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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 07:15

A l’occasion des 20 ans de France Info, en 2007, la direction de la chaîne a décidé de publier un recueil de bandes-dessinées. Elle a donc demandé à 20 dessinateurs et scénaristes d’illustrer à leur manière un événement marquant des 20 dernières années Parmi les dessinateurs contactés, on trouve Blutch, Dupuy et Berbérian, Guy Delisle ou Etienne Davodeau, pour les plus connus (enfin, par moi). Les événements traités sont parfois très noirs, comme les différents conflits armés (Yougoslavie, Kosovo, Irak, Rwanda), souvent très significatifs (la chute du mur de Berlin, Tienanmen, le 11 septembre),  à certains moments très français (la canicule de 2003, la tempête de 1999, la mort de Mitterrand, la libération de Florence Aubenas et Hussein Hanoun Al-Saadi). Mais tous sont présentés de manière très personnelle, et sous un angle souvent fort.

 

Parmi mes coups de cœurs, il y a la courte BD de Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx sur la chute du mur de Berlin. Ils ne placent pas leur œil au niveau des manifestants, mais au niveau des gardiens installés dans un mirador qui attendent désespérément les ordres. On ne comprend d’ailleurs pas immédiatement ce dont il est question puisque l’extérieur n’est pas montré.

 

Un autre moment qui m’a marqué est la BD de Joe Sacco, dessinateur américain qui traite de la seconde guerre d’Irak et des sévices que les soldats américains ont infligés aux prisonniers irakiens. Par le truchement du témoignage de deux irakiens, on plonge dans la barbarie totale de cette guerre, barbarie qu’on a seulement pu voir par les photos volées de la prison d’Abou Grahib, car cachée par les média offciels. Le dessin donne ici toute sa force à la dénonciation des atrocités guerrières.

 

Il y a également une émouvante BD de Rabaté sur la canicule, très joliment traitée, ainsi qu’une autre de Simon Hureau sur le tsunami. Il n’y a qu’une BD qui m’a laissée indifférente, à la fois par le sujet et le traitement : celle qui parle de la traversée de l’atlantique à la rame de Maud Fontenoy. C’est exactement le genre de non-événement dont je me demande pourquoi il fait la une des journaux, et le retrouver ici, dans une compilation de 20 événements des 20 dernières années, m’a paru très (voire complètement) incongru.

 

Ce qui est très intéressant dans une oeuvre de ce type, c’est la découverte des multiples formes d’expression qu’ont les dessinateurs.  Les dessins sont divers, parfois très nets comme chez Dupuy et Berbérian, parfois beaucoup plus « gribouillé », chez Blutch en particulier. Il y a un dessinateur, Didier Lefèvre, qui n’utilise pas le crayon, mais présente un reportage photographique très fort sur le Kosovo.

 

Un ouvrage qui mêle donc les réalisations de 20 dessinateurs, et qui se révèle au final assez cohérent, et très intéressant à parcourir. Surtout, il donne envie de découvrir les œuvres plus longues de certains auteurs !

 

Le jour où... 1987-2007 - France Info - 20 ans d'actualité

Ed. Futuropolis

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 07:02

En ce qui concerne le théâtre, Wajdi Mouawad sait tout faire. Auteur, metteur en scène, il a décidé de passer sur les planches pour son dernier spectacle Seuls. Comme le titre l’indique, Wajdi Mouawad est seul sur scène pendant deux heures. Et la performance est assez impressionnante.

 

Harwan est un étudiant québécois, dont les parents ont fui la guerre du Liban. Harwan est sur le point de finaliser sa thèse consacrée à Robert Lepage, l’un des plus célèbres metteurs en scène canadiens.  La fin de cette thèse est liée à un rendez-vous avec Lepage, qui aura lieu à Saint-Pétersbourg. Mais Harwan n’arrive pas à se concentrer sur son travail, car son père, qui n’a jamais vraiment compris les études de son fils, est dans le coma.

 

Cette pièce est coupée en deux parties assez distinctes. La première partie présente Harwan, sa vie d’étudiant, les difficultés qu’il rencontre pour terminer sa thèse, et ses relations familiales compliquées. Seul sur scène, dans un décor assez simple de chambre d’étudiant, on découvre cet homme, qui a perdu une partie de ses racines libanaises. Liban, pays qu’il a connu enfant, dont il a des souvenirs, mais qui s’estompent.

 

Puis, il y a l’accident. Suivi de l’appel de sa sœur pour lui annoncer le coma de son père. Harwan, qui vient de s’engueuler avec lui au téléphone, décide d’aller lui rendre visité à l’hôpital, avant son départ à Saint-Pétersbourg. Cette confrontation dans la chambre d’hôpital donne lieu à un dialogue à une voix, et dans une mise en scène très dépouillée, cela donne lieu à une des scènes les plus poignantes du spectacle.

 

Puis Harwan part, quitte Québec pour rejoindre Robert Lepage. Arrivé sur place, il découvre que sa valise ne contient pas ses affaires, mais du matériel de peinture. Et là, c’est le moment fort du spectacle, celui où Harwan réalise que la situation que vit son père, c’est lui qui la vit. Et on assiste à la seconde partie du spectacle. Harwan, perturbé, qui entend la voix de ses proches mais ne peut leur répondre, se jette dans la peinture, activité qu’il affectionnait enfant. On passe donc d’une pièce de théâtre classique à une performance artistique, où Harwan peint son corps, les murs de sa chambre,….

 

J’ai beaucoup aimé le crescendo de la première partie jusqu’au retournement inattendu et bouleversant. Par la suite, si on comprend le pourquoi de cette performance (la couleur, la question de la vue, déjà évoquée dans le dialogue avec son père), elle semble un peu longue, et sert plus de défouloir à Harwan. En filigrane de cette performance picturale, il y a le tableau de Rembrandt, le retour du fils prodigue, personnage biblique auquel  Harwan s’identifie.

 

Néanmoins, si ce spectacle est une très grande performance d’acteur, avec Wajdi Mouawad sur scène pendant près de deux heures, une partie du spectacle m’a paru un peu mystérieuse, bien que touchante. Au final, un spectacle qu’on sent vital pour son auteur, qui reprend les thèmes déjà rencontré dans Forêts (l’identité, l’exil,…). La pièce s’inscrit donc à la fois en rupture avec les pièces de la trilogie (Littoral, Incendies ou Forêts), mais en continuité au niveau des sujets traités. Ses autres pièces me semblent toutefois une meilleure entrée en matière dans le travail de Mouawad.

 

L’avis des Trois coups (déçu)

 

Autre pièce de Wajdi Mouawad : Forêts 

Informations sur le site du Théâtre 71 de Malakoff

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 08:13

Cris est le premier roman de Laurent Gaudé, auteur aujourd’hui reconnu grâce en particulier à La mort du roi Tsongor et Le soleil des Scorta. Dans ce roman, Laurent Gaudé aborde un sujet important et souvent difficile à maîtriser : la Première guerre mondiale. Mais en y apportant la touche  reconnaissable dans ses produtions ultérieures, il donne un éclairage très personnel du conflit.

 

Pendant la guerre des tranchées, on suit la vie de soldats français. Il y a Jules, qui après un assaut meurtrier, obtient une permission pour rentrer chez lui. Il y a ces camarades, restés dans les tranchées et qui préparent un assaut pour reprendre une position perdue au profit des allemands. Il y a le soldat gazé, perdu sur le lieu d’un ancien combat. Et il y a ces cris, qui déchirent le ciel, lancés par l’ « homme-cochon », soldat perdu entre les lignes de front.

 

Ce roman est d’un aspect informatif et documentaire assez faible. Ce n’est pas un livre qui raconte une expérience personnelle (comme pour Dorgèles ou Gabriel Chevalier), et n’est pas non plus un roman d’histoire. On y retrouve bien entendu les réflexions sur l’absurdité de cette guerre, de ces attaques en grand nombre qui laissent beaucoup de soldats à terre. Mais l’apport de Guadé n’est pas à ce niveau.

 

Laurent Gaudé aborde vraiment cet événement historique comme un théâtre pour une œuvre de fiction. Si les lieux sont réalistes (la description des tranchées, des attaques), les personnages rencontrés, et le mode de narration font que roman prend une dimension littéraire bien plus qu’historique. Parmi les personnages, il y a celui de l’homme-cochon, métaphore de la situation de l’être humain lors de cette période barbare pour l’humanité. L’homme-cochon revient à son état bestial, dispose de qualités physiques quasi surnaturelles, puisque les soldats qui le pourchassent n’arrivent pas à le cerner. Et lorsqu’une pluie d’obus tombe à l’endroit où il est censé se trouver, l’espoir de le voir mort est vite anéanti par les cris qu’il pousse. Ce personnage, à dimension mythologique, représente ce qui fait peur aux soldats : cette folie, cette bestialité qui s’est emparé de lui, ils en sont toujours à la limite. D’ailleurs, Barboni finira par y tomber.

 

Et puis il y a la narration. Composé de chapitres, chacun débute et se termine par une intervention de Jules, qui s’éloigne des champs de bataille. Entre deux, on plonge dans la boue, l’humidité des tranchées et la violence des combats. Mais Jules n’arrive pas à oublier ce qu’il a vécu, et est toujours ramené aux barbelés, aux obus, aux munitions. Il ne parvient pas à tirer profit de cette permission qu’il attendait depuis si longtemps.

 

Si ce court roman n’est pas le plus abouti de Laurent Gaudé, on y retrouve des éléments qui seront ensuite retravaillés et intégrés dans un autre contexte, celui de la bataille homérique de La mort du roi Tsongor. Car l’image de ce soldat qui voit le conflit de loin m’a rappelé ce personnage qui marche dans le désert, loin de la ville des combats. Et l’aspect mythologique, très présent dans La mort du roi Tsongor, transparaît de manière assez nette dans ce premier roman.

 

Sur un sujet historique maintenant bien connu, Laurent Gaudé parvient donc à créer une œuvre de fiction. Œuvre qui pour autant ne trahit pas la réalité historique de cette époque, mais qui lui donne une résonance originale.

 

L'avis de Mimienco, d'In Cold Blog, de Pitou

 

Cris, de Laurent Gaudé

Ed. Babel

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 07:08

 

Près de Sète, la vie d’une ville portuaire est mise à mal : l’usine qui borde l’étang a créé une pollution qui a mis en faillite toutes les entreprises du site, de l'ostréiculteur au coiffeur.  Un procès donne raison aux habitants contre Naterris, la multinationale à l’origine du désastre. Mais pour certains, les 12 000 euros que doit verser Naterris sont ridicules par rapport aux pertes subies. Un groupe de quatre décide donc de se rendre au siège, en région parisienne, pour essayer de trouver un élément nouveau dans le dossier pour faire appel et contraindre Naterris à une amende beaucoup plus lourde. Ils ont 30 jours.

 

Voilà la trame d’un film qui correspond  à ce que je nomme « un bon film de dimanche soir » : une intrigue plaisante et pas trop compliquée, des acteurs sympathiques et dont on sent qu’ils s’amusent, … Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais j’y ai passé un bon moment.

 

C’est d’ailleurs un peu dommage que ce film ne soit pas un peu plus réussi, car Pierre Jolivet aborde ici un sujet à la fois actuel (la pollution et les réparations minimes des pollueurs) et politique important. Cela débute d’ailleurs bien : comme les Américains savent très bien le faire, on plonge très rapidement dans l’intrigue. Pierre Jolivet ne procède pas aux différents portraits psychologiques des protagonistes, mais installe vite le spectateur au centre de l’intrigue.

 

Malheureusement, l’intrigue est ensuite un peu trop simple. Les quatre compères essaient d’intégrer le siège social de l’entreprise pour voler des documents. Ils se font donc passer pour un vigile, un cuisinier, une technicienne de surface et un livreur. Mais l’enchaînement des événements est plutôt attendu, même si le vigile (très drôle Roschdy Zem) réussit à faire rire avec une pomme de terre.

 

On sent que Pierre Jolivet essaie de dénoncer les actions de Naterris, mais cela reste un peu trop vague, et pas assez incisif. Parmi les employés, il n’y a vraiment que la PDG qui est une vraie ordure (ce qui donne d’ailleurs lieu à une déclaration de guerre assez effrayante). Il y a bien des petits passages sur la situation des femmes de ménages, majoritairement noires, pauvres et habitant loin de leur lieu de travail, mais cette dénonciation se perd quelque peu dans le ton comique donné au film. Ton comique assumé, et visible avec l’avocat indien qui vient les aider, incarné par l’ex-footballeur Vikash Dhorasso. Surtout, la résolution, avec le retour de l’oncle d’Amérique, montre que le fond du sujet, très politique et dérangeant, a finalement été mis de côté.

 

Mais c’est le parti-pris du réalisateur de prendre cette tournure comique, et cela donne un film un peu bancal mais finalement assez plaisant. D’autant que le quatuor d’acteurs est assez intéressant. Outre Roschdy Zem, on y  trouve Jean-Paul Rouve (qui revient à un rôle qui lui va bien, après une période où on lui a donné des rôles un peu trop grands pour lui) , Marie Gillain et le jeune Adrien Jolivet. Ce quatuor fonctionne plutôt bien. Les relations entre eux sont parfois un peu étranges, mais on les suit dans cette folle aventure.

 

Ce n’est pas un film époustouflant, mais assez agréable. A voir si on n’a pas envie de films trop compliqués ou si on est un peu fatigué.

 

L'avis de Dasola

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 07:39

John Dortmunder sort de prison. Pour fêter sa liberté retrouvée, son vieil ami Kelp lui propose un coup magistral : le vol d’une émeraude de grande valeur, enjeu diplomatique entre deux pays pauvres d’Afrique. Pour monter ce vol, Dortmunder réunit une équipe de professionnels autour de lui : Murch le conducteur, Chefwick le spécialiste des serrures et Greenwood. Mais, si la conception du vol du bijou est excellente, son exécution pose plus de problèmes. Et à chaque fois que la pierre semble à portée de main, les imprévus se succèdent pour Dortmunder et sa bande, qui finissent par penser que ce caillou est maudit…

 

C’est ma première rencontre avec Westlake et son héros cambrioleur Dortmunder, et l’aspect le plus remarquable du roman est l’humour avec lequel Westlake raconte cette histoire. Ce qui n’est tout de même pas évident de prime abord : une affaire de cambriolage, avec des voleurs aguerris,… Mais Westlake raconte et  présente cette magouille de telle manière qu’il est impossible de ne pas sourire.

 

Cela démarre très fort, quand ils réfléchissent aux coéquipiers qui pourraient les accompagner. Plusieurs sont indisponibles : l’un a libéré un lion de sa cage dans un zoo, l’autre a percuté un avion,… Et les moyens qu’ils trouvent pour mettre l’émeraude à l’abri sont aussi très peu académiques…

 

Les dialogues sont également assez savoureux. Les cinq comparses sont tellement obnubilés par la pierre et l’argent qu’elle va leur rapporter qu’ils en oublient la raison. Ainsi, lorsque Kelp parle au chien et que Dortmunder croit que c’est à lui qu’il s’adresse, cela donne lieu à une scène absurde et très drôle.  

 

Sur l’histoire en elle-même, on assiste à quatre ou cinq cambriolages, évasions, effractions pour au final ne récupérer qu’une pierre. Mais l’ensemble est tellement bien décrit, qu’on se demande jusqu’au iront ces cinq là pour empocher le magot. Face à eux, il y a le major Iko et ses gardes du corps, qui manipulent nos cambrioleurs chevronnés, mais qui paraissent ici des débutants.

  

Bref, voilà un roman policier, entre guillemets, qui joue pleinement la carte de l’humour, et qui réussit fort bien ce pour quoi il est écrit. Vraiment un moment très agréable en compagnie de ces bras pas si cassés que cela !

A noter la très tentante couverture du livre, avec Robert Redford !

 

Pierre qui roule, de Donald Westlake

Traduit de l'anglais par Alexis G. Nolent

Ed. Rivages - Noir

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 07:40

Epouse-moi est une comédie musicale. Sur un sujet a priori facile (ce que confirme le début de la pièce), l’auteur et le metteur en scène réussissent à surprendre le spectateur, et à l’emmener loin de cette histoire a priori banale.

   

Alex et Mathilde, un jeune couple, sont en passe de se marier. Mais la veille du mariage, rien ne se passe vraiment comme prévu. Mme Pelbot, la mère d’Alex, qui n’apprécie pas sa future belle-fille, vient mettre son grain de sel dans cette histoire. Et c’est sans compter les conseils un peu bêtes de Charlie, le meilleur ami d'Alex, et l'intervention de Rosemarie, la fille d'Alex et Mathilde. Les questions qui assaillent Alex deviennent tellement nombreuses, que le mariage est de plus en plus compromis…

 

Pour être totalement honnête, j’ai assisté à ce spectacle car j’y ai été invité par ma professeur de théâtre, qui joue le rôle de Mme Pelbot. Ce n’est pas forcément le genre de spectacle auquel j’assiste, mais j’ai apprécié cette pièce.

 

Le début m’a un peu fait peur, car j’ai craint l’histoire banale de la veille du mariage qui tourne mal et qui fait que rien ne va. Si c’est effectivement ce qui se passe pendant le  premier tiers de la pièce, l’histoire prend ensuite un tour beaucoup plus intéressant, avec la révélation de la vraie identité de Mme Pelbot, et l’intervention de la petite Rosemarie apporte une touche d’insolite et de complexité tout à fait bienvenue.

 

Au niveau des chansons, certaines sont plus réussies que d’autres, car plus décalées. Je retiens notamment la chanson pleine de plaintes et de reproches de Mme Pelbot, ainsi que celle où Mathilde perd sa douceur pour exprimer tous ses fantasmes. Il y aussi l’intervention de Mmes Cohen et Lévy qui racontent à Alex son enfance. Point remarquable que l’apparition dans le spectacle de ces juives, dont l’auteur n’hésite pas à se moquer (ce que tout le monde, aujourd'hui, n’ose pas faire).

 

Voilà donc un spectacle agréable, qui sous de faux airs de légèreté est bien plus construit et interrogatif que ne le laisse présager le titre. La fin n’est pas surprenante, mais le traitement de cette histoire de mariage sort de l’ordinaire.

Le spectacle se joue jusqu’au 14 décembre au théâtre douze, dans le douzième arrondissement de Paris.

 

Le site de la pièce.

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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 12:37

Hellboy est un être mi-homme mi-démon, au physique assez atypique : il est rouge, avec des cornes sur la tête, une queue et la main droite en pierre. Il travaille au sein du BPRD, bureau de prévention et de recherche du paranormal, avec Abe Sapien, un scientifique capable de détecter la vie grâce à ses mains, et Liz, qui s’enflamme quand elle est contrariée. L’équipe reçoit le soutien de Johan Krauss, autre être étrange à l’accent germanique, car un grand danger pèse sur l’humanité : le prince Nuada veut combattre les humains qui détruisent la nature, et il souhaite réveiller les légions d’or, armée indestructible mise en sommeil depuis plusieurs millénaires...

 

C’est le premier film de Guilhermo Del Toro que je vois, puisque je n’ai pas vu ni le premier épisode de Hellboy (l’affiche avec le gros fusil m’avait beaucoup refroidi) ni Le labyrinthe de Pan, qui avait eu droit à de nombreuses critiques très positives. L’univers mis en place par le réalisateur est assez fascinant : le nombre de créatures étranges et inquiétantes est impressionnant, et chacune possède ses propres caractéristiques. Il y a ainsi un Dieu des forêts, plante gigantesque qui a le pouvoir de rendre fleuri tout ce qui est touché par sa sève.  Ou bien cet ange représentant la mort, avec les ailes déployées possédant chacune un œil. Sur le plan visuel, on sent toutes les influences fantastiques (que Pascale évoque très bien dans son billet) importantes de ces dernières années. En plus, le réalisateur n’hésite pas à introduire de l’humour chez ces créatures monstrueuses.

 

Outre l’aspect fantastique, c’est le traitement de Hellboy lui-même qui m’a le plus intéressé. C’est un super-héros, mais loin de l’image policée d’un Superman, Batman ou Spiderman. Dans les films de ces super-héros, il faut un bon méchant pour avoir un bon film (comme le dernier Batman, par exemple). Ici, on se moque du méchant. Hellboy est un personnage tellement paradoxal, qu’il attire toute l’attention. Paradoxal, car son physique est celui d’un ennemi du bien. Or, il met ses services au profit de l’humanité, et cherche même à tout prix à être reconnu comme un humain à part entière.

 

Surtout, en dehors de cet aspect de super-héros, sa vie quotidienne est très semblable à celle d’un banal humain. Il aime boire de la bière, il est totalement désordonné, il a des moments de conflit avec Liz, sa compagne. Bref, c’est un homme moyen, sauf qu’il a une carapace qui fait de lui un être extraordinaire. Et c’est ce paradoxe qui donne selon moi une grande partie de son intérêt au film. Car pour l’intrigue, si on la suit sans déplaisir, ce n’est pas le centre véritable du film.

 

Ce film a donc été la découverte d’un personnage atypique, sauveur de l’humanité et mauvais homme de maison. Je ne jurerai pas que j’irai voir le prochain épisode au cinéma, l’histoire développée n’étant pas ce que je préfère, mais je vais essayer de trouver le premier épisode de la série, pour voir ce que j’ai loupé.

 

Au fait, l’acteur qui joue Hellboy est relativement connu, mais difficilement reconnaissable : c’est Ron Perlman, qui joue notamment le rôle de Salvatore, le demeuré qui finit brûlé dans Le nom de la Rose.

 

L’avis de Pascale, de Gilles.

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 07:28

A Joigny-les-Deux-Bouts, il ne se passe pas grand chose. Ville implantée au bout de la ligne de RER, la vie y tourne autour du bar tenu par Joël. Ce bar-tabac est le seul lieu vivant, et sert de refuge à Taniel, où il traîne avec Magalie, ou à Yeva, sa mère, qui y achète ses cigarettes. Tournent également dans ce paysage Jacquot, le mari de Yeva, Yeznig, le frère handicapé de Taniel ou Ali, l’ami et rival. Tout est calme, jusqu’à la découverte du corps de Joël, sans vie au milieu de son bar.

 

Ce roman, contrairement à ce que peut laisser penser le résumé, n’est pas un roman policier à proprement parler, mais plutôt une description de cette banlieue des villes des bouts de RER. Le meurtre du cafetier est en quelque sorte un prétexte pour l’auteur à présenter les personnages de cette histoire. On découvre ainsi la vie de Jacquot, mari qui passe son temps dans le canapé et y laisse l'empreinte de son corps, l’adolescence de Magalie et d’Ali, en constante chamaillerie avec sa sœur. Voilà pour le fond.

 

Sur la forme, Faïza Guène décide d’écrire un roman choral. Chaque personnage prend à tour de rôle la parole, pour exposer sa version des faits. Une première fois, pour décrire le décor dans lequel ils vivent. Puis une deuxième (voire une troisième) fois, après le meurtre de Joël, pour donner des explications, un alibi, enrichir une déposition. Cela permet à l’auteur d’utiliser différents styles d’écriture et de vocabulaire, spécifique à chaque personnage. On sent ainsi, à la lecture, le caractère et la personnalité des protagonistes. On passe ainsi du langage SMS de Magalie aux phrases plus construites de Yeva.

 

Toutefois, si la forme est intéressante, cela fait un peu « exercice de style ». Comme en plus, l’histoire n’en est pas vraiment une (le dénouement est tout de même très étrange !), le souvenir qui reste est celui de ces différences de langage spécifiques au personnage. Faïza Guène a des capacités d'écriture qui sont indéniables, mais qui ne réussissent pas dans ce roman à faire oublier l’application qu’elle met à écrire.

 

Comme je l’avais dit pour un précédent roman de cette jeune auteur (elle a 23 ans), je pense qu’elle va occuper une place dans le monde littéraire de demain. Mais attention à ce que cette place ne vire pas à la représentation médiatique, en laissant à l’écart une écriture prometteuse. Car sa maison d’édition met déjà les petits plats dans les grands pour la faire connaître, et semble parier « médiatiquement » sur cette auteur (ce qui n’est pas sans m’inquiéter, vu l’éditeur).

 

On y passe un moment relativement plaisant, à Joigny-les-Deux-bouts, mais cela ne va pas plus loin pour cette fois-ci.


L’avis de Michel, Finette, tous deux plus enthousiastes, Papillon, qui y voit aussi un exercice de style.

Autre roman de l'auteur : Kiffe kiffe demain

 

Les gens du Balto, de Faïza Guène

Ed. Hachette Littératures

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 11:55

Suite au billet très laudateur de Laurence, j’ai décidé de découvrir cette bande dessinée de Chauzy et Jonquet, adapté d’un roman du même Thierry Jonquet.

 

Kevin vit à Belleville. Il entre en 6eme, mais pas en 6eme classique : en 6eme S.E.S, section d’éducation spécialisée. Car Kevin a des difficultés scolaires, mais il est surtout perdu dans un monde trop grand et trop violent pour lui : une mère qui l’élève seule, avec des horaires de travail pas possible, un frère et une sœur qui quittent le domicile familial, et des fréquentations qui sont loin de lui apporter le calme et la sérénité dont il a besoin. Et malgré l’intérêt et l’aide de Clarisse, jeune fille de bonne famille de son âge, Kevin ne réussit pas à sortir du tourbillon infernal dans lequel il est enfermé.

 

Cette BD est loin d’être une vision bucolique de la vie de quartier, bien au contraire. Si l’histoire est violente et ne passe pas sous silence les moments les plus durs, le dessin de Chauzy, par un trait net et des couleurs très fortes, presque criardes, ajoute à la description sordide du milieu dans lequel vit Kevin. Rien n’est épargné à ce gamin, curieux mais qui est malheureusement né du mauvais coté de la barrière. Que ce soit la violence au sein de sa famille ou le visionnage de vidéos pornographiques à 13 ans, rien n’est fait pour lui donner un cadre.

 

Et pour s’en sortir, il est pris entre deux feux. D’un coté Clarisse, sa gentillesse, mais il y a tous ses amis, qui jouent du piano ou du violon et qui se moquent du survêtement qui est pour lui une marque de réussite. De l’autre, Djamel et « sa bande de oufs », qui utilisent Kevin pour se faire de l’argent facile, et qui l’initient aux pires atrocités (menaces, viols,...). Et pour quitter son statut de perdant, Kevin se sent obligé de prendre une posture de caïd pour impressionner les amis de Clarisse.

 

Ce qui est très troublant dans cette histoire, et extrêmement dérangeant pour le lecteur, c’est l’inéluctabilité de la situation de Kevin. Il est cerné, prisonnier de ses lacunes scolaires (orthographe, vocabulaire), de son milieu social, et est condamné à ressembler à beaucoup de jeunes de son âge, qui sont pris dans les rouages de la délinquance juvénile. Kevin sent que le chemin qu’il prend n’est pas le bon, mais ne peut pas faire autrement que de le suivre.

 

Cette histoire, et cette manière de la présenter, très crûment et sans détours, sont un véritable coup de poing contre la violence sociale qui peut exister dans certains quartiers où les habitants sont abandonnés par les pouvoirs publics. Et ce n’est pas dans une banlieue lointaine, mais dans le XIXeme arrondissement, dans la capitale. Vraiment une œuvre violente, sincère et nécessaire.

 

L’avis de Laurence sur la BD, et sur le roman.

 

La vie de ma mère Face A et La vie de ma mère Face B, de Chauzy et Thierry Jonquet

Ed. Casterman

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 07:24

Voilà un premier film, loufoque et angoissant, signé Ursula Meier, qui vaut vraiment le coup d’œil.

 

Marthe et Michel, avec leurs enfants Judith, Marion, Julien habitent une maison au bord d’une autoroute dont la construction est annoncée depuis dix ans. Il mène une vie réglée, la mère au foyer avec l’aînée qui passe son temps à paresser au soleil, les deux plus petits à l’école et la mari qui travaille. Mais ce qui devait arriver arrive : l’autoroute, dont l’ouverture a été maintes fois repoussée, est inaugurée. La vie devient infernale, mais la petite refuse de quitter sa maison…

 

Cette idée de scénario, assez loufoque, est prétexte à un film fort ben mené. Dans un premier temps, on a l’impression de vivre avec une famille normale : les enfants se chamaillent dans la baignoire, les parents s’aiment. Il y a quand même cette route, qui passe près de la maison, et dont la construction a été abandonnée. Puis on passe dans le registre de la stupeur : la construction longtemps fictive devient réalité. Chacun se rend compte de ce que cela implique, et si le ton est d’ailleurs à la plaisanterie et au jeu pour savoir de quelle couleur sera la première voiture, on passe rapidement à celui de l’angoisse liée à cette nouvelle contrainte.

 

Le grand mérite d’Ursula Meier est d’avoir mené sa barque jusqu’au bout. Là où beaucoup de scénaristes ou de réalisateurs abandonnent leur idée de départ au milieu du film, ce qui donne souvent des choses bancales, elle décide d’aller au bout de la logique de cette histoire. Et on passe de cette ambiance de famille à celle de l’angoisse et de l’irrationnel, qui pousse cette famille à s’enfermer au lieu de fuir. Et si l‘image de la famille semble modèle (la mère qui « fait du blanc »), les fêlures apparaissent très vite.

 

Si le scénario tient parfaitement la route, les acteurs sont également formidables. Olivier Gourmet est un père aimant mais lâche, qui cède à sa femme là où il devrait réagir. Une femme merveilleusement interprétée par Isabelle Huppert, entre normalité de mère de famille et névrose liée à son attachement pour cette maison. Les trois enfants sont également criants de vérité, avec une mention pour le jeune Kacey Mottet, très juste et souvent très drôle. Et le film donne également lieu à quelques scènes mémorables : Olivier Gourmet qui triomphe sur un réfrigérateur installé sur le toit de sa voiture ou Isabelle Huppert qui fait de la trottinette en talons ou qui fait des moulinets avec son bras pour jeter de l’autre coté de l’autoroute le goûter des enfants.  

 

C’est une très belle découverte que ce premier film, qui ne fait pas dans la facilité, mais qui grâce à un scénario solide et des acteurs très bons, parvient à tisser son chemin pendant plus d’une heure et demie. Malheureusement, il est actuellement visible dans peu de salles (moins d’une dizaine à Paris par exemple) et je vous conseille de faire l’effort s’il ne passe pas loin de chez vous.

 

L’avis de Laetitia

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