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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 07:20

J’ai découvert l’opéra il y a peu de temps, et j’aime beaucoup cette forme artistique, qui nécessite de nombreuses qualités ; et comme mon abonnement à l’opéra de Paris me permet de toucher à différents genres, c’est un vrai plaisir. Après un classique du XXeme, Woyzzeck, qui m’avait laissé perplexe, j’ai été enthousiasmé par le romantique Eugène Onéguine de Tchaikovski, puis j’avais apprécié le contemporain Yvonne, Princesse de Bourgogne. Cette fois-ci, découverte du roi de l’opéra, Mozart, avec un de ses premiers opéras, Idomeneo.

 

Idomeneo est roi de Crête, et il revient de Troie où il a combattu aux cotés des Grecs. Son fils, Idamante est amoureux d’Ilia, la fille de Priam roi de Troie, mais il est promis à Electre, la sœur d’Oreste et fille d’Agamemnon. Le souci d’Idomeneo est le vœu est qu’il a fait à Neptune : pour avoir la vie sauve, il a décidé de sacrifier la première personne qu’il verrait sur le plage. Et c’est son fils, Idamante, qu’il aperçoit. Pour le protéger, il lui propose de s’éloigner, mais Neptune, informé du subterfuge, envoie un monstre marin qui massacre la population de la Crête. Idomeneo doit donc choisir entre son fils et son peuple.

  

L’intrigue de cet opéra a tout d’une tragédie grecque : un amour impossible entre une troyenne et un grec (on pense à Andromaque), un monstre marin qui décime le peuple (comme dans Phèdre) et le sacrifice d’un enfant (similaire à celui d’Iphigénie). La principale différence entre les tragédies classiques de Racine et l’opéra de Mozart est l’issue de cette intrigue : nécessairement funeste chez Racine, elle est ici joyeuse, se résolvant avec le moins de pleurs possibles grâce à un deus ex machina, au sens littéral du terme. Seul un des protagonistes se trouve dans une situation dramatique à la tombée du rideau.

 

Néanmoins, la majorité de la pièce a cette tournure tragique, qui empreigne tous les airs chantés : on y parle de douleur, d’amour austère pour Electre, de volonté de mourir plutôt que de souffrir pour tous. Certains éléments incitent toutefois à l’optimisme, comme le fait qu’Idamante décide de libérer les prisonniers troyens, dont Ilia.

 

La mise en scène est signée de Luc Bondy, qui signe une nouvelle fois un spectacle de qualité. J’ai été très impressionné par la mise en scène des différents moments où les chœurs interviennent, notamment lors du naufrage et de la tempête, avec ce tourbillon de personnages ballottés par les flots. A noter aussi le décor de fond, qui change selon les différents tableaux présentés.

 

Et niveau interprétation, ce fut un vrai régal. Mention principale à Joyce DiDonato, femme qui incarne Idamante, un homme. Elle apporte à cet ensemble un peu formel (suite de récits chantés et d’airs) une touche de fantaisie, de grâce précieuse. Paul Groves incarne un très bon roi Idomeneo, troublé par le choix cornélien qu’il a à effectuer, et Camilla Tilling une charmante Ilia, avec notamment une entrée en matière en début d’opéra tout à fait remarquable. Enfin, il est un peu dommage qu’Electre, veuve noire, incarnée par Mireille Delunsch, n’ait pas un nombre plus important d’airs. L’un des seuls airs qu’elle signe est magnifiquement interprété et joué, avec ces cérastes et ces serpents qui semblent lui monter le long des jambes. Le clou du spectacle reste toutefois ce moment où les quatre protagonistes se retrouvent pour la première fois tous les quatres sur scène, ce qui offre cinq magnifiques minutes de musique.

 

Vraiment, je continue à être enthousiaste à l’idée d’aller à l’opéra. Et les prochains spectacles prévus ne sont pas pour me déplaire : Tosca de Puccini, puis Carmen de Bizet. Que de plaisirs en perspective !!!

L’avis de Joël, puisque sans le savoir nous avons assisté à la même représentation.

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 13:15

Un hôtel baroque, entouré d’un magnifique jardin, où la classe dominante passe ses vacances. Un homme s’approche d’une femme mariée pour lui demander si elle se souvient de leur relation, l’an dernier, à Marienbad, à Fredericksbad ou dans un autre endroit de villégiature. La femme ne se souvient pas, et l’homme, sans se démonter, va tenter pour tous les moyens de faire revenir les souvenirs à la surface.

 

Voilà un film fascinant signé Alain Resnais, et sur plusieurs points. D’abord, il y a cette entrée en matière, cette promenade dans les longs couloirs de ce grand hotel, où d’interminables couloirs succèdent aux couloirs, comme le dit la lancinante voix de l’homme (Giorgio Albertazzi) qui tourne en boucle. La caméra filme les plafonds, les murs surchargés de décoration, les valets figés comme des statues, et emmène le spectateur dans une ambiance de mystère. Ensuite, le réalisateur ne va cesser de jouer avec les miroirs, les reflets, comme pour montrer que ce que le spectateur voit n’est jamais qu’une représentation de la réalité, non la réalité elle-même. Comme ces personnages, tellement guindés qu'ils semblent irréels.

Fascinant par la musique qui accompagne tout le film. Un orgue joue, succédant à la voix de l’homme, et ne lâchera plus le spectateur, ballotté comme la femme dans un monde qu’il ne comprend pas parfaitement.


Fascinant aussi et surtout par les acteurs qui peuplent le film. Outre Giorgio Albertazzi, l’amant qui veut récupérer sa maitresse, Delphine Seyrig campe une merveilleuse et évanescente femme amoureuse et perdue, un oiseau blessé dans ses costumes de plumes. Son regard, constamment dans le vague, dans le flou, jamais directement orienté vers son interlocuteur, est à lui seul évocateur du trouble qu’elle ressent.  C’est une performance d’actrice formidable, mais aussi horripilante car on aurait bien envie de la secouer un peu. Et il y a le personnage du mari, incarné par Sacha Pitoeff, qui par sa stature, sa présence souvent inattendue, sa mystérieuse capacité à toujours gagner au jeu, est une incarnation physique du diable, qui surveille sa femme tout en intervenant peu.

Enfin, la fascination provient du fait que le spectateur ne sait jamais trop où il en est : est-ce la réalité ? Un rêve ? Que cherchent les protagonistes ? Vont-ils arriver à leurs fins ? Pour faire rapide, on pourrait dire que c’est un peu David Lynch au début des années 60, avec une pointe de tradition française remarquable par la qualité littéraire du scénario (signé Alain Robbe-Grillet), et quelques débats littéraires.

Vraiment c’est un film qui m’a vraiment plu, et qui demande, c’est certain, plusieurs visionnages. Néanmoins, je conseille de le voir au cinéma, ce que j’ai fait grâce à la rétrospective Resnais organisée par le Ciné-TNB, situé dans les locaux du Théâtre National de Bretagne à Rennes.

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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 07:43

Louis, 34 ans, rend visite à sa famille, la première fois depuis dix ans. Pendant les années précédentes, il ne leur a envoyé que quelques cartes postales, sans dire grand-chose de sa vie. Ce retour, c’est pour Louis l’occasion d’annoncer à sa mère, son frère et sa sœur qu’il va bientôt mourir, car il est malade. Mais ce retour ne se passe pas vraiment comme prévu : il n’arrive pas à annoncer ce qu’il a envie de dire. Chacun, à tour de rôle, lui raconte la vie qu’il a vécu pendant son absence, et les reproches ne tardent pas à fuser. Louis, fatigué, désabusé, sent qu’il n’arrivera jamais à leur dire la terrible nouvelle, car ceux qu’on appelle ses proches ne sont pas prêts à entendre ce qu’il à dire.

 

Juste la fin du monde, écrit en 1990, est une des dernières pièces de Jean-Luc Lagarce. L’auteur a écrit cette histoire de famille et de maladie alors qu’il savait lui-même qu’il était condamné à moyen terme, car atteint du Sida. Cette pièce, sur la difficulté de communiquer au sujet de problèmes intimes dans le cadre familial, est un très beau texte, sombre et lumineux.

 

Cinq personnages parcourent la scène : Louis, sa mère, sa sœur Suzanne, son frère Antoine et sa belle-soeur Catherine. Rarement ces cinq personnages se retrouvent ensemble sur scène. Et lorsqu’ils se retrouvent, ils ne se parlent pas vraiment. Dans le texte, chaque personnage décrit lors d’un long monologue la manière dont il vit la situation depuis le départ de Louis. Suzanne aurait voulu qu’il soit plus présent, Antoine lui reproche de lui avoir laissé gérer seul la vie avec leur mère. Entre Antoine et Louis, il y a une tension latente, un conflit larvé qui fait que leurs relations, malgré cette longue interruption, sont dures. Catherine essaie de raisonner son mari, mais elle n’y arrive pas vraiment.

 

Le spectateur sait d’emblée ce qui arrive à Louis, qu’il est condamné à brève échéance. Et comme Louis, il assiste aux discours de membres de la famille, à ses logorrhées qui ne prennent jamais en compte le revenant, ni les raisons pour lesquelles il est parti, ni celles pour lesquelles il est revenu. Par ce mécanisme, Jean-Luc Lagarce place le spectateur au même niveau que Louis : il sait ce que les autres ignorent. Ce qui crée le trouble, la dureté du texte, et amplifie la charge contre le milieu familial, censé être celui qui recueille les confidences et les difficultés de ses membres, mais qui en l’occurrence est incapable de la moindre empathie envers Louis.

 

Juste la fin du monde est un texte magnifique, avec un très beau travail sur la langue. Lagarce travaille en particulier l’utilisation des verbes, en les répétant sous diverses formes (présent, futur, conditionnel) pour marquer le trouble. Entré au répertoire de la Comédie-Française l’an dernier, cette pièce est en passe de devenir un classique du théâtre francophone contemporain.

 

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce

Ed. Les solitaires intempestifs

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 07:39

Jonas est un adolescent paumé. Elève médiocre, on lui propose une orientation en filière professionnelle, qu’il refuse. Et il est obligé de prendre du recul par rapport à sa passion, le tennis, car il n’arrive pas à gérer son stress. Avec des parents démissionnaires, son seul salut passe par l’intérêt que lui porte les amis de sa mère, Pierre, Didier et Nathalie. Mais cet intérêt dépasse largement le seul cadre scolaire, chacun essayant de faire part à Jonas de ses propres expériences, parfois très intimes.

 

Joachim Lafosse, déjà réalisateur de Nue propriété, signe un film troublant et assez dérangeant. Troublant, car on suit la vie de ce jeune homme, dans une phase d’apprentissage, de transformation, avec toutes les interrogations liées à cette époque de changement. Jonas, garçon paumé, obligé de se prendre en main, n’a pas la maturité pour faire face aux épreuves qui l’attendent.
 

 

Surtout, ce film est dérangeant à cause de l’attitude des adultes. La mère de Jonas est loin de chez elle pour des raisons qui ne sont jamais explicitées, son père en veut à son ex-épouse d’avoir dû lui laisser la maison et ne souhaite pas servir de pompe à fric. Mais au-delà des seuls parents, c’est surtout l’attitude des amis qui est troublante. Le premier repas auquel on assiste donne le ton : Nathalie interroge Jonas sur ses expériences sexuelles, en l’incitant à passer à la pratique. Et tout du long du film, Jonas raconte à ceux qu’il considère comme ses amis sa relation avec Delphine.

Ce qui est difficile dans ce film est de cerner les raisons pour lesquelles ces adultes troublent cet adolescent. En fait, ils ne cherchent pas à le troubler volontairement : leur but est de transmettre à Jonas leur expérience, de lui faire part des étapes par lesquels ils sont passés, et qu’ils voudraient lui faire éviter. Inévitablement, Jonas grandit trop vite, ne passant pas les étapes que chaque adolescent rencontre, et est désorienté. C’est donc toute une réflexion sur la transmission, sur le rôle des adultes vis-à-vis des plus jeunes que mène ici Joachim Lafosse. Et c’est cette manipulation inconsciente qui est vraiment l’élément dérangeant du film, et non ce qui se produit par la suite, lorsque les adultes vont au bout de leur apprentissage. Car si Jonas est perdu, ces adultes se révèlent rapidement victimes de cette situation trouble.

Le film est donc très fort sur son sujet, et admirablement servi par de très bons acteurs. Le jeune Jonas Bloquet, dont c’est le premier film, est de tous les plans et incarne de manière très forte cet adolescent paumé, aux rires nerveux et aux illusions perdues. Pour les adultes, on retrouve Yannick Rénier, qui a déjà tourné avec Joachim Lafosse pour Nue Propriété, sa compagne à la ville et à l’écran Claire Bodson, et surtout Jonathan Zaccaï. Longtemps présenté comme un jeune prometteur, il est ici d’une maturité surprenante, dans ce rôle d’un cadre du privé finalement aussi perdu que Jonas.

Ce n’est pas un film facile qu’Elève libre, mais qui permet d’aborder de manière frontale les questions relatives à la transmission, à la déception, à la perte d’illusions. Joachim Lafosse confirme donc avec ce film tout le potentiel repéré dans le déjà troublant Nue propriété, qui analysait une famille en décomposition (avec Isabelle Huppert, Jérémie Rénier, Yannick Rénier et Patrick Descamps, entre autres). Un film dont l'aspect troublant reste dans l'esprit, tout en évitant le vulgaire gratuit. Ce qui est une vraie performance !

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 07:40
Quatre plages différentes. A quatre époques différentes. Et des personnages qui découvrent ces lieux, qui y vient des expériences parfois fondatrices, parfois funestes, et qui finissent par se retrouver, par hasard, au détour du destin de leur vie.

Accès direct à la plage est un roman difficile à résumer. Le fait qu'il soit composé de vingt chapitres, avec presque un intervenant différent à chaque fois, rend cette tâche compliquée. Mais le plaisir est loin d'être absent, car l'une des forces de Jean-Philippe Blondel est d'emmener le lecteur, de donner envie de le suivre. Le lecteur ne sait pas trop dans quelle direction il va dans ce roman, mais Jean-Philippe Blondel donne envie d'y aller avec lui.

Les situations rencontrées sont très différentes. A Capbreton, on rencontre un jeune garçon qui rêve du Club Mickey installé sur la plage, un homme volontiers grossier, une femme qui cherche à cacher son identité. A Hyères, la tonalité est plus tragique, avec un lieu que les protagoonistes trouvent moins attirant et un événement qui tranche avec le cadre bucolique des vacances à la mer. A Perros-Guirrec, on découvre une pension de famille, où les liens commencent à se tisser, les histoires à s'enchevêtrer. Finalement, tout cela se dénoue partiellement à Arromanches, où les trajectoires individuelles prennent leur sens dans cette trame collective.

C'est un court opus de Blondel, le premier qu'il a publié. Quelques années après sa parution, et si l'auteur a depuis écrit des oeuvres plus consistantes, ce premier ouvrage permet de sentir les prémices d'une écriture intéressante et riche, qui sera heureusement confirmée par la suite. Ce n'est pas forcément le livre à lire en vacances au bord de la mer, mais c'est une approche intéressante sur le collectif et les individus, sur la façon dont les histoires s'imbriquent, souvent de manière involontaire. A découvrir si l'occasion se présente.
Autre ouvrage de l'auteur : Passage du gué
Accès direct à la plage, de Jean-Philippe Blondel
Ed. Pocket
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 07:38

Benjamin Button est né dans le corps d’un vieillard, et alors que les autres vieillissent, il rajeunit. Voici, en quelques mots, l’intrigue de ce film tiré d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald dont je vous ai parlé ici.

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le film est une libre adaptation de cette nouvelle ; Et comment en-serait-il autrement, puisque le film traite en 2h30 ce que Fitzgerald expédie en 50 pages.

 

L’intrigue est la même, mais les différences sont tellement nombreuses qu’il serait impossible de toutes les lister. Le lieu n’est pas le même : on passe de Baltimore à la Nouvelle-Orléans. Le récit ne se déroule pas de la même manière non plus : on découvre ici le journal de Benjamin, alors que la narration était le fait d’un narrateur extérieur dans la nouvelle. Puis la période de la vie de Benjamin n’est pas identique : ici, Benjamin vit au XXeme Siècle, et participe à la Seconde Guerre Mondiale, alors qu’il est question de la guerre américano-espagnole dans la nouvelle. Enfin, mais c’est loin d’être terminé, il y a un récit encadrant, avec une partie contemporaine se situant pendant le passage de l’ouragan Katherina.

 

David Fincher signe avec ce film une grande fresque, qui débute au lendemain de l’après-guerre. Benjamin naît le jour des festivités de  la victoire. Ensuite, recueillie par la tendre et admirable Queenie, employée dans une maison de retraite, il grandira au milieu des personnes âgées. Puis c’est la rencontre avec Daisy, le début d’une histoire qui durera sous différentes formes très longtemps.

 

Fincher a décidé de faire porter la majorité de son film sur cet aspect, cette longue histoire d’amour entre Benjamin et Daisy. D’une relation épistolaire aux disputes plus graves, de l’installation comme un jeune couple avec un simple matelas aux soins que Daisy prodigue à Benjamin devenu enfant, on suit cette relation, loin de la linéarité habituelle de ce genre de rencontre. Brad Pitt et Cate Blanchett, qui prêtent leurs traits aux deux personnages, sont assez crédibles dans ces rôles assez difficiles, car s’étalant sur une période de temps très longue. Il est d’ailleurs amusant de voir Brad Pitt jouer de son image, en t-shirt et lunettes noires, sur son bateau ou en moto. Mais la galerie des seconds rôles est très intéressante également : Benjamin s’engage sur un remorqueur dirigé par un marin alcoolique qui sous ses airs bourrus est un cœur tendre. A Mourmansk, Benjamin fait la rencontre d’une dame (Tilda Swinton), avec laquelle il connaîtra sous premier vrai amour. Et il y a bien entendu l’image très maternelle de Queenie, qui va l’entourer le plus possible.

 

L’étrange histoire de Benjamin Button est donc un film agréable, qui met un peu de temps à se mettre en place, mais qui plonge le spectateur dans une épopée fantastique. Mon seul petit regret est cette fin un peu expédiée, notamment lorsque Benjamin redevient enfant. Mais pour le reste, il est intéressant de remonter l’horloge du temps en compagnie de Benjamin.

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 07:42

A l’occasion de la sortie au cinéma du film de David Fincher adapté de la nouvelle de Fitzgerald (dont je parlerai bientôt), les éditions Pocket ont sorti un recueil composé de deux nouvelles de Fitzgerald. Le moins que je puisse dire, c’est qu’elles m’ont paru assez inégales…

 

Dans la première, on suit l’histoire de Benjamin, l’homme qui rajeunit. Né vieux, à tel point que les plus vieilles femmes de la ville lui trouvent une ressemblance avec leur défunt mari, Benjamin aura une croissance inversée. Quand tout le monde vieillit, lui rajeunit. Ce qui n’est pas sans créer de situations difficiles à expliquer.

 

J’ai acheté ce recueil pour lire la nouvelle avant de voir le film. Et je dois avouer que j’ai été assez déçu. L’idée de départ est très originale : on suit cet enfant qui a un corps de vieillard, ce qui suscite de nombreuses réactions dans le voisinage. On le voit grandir, mûrir,… Mais comment faire tenir en une cinquantaine de pages une idée aussi dense ?!? J’ai trouvé extrêmement frustrant la petite taille de la nouvelle. Sur un scénario aussi riche, Fitzgerald se contente de tracer à grands traits la vie de Benjamin, sans entrer dans le détail, sans analyser pleinement les implications qu’ont ce physique totalement déconnecté de l’âge réel. Une réelle frustration, face à une idée qui permet d’ouvrir beaucoup d’horizons.

  

Mon impression est totalement différente pour Un diamant gros comme le Ritz. John Unger est un jeune étudiant envoyé sur la côte Est dans une pension de bonne famille. Un peu déboussolé, lui qui vient de la petite ville d’Hadès, au bord du Mississipi, il se prend d’amitié pour Pearcy. Ce dernier lui annonce que son père possède un diamant gros comme le Ritz, et il l'invite pour un week-end dans sa famille. John va donc chez les Washington, mais le luxueux voyage prend des tournures étranges…

 

J’ai vraiment été emballé par cette nouvelle. J’ai trouvé que, dans ce cas-ci, Fitzgerald arrive à partir d’une intrigue assez mince, à aborder de nombreux thèmes, avec une belle imagination. Rien que l’arrivée de Pearcy dans la demeure des Washington, avec le passage entre les collines et la description de la richesse des demeures, est saisissante. Ensuite, on découvre la mégalomanie du propriétaire des lieux, qui veille jalousement sur le diamant abrité sous son château, au point de tout faire, mais absolument tout, pour empêcher qu’on ne découvre le lieu où il habite. Le tout se déroule sur un fond de lutte entre les noirs et les blancs, avec l’esclavage très présent dans cette nouvelle. Fitzgerald fait une belle description de l’isolement, de la soif de pouvoir, qui va jusqu’à l’autodestruction. Cette nouvelle m’a donc permis de ne pas regretter l’achat de ce recueil, même si ce n’est celle qui m’attirait le plus a priori.

 

L’étrange histoire du Benjamin Button, suivi de Un diamant gros comme le Ritz, de Francis Scott Fitzgerald

Traduit de l'anglais par Dominique Lescanne

Ed. Pocket

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 07:12

Je ne connaissais Pierre Loti que de nom, en particulier par son roman le plus connu, Pêcheur d’Islande, que je n’ai pas lu. En fouinant à la bibliothèque, je suis tombé sur ce petit opus, qui m’a permis de découvrir cet auteur. Et ce fut une magnifique découverte.


Pierre Loti se prépare à retourner à Stamboul (aujourd’hui Istambul), ville dans laquelle il n’est pas allé depuis dix ans. Il s’apprête à retrouver la ville et les quartiers dans lesquels il a vécu. Surtout, il souhaite plus que tout revoir Aziyadé, avec laquelle il a vécu une histoire d’amour. Son retour à Stamboul le plonge dans ses souvenirs : les lieux, les personnes. Mais c’est la quête d’Aziyadé qui va guider ses pas pendant les deux jours de son passage en ville.

Pierre Loti fait partie de ses marins écrivains, comme Conrad, qui ont beaucoup voyagé. Ici, il présente ses voyages en Turquie. Il signe également avec ce récit autobiographique un magnifique texte sur l’amour, la nostalgie et les regrets. L’amour de cette jeune femme, appartenant à un harem et pour laquelle il a pris des risques. Nostalgie des lieux, des ambiances de cette ville, dont il est tout aussi amoureux. Regrets d’avoir quitté les lieux dix ans auparavant, de manière précipitée, sans donner de véritable explication.

Le lecteur suit Pierre Loti dans toutes ses pérégrinations : le départ de Paris, le voyage qui passe par la Roumanie, l’arrivée par le Bosphore, le parcours dans la ville et ses abords. Et tous ces noms laissent présager des paysages merveilleux : la Corne d’Or, Eyoub, Péra, Galata et ses quais de marbre. On s’y promène en caïque, bateau où les rameurs sont allongés, à dos d’âne, à pied. Dans ce petit récit, j’ai réellement été transporté par l’écriture et par la quête de Pierre Loti, qui recherche autant Aziyadé que les lieux qu’il a connus, et qui ont parfois disparu.

Le roman, dans l’édition Motifs que j’ai lu, est complété par un reportage de Pierre Loti sur la ville de Stamboul. D’après ce que j’ai pu comprendre, ce reportage a été écrit par Loti lors du voyage décrit dans Fantôme d’Orient. On y découvre Istambul en 1890, sous un autre jour. Loti n’a plus de but, il se promène le nez en l’air, et se retrouve par hasard dans une ville qui fête le ramadan. On y sent les odeurs, les ambiances, les habitants de cette ville. Au fil de ses trajets, il va également se trouver nez à nez avec le Sultan, ce qui donne lieu à la description de cette rencontre.

Je suis vraiment tombé sous le charme de Fantôme d’Orient, et Constantinople en 1890 permet de compléter de manière plus journalistique ce que Loti présente dans son roman autobiographique. Cette lecture m’a vraiment donné envie de découvrir d’autres romans de Loti, notamment Aziyadé, qui narre l’histoire d’amour de Loti avec cette femme. Vraiment une très belle découverte !

 

Fantôme d'Orient, suivi de Constantinople en 1890, de Pierre Loti

Ed. Motifs

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 07:49

Vincent est bagagiste à Roissy. Avec son collègue, il arrondit ses fins de mois en délestant quelques valises de montres, trousses de toilette,... Mais le jour où ils ouvrent une valise diplomatique, c'est l'accident : le désodorisant contient une bombe, qui tue le collègue de Vincent. Pris dans une spirale qu’il ne maîtrise pas, Vincent se retrouve à travailler pour les services secrets. Il est envoyé à Londres, où il doit approcher Peter Burton. Et le meilleur moyen pour s’infiltrer près de ce requin est Claire, sa femme, qui va tomber dans le piège tendu par Vincent.

 

Espion(s) est, comme son nom l’indique, un film d’espionnage. Français qui plus est, ce qui n’est pas forcément pas gage de réussite dans ce genre. Eh bien, Espion(s) déroge agréablement à la règle, car c’est une une jolie réussite.

 

Réussite par l’ambiance que parvient à instaurer le réalisateur Nicolas Saada. Il y a du mystère, lié aux différents protagonistes de cette intrigue, l’homme d’affaires anglais qui fait de nombreux voyages suspects en Syrie, ses acolytes syriens, notamment le longiligne et antipathique Malik. Face à eux, on découvre le cynisme des services de renseignements, notamment de la part des français (avec un très bon Hippolyte Girardot), qui prennent l’information là où elle est sans prendre garde aux conséquences. Ainsi, Claire (jouée par Géraldine Pailhas, convaincante) est coincée : d’abord défiante envers Vincent, elle succombe après qu’il lui ait offert un petit tableau (Tableau qui donne ensuite lieu à une scène au musée digne de Vertigo). Peu à peu, elle fait confiance à cet homme, qui la trompe, qui la laisse détruite, ne sachant plus sur quel pied danser.

 

Malgré cette intrigue qui pourrait être trop simple, Nicolas Saada, également scénariste, parvient à éviter l’écueil du manichéisme. Claire, Peter, mais aussi Vincent (incarné par Guillaume Canet) ne sont pas aussi lisses qu’ils peuvent paraître. Ainsi, Vincent, recruté pour cette affaire, est loin d’être un citoyen lambda : il s’est déjà fait pincer pour trafic de faux papiers au profit de dissidents chinois lors d’un stage à Hong-Kong.

 

Ce film d’espionnage est donc une jolie réussite, avec un sujet d’actualité (blanchiment d’argent dans les émirats, attentats dans les capitales occidentales), des personnages attachants (notamment Palmer, non, pas le grand noir de 24h, mais le chef des services secrets britanniques) et une intrigue haletante. Pas de gros effets spéciaux ni de grandes cascades, ce n’est pas Jason Bourne, mais un réalisme bienvenu. Nicolas Saada signe un très bon premier film !

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 10:42

J’ai fait plusieurs découvertes avec cette œuvre de Tchekhov. Tout d’abord, et ce n’est pas rien, je n’ai pas lu ces deux nouvelles mais les ai écoutées. Puis, après Tchekhov auteur de théâtre, j’ai pu apprécier ses talents de nouvelliste. Voici donc les deux nouvelles qui composaient ce livre-CD.

 

Le violon de Rothschild : Iakhov est fabricant de cercueil, et joueur de violon à ses heures perdues. Malheureusement, il y a peu de décès dans la campagne où il habite, et ne sa vie ne se résume qu’à des pertes : pertes liées au jours non travaillés, aux habitants qui décident de mourir dans la ville voisine,… Quand Marfa, sa femme, tombe malade puis décède, Iakhov se demande bien à quoi a bien pu le mener cette vie, faite de reproches, d'animosité. Il a même oublié sa fille, morte enfant. C’est le début d’une remise en question de son comportement, ses habitudes,…

La Princesse : Véra Gavrilovna est une princesse russe. Elle profite de ses étés pour se reposer dans un couvent, où elle est entourée par une troupe de serviteurs, bonnes, laquais,… Elle se sent bien dans cet endroit. Lors d’une promenade dans le jardin, elle rencontre un médecin qu’elle a connu auparavant. La conversation s’engage, mais elle prend rapidement un tour auquel la Princesse ne s’attendait pas. Le médecin, dans un long réquisitoire, lui reproche son égoïsme, son mépris et sa bonne conscience.

Je ne suis plus habitué à écouter des romans. Cela me plonge dans cette période où j’écoutais Marlène Jobert raconter les contes de Perrault ou de Grimm sur des cassettes audio (et ça remonte). C’est une impression tout autre que la lecture : j’ai un esprit qui a tendance à divaguer, à voyager, et à raccrocher par la suite à l’histoire. Ce phénomène est accentué par l’écoute, puisqu'il n'y a pas la matérialité du livre. Mais c’est une expérience intéressante, puisqu’elle m’a permis d’entendre une œuvre de Tchekhov et de faire des choses plus prosaïques et nettement moins passionnantes dans le même temps.

En ce qui concerne l’œuvre, j’ai retrouvé dans ces nouvelles les traits déjà repérés dans les pièces de Tchekhov que je connais. Dans le violon, on plonge dans la campagne russe, dans cette société de petits commerçants qui ont du mal à joindre les deux bouts. Dans cette courte nouvelle, Tchekhov donne à ressentir le poids de l’antisémitisme dans la Russie de la seconde partie du XIXeme Siècle, les situations conjugales pas toujours tendres, le conformisme social. J’ai beaucoup apprécié la réflexion menée autour des termes de profit et de perte, qui est le fil conducteur de la nouvelle.

Dans La Princesse, Tchekhov utilise le thème de la confrontation sociale, entre une femme richissime et des employés pauvres. Surtout, il s’attaque à l’image des dames patronnesses, femmes riches qui décident de monter une fondation ou de mener des opérations de charité envers les pauvres, ce qui leur permet notamment d'avoir bonne conscience et de se ménager une place de choix dans l'au-delà. La confrontation avec le médecin est intense, et permet à celui-ci d’exposer tous les griefs  qu’il a ruminés. Malheureusement, tout cela ne sera que de peu d’effets sur Vera Gravilovna, qui reste enfermée dans sa tour de luxe et d'incompréhension. Contrairement à Iakov, qui, dans l’autre nouvelle, saura tirer un enseignement de ses mésaventures. Trop tard, mais il y parvient.

Ces deux nouvelles sont lues de fort belle manière par Marina Vlady, que j’ai vu récemment dans le très bon et libertin film de Bertrand Tavernier, Que la fête commence (avec un magnifique trio d’acteurs, Noiret – Rochefort – Marielle). Elle réussit à prendre des intonations différentes dans les deux nouvelles, faisant notamment ressentir le luxe et l’aisance lorsqu’elle parle de la Princesse.

 

Je remercie Babelio qui m’a permis de me plonger dans un livre-CD grace à l’opération Masse Critique, et je ne dis pas que je ne renouvellerai pas l‘expérience d'écouter une œuvre (surtout que l’éditeur Des femmes publie des lectures faites par Isabelle Huppert !!!).

Pièces de Tchekhov : La Cerisaie, Ivanov

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