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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 07:44

Pénélope est mondialement connue pour être la femme d'Ulysse. Mais ce que l'on connaît moins, c'est la vie qu'a menée Pénélope pendant les vingt années d'absence de son mari, et surtout ce qu'elle a ressenti lorsqu'il  est revenu déguisé en mendiant et qu'il a tué tous les prétendants de la dame. Outre ses prétendants, il a également tué les douzes servantes qui avaient couché avec les prétendants, pour des raisons que Pénélope dévoilera. D'outre-tombe, Pénélope et les douze servantes nous racontent ce tragique épisode.

Margaret Atwood signe une relecture de l'Illiade et l'Odysée, d'un point de vue féminin et iconoclaste. Féminin, car tous les narrateurs sont ici des femmes, ce qui fait pendant aux récits d'Homère qui mettent en exergue la puissance, la gloire, l'héroisme des hommes, et la ruse d'Ulysse. Iconoclaste, car Pénélope n'est pas ici la tendre épouse qui monte des stratagèmes pour attendre sagement son mari. Elle expose les rancoeurs qu'elle a vis à vis de sa belle-famille, l'inimitié et la jalousie avec la nourrice d'Ulysse, et un regard pas toujours très maternel sur Télémaque. Son language est familier, parfois vulgaire, loin des précautions attendues d'une reine. On découvre aussi une enfance traumatisante, avec ce père qui a essayé de la noyer, et son lien de parenté avec Hélène, cousine qu'elle déteste.

L'auteur fait preuve d'une belle érudition sur les histoires mythologiques, et elle n'hésite pas à en désacraliser certaines (je vous laisse le plaisir de découvrir qui étaient vraiment le cyclope, les sirènes ou Circé). Elle connait également bien le théâtre de l'époque, puisqu'elle reprend les formes antiques, notamment celle du choeur, lorsque les servantes s'expriment.

Néanmoins (car il y un mais), j'ai eu du mal à appréhender ce roman autrement que comme un exercice de style, réussi parfois, moins convaincant à d'autres moments (notamment lorsque Pénélope se fait plus vulgaire). C'est un peu le danger avec les romans trop documentés et les réécritures, et mon ressenti est que Margaret Atwood n'a pas complètement évité cet écueil.

Malgré cette réserve, ce fut une lecture intéressante, car elle m'a replongé dans mes connaissances mythologiques qui malheureusement s'étiolent peu à peu, comme j'avais déjà pu le constater avec Idomeneo.

Livre de la chaine des livres proposé par Argantel (qui a fait cela comme une pro, avec une feuille glissée dans le roman pour que chacun y mette ses appréciations).

 

L'odysée de Pénélope, de Margaret Atwood

Traduit de l'anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Ed. Flammarion

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 09:12

L’Irlande des années 1915-1916 est une nation en proie aux divergences entre partisans de l’indépendance et unionistes, qui veulent un contrôle de la part des britanniques. A Dublin, on retrouve ces tensions au sein d’un immeuble occupé par des habitants partagés sur ces questions. Bessy Burgess soutient les britanniques, alors que son voisin du dessous, Jack, est un des meneurs du mouvement indépendantiste, au grand désespoir de Nora, sa compagne. L’oncle se prend pour un général, qui exècre le punk, qu’il qualifie de « jeune coucou », car ce dernier ne cesse de l’asticoter. On croise également une prostituée, un barman, une jeune fille malade et sa mère Mme Gogan, un ami très porté sur la boisson, Fluther et quelques militaires.

 

La charrue et les étoiles sont les emblèmes du mouvement indépendantiste irlandais. Sean O’Casey signe une pièce politique, qui n'est pas une pièce engagée. Politique, car il utilise un événement important de l’histoire irlandaise (le soulèvement sanglant de Pâques 1916). Non engagé, car il ne choisit pas son camp, si ce n’est celui de la dénonciation des faits de guerre (ce qui est déjà, je vous l’accorde, un engagement).

 

Dans cet immeuble, on trouve donc toutes les sensibilités politiques : l’engagé, le neutre, les profiteurs, les laissés pour compte, les opposés à la guerre qui ne jurent que par l‘émancipation des travailleurs et du prolétariat, mais qui se perdent dans l’abstraction de leur logorrhée. Cette diversité permet la confrontation des points de vue, et l’auteur ne tranche jamais pour dire qui a raison d’agir comme il le fait. Il met en avant les conséquences néfastes de cette agitation : les morts, une fausse couche, le pillage,…

 

Le metteur en scène a décidé d’actualiser la pièce en la faisant se dérouler dans les années 80, comme l’attestent tous les objets dérobés lors des pillages. J’avoue ne pas trop avoir compris ce choix, qu’Irène Bonnaud justifie en expliquant qu’elle veut montrer l’universalité et l’actualité de cette pièce dans d’autres endroits de la planète (Sarajevo,…). Je comprends l’intention, mais pas sa mise en œuvre. De même, la présence de télévisions sur le côté de la scène ne m’a pas convaincu. En revanche, j’ai beaucoup apprécié le plateau tournant utilisé. Alors que, parfois, un outil comme celui-ci n’est qu’un gadget, Irène Bonnaud parvient à en saisir toutes les potentialités. J’ai également beaucoup aimé les entractes entre deux actes,  qui donnent lieu à des chansons surprenantes et des changements de décors visibles par le spectateur.

 

Pour les personnages, je salue l’énergie de Martine Schambacher, qui incarne Bessie Burgess. Bessie est la seule à être pour un contrôle britannique, et l’actrice donne à ce personnage une fureur, une démence impressionnante. Les autres acteurs tiennent bien leur rôle également, avec une distribution au final assez homogène.


La charrue et les étoiles est un spectacle intéressant, qui ne m’a pas transcendé mais m’a permis d’aborder une époque de l’histoire irlandaise, dans laquelle j’ai toujours eu des difficultés à m’y retrouver. Et la pièce implique une réflexion sur son propre engagement, ses conséquences et les voies qu’il peut prendre. Ce qui n’est jamais totalement inutile…

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 07:11

Après la belle découverte de Ce silence-là, le premier roman de Franck Bellucci, l’auteur publie un recueil de nouvelles au titre assez intriguant et inquiétant : Et pour le pire ! Et le pire, on le côtoie de prêt dans ces quatorze « fragments de vie », comme l’indique le sous-titre.

 

Le pire se cache ici dans des incidents, des événements qui transforment la vie des personnages : l’accident mortel, le deuil, la folie dans laquelle on tombe, la maladie. Des moments terribles, qui tombent sur les individus sans qu’ils s’y attendent, et qui ne savent pas comment réagir, coincés entre colère et chagrin. Comme dans la nouvelle inaugurale, Choc frontal, et la dernière du recueil, La dernière cigarette, où un accident de la route bouscule la vie des proches des accidentés. On plonge dans les secrets de famille, comme dans Ton frère, ou dans les affres de la séparation conjugale dans Un père qui pleure. Dans d’autres cas, c’est la folie qui domine, la folie liée à une douleur qu’on n'accepte pas dans Et pourtant je l’aimais… Une pointe de fantastique surgit même dans Les Anges noirs, nouvelle où chacun se retrouve confronté à ses propres turpitudes.

  

La difficulté des recueils de nouvelles, c’est que le lecteur a souvent ses préférés. Dans ce cas-ci, ma préférence va aux nouvelles qui dévoilent, lentement, le secret qui mine le personnage principal (Ton frère), et à celle où l’on sent l’amour (A lundi), la détresse des personnages. Dans Un père qui pleure, on ressent à travers les propos de l’enfant la détresse qui étreint le père au moment du départ. Dans plusieurs nouvelles (L’abandonné), on ressent la culpabilité qui touche les enfants ou conjoints contraints d’abandonner leur proche qui dans un hôpital, qui dans une maison de retraite. La nouvelle que je retiens le plus est Un dimanche matin, la tête entre les mains, qui aborde ce thème de la culpabilité sur un autre mode : celle vis-à-vis des actes de ses parents, actes que le personnage, adolescent, n’arrive pas à concevoir.

   

Je suis plus réservé concernant les nouvelles un peu plus crues, comme Monstre, La grande amoureuse ou Diptères et autres merveilles. J’ai l’impression que Franck Bellucci a envie de choquer son lecteur, de l’interpeller, mais de manière assez gratuite. Dans Monstre, par exemple, la nouvelle aurait peut-être gagné à se terminer de manière moins provocante.

Je dois néanmoins reconnaître la maîtrise d’écriture de l’auteur, qui change assez aisément de style et de registre de langue, adaptant la construction syntaxique et les dialogues à chaque situation. Recueil qui confirme donc les qualités aperçues dans Ce silence-là, et la capacité de l’auteur à écrire sur le secret, le trouble qui assaillent les personnages.


L'avis de Laurence.

 

Et pour le pire - Fragments de vie, de Franck Bellucci

Ed. Demeter

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 07:56

 

Comme tous les ans, Paul Bellamy passe ses vacances à Nîmes avec son épouse Françoise. Lors de ces quelques jours, il essaie d’oublier son boulot de commissaire, qui lui prend beaucoup de temps. Mais ses vacances ne se passeront pas vraiment comme prévu : son frère Jacques, escroc notoire, s’invite à la maison. Et Noël Gentil, homme mystérieux, vient demander de l’aide au commissaire. Le tout sur fond d’affaire louche, celle d’un assureur qui a tenté de rouler tout le monde, et qui a disparu du jour au lendemain.

 

Claude Chabrol (que j’aime beaucoup) signe avec Bellamy un film assez différent de ce qu’il a l’habitude de faire. L’intrigue policière, autour de Noël Gentil, n’est qu’un prétexte (le spectateur est vite informé des tenants et aboutissants de l’histoire). Cela n’est pas une nouveauté, Chabrol étant un habitué du genre. Ce qui est original, c’est la façon dont il s’intéresse aux personnages. Pour une fois, il n’utilise pas ses personnages principaux pour en faire des dénonciateurs, des modèles à suivre ou à éviter. Chabrol distribue quelques piques envers la bourgeoisie de province, notamment avec le couple du dentiste et du chirurgien esthétique, mais cela reste en filigrane. Il y a une forme de tendresse envers le couple Bellamy, et c’est cette tendresse qui est selon moi le cœur du film.

 

Bellamy est la première collaboration entre Claude Chabrol et Gérard Depardieu. Le personnage de Paul est écrit pour ce dernier, avec sa rondeur, son appétit et son regard tendre. Mais ce personnage ne serait pas complet sans Françoise, ici merveilleusement incarnée par Marie Bunel. Ce couple s’aime, se respecte, les multiples gestes trahissent l’envie qu’ils ont l’un de l’autre (enfin, surtout lui), mais sans être insistant. Et les craintes de Paul concernant un possible adultère de Françoise avec son beau-frère, Jacques, donnent lieu à de jolies scènes de doutes, de non-dits qui se terminent en scène d’amour, où tout est suggéré.

 

Concernant l’intrigue policière, elle est plus anecdotique. L’interprétation de Jacques Gamblin est intéressante, car très diverse : le ton très théâtral de Noël Gentil tranche avec la voix avinée de Denis. Clovis Cornillac incarne Jacques, le frère qui sert uniquement de détonateur, de trouble-fête dans le couple Bellamy. Il y a aussi une esthéticienne volage, une vendeuse de Bricomarché intriguée par l’enquête du commissaire, et un avocat commis d’office qui effectue une plaidoirie chantée. Moment qui aurait pu être plaisant, mais qui tombe quelque peu à plat. Je crains que Chabrol ne soit pas un bon réalisateur de comédie musicale.

 

Le film vaut donc surtout pour le couple Depardieu / Bunel, qui méritent à eux seuls le déplacement. Pour le reste, c’est un film lent, qui prend son temps, le temps des vacances, du soleil de Nîmes, et qui distille un parfum charmant, un peu suranné. Un Chabrol mineur, certainement, mais loin d’être un échec.

 

L’avis de Pascale

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 09:24

 

Cette année, la littérature mexicaine est à l’honneur au Salon du livre de Paris. Pour marquer ma première visite dans cet antre plein de tentations, j’ai donc lu un roman d’un auteur mexicain.

 

Au Mexique, peu après la fin de la seconde guerre mondiale. La culture américaine, sous toutes ses formes, a débarqué dans le pays, et dans les cours de récréation, les juifs et les arabes ont remplacé les voleurs et les gendarmes. Un jeune garçon mexicain, issu d’une famille nombreuse, se lie d’amitié avec Jim. Jim est américain, il est arrivé avec ses parents car son père occupe un poste politique important. Lors d’un goûter organisé chez Jim, le héros rencontre Mariana, la mère de Jim. Immédiatement, il en tombe amoureux, mais cet amour est considéré comme une folie pour son entourage.

 

Dans ce court roman, Jose Emilio Pacheco a visiblement deux intentions : décrire l’évolution de son pays suite à l’hégémonie américaine et cette histoire d’amour, non pas incestueuse mais disons contre nature entre un enfant et une adulte. Dans ces quelques pages (l’ouvrage fait moins de 100 petites pages), l’auteur parvient à rendre les inégalités qui existent entre américains et mexicains, mais aussi entre mexicains eux-mêmes (ce qui a une résonance particulière ces jours-ci, quand on voit la dépense qu’un pays comme le Mexique fait pour recevoir un chef d’Etat étranger, par exemple le Président de la République française, alors que tout le monde parle de crise. Ah, on me signale que Sarkozy aurait été hébergé aux frais d’un narco-trafiquant. Alors, si c’est de l’argent « privé », il n’y a plus de problèmes ! Mais je m’égare).


Surtout ce roman est la description d’une attirance irrésistible, celle que ce gamin a pour cette femme qui pourrait être sa mère. Mariana occupe ses pensées, l’obsède, au point qu’il sèche les cours pour la retrouver. Ce qui donne lieu à des jolies scènes. Ensuite, on suit le parcours de cet enfant, du prêtre au policier, car chacun essaie de comprendre ce sentiment inexplicable. Notamment ses parents, qui n'acceptent pas que leur fils, doué à l'école, soit coupable de cette infamie.

 

Ce roman est dans le premier roman mexicain que je lis. Une entrée dans la littérature de ce pays par une toute petite porte, qui ne demande qu’à s’agrandir.

 

Batailles dans le désert, de Jose Emilio Pacheco

Traduit de l'espagnol par Jacques Bellefroid

Ed. Le Dilettante

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:00

Voici le premier billet à quatre mains publié ici (et chez Laetitia simultanément). Vous devriez comprendre assez aisèment quels sont les propos de chacun des rédacteurs...

Le théatre du Rond-Point comme lieu de perdition, pour Laetitia et moi. Ses formules d'abonnement si sexy, son bar si cosy... comment s'en lasser ? Après Lacrimosa, ce fut cette fois pour la pièce de Petter S. Rosenlund, Un garçon impossible, mise en scène de Jean-Michel Ribes. Rapide résumé : Jim, jeune garçon, est emmené à l'hopital par sa mère car il n'entend pas son grand-père. Mais lorsque sa mère annonce que le grand-père est mort, le docteur Henrik se demande qui est le plus atteint des deux. (Et nous aussi par la même occasion !) Docteur qui en plus de ses patients doit faire face à l'amour que lui voue l'infirmière, Cécile.
Incarnée par une Isabelle Carré surprenante et follement sautillante du haut de ses escarpins !

Lorsque je suis sorti du théatre, j'avais un sentiment mitigé. Mitigée également. Et dire que fut un temps, Yohan et moi mettions un point d'honneur à ne jamais être d'accord mais que nous arrive-t-il ??? Mitigé par la pièce, qui veut jouer sur différents plans, mais qui ne tranche jamais : vaudeville ou drame. On frôle même le grostesque de très près ! Les deux auraient pu être compatibles, mais j'ai l'impression que ni l'auteur, ni le metteur en scène n'ont réussi à exploiter ces deux genres à leur maximum. Le médecin se retrouve ainsi coincé entre cette infirmière et son épouse qui le harcèle au téléphone, ce qui colle assez peu au décorum de l'hopital et à la situation de Jim, sa mère et son grand-père. Le décor parlons-en ! Un carrelage d'une blancheur plutôt douteuse, des recoins qu'on devine cra-cra ; drôle de parti pris pour représenter un hôpital, je reste dubitative... Disons que si l'intrigue avait été centrée sur ce deuxième aspect, la charge aurait pu etre plus consistante. En revanche, chapeau aux différents acteurs, en particulier Michat Lescot qui joue un garçon de huit ans et qui est formidable. Je rejoins Yohan dans son éloge de Michat Lescot car le pari était vraiment osé, en revanche (yes un désaccord !) je supprime tout chapeau à Eric Berger qui m'avait pourtant convaincue en "Tanguy" mais pas du tout en medecin volage. Il en fait vraiment trop à mon goût et cela rejoint hélas, le ton général de la pièce...

Un garçon impossible est en définitve un spectacle que j'ai trouvé agréable, mais dans lequel je n'ai pas trouvé la folie et l'absurdité propre à Jean-Michel Ribes. Souci certainement dû au texte qui m'a paru assez bancal, et qui est loin d'etre impressionnant. Je n'ai plus rien à ajouter, j'acquiesce
vigoureusement !

La pièce ne se joue plus à Paris, mais elle tourne actuellement en province. A vous de vous faire une idée. Pour nous, c'est fait !

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 09:48

Lamia est infirmière à Alger. Femme seule dans un pays en proie aux furies des intégristes, elle rumine son passé : la mort de ses parents, celle de sa sœur, et le départ de Sofiane, son frère. Ce dernier a décidé de quitter la vie algérienne pour tenter sa chance en Europe : il est devenu harraga, brûleur de routes, un parmi tant d’autres qui attend certainement à la frontière de pouvoir traverser le détroit de Gibraltar. Mais la vie de Lamia est bouleversée par l’arrivée de Chérifa, jeune fille très vive, enceinte, envoyée à Alger par Sofiane. Lamia renaît, avec cette arrivée inattendue dans sa triste vie.

 

Harraga n’est pas un roman facile. Il traite d’un sujet sensible, la fuite des jeunes algériens vers les contrées jugées plus clémentes de l’Europe. C’est aussi la description d’un pays au bord de la rupture, l’Algérie prise entre les restes de l’occupation française et la montée des islamistes, prise dans les rivalités entre les différentes contrées (Alger vs Oran), où les femmes sont abandonnées à leur sort et où rien ne semble pouvoir les aider.

 

Lamia, pour (sur)vivre, s’appuie sur sa maison, cette maison qui a vu passer tant d’hommes d’origine différentes, qui est à elle seule une métaphore de deux siècles d’histoire de l’Algérie : le turc, l’acheteur revendeur qui réussit à rouler dans la farine ses clients,… Cette maison, seule point de repère de Lamia, est bousculée par Chérifa, jeune adolescente pleine de vie, qui la met sens dessus dessous. Et comme la maison, Lamia subit les bourrasques de cette furie.

 

On ne sait pas vraiment qui est Chérifa. Elle va, elle vient, elle exaspère Lamia en même temps qu’elle lui est indispensable. Chérifa n’hésite à rendre visite à Barbe Bleu, le voisin d’en face qui est un grand mystère pour Lamia.

 

Surtout, Boualem Sansal signe un roman politique. Roman, car les dimensions de la fiction et l’intérêt pour les héros existent : on se demande ce que vont devenir Lamia et Chérifa, si Sofiane pointera à nouveau  le bout de son nez. Mais politique car l’auteur n’hésite à défendre sa thèse, à décrire le calvaire que vivent les africains, rien que pour atteindre la côte Nord du Maroc. Pour cela, il décrit sur de nombreuses pages un reportage que Lamia voit à la télé sur les multiples dangers et les risques que prennent les candidats à la clandestinité, souvent clandestin bien avant leur arrivée en Europe. Car un malien en Algérie n’est pas forcément le bienvenu, loin de là. Et Lamia est happée par ce reportage, cherchant désespérément des yeux la silhouette de son frère dans la foule.

 

Harraga est un beau roman, qui se laisse apprécier à petites bouchées, car cette histoire est rude, dif ficile à entendre. Je suis heureux d’avoir croisé le chemin de ce roman, et je remercie pour cela Emmyne, pour  qui c’est le choix dans la Ronde des livres. Et je remercie bien entendu Ys pour avoir organisé avec maestria cette grande opération de découverte d’auteurs qui démarre sur de très bonnes bases.

 

 


"La culture est le salut mais aussi ce qui sépare le mieux"

Boualem Sansal, Harraga

 

Harraga, de Boualem Sansal

Ed. Folio

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 12:52

David et Jack, deux américains en goguette en Europe, décident de découvrir le Nord de l’Angleterre (curieuse destination). Alors que la nuit tombe, ils se réfugient dans une auberge assez peu accueillante, et les habitants leur font des conseils inquiétants : ne pas quitter la route, faire attention à la lune. Mais Jack et David se perdent dans la lande. Des bruits effrayants se font entendre, et pris de panique, ils essaient de regagner la route. Ils sont alors attaqués par une bête monstrueuse qui tue Jack et blesse David, sauvé par les habitants du village. Soigné dans un hôpital, David essaie de comprendre ce qui s’est passé, et notamment pourquoi les villageois ont déclaré que c’est un fou qui les a attaqués…


Film de genre, celui du loup-garou et de l’épouvante, Le loup-garou de Londres est un film très intéressant, qui dépasse de loin ce seul genre. Bien entendu on croise à plusieurs reprises ce loup-garou, mais il est loin d’occuper l’ensemble de l’écran. Le point de vue de John Landis, le réalisateur, est de montrer la vie de David, ses tourments, ses cauchemars et les choix cornéliens auxquels il est confronté, plutôt que d’insister sur l’aspect vraiment inquiétant du film. Cela donne lieu à des scènes très effrayantes de cauchemars, finalement plus inquiétantes que celles où le loup-garou est présent.

 

Une autre force de ce film est l’utilisation des effets spéciaux et des maquillages. La scène de transformation de David en loup-garou, au milieu d’un salon et en plein jour, est extraordinairement bien rendue. De même, David a régulièrement les visites de Jack, venu d’outre-tombe dans un état de décomposition de plus en plus avancé. Ce qui donne lieu à des maquillages très réussis. Pas étonnant que Mickael Jackson ait ensuite fait appel à Landis pour les clips de Thriller ou  Black or white.


Enfin, ce film est une œuvre de cinéphile. Un peu à l’image de Tarantino qui n’hésite à mélanger les genres dans ses films, Landis joue avec les codes. Il rend hommage aux précédents films de loup-garou qui l’ont inspirés (notamment avec Bela Lugosi et Claude Rains), aux films avec Humphrey Bogart (l’affiche de Casablanca dans l’appartement de l’infirmière). Surtout, il mêle les genres, avec beaucoup de moments comiques : le début évoque des films du genre A nous les petites anglaises, Landis a tourné un simulacre de film érotique pour le scène se passant dans un cinéma X. La scène au cinéma est d’ailleurs l’une des plus surprenantes du film, avec la discussion entre David et les morts-vivants sur fond de cris de jouissance. L’autre scène hilarante du film est celle où David se réveille nu au milieu du zoo de Londres. Et Landis n’oublie pas non plus les aspects romantique avec l’infirmière, le policier avec le chirurgien et angoissant avec la poursuite dans le métro ou le carambolage sur Trafalgar Square.

 

Film de genre, Le loup-garou de Londres transcende les clivages et donne une vision très large du paysage cinématographique. Ce fut vraiment un bon moment passé dans la grande salle de la cinémathèque très bien remplie, ce qui j'avoue m'a surpris. Je remercie Sandra M., qui m’a permis de gagner une place pour le cycle Landis de la cinémathèque (aujourd’hui terminé).

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 07:02

Blutch vient d’être consacré au dernier festival d’Angoulême. J’ai découvert cet auteur il y a un an environ, avec le long-métrage Peur(s) du noir, dans lequel il a signé un passage assez anxiogène, avec une meute de chiens affamés. Pour découvrir un peu plus cet auteur, je me suis tourné vers une production plus ancienne, et dans un tout autre registre : le petit Christian.

 

Christian est un jeune garçon d’une dizaine d’années. Au début des années 70, il vit avec ses parents en Alsace, région encore marquée par les liens troubles qui l’unissent à l’Allemagne. On suit Christian dans la cour de récré, chez Mamama et Papapa, et on découvre toutes les figures fictionnelles qui composent son univers.

 

Album composé en noir et blanc, il se compose de différentes saynètes de longueurs variables. Sur la forme on peut penser aux planches de Boule et Bill ou de Cédric, mais c’est un tout autre chemin que prend Blutch dans cet ouvrage. Car Christian est une représentation de ’enfant que l’auteur était quelques années auparavant. Cette autobiographie est traitée avec beaucoup d’humour, et j’ai vraiment beaucoup ri à la lecture.

 

Ce qui m’a vraiment beaucoup plu dans cette bande dessinée est le mélange entre la vie réelle de Christian et l’immersion des différents héros qu’il adule dans les films ou les revues qu’il reçoit. On retrouve ainsi de multiples cow-boys, Mickey, Lucky Luck ou  John Wayne en soldat. Mais l’un de ses héros préférés est Rahan, l’homme préhistorique capable de combattre les tyrannosaures. Alors quand sa mère confisque Pif Gadget car elle estime que Rahan n’est pas une lecture pour un enfant, cela rend Christian encore plus avide de lire les aventures de son héros préféré.

 

On y retrouve également des souvenirs personnels, comme ces moments où tous ses camarades discutent du film de la veille alors que ses parents lui ont interdit de le regarder. Ce qui n'est pas sans évoquer chez moi des souvenirs personnels. Blutch instille aussi quelques remarques sur sa région d’origine et les relations compliquées entre les lièvres français et les alsaciens, attirés par l’Allemagne où tout est moins cher.

 

Une confirmation du talent de Blutch, déjà entrevu. Et pour en ajouter, Le petit Christian 2 est sorti il y a peu. Juste ce qu’il faut pour continuer l’aventure !

 

Le petit Christian, de Blutch

Ed. L'Association

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 07:02

Eugène Rougon vient de présenter sa démission à Napoléon III. S’il n’est pas inquiet quant à son avenir, ses amis ne partagent pas son flegme : ils craignent tous de perdre les avantages que pouvaient leur procurer le ministre, que ce soit Kahn ou Béjuin les députés, Merle l’huissier, les Charbonnel qui souhaitent récupérer un héritage et Mme Correur qui promet des cadeaux qu’elle ne peut pas offir à ses amis. Mais le pire danger pour Rougon n’est pas celui qu’il croit, car Clorinde Balbi, la femme qui l’aime et qu’il a délaissé, se révèle être sa plus dangereuse adversaire.

 

Son excellence Eugène Rougon est un roman politique. L’intrigue est réduite à son minimum : on suit la chute, le retour en grâce puis la nouvelle déchéance politique de Rougon, instrument politique autoritaire dans les mains de Napoléon III. Outre cette plongée dans le milieu parlementaire et dirigeant du 2nd Empire, le lecteur assiste à la cour que mènent les multiples personnages, ou parasites, qui tournent autour du pouvoir. Ils mangent à tous les râteliers, n’hésitant pas à retourner leur veste  au moment opportun, napoléonien un jour, républicain un autre, légitimiste un troisième.

 

Pour tout dire, ce n’est pas mon roman préféré de Zola. L’intrigue, en se concentrant sur la personne de Rougon et son parcours politique, manque quelque peu d’ampleur. Sa relation tumultueuse avec Clorinde, mue par une rancune tenace, ne permet de donner tout l’élan habituel des romans de Zola. Pas de grands drames, pas de déchéances fulgurantes, mais les compromis inhérents à tout régime basé sur le choix du Prince (Tiens, ça me fait malheureusement penser à une période très actuelle…).

 

Le roman vaut surtout pour son aspect documentaire. Document sur la place de la presse sous le Second Empire, et plus largement sur la circulation des idées dans un régime qui souhaite tout contrôler. Sur les tentatives autoritaires d’un système politique qui doit faire face à la montée de la volonté démocratique, avec la montée des républicains face à ce simulacre de démocratie qui propose aux élections des candidats officiels. Intéressant aussi pour se rendre compte des manœuvres utilisées dans les débats parlementaires. Eclairant enfin par la description de l’esprit de courtisanerie qui n’a pas été l’apanage du Roi Soleil, et qui revient très fort sur le devant de la scène. Esprit très visible lors du repas pris au château de Compiègne, où les parcours politiques se font et se défont à coup de rumeurs et d’intrigues.

 

Comme toujours, Zola est un grand peintre des épisodes fastueux, comme le baptême du fils de Napoléon III, et cette scène où Mme Charbonnel est retenue devant les portes de Notre-Dame, mais a une vision féerique : celle du baptisé et de toute la pompe qui l’entoure, dans un éclair de lumière.

 

Pour finir, même si ce n’est pas l’habitude ici, je tiens à vous soumettre ces quelques lignes. Un court extrait d’un texte de Victor Hugo a beaucoup circulé dernièrement sur le net, mais je pense que celui-ci aurait toute sa place.

 

« Dans la poussée des hommes du Second Empire, Rougon affichait depuis longtemps des opinions autoritaires. Son nom signifiait répression à outrance, refus de toutes les libertés, gouvernement absolu. Aussi personne ne se trompait-il, au ministère. Cependant, à ses intimes, il faisait des aveux ; il avait des besoins plutôt que des opinions ; il trouvait le pouvoir trop désirable, trop nécessaire à ses appétits de domination, pour ne pas l’accepter, sous quelque condition qu’il se présentât. Gouverner, mettre son pied sur la nuque de la foule, c’était là son ambition immédiate ; le reste offrait simplement des particularités secondaires, dont il s’accommoderait toujours. Il avait l’unique passion d’être supérieur. »

 

Autre roman de Zola : L’Assommoir

 

C’était le septième épisode de mon challenge à long terme Les Rougon-Macquart !

 

Son Excellence Eugène Rougon, d'Emile Zola

Ed. Folio

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