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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 07:47

tous-au-larzac.jpgLe Larzac est synonyme pour ceux de ma génération (ceux nés dans les années 1980) d'un mythe, d'une lutte acharnée de paysans dont on ne perçoit plus vraiment les tenants et les aboutissants. Après avoir retracé le combat des salariés des Lip, là aussi dans les années 70, Christian Rouaud revient sur les événements qui ont marqué le territoire aveyronnais.

 

En mêlant images d'archive, magnifiques panoramas de la campagne du Larzac et témoignages des acteurs du mouvement, Christain Rouaud signe un documentaire éclairant et enthousiasmant. Eclairant, car il parvient à donner les clés de ce combat, de la décision de Michel Debré d'agrandir le camp militaire du Larzac à l'abandon du projet suite à l'élection de Mitterrand. Soit une lutte de 13 ans ! On suit toutes les étapes, les premières manifestations en tracteur à Millau, Rodez ou Paris, les soutiens venus de la France entière ou la rédaction du journal qui est encore envoyé aujourd'hui à quelques abonnés.

 

Quelques moments frappants marquent le film. L'un d'entre eux est la venue de Mitterrand sur le plateau lors d'un des grands rassemblements. Le futur Président de la République manque de se faire lyncher, en partie à cause de trouble-fêtes venus casser le mouvement. Un autre moment fort est celui de la marche vers Paris, et le récit émouvant de ceux qui ont vécu cette arrivée dans la capitale, avec les bâtons et les pieds qui frappent le pavé.

 

On suit aussi la solidarité de ces paysans, traditionnellement à droite, conservateurs catholiques, avouant n'avoir rien compris à Mai 68 et aux actions de ces hippies chevelus. Ils changent d'avis lorsqu'ils réalisent que ceux en qui ils faisaient confiance les laissent tomber. Cette solidarité s'exprime entre eux (très beaux témoignages de tous les acteurs), mais aussi avec ceux qui arrivent pour les soutenir : les maoïstes, les pacifistes, les objecteurs de conscience, certains venant s'implanter sur le plateau. Un magnifique documentaire sur un mouvement long, fort, intense, dont on  ne connaît pas encore toutes les clés (qui a posé la bombe qui a manqué tuer toute une famille ?) mais qui confirme l'idée qu'il n'y a que la lutte, intelligente, pas forcément violente, qui peut faire reculer les projets les plus idiots.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 16:00

LesNeigesduKilimandjaro.jpgDans les milieux cinéphiles, Robert Guédiguian signifie Marseille ou le trio Ascaride-Darroussin-Meylan. Pourtant, ses deux films les plus populaires ont été tournés loin de la ville phocéenne, puisqu'il s'agit d'un film sur François Mitterrand (Le promeneur du champ de Mars) et sur la bande à Manoukian (L'armée du crime). Pourtant, retrouver Guédiguian à Marseille est un vrai bonheur, d'autant plus réjouissant qu'il signe un film lumineux, douloureux, subtil.

 

Déjà, qui oserait débuter un film par un tirage au sort désignant parmi les salariés les futurs licenciés ? Alors qu'on entend partout parler de crise, il est rare de voir de si près ceux qui sont les premiers concernés. Parmi les licenciés perdants de cette loterie figure Michel. Syndiqué CGT, il a mis son nom dans la boîte, alors qu'il aurait pu s'en dispenser. Mais cela n'aurait pas correspondu à son éthique. Alors, avec son épouse, il tente de vivre au mieux son statut de chômeur, et organise sa fête de mariage. Avec comme cadeau une boîte aux trésors contenant de l'argent et des billets pour découvrir le Kilimandjaro. Mais tout bascule lorsque Michel est cambriolé pour cet argent. Le voleur faisait partie des invités et des licenciés, et chaque spectateur de ce cambriolage (Michel, sa femme, sa belle-soeur et son mari, le meilleur ami de Michel) vit différemment les conséquences de cet événement traumatisant.

 

Le film est puissant, prenant, car Guédiguian reste au niveau des individus, chacun dans son identité. On y entrevoit la palette des réactions. Celle attendue de la volonté de vengeance, celle de la compassion ou de la colère, mais aussi celle de la personne qui ne s'en relève pas (avec une merveilleuse Maryline Canto, totalement convaincante dans ce rôle de dépressive. La dépression montrée comme rarement). Mais également du côté du braqueur, gamin responsable de l'éducation de ses deux petits frères pour pallier l'absence d'une mère. Le côté sérieux du jeune homme, cédant parfois aux demandes de ses frères (très belle et joyeuse scène d'ouverture du pot de Nutella) tranche avec celui du chef de famille, obligé de trouver de quoi faire vivre la famille à tout prix. Tous les personnages, auxquels il faut ajouter les enfants de Michel, permettent de peindre le portrait d'une société en proie avec les difficultés économiques et humaines.

 

Outre son trio habituel, porté par Jean-Pierre Darroussin décidemment de plus en plus admirable, Guédiguian a ouvert son univers à la jeune génération en s'entourant parfaitement. Grégoire Leprince-Ringuet (qui met à mal son image de jeune premier), Anaïs Demoustier, Adrien Jolivet, Robinson Stévenin (dans un rôle inattendu), Pierre Niney ou Julie-Marie Parmentier trouvent leur place dans l'univers marseillais. Un vrai plaisir de cinéma, avec un conte humain, intelligent.

 

Les avis de Pascale, Kathel

 

Autres films de Robert Guédiguian : Lady Jane, L'armée du crime

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 22:20

polisse.jpgMaïwenn signe avec Polisse un film sur le quotidien de la brigade de protection des mineurs. Embarqué avec ses membres, une photographe les suit dans leur travail, dans les difficultés humaines liées aux affaires qu'ils rencontrent, comme dans les joies lorsqu'une affaire se termine bien.

 

Globalement, j'ai trouvé le film de Maïwenn réussi, notamment grâce au rendu du travail au quotidien de ces agents particuliers. On plonge dans la misère humaine lorsqu'une mère souhaite confier son fils car elle dort dans la rue (ce qui donne lieu à une scène de séparation déchirante) ou dans l'inconscience lorsqu'une mère ne réalise les conséquences de ses gestes envers ses enfants lorsqu'elle veut les endormir. Il y a des moments de désarroi, de désespoir, mais également de colère. Comment ne pas l'être par exemple devant ce père, coupable d'attouchements sexuels, qui n'éprouve aucun regret ? Et comment ne pas rire devant cette ado, incapable de réaliser que faire une fellation pour réucpérer son portable est aberrant ?

 

Puis il y a les contingences matérielles, les véhicules qui mamquent car réquisitionnés par les stups, ces arbitrages en leur défaveur, ces kébabs mangés dans la rue, en pleine nuit, à la recherche d'une mère et de son enfant. Tous ces moments du quotidien, avec des relations humaines fortes entre collègues, passant parfois de la complicité à la rancoeur, sont très bien rendus.

 

Si le personnage du photographe, interprêté par Maïwenn, n'est pas indispensable (une évocation lourdingue du film dans le film), tous les autres personnages sont très bien décrits. Chacun est campé, reconnaissable, et les acteurs qui leur donnent vie sont épatants. Il serait fastidieux de tous les citer, mais je nommerai tout de même Joey Starr, surprenant et poignant en homme ne supportant plus la souffrance humaine, Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot, Naïdra Ayadi (dans une très dure scène face à un père musulman) ou Louis-Do de Lencquesaing. Je souhaiterai vraiment tous les citer car c'est une des forces de Maïwenn que de savoir parfaitement diriger les acteurs (en particulier ici les enfants). Un film intense, parfois difficile, mais qui mérite amplement le déplacement.

 

Les avis de Pascale, de Choupynette

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 22:44

L-Exercice-de-l-Etat.jpgEn cette période pré-électorale, sortir un film sur le quotidien du ministre des Transports est assez culotté. Film certainement très franco-français dû au fonctionnement de l'administration, Pierre Schoeller n'en signe pas moins un très bon film sur ces drôles d'hommes que ce sont les politiciens et ceux qui les entourent au quotidien, les membres de leur cabinet.

 

Tout commence comme la chronique d'un politicien à qui tout réussit. Il sort d'une victoire sur la question de la privatisation des ports, et est une des valeurs montantes du gouvernement en place (qui est certainement de droite, même si ce n'est pas dit. De toute façon ce na changerait certainement pas grand chose au film s'il était de gauche). Pourtant, ça déraille : un accident de car dans les Ardennes qui fait de nombreuses victimes, surtout des enfants ; un projet de privatisation des gares auquel il s'oppose, mais que le gouvernement veut absolument faire passer ; des relations avec son chef de cabinet, ami de longue date, qui se distandent.

 

Sur la papier tout cela peut paraître austère, avec tous ces personnages en costume-cravate, très éloignés du quotidien de nombreux spectateurs. Pourtant, Pierre Schoeller réussit à faire de son film autre chose qu'une simple balade dans les couloirs d'un ministère. L'arrivée d'un nouveau chauffeur, bénéficiant d'un programme d'aide aux chômeurs longue durée, permet de s'échapper de l'austérité, notamment avec cette virée dans le logement en construction et la caravane de ce couple modeste.

 

Portrait très intéressant et passionnant de ce ministre, mais aussi de ses collaborateurs. Le directeur de cabinet ou les jeunes membres sont tout acquis à la cause du ministre, prêt à tout à tout moment pour venir en aide à ce dernier. Il y a aussi la conseillère en communication, capable de penser à changer la cravate du minstre à cause de sa couleur alors qu'il est à proximité des cadavres de jeunes victimes d'un accident. Tout est programmé, millimétré, jusqu'à l'inattendu, l'impensable, qui donne un coup de fouet à la seconde partie du film (avec une spectaculaire scène d'accident).

 

Enfin, difficile de parler du film sans évoquer le duo Olivier Gourmet - Michel Blanc, formidable, tout en jovialité et colère mêlée pour le premier, tout en acceptation de son rôle de commis de l'Etat pour le second. Deux physionomies différentes qui incarnent parfaitement les protagonistes de cette chronique des palais de la République. 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 15:58

Eldorado, le précédent film de Bouli Lannersles-geants.jpg, m'avait marqué par la capacité du réalisateur à faire croire que ce road-movie belge se situe dans un no man's land du grand nord américain. Dans Les Géants, cette capacité m'a une nouvelle marquée, mais avec cette fois un sujet que j'ai trouvé beaucoup plus âpre et noir.

 

Les héros, ce sont trois enfants. Deux frères, Zach et Seth, vivent dans la maison de leur grand-père récemment décédé. Du haut de leurs treize ans et demi et quinze ans, ils empruntent la voiture du grand-père, et rencontrent sur la route Danny, jeune garçon de leur âge, qui essaie d'échapper à son frère violent qui sert de gardien au truand local. Peu à peu dépossédé de tous leurs biens, les trois garçons tentent de trouver un toit, mais doivent faire face à l'adversité, celle du climat, celle des truands ou celle de leur naïveté.

 

Si la séance à laquelle j'ai assisté a été un peu perturbée par deux spectateurs émêchés et évacués en cours de film, j'ai été happé par ce film. Happé une nouvelle fois par les paysages montrés par Bouli Lanners, cette Belgique wallonne vallonnée et forestière qui fait penser au Canada du grand Nord. Des paysages très bien utilisés, comme lors de cette incursion en voiture dans un champ de maïs, ou ce plan final juste au dessus de la rivière.

 

Happé aussi par la tension qui émane de cette histoire. Ces trois gamins ont grandi trop vite, abandonnés par les adultes qui ne sont que des dangers (hormis cette femme qui les accueille dans son antre). Mais ils n'ont pas les armes pour faire face à l'adversité qui leur tombe dessus. On passe alors de scènes douloureuses, où ils perdent tout (la vente de la maison, l'arrivée des déménageurs russes) à d'autres plus drôles (l'ingestion à haute dose de harissa pour assouvir des besoins adolescents, le squatt d'une maison de campagne où ils testent tous les produits àà leur disposition). Mais la drôlerie qui pourrait naître est neutralisée par la crainte de ce qui peut arriver à ces garçons, et si le sourire naît parfois de leurs plaisanteries, il se transforme en regard pathétique, compatissant pour ces enfants qu'on imagine sans avenir.

 

Un beau film, qui confirme les talents de réalisateur de Bouli Lanners, mais qui n'est pas très agréable. Film avec des ados (excellents acteurs, comme tous ceux du film), mais qui n'est pas à mettre devant les yeux de tous les enfants.

 

Autre film de Bouli Lanners : Eldorado

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 21:28

poulet-aux-prunes.jpgAprès Persepolis, Marjane Satrapi s'est une nouvelle fois associée à Vincent Parronnaud pour une adaptation d'une de ses bande-dessinées, Poulet aux prunes. On quitte la biographie de la réalisatrice d'origine iranienne pour plonger dans une histoire moderne digne des contes persans les plus célèbres.

 

Le poulet aux prunes est le plat préféré de Nasser Ali Khan. Violoniste virtuose, il est accablé depuis que sa femme, Faringuisse, a détruit son instrument fétiche. Mais cela n'est finalement rien à côté de la rencontre inattendue avec Irâne, cette femme dont il était follement amoureux de nombreuses années plus tôt. Mais Irâne, dont le père s'est opposé au mariage, ne reconnaît Nasser Ali. Il décide alors de mourir.

 

Le récit est construit en fonction de jours successifs, au cours desquels Nasser Ali imagine des stratagèmes pour mettre fin à ses jours. Il y voit aussi son passé, le futur de ses proches, et rencontre même Azrael, l'ange de la mort. Différentes histoires, qui tissent celle de Nasser Ali, celle de sa rencontre avec Irâne, la belle fille de l'horloger. Celle de son mariage subi avec Faringuisse. Celle de sa fille, joueuse de poker envoûtante (Chiara Mastroianni, merveilleuse) ou de son fils, qui a fui la dictature iranienne et est devenu père d'une caricaturale famille américaine nourrie de hamburgers et de pizzas.

 

De nombreuses petites hitsoires qui s'assemblent et qui forment un puzzle des genres cinématographiques. On passe de la chronique décalée au récit fantastique, en passant par quelques passages animés. Le tout est servi par des acteurs bien choisis, au premier rang desquels Mathieu Amalric, très bon en Nasser Ali Khan, et Edouard Baer en Azrael espiègle. Mais aussi Maria de Medeiros, Eric Caravaca ou Serge Avédikian. Un film un peu inégal, mais qui a le mérite de tenter d'associer des passages très différents dans une seule trame. Un film qui ne mérite certainement pas les nombreuses critiges mitigées voire négatives qui sont sorties dans les médias.

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 08:00

skylab.jpgJulie Delpy, dans son nouveau film, nous invite dans la famille de son enfance. On y retrouve ses oncles, tantes, parents et cousins, dans cette réunion dans la Bretagne de 1979. Seule ombre potentielle au tableau : la menace du Skylab, satellite qui doit retomber sur terre, mais personne ne sait où.

 

Repas classique, avec sa partie de foot entre tontons un peu saouls, son méchoui avec un agneau qui cuit sous le regard de ses congénères encore vivants dans la prairie d'à côté, sa sortie à la plage et les chamailleries des enfants. Mais sous le vernis des retrouvailles que tout le monde fête à l'occasion de l'anniversaire de la grand-mère, les personnalités se dévoilent. Et outre la folie de l'oncle Hubert, ce sont autour des failles de l'oncle ancien para ou les divergences politiques, en particulier au sujet de la peine de mort, que se cristallisent les tensions.

 

Pas de grandes nouveautés dans cette chronique familiale et sociétale des années Giscard, mais le regard attentif et subjectif de Julie Delpy qui donne son intérêt à cette carte postale. Car si la rapidité de la narration ne permet pas de traiter en profondeur tous les sujets et les genres (l'humour avec cette sortie sur la plage naturiste, la chronique adolescente, celle politique), les personnages sont assez tranchés pour être tous dignes d'intérêt, enfants ou adultes. On a ainsi la matriarche, entourée de ses enfants, un couple catholique pratiquant, un autre plus libéré, le petit dernier amusette. Et surtout ceux du milieu, qui ont épousé la carrière militaire et qui en subissent les conséquences.

 

Le casting est vraiment très réussi : Emmanuelle Riva et Bernadette Laffont pour les grands-mères, Julie Delpy, Valérie Bonneton, Noémie Lvovsky, Sophie Quinton ou Aure Atika pour les femmes, Eric Elmosnino, Jean-Louis Coulloc'h ou Denis Ménochet chez les hommes. Les enfants sont également très réussis, en particulier Vincent Lacoste, hilarant en ado se croyant irrésistible et rebelle. Et Albert Delpy est très juste dans le rôle du suicidaire tonton Hubert. Une famille comme beaucoup d'autres, mais dans laquelle la parole est peut-être un peu plus libérée, et donne ainsi lieu à un film très agréable et polyphonique.

 

L'avis de Pascale

 

Autre (très bon) film de Julie Delpy : La comtesse 


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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 07:32

the-artist.jpgUne des surprises du dernier festival de Cannes a été le prix du meilleur acteur pour Jean Dujardin. D'autant plus étonnant quand on se souvient de ses débuts : les Nous c'est nous, parodie de boys band au milieu des années 90, puis Loulou dans Un gars, une fille. Mais l'acteur a grandement bonifié, et sa prestation dans The artist, le film surprenant et réjouissant de Michel Hazanavicius, explique parfaitement la remise du prix.

 

Le parti-pris du réalisateur de OSS est osé : réaliser, à l'heure des films en 3D, un film muet en noir et blanc. Hommage aux films des années 20 et 30 et à la naissance des comédies musicales (le thème du film, l'arrivée du film parlant mettant en cause le muet, rappelle  d'ailleurs Chantons sous la pluie), le film mêle habilement acteurs convaincants, scènes marquantes et musique entraînante.

 

Outre Jean Dujardin, très bon dans ce rôle muet où il peut faire étalage de tout son bagage d'expressions, il est entouré de Bérénice Béjo, déilicieuse, un peu oubliée dans les articles évoquant le film. De très bons seconds rôles également, en particulier John Goodman en caricature de producteur hollywoodien. Et il y a bien sûr le chien, un cabot  inséparable de son maître, qui occupe le devant de la scène.

 

Michel Hazanavicius, dans cette comédie romantique qui n'en respecte pas tous les codes, a également un sens très aigu de la mise en scène. Que ce soit avec cette belle scène dans l'escalier ou ce passage de rêve avec une utilisation très surprenante du son, ou encore avec cette première tentative de tournage entre George Valentin (Dujardin) et Peppy Miller (Béjo), la composition des scènes permet au film d'avancer et de définir les personnages.

 

A cela, il fautr encore ajouter l'utilisation de la musique, même si j'ai mis un peu de temps à être emporté par celle-ci. Son utlisation au début m'a paru assez attendue, et les différents hommages rendus passent un peu inaperçus. Ce n'est que lorsque la musique de Bernard Herrmann se fait entendre en fin de film que l'émotion pointe grâce à la musique, avant la grande scène finale, pimpante et joyeuse.

 

De très bons ingrédients pour un résultat pleinement réjouissant. Une fable d'un autre temps qui permet de se rendre compte que les innovations technologiques ne sont peut-être pas l'avenir du cinéma, comme on peut l'entendre partout.

 

Autre film de Michel Hazanavicus : OSS 117 : Rio ne répond plus

 

L'avis de Pascale

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 19:19

La-Fee.jpgLe trio burlesque Dominique Abel - Fiona Gordon - Bruno Romy revient sur les écrans, après le très drôle Rumba. Si la danse reste au coeur de leur travail, avec deux très jolis passages au coeur du film, j'ai trouvé l'ensemble moins emballant que leur précédent film.

 

Dom est veilleur de nuit au Havre (ville cinématographiquement à la mode, car on attend sur les écrans les prochains films de Aki Kaurismaki et Lucas Belvaux, également tournés dans la ville). Alors qu'il attend les clients en tentant de manger son sandwich, il reçoit la visite de Fiona, une fée qui lui propose de lui exaucer trois voeux. Dom, pris au dépourvu, demande un scooter et de l'essence à vie. Le troisième voeu ne sera jamais demandé, mais Fiona lui apporte peut-être un cadeau encore plus beau : un enfant.

 

Rien de réaliste dans le traitement du sujet fait par les auteurs : Fiona a un ventre qui grossit instantanément, l'enfant qui naît a au moins six mois,... Mais le principal n'est pas là, il se situe dans le décalage et le loufoque qu'ils arrivent à instiller dans les passages anodins. De la danse au fond de la mer, une chute interminable d'une falaise, un homme qui vole,...

 

Malheureusement, le film manque un peu de rythme, retombant par moment dans une intrigue moins palpitante et énergique. Le défaut du film est peut-être aussi d'avoir voulu trop en dire, notamment avec l'incursion de ces jeunes garçons africains qui veulent à tout prix rejoindre l'Angleterre. Le propos politique est louable, mais rentre en conflit avec le propos principal du film, celui de la victoire de la naïveté et de l'insouciance. Un moment plaisant, mais un peu long.

 

Autre film du trio : Rumba

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 18:50

de-bon-matin.jpgUn matin comme tous les autres pour Paul. Rasage, habillage, baiser à sa femme endormie, le bus pour rejoindre son lieu de travail, avec sa malette et son sac de sport. Mais un sac de sport au contenu peu ordinaire : pas de maillot de bain ou de chaussures de course, mais un pistolet. Pour tuer son supérieur hiérarchique et le numéro 2 de la banque dans laquelle il travaille. A partir de cette ouverture violente, le film revient sur la vie de Paul et sur les événements qui l'ont amené à en venir à cette conclusion funeste.

 

Avec une succession de flash-back, le film de Jean-Marc Moutout est brillamment construit. D'emblée, le spectateur sait quelle sera la chute de cette descente aux enfers, celle de ce cadre qui, après un changement de direction, perd petit à petit sa place au sein de la banque, voyant ses compétences et son travail remis en cause. Du cadre en position de décision, il se voit nié professionnellement, et constate qu'il a tout sacrifié pour la banque : sa famille, sa femme, ses amis,... Au point que sa chute dans son métier est une chute dans sa vie d'individu.

 

Paul, incarné par un formidable Jean-Pierre Darroussin, est ici un cadre presque ordinaire. Dévoué à son métier, il est mis sur la touche une fois arrivé la cinquantaine. Moins mordant que ses jeunes collègues, trop proches de l'ancienne direction, il est écarté avec des méthodes honteuses par ses chefs (excellents Xavier Beauvois et Yannick Rénier) : il n'est pas prévenu des annulations de réunions, apprend par messagerie qu'il perd certaines de ses activités,... Pour autant, il n'est pas présenté comme une victime : il subit le système, comme il a pu lui-même le faire subir à d'autres auparavant, sans en être pleinement conscient. C'est un homme déchu, incapable de comprendre son fils, ado dans toute sa splendeur, ou sa femme, engagée dans l'humanitaire. Homme qui ne comprend pas la non-reconnaissance des années passées à se consacrer exclusivement à la banque.

 

Jean-Marc Moutout revient dans le monde de l'entreprise, qu'il a déjà visité dans Violence des échanges en milieu tempéré (avec les très bons Jérémie Rénier et Laurent Lucas). Ici, il prend le parti de montrer comment les individus sont persuadés qu'il est normal que le monde du travail soit reconnaissant, et que le jour où ils sont écartés, ils sont totalement perdus. Le problème de l'entreprise (ou de l'administration) est de fonctionner, et non de reconnaître les mérites de tel ou tel. Et c'est le jour où on est mis de côté qu'on comprend finalement que le monde professionnel est loin d'être celui auquel il faut consacrer l'essentiel de son temps. D'ailleurs, qui a regretté au moment de ses vieux jours de ne pas avoir passé assez de temps à sa vie professionnelle ?

 

Autre film de Jean-Marc Moutout : La fabrique des sentiments

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