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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 22:20

barbara.jpgBarbara est obligée de quitter Berlin pour s'installer sur la côte Baltique. Elle retrouve un poste à l'hôpital mais pas sa sérénité. La police est-allemande lui reproche d'avoir cherché à fuir vers l'Ouest et Barbara se retrouve sous surveillance. Elle voit donc toutes ses relations par le prisme de cette attention qu'on lui porte, même lorsqu'il s'agit d'un médecin séduisant.

 

Passer après Good bye Lenin et surtout La vie des autres pour décrire le quotidien d'une femme traquée est un peu périlleux. Le réalisateur Christian Petzold arrive à donner par moment une nouvelle vision de la RDA mais sans que son film soit totalement convaincant.

 

Ce qui marche, en tout cas pour moi, c'est le choix de la nature qui est fait ici. Sur la côte baltique, entre dunes et champs, on voit Barbara essayer de fuir cette oppression constante, quitter la ville pour se réfugier dans une forêt ou dans un hôtel et retrouver son amant de l'ouest. La présence de la nature est d'autant plus forte que la photographie, très colorée, la met clairement en valeur. Cela change des tons ocres et beiges de La vie des autres (non pas que je critique la photo de ce film, mais le choix ici permet d'avoir un autre point de vue).

 

Le moins du film, c'est certainement l'intrigue, trop ténue pour vraiment m'intéresser. Les combines de Barbara pour tenter d'échapper à la police, aux fouilles de son appartement et aux fouilles à corps sont intéressantes à voir mais les intrigues secondaires semblent de trop (la jeune fille fugueuse, notamment). Les relations difficiles avec ses collègues féminines, qui voit en elle une berlinoise hautaine, et celles ambigues avec son responsable ne sont finalement pas passionnantes. Le film m'a donc plongé dans un léger ennui, pas forcément désagréable mais dans lequel on se demande quand va se terminer cette histoire qui manque d'énergie. Barbara (Nina Hoss) vit une situation délicate, mais on ne sent jamais l'urgence l'étreindre. Et la fin est finalement un peu trop gentille pour moi. Pas un mauvais film, mais qui manque de rythme et un peu trop survendu à mon goût.

 

L'avis de Pascale

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 20:09

tyrannosaur.jpgJoseph est un homme blessé, à vif. Un soir de beuverie ordinaire, il frappe avec violence son chien, qui meurt sur le coup. Cette violence, Joseph a du mal à la canaliser, surtout depuis la mort de sa femme. Alors il boit. Le seul qui arrive à lui donner quelques moments de satisfaction, c'est son petit voisin, Sam. Mais là aussi, une mère absente et un beau-père violent offrent un horizon peu favorable au petit gars. C'est sans compter sur la rencontre de Joseph avec Hannah, une femme croyante et gérante d'un dépôt-vente. Alors qu'une relation semble pouvoir unir ces deux êtres blessés, la dureté du quotidien et l'horreur de leurs vies reprennent le dessus.

 

Paddy Considine, pour son premier film, signe un film fort, très bien écrit et mis en scène, et servi par deux excellents acteurs. Tyrannosaur est un film fort car le réalisateur ne nous épargne rien de la noirceur des vies de ces paumés de Glasgow. Entre la boisson qui attire tous les hommes, des relations conjugales inscrites sous le sceau de la violence et de la perversion et un futur pour les jeunes générations très noir, le tableau est loin d'être réjouissant.

 

Pourtant, malgré toute cette obscurité, le film n'est pas une longue succession de scènes aussi démoralisantes les unes que les autres. D'où l'excellence de l'écriture du scénario. Par touche, on ressent l'empathie et les rares moments de détente qui peuvent être offerts à ces êtres meurtris. Ainsi, une réception à l'issue d'un enterrement devient un moment presque joyeux. Scénario très efficace aussi par la tension qu'il arrive à maintenir jusqu'au terme de cette histoire glaçante.

 

Et puis il y a Olivia Colman et Peter Mullan, qui sont tous les deux exceptionnels dans ces rôles. La fragilité d'Hannah répond à la violence susceptible de surgir à tout moment chez Joseph. Deux personnages complexes, psychologiquement très forts rendus parfaitement par leurs interprêtes. Un film tout à fait saisissant à découvrir, dans la veine du très bon cinéma social anglais, digne du Ken Loach de My name is Joe (déjà avec Peter Mullan et déjà à Glasgow !)

 

L'avis de Pascale

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 08:27

nana.jpgCe très beau film de Valérie Massadian n'a rien à voir avec le roman de Zola. Ici, Nana est une petite fille de 3-4 ans qui doit affronter seule l'adversité du monde rural et qui y parvient.

 

La première scène du film plonge le spectateur dans un univers à part entière. Dans la cour d'une ferme, un paysan tue un cochon, en récupère le sang et en brûle les poils, sous les yeux de trois enfants, dont Nana. Cette confrontation entre l'enfance et la violence du monde rural baigne l'ensemble du film.

 

Nana est seule car sa mère est totalement inconsciente de ses responsabilités. Elle est entièrement occupée à assurer le quotidien dans cette maison installée au fond d'un bois, qu'elle chauffe grâce au bois mort ramassé dans la forêt et qu'elle alimente en eau grâce aux eaux de pluie. Jamais la mère ne prend soin de sa fille, même lorsqu'elle a du mal à couper sa viande. Alors, quand la mère disparait, on n'est pas surpris de voir la petite fille réussir à vivre seule : elle parle à ses jouets (d'ailleurs, dans tout le film, elle est bien plus bavarde que les adultes), elle alimente le feu et réussit même à tuer un lièvre grâce à un collet.

 

C'est un très beau film que signe Valérie Massadian. L'histoire est un conte cruel comme peuvent l'être ceux des frères Grimm ou de Perrault, qui donne une vision vraiment originale de l'enfance. Ici, ce n'est pas l'enfance chérie et protégée, mais celle obligée de se confronter à la nature et au monde extérieur. Kelyna Leconte, la jeune fille, est formidable et porte sur ses petites épaules ce film que je vous conseille très chaudement.

 

L'avis de Pascale

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 11:40

2-days-in-new-york.jpgMarion a a rompu avec Jaclk, qui l'a accompagné deux jour à Paris dans un film précédent. Aujourd'hui, elle vit avec son fils et son compagnon Mingus, qui a également une petite fille. Leur vie à New York est paisible, rythmée par les émissions de radio de Mingus et les expositions de photos signées par Marion. Mais tout est bouleversé lorsque la famille de Marion (son père, sa soeur et son compagnon, un ex de Marion) arrivent à New York et s'installent dans l'appartement. Leurs habitudes très françaises sont assez peu compatibles avec la vie new-yorkaise.

 

C'est sur ce décalage que joue le film de Julie Delpy. Elle s'amuse des clichés sur les américains (extrémement pudiques, très propres sur eux, avec des noirs revendeurs de canabis) et les français (l'amour de la charcuterie et du fromage, l'aisance quant au fait de se promener nu dans un appartement, les comportements colériques). Si certaines scènes sont certainement un peu trop systématiques (comme les querelles entre les frangines), cela reste un film au ffinal très plaisant. L'un des moments les plus drôles est celui où elle fait croire à ses voisins qu'elle est atteinte d'une maladie grave pour éviter d'être virée de son logement. Son excentricité est visible dans ses vêtements (elle ne se donne pas le beau rôle) et la présence de son père, toujours aussi lunaire, est un atout pour elle.

 

Alors, le film souffre de quelques longueurs, comme lors de cette scène avec Vincent Gallo qui a acheté son âme. On ne comprend pas forcément pourquoi elle a ajouté tous ces passages sur ses créations photographiques, si ce n'est pour dénoncer le fait qu'un concept ne peut pas créer une oeuvre d'art à part entière. Mais Julie Delpy arrive à signer malgré tout un film tendre, parfois drôle, parfois trp facile, mais qui bénéficie d'une belle énergie.

 

Autres films de Julie Delpy : La comtesse, Le skylab

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:35

a-moi-seule.jpgGaëlle était une enfant lorsqu'elle a été enlevée par Vincent. Aujourd'hui, c'est une jeune femme que Vincent a fait grandir en la tenant enfermée dans une maison isolée dans la campagne, le plus souvent cloîtrée dans la cave. Aujourd'hui, c'est le jour où Gaëlle réussit à échapper à son geolier, qui semble lui laisser la voie libre. C'est la découverte de la vie à l'air libre pour Gaëlle qui retrouve ceux qui l'ont attendu pendant ces longues années. C'est également l'occasion de revenir sur la relation trouble et complexe qu'ont entretenue la victime et son bourreau.

 

S'il s'inspire de l'histoire de Nathacha Kampusch, cette autrichienne enlevée enfant qui a réussi à s'échapper, Frédéric Videau parvient à éviter la simple mise en image du fait divers pour signer un film à la fois très prenant de par l'histoire qu'il raconte et dérangeant à cause des liens qu'il imagine entre les deux protagonistes principaux.

 

Car Vincent, s'il est un bourreau qui sequestre un enfant, n'est pas seulement cela. Il est celui qui a vu grandir cette jeune fille, dont il a pris soin comme il le pouvait, répondant à ses besoins matériels et assurant son éducation. Bien entendu, tout cela ne permet pas de faire disparaitre l'atrocité de son geste, mais c'est bien les fêlures du personnage qui sont les plus flagrantes. Pour lui, Gaëlle est sa propre fille et elle comble le besoin de paternité qui l'envahit. Tout tourne pour lui autour de cette jeune fille et du secret qu'il tente de garder précieusement, même lorsqu'il invite un collègue chez lui.

 

Entre les différentes scènes retraçant l'histoire de Gaëlle et Vincent, on découvre comment Gaëlle appréhende son retour à l'air libre. Elle renoue avec ses parents (une mère qui n'a jamais cessé de la chercher, un père devenu alcoolique). Elle tente de renouer avec ce passé lointain, comme avec ce camarade de classe qui a assisté à la scène de l'enlèvement, mais c'est en vain. Les personnages secondaires n'apparaissent d'ailleurs généralement qu'une fois (sauf la mère et la psychologue), comme si les retrouvailles étaient pour Gaëlle un passage obligé avant de se construire ailleurs et autrement.

 

Frédéric Videau signe un film remuant, dont il est difficile de sortir serein. Il est très bien entouré, accompagné par Florent Marchet qui signe une musique étonnante et évocatrice, et par de très bons acteurs. J'ai découvert à cette occasion Reda Kateb, très impressionnant dans le rôle de ce kidnappeur presque naïf (j'ai bien dit presque). A ses côtés, Agathe Bonitzer est également très convaincante dans le rôle de Gaëlle et tous les seconds rôles sont soignés : Noémie Lvovsky, Hélène Filières, Jacques Bonnafé ou Grégory Gadebois. Le film est malheureusement peu distribué, mais je vous incite à le découvrir, car c'est une belle réussite !

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:05

les-adieux-a-la-reine.jpgBenoît Jacquot adapte le roman de Chantal Thomas, Les adieux à la reine. Plus qu'une visite touristique de Versailles le 14 juillet 1798, le film est une évocation de la panique qui règne dans les couloirs, dans les combles, où les membres de la Cour et leurs domestiques ne savent plus à quel saint se vouer. Le film centre néanmoins son intrigue autour du personnage de la lectrice de la reine, Sidonie Laborde, et c'est certainement là que repose la faiblesse du film.

 

Car évoquer la panique à Versailles et se promener dans les communs est une très bonne idée de mise en scène. Les scènes de nuit, dans les couloirs éclairés à la bougie, où les courtisans se transmettent rumeurs sur rumeurs sont assez saisissantes. On y sent toute la fébrilité, l'angoisse ces nantis confinés au château, et la lecture d'une affiche demandant la tête de plus de 200 courtisans est un moment réussi de cinéma. A l'opposé, la frivolité de la Reine, occupée à la protéger ses bijoux en les retirant de leurs montures ou à regarder son livre de tissus, permet de se rendre compte de la vie irréelle à Versailles.

 

Mon souci, c'est le personnage de cette lectrice, adoratrice hallucinée de la reine qui ne jure que par les services qu'elle peut rendre à sa maitresse. Aucune préoccupation personnelle, aucune envie sexuelle chez cette demoiselle. Cela pourrait marcher si Benoît Jacquot n'avait pas choisi Léa Seydoux pour incarner ce personnage. Je n'ai jamais été convaincu par cette actrice, et ce n'est pas ce rôle qui va me faire changer d'avis. Alors qu'on devrait ressentir une urgence, une fébrilité chez cette domestique totalement vouée à sa maîtresse, on reste à côté de ce personnage froid et austère.

 

Le manque de subtilité du jeu de Léa Seydoux (toujours avec la même moue) tranche avec l'énergie et la vitalité des autres acteurs, tous bons. Que ce soit Diane Kruger qui fait parfaitement oublier Kirsten Dunst, Noémie Lvovsky (parfaite en dame de compagnie de la reine), Julie-Marie Parmentier, Michel Robin ou Hervé Pierre, ils apportent une touche originale en quelques scènes. Alors que Léa Seydoux, présente dans presque tout le film,, n,'arrive pas à proposer un personnage fort et inoubliable. Une erreur de casting qui rend ce film finalement assez anodin.

 

Les avis de Pascale, Dasola

 

Autre film de Benoît Jacquot : Villa Amalia

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 08:13

38-temoins.jpgUn film de Lucas Belvaux est toujours un moment particulier. Toujours pas remis de sa merveilleuse trilogie, j'attends avec une certaine impatience chacune de ses réalisations. Cette fois, il installe son film au Havre, où il transpose le drame de Kitty Genovese, cette femme tuée en pleine rue sans que personne ne bouge, alors des témoins étaient présents. Parti du roman de Didier Decoin, Lucas Belvaux signe un film lancinant, avec une mise en scène très intelligente, mais qui manque finalement un peu de chair.

 

Le déut du film est un magnifique plan sur un porte-container entrant dans le port du Havre, Tout au long du film, les plans du port, de la ville, de la rue de Paris (cette grande rue droite entourée d'immeubles et de leurs colonnes, lieu du crime) se succèdent, et donne une ambiance tout à fait particulière. Le fait que de nombreuses séquences sont tournées de nuit ajoute à l'impression d'être dans un univers clos, fermé, confiné. Le climax du film est atteint dans la scène finale, celle de la reconstitution, qui est celle autour de laquelle tout le film a été construit.

 

Là où le film est un peu en dessous, c'est dans le choix du personnage principal. Pierre (Yvan Attal) a entendu les cris de la jeune femme et n'arrive pas, comme ses voisins, à dissimuler ce qu'il a entendu cette nuit là. Lucas Belvaux restreint le personnage à un homme au jeu très austère, retenu et il est difficile d'entrer en empathie avec lui. Même la scène de la révélation à sa femme se fait de nuit, alors qu'elle dort, d'une voix étouffée. Jamais on ne ressent l'urgence qui étreint Pierre.

 

Pourtant, le reste du casting est, je trouve, réussi. Sophie Quinton est une épouse attentive, prête à tout entendre, mais qui réalise que son couple, qui battait de l'aile, se délite définitivement. Le personnage de la journaliste (Nicole Garcia, que j'aime assez comme actrice) apporte un regard extérieur et permet de s'interroger sur les marges de manoeuvre que peuvent prendre les journalistes. Son duel avec le procureur (excellent Didier Sandre) est très réussi. Quant aux autres témoins (Patrick Descamps, Natacha Régnier) ou aux policiers (Bernard Mazzinghi, François Feroleto), ils arrivent en quelques scènes à créer un personnage. Un film pas totalement convaincant, donc, mais qui reste tout de même d'une très honnête facture.

 

Autres films de Lucas Belvaux : Un couple épatant / Cavale / Après la vie, Rapt

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 19:42

la-taupe.jpgLe suédois Tomas Alfredson s'est plongé dans un roman de John Le Carré et dans les services secrets britanniques pour signer ce film. Loin des séquences d'action qui peuvent parfois jalonner les films de ce genre, le réalisateur fait le choix d'installer une ambiance, avec un rythme lancinant et des doubles (voire triples) jeux qui happent le spectateur, sans grands effets.

 

Nous sommes en 1973, en pleine guerre froide. L'échec d'une opération à Budapest entraîne la chute du chef des services secrets, Control, et de son second, George Smiley. Pourtant, l'ambiance n'est pas bonne : tout le monde sait qu'une taupe s'est infiltrée et qu'elle fournit des informations à Moscou. On fait alors appel à Smiley, officiellement en retraite, pour débusquer le traître.

 

L'intrigue, parfois complexe, se laisse finalement assez bien suivre. Mais ce qui importe, c'est l'ambiance. Celle feutrée des ces agents britanniques, peu enclins aux emportements face à la menace. Celle créée par une simple malette qu'on tente de faire passer à la bibliothèque pour en sortir des documents confidentiels. Celle de ce caisson insonorisé, jaune, qui sert de lieu de réunion aux quelques membres à la tête des services secrets.

 

Le film bénéficie également d'un très bon casting, porté par les toujours trèsbon acteurs britanniques. A leur tête, Gary Oldman parvient une nouvelle fois à être peu reconnaissable et incarne un agent flegmatique à souhait. A ses côtés, John Hurt en chef déchu, Tom Hardy en jeune homme impétueux, Colin Firth avec toute sa distinction, Mark Strong ou Toby Jones sont parfaitement à la hauteur. Une équipe très masculine, dans un milieu qui l'est très certainement, et où les rares femmes aperçues n'ont pas un sort très enviable. La taupe est à la fois un film à l'intrigue captivante et un exercice de style réussi. Une combinaison qui marche, donc.

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 14:42

oslo-31-aout.jpgVoici l'excellente surprise cinématographique de ce début d'année. Elle vient de Norvège, et est signée par Joachim Trier, dont c'est le deuxième long métrage. L'histoire est celle d'Anders, toxicomane qui suit une cure et obtient une journée de sortie pour passer un entretien professionnel. Il en profite pour essayer de revoir ceux qu'il cotoyait avant le début de la cure : son meilleur ami, universitaire plongé dans les études de lettres, sa soeur, ses amis. Mais la confrontation avec la passé est loin d'être anodine.

 

Ce film est un petit bijou. Avec peu de moyens et des acteurs formidables, Joachim Trier signe un film passionnant sur le retour à la réalité d'un homme confronté à ses addictions. Le passé que souhaite retrouver Anders, à l'occasion de cette sortie, est fantasmé : son ex est partie s'installer à New-York, sa soeur s'est remise en couple avec son amie sans le prévenir et son meilleur ami a quitté ses habits de fêtard pour ceux du père de famille rangé, prêt à renoncer à une soirée pour jouer avec sa femme au jeu vidéo.

 

Le film tient sur peu de choses, mais l'utilisation que Joachim Trier fait de la caméra ou du son est vraiment très judicieuse. Que ce soit dans une soirée, au bord d'une piscine d'hiver ou sur une terrasse, tous les plans sont passionnants, avec une mise en scène maligne qui parvient à se faire oublier.

 

Tout le film est vu par les yeux d'Anders. Hormis la séquence d'ouverture qui montre Oslo dans les années 70, on ne quitte jamais le héros. Le film s'ouvre sur une scène de tentative de suicide : Anders ramasse des cailloux pour tenter de se noyer. Méthode peu académique qui échoue, mais qui marque l'ensemble du film. Jamais le spectateur n'oublie cette séquence d'ouverture, et le thème du suicide revient hanter de nombreuses séquences du film, notamment lors de l'entretien d'embauche. Anders Danielsen Lie donne au personnage une profondeur et un trouble qui s'empare du spectateur presque dès l'ouverture, et ne le quitte pas. Un film passionnant, émouvant qu'il faut se dépêcher d'aller voir avant qu'il ne disparaisse des écrans. Le cinéma norvégien a certainement trouvé un grand réalisateur.

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 12:14

la-desintegration.jpgAli et Nasser sont deux habitants d'une cité de la banlieue lilloise. Ali, qui a grandi dans une famille musulmane, essaie de s'intégrer dans la société française. Il mène des études techniques assez poussées, et veut suivre le chemin de son frère aîné, qui a réussi à être reconnu dans le quartier par ses valeurs humanistes. Malheureusement, les échecs dans sa recherche de stage l'amène vers des chemins radicaux. A ses côtés, Nasser est paumé. Viré de chez sa soeur, il trouve refuge auprès de Djamel, un arabe charismatique, intelligent, qui pense que le seul moyen pour les musulmans de s'imposer est la lutte armée. Petit à petit, avec Djamel, Hamza, le gaulois converti, Nasser, le paumé et Ali le revanchard montent un plan pour faire connaître leurs revendications.

 

Le film de Philippe Faucon est un film violent. Non pas tant par ce qu'il montre (pas d'images sanguinolentes), mais par ce qu'il décrit. La désintégration est celle de ces jeunes français, de parents étrangers venus en France, et qui aujourd'hui ne trouvent plus de place dans cette société. Le jeune Ali (incarné par Rashid Debbouze, très convaincant) est le symbole de cette génération. Il s'est accroché, est sur le point d'obtenir son diplôme mais tout est remis en cause car il éprouve les pires difficultés pour déécrocher un stage. Son nom et son faciès ne le favorisent pas, et il prend alors violemment conscience que la tolérance dans laquelle il a été élevé n'est pas partagée par tous.

 

Le film, assez didactique, a plusieurs mérites. D'abord, autour de Djamel (Yassine Azzouz, angoissant au possible), l'intellectuel qui donne des ordres et manipule ces jeunes qui pour lui ne sont rien d'autres que des armes humaines, les jeunes embarqués sont très différents. Trois parcours, trois personnalités. Il est d'ailleurs un peu dommage qu'on n'en sache pas plus sur Hamza (Ymanol Perset), le recent converti à l'islam, qui voue une haine profond aux français de souche. L'autre point positif est de montrer que certains réussissent à s'intégrer dans cette société pleine d'adversité. C'est notamment le cas de la famille d'Ali, avec ce grand frère qui ne comprend pas pourquoi son frère tombe dans ce radicalisme religieux (Kamel Laadaili). Le personnage de la mère d'Ali, femme de ménage, est également très intéressant. Femme qui suit les préceptes de la religion, elle accepte doucement que ses enfants ne suivent pas la même voie qu'elle. La rencontre avec sa belle-fille, non musulmane, est d'ailleurs l'occasion d'une belle scène. Zahra Aiddaoui, dont c'est le premier film, donne à ce personnage un grande profondeur.

 

La désintégration est donc un film dur, qui montre une image peu agréable de notre société. Mais le scénario de Philippe Faucon et la multipliciité des points de vue rend cette chronique tout à fait digne d'intérêt. Un film à découvrir.

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