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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 09:07

Hunger est un film de Steeve McQueen (pas l’acteur-coureur automobile, un autre), qui a fait parler de lui. A Cannes, car il y a reçu la caméra d’or. Puis en salles, car il présente l’histoire de prisonniers irlandais, en particulier celle de Bobby Sands, mort en prison d’une grève de la faim.


Il y a trois parties distinctes dans le film. Dans la première, le réalisateur centre l’action sur la vie au sein de la prison. On s’attarde ainsi dans les cellules, où les prisonniers font une grève de l’hygiène, on suit les sévices commis sur les prisonniers pour les forcer à se laver ou simplement les humilier. Outre l’image des prisonniers, un gardien se trouve au cœur de l’action.


Puis l’action se focalise sur Bobby Sands. D’abord dans un dialogue avec un prêtre, auquel il annonce qu’il a l’intention de débuter une grève de la faim, son interlocuteur faisant tout pour le dissuader de mettre son projet à exécution. Enfin, Bobby Sands occupe tout l’écran : sa déchéance physique devient l’unique point du scénario, jusqu’à l’issue fatale.


Trois parties, et trois impressions différentes. Celle qui m’a le plus marquée est la première. Marquée, car ce film est une expérience physique éprouvante. Il y a les violences causées par les matons, bien entendu, mais tous les plans du film créent une tension difficilement supportable. Point important et radical, les dialogues sont quasi-absents dans cette partie. On assiste à un spectacle muet, on voit mais on ne saura jamais ce qu’on fait les prisonniers pour se retrouver là. Les ruses les plus fétides sont utilisées pour déranger les gardiens. Les murs des cellules sont couverts de déjections, la nourriture non consommée traîne dans un coin, et les asticots se font un plaisir d’y proliférer. Ce sont vraiment des passages où l’écoeurement est proche. Heureusement, pour faire souffler (un peu) le spectateur, la caméra se tourne parfois vers ce maton bourreau, aux doigts ensanglantés (ce qui donne d’ailleurs lieu à une très belle scène d’ouverture, mystérieuse et inquiétante). On y ressent la faiblesse de cet homme, omnipotent dans le cadre de la prison, mais qui vérifie chaque jour si une bombe n’est pas posée sous sa voiture.


Puis la suite m’a moins intéressé. La faute à ce dialogue de plus d’un quart d’heure, qui m’a littéralement sorti du film. Le prisonnier et le prêtre discutent, avec une caméra presque fixe qui les filme de côté. Je me suis perdu dans ce discours religieux et politique. De plus y est insérée une histoire d’enfance vécue par Bobby Sands, avec flash back de rigueur, sorte de métaphore assez balourde pour expliquer l’esprit de sacrifice de cet homme. La fin est une longue agonie, celle de Bobby Sands. On voit son corps dépérir, ses parents venir à son chevet. Cela dure, pour un résultat qui ne m’a semblé assez faible.

Bobby Sands est ici incarné par un acteur qui a payé de sa personne pour ce rôle, Michael Fassbender. C’est vrai que la performance est remarquable, mais un peu trop extrême pour vraiment m’emballer. Si le début est une dénonciation assez frappante du milieu carcéral des années Thatcher, la seconde partie m’a paru un exercice de style un peu vain pour dénoncer une réalité atroce.

Voilà donc un film éprouvant, avec des images qui choquent (mieux vaut être prévenu), mais avec une deuxième partie relativement décevante. Pour les cœurs bien accrochés !

L’avis de
Pascale, de Kilucru (plus emballés que moi !)

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commentaires

dasola 24/12/2008 05:11

Bonjour Yohan, j'ai vu ce film hier soir et j'ai été tout d'abord sensible à la beauté plastique du film (oui, oui). Le chef op' a fait un travail sensationnel et les quelques plans fixes sont des leçons de cinéma. J'ai vu seulement deux parties, le dialogue entre Sands et le prêtre et la grève de la faim proprement dite forment un tout. C'est un film très fort. La presque absence de dialogue ne m'a pas du tout gênée, bien au contraire. C'est un film très fort. Bonne journée.

Yohan 26/12/2008 19:08


Je peux qu'aller dans ton sens concernant la beauté plastique du film, mais elle tellement sensible qu'elle m'a parfois fait sortirdu propos pour me rendre compte de la beauté des images. C'est la
difficulté à conjuguer beauté plastique et sujet fort.
Sur le nombre de parties, je parle de trois, car j'ai vraiment eu le sentiment que ce long dialogue m'a sorti du film. Je viendrai voirce que tu en as dit !


Emeraude 09/12/2008 22:23

eh bien tu vois, la bande annonce ne me tentait pas du tout ! (d'ailleurs j'ai détesté cette bande annonce qui, certes la première fois te donner l'effet d'une claque avec cette musique forte, mais les fois suivantes, je ne la supportais plus!)

Yohan 09/12/2008 22:55


Je ne me souviens pas avoir vu la bande-annonce, donc pas d'avis a priori hormis les billets élogieux lus sur les blogs (cités dans le billet). Je ne regrette pas d'y etre aller, mais ne suis
pas tellement emballé.