l’avenir du couple s’assombrit : d’abord des problèmes financiers, puis surtout l’intérêt que Louis XIV porte à la marquise de Montespan, qu’il introduit à la Cour. Débute alors pour le marquis une période de cauchemar : ne voulant pas laisser sa femme entre les mains du Roi qui l’utilise pour son bon plaisir, il fait tout pour tenter de la récupérer. Jusqu’à se faire exiler dans son château des Pyrénées, qu’il n’a pas le droit de quitter…

 

Jean Teulé quitte le monde des poètes, mais conserve l’aspect historique qui est une des forces de ses romans. Voici donc le lecteur plongé dans la seconde moitié du XVIIe Siècle, période de construction du Château de Versailles, mais aussi période où la courtisanerie atteint des sommets. Cette description de la courtisanerie ne se fait néanmoins qu’en creux, puisque le personnage principal du roman, que nous suivrons au fil des pages, est le Marquis qui donne son titre à l’ouvrage.

 

Le trait de caractère le plus frappant chez Louis-Henri est son amour pour sa femme. Lorsqu’ils vivent ensemble, ils profitent de chaque instant pour s’offrir un instant de plaisir. Ce qui donne lieu à des descriptions très imagées telles que Jean Teulé les affectionne. Par amour, et pour refuser la misère, il va tenter de gagner de l’argent lors de campagnes militaires, mais ses deux tentatives seront de lamentables échecs, qui le voient revenir plus pauvre qu’il n’était.

 

C’est également un homme qui décide de braver la toute-puissance du roi. Son statut de mari trompé lui donne l’occasion de l’afficher au vu et au su de tous, puisqu’il décore son carrosse et ses armoireries de cornes. Il brave également le roi en s’introduisant chez la nourrice qui garde les enfants nés de l’union entre celui-ci et la Montespan. Ce qui lui vaut quelques jours de cachot, puis cet exil dans les Pyrénées, où il s’éloigne de la Cour mais continue à penser à sa femme.

 

Sous couvert d’une aventure romanesque, Jean Teulé en profite pour faire entrer son lecteur dans la saleté de l’époque. Alors que l’image souvent véhiculée est celle des arts et du faste, il présente ici un monde sale, avec des prostituées malades, des cachots horribles et surtout une Cour où l’hygiène est loin d’être la première préoccupation. D’où un dégoût qui peut apparaître lorsque Teulé décrit certaines pratiques sexuelles du Roi, bien plus enclin à couvrir sa maitresse de bijoux que de prendre soin de son corps. Et que dire des courtisanes qui laissent derrière elles la trace de leurs déjections, puisqu'il est tellement simple de faire sous sa robe !

Ce roman est également l’occasion de plonger dans le monde des aristocrates pauvres, comme l’est le marquis de Montespan. On assiste ainsi à la ruine de son château, qu’il est incapable de rénover. Et il dépeint également les mœurs de la Cour, avec ses faveurs, ses rejets, ses codes. Le tout avec l’humour qui caractérise l’écriture de Jean Teulé, et sa manière très enlevée de raconter des épisodes parfois peu glorieux.

 

J’ai donc passé un bon moment avec ce marquis de Montespan, pitoyable et affectueux, qui refuse de céder au chantage mais qui perd tout ce qu’il possède, même sa femme et son fils, qui devient un courtisan dès son plus jeune âge (il obtiendra d’ailleurs par la suite une chaussée à son nom, la Chaussée d’Antin). Mais j’ai tout de même une nette préférence pour Je, François Villon, liée notamment au personnage hors norme du poète et à l’époque médiévale plus mystérieuse que cette seconde partie du XVIIe Siècle.

 

Quelques avis sur ce roman : Fashion, Ys, Cuné, So...

 

Autres romans de Jean Teulé : Je, François Villon ; Le magasin des suicides (Sélection du prix Biblioblog 2008)

 

Le Montespan, de Jean Teulé

Ed. Julliard

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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 07:10

L’heure du changement d’année approche, et avec elle les traditionnels bilans annuels. Pas de bêtisier en ce qui me concerne, mais un retour sur les moments marquants de cette année, en terme de romans, de films ou de spectacles.


Les romans de 2008

Commençons par l’aspect littéraire de la chose, puisque, d'après le nombre d'articles de ce blog, je lis plus de livres que je ne vois de films. Enfin, je devrais dire je chronique plus de livres que je ne chronique de films, car beaucoup de films vus à la télévision ne sont pas répertoriés ici. Mais ce n’est qu’une parenthèse.

 

Alors, les romans de 2008. Mon gros coup de cœur de l’année va à Passage du gué de Jean-Philippe Blondel, qui m’a vraiment subjugué par la force de l’intrigue et la retenue dans l’écriture.

 

Il y a ensuite une série de romans, des découvertes souvent liées aux blogs (je pense que certains se reconnaîtront à travers les titres présentés), qui m’ont beaucoup plu :

-         La maisons aux esprits d’Isabel Allende

-         Ce silence-là de Franck Belluci

-         Laver les ombres de Jeanne Benameur

-         Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman, grâce à la magnifique interprétation qu’en ont fait les Têtes raides

-         A la vue, à la mort de Françoise Guérin

-         Le Combat ordinaire de Manu Larcenet

-         Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu

-         Les saisons de la nuit de  Colum McCann

-         L’aveuglement de José Saramago

-         Je, François Villon de Jean Teulé

 

Et des confirmations : Annie Ernaux qui signe avec Les Années un magistral roman, François Vallejo qui confirme tout le talent pressenti avec Ouest, et dont plusieurs autres romans m’attendent.

 

Coté déceptions, pas de vrais dégoûts, mais des interrogations sur un succès critique comme Portrait de l’écrivain en animal domestique, qui m’a laissé assez pantois, l’histoire étant cousue de fil blanc et sans innovation aucune.

 


Les films en 2008

Du coté des toiles, plusieurs grands films ont été sur les écrans en 2008, et il est difficile d’en sortir un du lot. Mais comme c’est la tradition, celui qui arrive en premier est le flamboyant
There will be blood de Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis qui tient là un rôle extraordinaire.

 

Le suivent de près :

-        Into the wild de Sean Penn

-        Le silence de Lorna des Frères Dardenne

-        Valse avec Bachir d’Ari Folman

-        Two lovers de James Gray

-        Home de Ursula Meier

-        Wall-E des studios Pixar

-        It’s a free world de Ken Loach

 

Pour les films plus confidentiels, mention au Cahier de Hania Makhmalbaf et Un millier d’années de bonnes prières de Wayne Wang.

 

Coté français, deux films se détachent : Un conte de Noël, de Desplechin (avec un merveilleux Jean-Paul Roussillon) et Entre les murs de Laurent Cantet. Je mettrai également en avant Séraphine, avec Yolande Moreau épatante et Capitaine Achab de Philippe Ramos.   

 


Le spectacle vivant en 2008

Outre les romans et le cinéma, je vais également parfois au théâtre, et je dois dire que cette année fut plutôt un bon cru. Je retiens :

 

-        mon séjour à Avignon pour le festival, avec huit spectacles intéressants, et surtout Nature morte dans un fossé du collectif Drao.

-        ma deuxième visite à la Comédie Française avec la pièce de Jean-Luc Lagarce Juste la fin du monde.

-        la très belle mise en scène d’Ivanov de Tchekhov par Philippe Adrien, au théâtre de la Tempête.

-        Bérénice aux Bouffes du Nord, avec Lambert Wilson et Carole Bouquet (quel duo !)

-        Bien des choses au Théâtre du Rond-Point, le spectacle très drôle joué par François Morel et Olivier Saladin.

 

Enfin, 2008 a été pour moi l’année de la découverte de l’opéra. Si ma première tentative ne fut pas une grande réussite (Woyzzeck de Alban Berg, certainement un peu trop ardu pour un débutant), la seconde fut magnifique : au Palais Garnier, Eugène Onéguine par le Bolchoï !!! Ce fut l’occasion de grands frissons. Pour 2009, la découverte va se poursuivre, avec entre autres Tosca et Carmen, fin juin à l’Opéra Comique. Que de nouveaux frissons en perspective !!!


Sur ce, je vous souhaite de bien finir cette année 2008, de démarrer du bon pied 2009, et de continuer à partager vos coups de cœur, vos déceptions, vos recommandations qui me permettent de découvrir beaucoup d’aspects littéraires ou cinématographiques qui me sont inconnus. Et que toutes les merveilleuses rencontres de 2008, à Paris ou à Montpellier, puissent se pérenniser durant quelques années !

 

Que tous vos vœux puissent se réaliser en cette nouvelle année !!!

 

 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 07:42

Un village algérien, avec sa poussière, ses défilés de voitures lors des mariages, ses relations de voisinage et ragots de rigueur. Mounir est un jeune homme pour qui la vie tourne plutôt bien : employé par l'homme riche du village, le colonel, il vit avec sa femme et son fils. Mais tout ne va pas comme il le souhaite : sa soeur, Rym, vit avec eux, car elle n'est toujours pas mariée. De plus, elle a une fâcheuse tendance à s'endormir n'importe où, ce qui fait de Mounir la risée du village. Il décide donc de trouver un riche occidental pour marier sa soeur. Mais, faute de candidats, il lance un mensonge dans lequel il va se prendre les pieds, au point de ne plus maîtriser la situation.

Dans cette histoire de famille et de village, on fait la rencontre de personnages haut en couleurs. Le premier d'entre eux est Mounir, homme lâche et souvent naïf, qui essaie désespérement de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Simple jardinier, il se présente comme "ingénieur horticole", ce qui ne fait qu'accentuer la moquerie des autres mâles du village. Hormis l'ami le plus proche de Mounir et son fils, tous les hommes du film sont d'ailleurs assez antipathiques : caïds des bacs à sables, escrocs, moqueurs, ils ne jurent que par l'apparence et par l'image qui est véhiculée par leur famille.

Côté féminin, Rym est une jeune fille étouffée par son frère, qui lutte contre son irrépressible envie de dormir et pour vivre au grand jour l'amour qui la dévore. Elle ruse, elle se rebelle pour montrer à son frère que la voie qu'il a choisi n'est pas la bonne, et est aidée en cela par sa belle-soeur. Elle en profite d'ailleurs pour en ajouter une couche : lorsqu'elle peut mettre fin au quiproquo sur son futur mari fortuné, elle décide de pousser la plaisanterie au bout, ce qui met son frère dans un terrible embarras.
 
Mascarades est le premier film de Lyes Salem, qui incarne également le personnage principal du flm, Mounir. C'est un film loufoque, parfois burlesque, très rythmé, qui montre toutes les facettes, positives comme négatives de la vie de village. Tout le monde sait tout sur tout, tout le monde veut tout savoir. Et de paria, Mounir va devenir la star du village, recevant des cadeaux de la part de chacun des habitants qui espère tirer une contrepartie du mariage annoncé. C'est aussi une charge contre ce milieu masculiin, très imbu de lui-même. Ici, ce sont les femmes qui mènent le jeu, ainsi que le seul garçon qui ne véhicule pas les canons de la virilité (il souhaite ouvrir un vidéo-club, avec des affiches géantes de Bruce Willis !).

On sent dans l'intrigue ainsi que dans la façon de montrer les événements une influence de Kusturica, en particulier celui de Chat noir, chat blanc. On y retouve le mariage traditionnel chez Kusturica, mais aussi les caïds qui n'en sont pas, la pointe de loufoquerie avec la maladie de Rym. Lyes Salem n'atteint pas les sommets de Kusturica, mais c'est un très bon chemin qu'il trace dans ce premier film, avec lequel j'ai passé un agréable moment. Et la chaleur algérienne fait du bien en ces temps de froideur hivernale !

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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 07:40

Un homme s'entretient par lettres interposées avec Charlotte, son aimée. Mais l'entretien n'est pas banal : il se fait avec l'au-delà, car Charlotte a mis fin à ses jours un an plus tôt. Cette correspondance fait le point sur la relation entre Charlotte et son amour, narre leur rencontre, leur histoire et le moment funeste où Charlotte décide de quitter le monde des vivants, laissant seul un homme qui a du mal à se remettre de cette perte.

Le roman de Régis Jauffret à la base de ce texte a beaucoup fait parler de lui depuis septembre. Avant d'assister à cette représentation, je n'avai pas lu le roman en question, mais je connais un peu le monde de Jauffret (depuis quelques mois, ses Microfictions m'accompagnent dans mes voyages quotidiens) . C'est donc vierge de toute impression extérieure que j'ai découvert le texte, et il est évident que c'est une très belle et troublante correspondance que livre Jauffret.

Sur scène, un homme, l'auteur et héros malheureux de cette histoire d'amour qui a mal fini. Régis Jauffret a son texte la main, il s'y reporte parfois, mais connaît par coeur la grande majorité du texte présenté pendant une heure. La mise en scène est simple et efficace, permettant un passage rapide du personnage de Jauffret à celui de Charlotte. Avec, lorsque Charlotte parle, un jeu de lumières qui multiplie le visage de l'acteur est très intéressant.

Sur le texte en lui-même, on ressent  la souffrance de Jauffret face à cet événement inattendu. Mort inattendue, comme l'a été la relaion avec Charlotte. Une Charlotte qui fait assez peu de cas du chagrin de celui qui a partagé sa vie : elle l'appelle "Mon pauvre amour", et n'hésite pas à le mettre en difficulté. Charlotte est loin d'être réconfortante. Régis Jauffret, en donnant un tel ton à ce personnage, ne se ménage pas, comme il ne ménage jamais aucun de ses personnages de roman. On sent une nécessité à écrire ce texte, à faire part de cette expérience pour pouvoir en surmonter la douleur.

J'ai passé un moment touchant, émouvant, en comagnie d'un auteur qui n'a pas hésité à monter sur scène pour présenter son propre texte. Et ceci est d'autant plus admirable que ce texte parle de lui et de ce qu'il a vécu. Je suis maintenant curieux de lire le roman, qui est plus riche et comporte plus de scènes que ce qui a été présenté sur scène (d'après ce qu'on m'a dit, bien sûr).

L'avis de Laetitia (pour qui j'ai rédigé ce billet suite à sa demande pressante ;-)

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 07:42

En ces quelques jours d'activité ralenties pour cause de congés, festivités et autres joyeusetés, voici, avant le billet de bilan de l'année 2008 à faire la semaine prochaine, une première contribution plus large sur les lectures qui m'ont le plus marquées depuis que je lis. Comme, de plus, Grominou a eu l'idée de lancer un défi de lecture sympathique et hautement réalisable, j'ai donc décidé de participer. Ce qui me donne également l'occasion de faire le point sur mes lectures, et sur ce qu'il en reste.

Voici donc, par ordre aléatoire, les dix tires que je fais figurer dans ma malle aux trésors littéraires :

- Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar : pour le mélange troublant entre amour et amitié, et pour l'écriture très fouillée, mâtinée de refléxions philisophiques. Déroutant au premier abord, mais quel plaisir !

- La vie devant soi, Romain Gary : en particulier pour un passage merveilleux qui se déroule lors du doublage d'un film.

- J'ai épousé un communiste, Philip Roth : ma première lecture de Roth, qui ne m'a jamais déçu depuis. Et cette force ente Histoire et intimité est magnifique.

-
L'Assommoir, Emile Zola : pour Coupeau, pour Gervaise, pour cette immersion dans le Paris ouvrier du XIXe, pour Zola, quoi !

-
La Place, Annie Ernaux : un ouvrage court, mais qui concentre une puissance d'évocation qui m'a bouleversé. Et comme il me parle personnellement, c'est encore plus fort !
 

- Matin Brun, Franck Pavloff : Encore plus court, mais c'est vraiment un ouvrage à trouver dans toutes les bibliothèques !

- Le Monde d'hier, Stefan Zweig : Ce n'est certainement pas le meilleur morceau pour aborder Zweig (c'est pourtant ce qu j'ai fait), car il s'agit d'un autobiographie. Mais la plongée dans le Vienne des années 1880-1890, puis à Paris est décrite avec tellement de talent, que ce serait dommage d'oublier cet ouvrage de Zweig.
 
-
Passage du gué, Jean-Philippe Blondel : Pour le dénouement de cette histoire d'amour à plusieurs versants, pour l'écriture sensible et jamais vulgaire de Jean-Philippe Blondel

-
Le Combat ordinaire, Manu Larcenet (Tome 1, car il faut bien commencer !) : une bande-dessinée, car cet ouvrage tès autobiographique de Manu Larcenet renvoie le lecteur à ses propres interrogations, à ses propres tourments, et cela est fait avec beaucoup de talent

- La Kahéna, Salim Bachi : enfin, un ouvrage qui m'a subjugué par sa construction narrative diabolique, entre Amérique du Sud et Algérie. A lire à tête reposée pour conserver le fil !

Voilà donc une sélection, avec tout ce qu'a d'arbitraire et de restrictif ce genre de sélection.  Des romans lus dans le cadre scolaire, d'autres lus plusieurs fois, mais à chaque fois un souvenir intense. Une majorité d'auteurs francophones, car seuls Philip Roth et Stefan Zweig n'écrivent pas en français. Une vision certainement encore très hexagonale de la littérature, mais la découverte des blogs et les propositions recueillies ça et là commencent à m'ouvrir à l'étranger...

Et je suis maintenant curieux de voir la liste de l'ensemble des participants, et d'y piocher quatre livres (ou plus) qui seront au menu de mes lectures pour l'année 2009 !!!

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 07:34

 

Je passe après la meute bloguesque qui a déjà beaucoup parlé de ce livre, et mon avis ira dans le sens majoritaire des billets évoquant ce recueil de nouvelles.

  

Au  fil des quatorze nouvelles du recueil, Georges Flipo fait voyager le lecteur : en Argentine, en Inde, dans le désert… Dans toutes les nouvelles, on vit le déracinement, la découverte d’un ailleurs, qui est un parfois un ici pour le lecteur. Ainsi, la nouvelle qui donne son nom au recueil narre la péripétie d’un écrivain argentin implanté en France, mais qui à défaut de vivre de son écriture, se spécialise dans la fabrication d’empanadas, spécialité de son pays d'origine. Parfois le voyage n’est qu’un rêve, et l’illusion est efficace pour ce gardien de phare qui ne peut pas quitter son lieu de travail, ou pour cette femme qui veut oublier sa maladie.

 

J’ai souvent ressenti une grande forme de mélancolie dans ces nouvelles. Les voyages vécus par les différents protagonistes ne sont jamais banals et sans histoire. Il y a les petits inconvénients du voyage accompagné, comme dans Nocturne, ou ces identités qu’inventent les danseurs de flamenco qui, le temps d’une soirée, échappent à leur condition sociale difficile. Le retour au pays, dans Les sources froides, prend également la forme du voyage pour celui qui retrouve un pays qu’il a quitté il y a longtemps. Et la découverte d’une nouvelle contrée fait découvrir ses propres limites, comme pour le joueur d’échecs de La partie des petits saints.


Les éléphants de Pattaya est significatif de cette tristesse liée aux voyages : un homme, insouciant et honnête, visite la Thaïlande et se retrouve embarqué dans une histoire pour laquelle il n’a rien demandé. Cette dénonciation du tourisme sexuel trouve parfaitement sa place dans cet ouvrage.


L’indifférent est une nouvelle qui tranche un peu avec le reste du recueil. On est ici dans un monde aux limites de l’imaginaire, où le lecteur, comme le personnage d’ailleurs, ne sait plus ce qu’il faut croire, ce qu’il faut voir. 


Le seul bémol concerne la nouvelle traitant de la corrida, Et à l’heure de notre mort. Le thème ne m’inspire pas du tout, et le traitement est un peu excessif, avec cette explosion de barbarie.


Hormis cette petite réticence (une sur quatorze), je ne peux qu’abonder dans le sens général concernant ce recueil : c’est un ouvrage cohérent, construit autour d’un thème, mais l’auteur parvient à surprendre le lecteur dans le traitement de celui-ci. On n’a ainsi jamais l’impression de relire deux fois la même chose, ce qui aurait pu être un risque pour ce type d’ouvrage. Vraiment une belle réussite !


Je remercie Fashion, et par son intermédiaire Cuné, pour le prêt. Pour les autres billets, je vous renvoie au blog de l’auteur qui a recensé tous les billets concernant cet ouvrage.

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 07:32

Voilà un ouvrage qui m’a beaucoup plu. Denis Podalydès a regroupé dans ce recueil différentes chroniques qu’il a rédigé pendant 10 ans, entre deux scènes sur un plateau de tournage à la sortie d’une répétition ou d’une représentation théâtrale,…

Petit retour rapide sur l’auteur : Denis Podalydès, acteur de théatre, à la Comédie Française en particulier, a également tourné au cinéma, soit avec son frère Bruno (Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir,...), soit avec d’autres réalisateurs (La chambre des officiers, Embrassez qui vous voudrez). Il est également metteur en scène, en particulier pour Cyrano de Bergerac qui triomphe depuis quelque temps à la Comédie Française.


Venons-en à présent à cet ouvrage. A travers ces nombreuses chroniques, on ressent tout le travail du comédien, sous les aspects à la fois positifs (le succès, la gratification) et négatifs (l’attente, la répétition des spectacles). C’est la première fois que je lis ce genre d’anecdote sur des tournages ou des répétitions : l’attente interminable d’une minuscule scène, qui demande maquillage et costume, et qui finalement ne pourra pas être tournée ce jour-là et oblige le comédien à revenir. Et si elle est tournée, la concentration s’est envolée, et le tournage devient très difficile.


Il y aussi toute la vie de la Comédie-Française qui est dévoilée. L’auteur transforme les noms des différents comédiens, et le néophyte n’arrive donc pas à reconnaître les acteurs en question. Néanmoins, pour les personnes proches de la troupe, il est évident qu’ils peuvent se reconnaître. Une nouvelle fois, on rentre dans l’intimité de la vie d’une troupe d’acteur, qui occasionne comme tout travail en commun son lot de jalousies, de rancoeurs, d’amitiés. On y découvre aussi la précarité de certains comédiens, qui peuvent chaque année se faire renvoyer de la troupe. Ainsi que l’aspect arbitraire qui peut entrer en compte pour les entrées au conservatoire.

Denis Podalydès ne procède pas ici à un règlement de comptes, mais donne à voir la banalité du métier d’acteur, qui procure parfois un moment de bonheur intense, comme lorsqu’il joue La Forêt, d’Ostrovski. La banalité d’un métier où il faut jouer coûte que coûte une pièce qu’on ne trouve pas forcément très bonne, mais pour laquelle on est engagé, où on tourne en province. Bien sûr, Denis Podalydès n’est pas le plus précaire des comédiens de la Comédie-Française, loin de là, mais son témoignage est éclairant pour toute personne ayant une connaissance ou une expérience de l’activité théâtrale. Et tout cela est bien écrit, ce qui n’enlève strictement rien à la découverte de ce milieu.

Enfin, l'auteur se dévoile en partie dans ce texte : il évoque son frère, mort peu de temps après son entrée dans la vénérable maison, comme on dit. Et cette mort, cette perte est un spectre qui hante le travail de l'acteur. Ce qui permet également de ressentir la part d'intimité que chaque acteur met dans ses différentes interprétations. Vraiment un livre à découvrir !

Il vient de sortir un nouvel essai, qui a d'ailleurs reçu un prix littéraire dans cette catégorie (je ne sais plus lequel). Je ne sais pas si la forme est la même, mais je suis curieux de voir cela de plus près !

 

Scènes de la vie d'acteur, de Denis Podalydès

Ed. Le Seuil

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 13:20

Voici le colis que j’ai reçu dans le cadre du dernier swap de cette année 2008, organisé par Emmyne et intitulé « Enfants de Noël ». Comme je n’ai toujours pas investi dans un appareil photo numérique ou tout autre objet pouvant faire office de, vous serez une nouvelle fois contraints d’imaginer le colis reçu.


Colis que j’attendais d’ailleurs avec impatience, puisque ma swappeuse s’est emmêlée un peu les crayons
et a laissé passer la date fixée. Enfin, il a pu arriver, ce qui est le principal ;-) 


Trois paquets cadeaux s’offraient à moi lors de l’ouverture du colis. Pour deux d’entre eux, ils contenaient plusieurs ouvrages destinés à gâter les enfants de mon entourage.


J’ai donc pu y découvrir :

-         deux numéros de Pomme d’Api consacrés à Noël datant d’années où je croyais encore moi-même au Père Noël (j’y ai notamment retrouvé Ti-Michou et Gros-Cachou, qui m’ont accompagné petit)

-         Un numéro de Pirouette, beaucoup plus récent, sur le même sujet.

-         Un livre animé d’après le roman de Dickens Un conte de Noël.

-         Une BD Le petit Noël, avec quelques planches consacrées au Marsupilami.

-         Un DVD avec un dessin animé, Le petit renne, avec karaokés inclus.

 

Et deux autres ouvrages un peu annexes au sujet, mais qui devraient faire plaisir : le premier consacré à l’apprentissage de l’anglais, intitulé I learn English with Mickey, qui donne quelques notions de vocabulaire, et un numéro de Tout à lire, avec un roman intitulé Le baiser du Chtaar (ce ne m’a pas l’air de traiter de Noël, mais je peux me tromper, puisque je ne l’ai pas lu).

Et dans le dernier paquet, un paquet de boules de chewing-gum LookoLook, avec une surprise que je n’ai pas encore déballée (je n’ai pas ouvert le paquet, c’est pour cela !) !!!

Je remercie donc
Noakeane pour ces présents, qui devraient faire des heureux dans les jours à venir !!!

Je reviendrai certainement vous faire part des réactions à ces cadeaux !!!

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 07:40

Léa est danseuse. Elle aime les espaces, une pièce de son appartement est vide pour qu’elle puisse s’exercer. Sa relation amoureuse avec Bruno, un peintre, est tumultueuse : elle souhaite maîtriser son corps, et n’accepte pas de se livrer, de s'abandonner en posant pour son compagnon. Mais son univers est ébranlé par un appel téléphonique de sa mère, car celle-ci doit absolument lui parler d'un événement important. 


Léa prend donc la route pour rejoindre sa mère, qui habite en bord de mer, où sévit la tempête. Et la tempête va se propager à son esprit, car Léa est bousculée par les révélations de sa mère.

 

C’est un très joli roman que signe Jeanne Benameur avec Laver les ombres. C’est un court roman, qui prend le temps d’installer la situation : on suit d’abord longtemps Léa, chez elle, puis à l’extérieur. On découvre son rapport obsessionnel à la danse et à la maîtrise de son corps, ce qui l’empêche de s’abandonner, de se laisser aller devant le regard de Bruno.

 

Et puis cette narration alternée instille un mystère : qui est Romilda, qu'on voit pendant la seconde guerre mondiale, en Italie ? Après l’espace et la maîtrise de Léa, on ressent l’enfermement, l’oppression et la soumission de Romilda. Puis le lien qui unit ces différents protagonistes s’éclaire, bien qu’on le devine rapidement. On quitte peu à peu l’Italie pour s’installer en France, et découvrir le secret que cache la mère de Léa.

 

Le dévoilement du secret est d’ailleurs lui aussi l’objet d’une narration très particulière. Jamais de dialogue, ni de narration à la première personne, mais un narrateur externe plein d’empathie pour les personnages. Ce qui donne un ton très original, à la fois discret, puisque les révélations sont suggérées, et plein de compassion pour Léa, qui perd pied face à ce bousculement intérieur.

 

Voilà un court roman qui emmène son lecteur bien loin, dans les bas-fonds de l’Italie de la guerre ou dans la peau de la danseuse. Un livre tout en finesse, à l’intrigue principale assez remuante, que Jeanne Benameur réussit à exploiter sans en faire trop sur un sujet qui pourrait s'y prêter. 


L’avis de Sylire (où il y a pleins d’autres liens)

 

Laver les ombres, de Jeanne Benameur

Ed. Actes Sud

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