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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 08:31

 Matteo Blanco, alias Harry Caine, est scénariste. Ancien réalisateur de renom, il a cessé la réalisation suite à un accident qui l’a rendu aveugle. Il se contente donc de scénarii, avec l’aide de Diego, le fils de Judit, son agent. Mais la venue d’un jeune réalisateur, surnommé Ray X, fait ressurgir le passé de Harry et de Judit. Lorsque Diego demande à Harry qui est Ray X, et pourquoi il inquiète sa mère, Harry lui raconte son histoire, celle de sa passion amoureuse avec Lena et celle de sa comédie, Filles et malettes.

 

Almodovar signe avec Etreintes brisées un mélodrame dont il a le secret. Les ficelles sont connues, mais il les utilise avec une telle maestria que le spectateur est toujours surpris par les thèmes qu’il développe. Comme dans de nombreux films du réalisateur, on retrouve l’histoire d’amour passionnée, les interrogations sur la filiation, la culpabilité, tous thèmes chéris d’Almodovar. La grande nouveauté est qu’il situe cette fois l’action du film dans le monde du cinéma. Habitué des milieux artistiques (la télévision et les travestis dans Talons aiguilles, le théâtre dans Tout sur ma mère), il se frotte au milieu qu’il connaît et qu’il aime le plus : celui des plateaux de tournage.

 

Un film sur le cinéma, c’est un peu du déjà vu. Truffaut en a déjà excellemment parlé dans La nuit américaine (vu récemment, et j’ai été épaté par ce long-métrage). Mais la force d’Almodovar est qu’il traite ce sujet rebattu en gardant toute sa patte. Dans Etreintes brisées, on trouve trois films. Le premier est celui qui se déroule à l’époque actuelle, avec Harry aveugle et le surgissement inattendu du fils d’Ernesto Martel, que Mateo Blanco a connu sur un plateau de tournage. Le second film se déroule 14 ans auparavant, et relate l’histoire d’amour entre Mateo et Lena, la femme de son producteur qui va devenir sa maîtresse et son actrice. Et le troisième film est celui qu’ils tournent, cette comédie de mœurs déjantée où les femmes se poussent dans les escaliers et où d’autres cachent des sacs de cocaïne dans leur placard. Les trois films sont montés habilement, de façon à ce que le spectateur ne se perde pas.

 

Almodovar donne à voir la passion de ce réalisateur pour son art (notamment lors de la scène où il juge très mauvaise les prises conservées juste à la voix des actrices), tout en montrant que ce n’est pas un ascète, comme en témoigne sa relation tourmentée avec Lena. Il propose aussi sa vision de l’Espagne, avec notamment ces scènes de violences conjugales que subit Lena de la part de son mari, homme richissime, sujet préoccupant il y a encore quelques années en Espagne, mais que les autorités ont décidé de prendre à bras le corps avec une loi condamnant fortement les actes de violences au sein du couple (ce qui n’exclut pas les problèmes, mais permet de les réduire).

 

Si le fond du film est intéressant (bien qu’il aurait pu gagné à être un poil plus resserré), que dire de la prestation des acteurs, en particulier celle de Penelope Cruz en Lena. Femme en manque d’argent, tourmentée par la maladie de son père, elle cède aux sirènes du riche Ernesto Martel tout en cherchant à assouvir sa première passion : le cinéma. Elle est à l’aise dans tous les plans, passe sans difficulté aucune d’un plan non maquillé à son réveil à un autre où elle est resplendissante. Sa relation avec Almodovar, qu’on sent pleine de confiance, lui permet de tourner des scènes qu’elle ne ferait pas avec tout le monde. Et ce plaisir est décuplé par les prestations de ses partenaires, tous très bons : Lluis Homar en Mateo Blanco (c’est toujours difficile de jouer un aveugle), Blanca Portillo en Judit, l’amie et confidente peu sereine, Tamar Novas,… Tout le casting est à féliciter. Après celui de Volver, Almodovar s’affirme comme un des meilleurs directeurs d’acteurs du moment. Le tout accompagné par la musique toujours envoûtante d’Alberto Iglesias, qui se marie subtilement aux images d’Almodovar.

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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 17:08

Carl est renvoyé du lycée et sa mère l’envoie auprès d’un de ses amis, Quentin. Ce dernier est à la tête d’une entreprise florissante : une radio pirate qui émet au Royaume-Uni depuis la Mer du Nord. Avec huit DJ qui rendent fous (et folles) tous les britanniques, et qui sont tous plus loufoques les uns que les autres, Carl va découvrir les joies du passage à l’âge adulte. Mais le gouvernement britannique n’entend pas que les choses puissent se passer de cette façon, et fait tout pour stopper la diffusion de ces émissions jugées obscènes.

 

Good Morning England est le prototype du film qui fait du bien au moral. Des personnages aux caractères très affirmés (le niais, le gugusse, le tombeur de ses dames, le timide, …), une bande originale rock et pop de la fin des années 60, une intrigue qui mêle comédie, histoire d’amour et naufrage titanesque, le tout avec la patte de l’humour britannique servent un film réjouissant. C’est également typiquement le film qui recueillera de très bonnes critiques dans les premiers jours de sa sortie, créant chez ceux qui ne l’ont pas vu une attente forte, dont il ressort souvent de la déception. Donc, je plante tout de suite le décor : film très agréable et divertissant, mais qui ne révolutionnera pas le monde du cinéma.

 

Mais comme il est plaisant de se laisser embarquer sur  Radio Rock. On y découvre l’engouement orgasmique des fans de tous ces DJ’s, considérés comme des idoles. On suit l’apprentissage de Carl, coincé entre les préceptes très libéraux de Dave et ceux plus raisonnables de Simon, qui perdra rapidement ses dernières illusions sur l’amour éternel. Les combats d’ego du Comte (Philip Seymour Hoffman) et de Gavin (Rhys Ifans) donnent lieu à une scène intense de poule mouillée, avec la montée au sommet du bateau. Le tout contrôlé par la poigne ferme de Quentin (Bill Nighy), qui s’occupe de tout ce petit monde.

 

Les séquences à terre sont également très réussies, notamment tous ces moments où on découvre les auditeurs de Radio Rock dans des positions plus ou moins surpenantes. Et le ministre (Kenneth Brannagh, avec un terrible accent qui roule les r) est typique du fonctionnaire conservateur et borné, qui tente de déployer toute sa haine envers ceux qui dérangent ses habitudes.

 

Richard Curtis parvient à faire de cette comédie riche en musique un très agréable divertissement, qui se termine en clin d’œil à Titanic avec une fin relativement éloignée. Le tout est un hommage à cette époque où quelques intrépides bravaient les interdits fixés par des gouvernements passéistes qui refusaient de voir et de considérer les évolutions de la société, enfermés dans leur repas de Noël insipides et ridicules (je me réfère à une scène du film, bien entendu). Vraiment, il y a de quoi passer un bon moment à bord de Radio Rock !

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 07:01

Hubert Bonnisseur de la Bath, alias OSS 117, revient pour une nouvelle mission : échanger avec un ancien nazi réfugié au Brésil une somme d’argent contre un microfilm compromettant certains collaborationnistes français. Armé de son sourire et de sa bêtise, il rejoint Rio, où sa mission se complique lorsque les services secrets israéliens s’en mêlent : ils veulent capturer Heinrich Von Zimmel pour le juger en Israël, comme ils l’ont fait pour Eichmann. OSS 117 fait donc équipe avec une israélienne, Dolorès, pour retrouver le nazi, aidé par le fils de ce dernier, devenu hippie.


Personnage maintenant connu, OSS 117 fait à nouveau preuve lors de cette mission d’un grand sens de l’idiotie et du chauvinisme. Cette fois, ce ne sont plus les arabes qui font les frais de son inculture, mais les israéliens (voire les deux, lorsqu’il n’arrive pas à faire la différence entre les deux religions). L’objectif d’OSS : réconcilier les nazis et les juifs, car il ne comprend pas vraiment la rancœur qui existe entre ces deux entités. Ce qui donne lieu à diverses remarques antisémites, souvent bien choisies mais pas toujours bien amenées.


La majorité de ces blagues ont lieu au début du film, partie malheureusement assez ratée : pas de vraie intrigue, ni vraiment d’énergie, des plaisanteries qui tombent à plat, et une systématisation de l’écran divisé (très utilisé dans les années 70) pas toujours judicieuse. Les ressorts comiques ne sont pas forcément renouvelés, et Jean Dujardin est le seul à supporter l'aspect humoristique du film, ce qui est très dommageable. Dans le premier opus, Bérénice Béjo ou les autres agents secrets avaient un rôle comique non négligeable. Ici, Louise Monot est sur une partition uniforme, sans surprise, et ne sert que de faire-valoir à Dujardin.


Heureusement, le film se rattrape dans la seconde partie, une fois la recherche de Von Zimmel vraiment lancée. Le vrai moment hilarant du film est cette chevauchée dans la jungle, ponctuée par la découverte des talents culinaires de la Bath, tentant de faire cuire à la broche un crocodile. Les courses-poursuites sont souvent réussies (notamment celle de l’hôpital ou celle au bord des chutes d’Iguaçu). Dans le Christ du Corcovado, la référence finale à Vertigo est audacieuse, bien que le spectateur l’attende depuis le premier flash-back sur le passé de trapéziste de Hubert.


Film au budget beaucoup plus fourni que le premier épisode (mais est-ce un avantage ?), OSS 117 ne réussit pas à totalement convaincre. Trop de répétitions (comme ces fusillades qui se répètent, desquelles OSS sort à chaque fois miraculeusement vivant, ou ce gimmick chinois), plus d’effet de surprise car le personnage est connu et toutes ses bourdes attendues, mais surtout trop de poids sur les épaules de Dujardin. Efficace, il ne parvient pas à tenir la distance, malgré son rire inimitable. Seul Pierre Bellemare, son supérieur lui vient un peu en aide. Mais c’est trop peu pour faire oublier ses aventures au Caire.


L'avis de Neph.

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 07:48

Célimène (enfin, quand elle veut qu’on l’appelle ainsi) est auteur de fictions, mais en mal d’inspiration. Sans idée, elle est poursuivie par Anaïs, élève d’hypokhâgne qui souhaite que Célimène écrive sa vie. Mais l’auteur, déboussolée et victime de troubles psychologiques, ne sait comment aborder cette relation. D’autant plus que ses relations avec sa mère et celles avec son ex petit ami ne sont pas des plus simples.

 

Un chat un chat est le premier film de Sophie Fillières que je vois, mais il correspond assez bien à l’image que je me faisais du travail de cette réalisatrice. Célimène est une femme de son temps, elle élève seule son fils, et a une activité professionnelle qui lui permet de voir un peu venir. Surtout, la vie de Célimène est marquée par ses maladies : celle de vouloir confectionner un gâteau en pleine nuit en y laissant les coquilles d’œufs, celle de ne plus pouvoir parler pendant un certain temps. Mais quand elle se porte bien, son comportement est étrange pour un non–averti, comme lorsqu’elle va dans un débit de tabac acheter un paquet de cigarettes, et qu’elle dit à la vendeuse de ne pas le lui donner car elle a arrêté de fumer.

 

Malheureusement pour elle, son entourage ne fait pas grand-chose pour l’aider à aller mieux. Anaïs la poursuit constamment, s’accrochant à elle de toutes les manières possibles pour que Célimène retrouve l’inspiration. Sa mère ne semble pas comprendre l’ampleur de la situation, et son ex petit ami essaie lui aussi de raviver le feu qui s’est éteint.

 

Les passages avec Célimène sont les plus réussis du film. Chiara Mastroianni donne à son personnage toute la loufoquerie qui lui convient, lors de ses crises ou lors de ses conversations avec son fils. Les personnages de la mère et du petit ami, incarnés par Dominique Valadié et Malik Zidi sont également bien cernés, et ne dénotent pas du ton général du film. J’ai beaucoup aimé l’emploi par Malik Zidi du terme « débibocher », contraire lexical de rabibocher. En revanche, j’ai trouvé que les passages avec la jeune groupie étaient moins percutants. Beaucoup plus froide, plus calculatrice, Anaïs, jouée par Agathe Bonitzer, tranche trop avec le reste du film. Seule une des scènes finales, dans la cantine de son lycée, est au diapason avec ce qui est fait et dit auparavant. Enfin, j’ai trouvé la fin du film est un peu longue, et il aurait peut-être gagné à être diminué de dix à quinze minutes, pour conserver sa force.

 

Le film est tout de même une œuvre très originale, qui a un ton et une poésie propre, et qui est servi par de très bons acteurs, en particulier Chiara Mastroianni, éclatante. On y retrouve également Sophie Guillemin, la compagne d’Harry dans Harry, un ami…, qui représente l’antithèse de Célimène : réaliste, pragmatique, et désabusée. Un film intéressant et décalé, sans être complètement réussi.

 

L’avis de Laetitia (qui elle aussi a beaucoup aimé le débibochage)

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 07:27

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/68/80/62/19051680.jpgPar un soir pluvieux, dans la banlieue parisienne, Ann suit la voiture de Thomas, son compagnon. Une fois arrivée à Choisy-le-Roi, elle aperçoit, dans le jardin, Thomas étreindre une femme. Pour Ann, c’est le déclic : elle décide de changer de compagnon, de lieu d’habitation, de vie en quelque sorte. Epaulée par Georges, un ami d’enfance retrouvé de manière impromptue, elle organise méticuleusement son départ, qui la mènera à travers l’Europe, pour finir sur une île italienne, où elle tombe amoureuse de la villa Amalia, qui surplombe la mer.

 

Isabelle Huppert, très prolifique au cinéma actuellement, tient sur ses épaules (qu’elle a solides) le dernier film de Benoit Jacquot, adapté du roman de Pascal Quignard. Ann est une femme blessée par l’infidélité de Thomas, troublée par le retour dans son existence de Georges, cet ami perdu de vue et qui débarque de manière mystérieuse dans cette banlieue parisienne, où il se rend suite au décès de sa mère. Ann, mise à mal dans son couple, face à Thomas qui ne reconnaît à aucun moment son erreur, au comportement lâche et fuyant. Dans sa vie familiale, avec un père parti alors qu’elle était jeune, et une mère mutique. Mais également dans sa vie professionnelle, où elle abandonne brutalement sa vie de pianiste (instrument récurrent dans la carrière d’Huppert, avec bien entendu la Pianiste d’Haneke mais aussi le troublant Merci pour le chocolat de Chabrol).

 

Benoît Jacquot décrit la manière consciencieuse avec laquelle opère Ann pour disparaître. Tous les éléments permettant d’effacer sa trace sont présentés, de la vente des pianos à la destruction des souvenirs personnels. Et même lors de sa fuite, elle brouille les pistes en changeant constamment de vêtements. Finalement, le repos (relatif) arrivera quand elle découvrira cette maison, et un nouvel élan sentimental éphémère.

 

Le film ne m’a pas totalement convaincu. La première partie, sur le départ d’Ann, est très réussie, rythmée, en particulier par les apparitions de Xavier Beauvois en mari inconséquent et surtout par celle de Jean-Hugues Anglade en ami fidèle et mystérieux. La seconde partie débute plutôt bien avec le périple qui passe par la Belgique, l’Allemagne et l’Italie, mais l’arrivée sous le soleil italien m’a laissé froid. Surtout j’ai du mal à comprendre la scène finale sur les plages bretonnes de son enfance, notamment cette longue discussion qui donne un éclairage dont le film n’avait pas besoin. Alors que le film consiste surtout en la transcription brute des gestes d’Ann, ce dialogue donne des éléments d’explication qui ne cadrent pas avec le reste du film.

 

Mais Isabelle Huppert est comme souvent très efficace dans ce rôle, même si je serai maintenant curieux de la revoir dans un registre un peu différent. Enfin, on voit qu’Isabelle Huppert avec des lunettes bleues de plongée dans une piscine (curieusement déserte, d’ailleurs) ressemble à n’importe quel nageur lambda. Et cela, c’est rassurant !

 

Les avis de Pascale (ennuyée), Laetitia (conquise)

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 07:35

Sonia Bergerac est professeur de français dans un collège de la banlieue parisienne. Avec sa classe de quatrième, elle se rend à la salle polyvalente pour travailler Le Bourgeois gentilhomme. En difficulté face aux comportements plus que turbulents de ses élèves, elle n’arrive pas à se faire entendre. Et lorsqu’en voulant confisquer le sac à dos d’un élève, elle s’empare d’un revolver, c'est le début de la dégringolade pour cette prof qui prend une partie de sa classe en otage.


Film réalisé par Jean-Paul Lilienfeld et déjà diffusé sur Arte, La journée de la jupe m’a touché, comme cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Le sacrifice de cette fonctionnaire, abandonnée par sa hiérarchie (jusqu’à la ministre, d’un cynisme effroyable malheureusement vraisemblable), enfoncée par une partie de ses collègues, est assez éprouvant à suivre. Sonia Bergerac a, pour son malheur, refusé de faire des concessions face à ce qu’elle souhaite enseigner aux élèves. Programme exigeant, qui consiste ici à faire jouer du Molière à ses élèves, et auquel elle ne veut rien ôter. Elle-même produit de l’école républicaine (très émouvante scène à la fin du film au téléphone), elle aspire à ce que ses élèves connaissent le même destin qu’elle.


Les critiques entendues par rapport au film reprochait, pour certaines d’entre-elles, le fait que toute l’action ne se passe pas dans la salle où a lieu la prise d’otage. Je suis totalement en désaccord avec ce reproche. Bien entendu, d’un point de vue narratif, cantonner l’action à la prise d’otage et à sa résolution permet un ressort intéressant. Mais quelle perte cela aurait été de ne pas voir le comportement de ce principal lâche qui est là contre son gré, de ces collègues démagogues qui tentent d’amadouer les élèves ou de les défendre, même lorsqu’ils ont pris un coup de poing dans le nez. Et surtout le comportement des journalistes et celui des parents, qui exposent devant la caméra ce qui est tu dans la cité. En à peine deux heures, le scénario permet de brasser de multiples sujets, qui ouvrent la réflexion face à cet événement peu banal.


Les liens qui naissent entre la professeur et ses otages sont un autre aspect très intéressant du film. Les alliances évoluent au cours du film, on saute de surprises en révélations sordides, qui ne font qu’éclairer un peu plus le contexte global de la situation.

 

Isabelle Adjani, pour son retour à l’écran, est magistrale dans le rôle de cette professeur qui a totalement perdu les pédales, mais pas tous ses réflexes, comme le montre ce sursaut de lucidité à la fin du film, lorsqu’elle tente de protéger ses élèves. Elèves qui sont également criants de vérité. Jacky Berroyer est très bon en principal qui a abandonné toute ambition éducative pour réduire son établissement à de la garderie, et les flics du Raid sont incarnés avec talent, par Yann Colette et son physique atypique, et Denis Podalydès, dans un rôle très surprenant. Petite apparition de Marc Citti en mari effondré, hurlant sa douleur au principal incapable de réagir. Un casting aux petits oignons, pour un film fort, qui à partir d’un événement exceptionnel parvient à rendre un milieu social au bord de l’implosion. Et à mettre en images l’abandon de ces professeurs, de manière bien plus poignante que Entre les murs (qui n’avait pas le même objectif, il faut l’avouer). Professeurs dont beaucoup de monde plaint les difficultés, mais que personne ne soutient vraiment, les autorités politiques au premier chef. Un coup de poing !

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 07:54

Eh oui, c’est cure de cinéma en ce moment, et cela devrait durer encore quelques jours. Il faut dire que je suis lancé dans un pavé, donc mes lectures n’avancent guère.

 

Aujourd’hui donc, le dernier dessin animé sorti de l’imagination de Hayao Miyazaki. Ponyo est une sirène, qui au fil de ses périples sous-marins, se retrouve dans le seau d’un enfant, Sosuke. Ponyo retourne à la mer, rattrapée par son père, mais son destin a changé : elle a bu du sang humain. Son corps va donc se transformer, pour passer de sirène à petite fille. Mais cette transformation l’oblige aussi à abandonner ses pouvoirs magiques.

 

Comme souvent, Miyazaki signe un dessin animé où il invente un univers. Ici, on se retrouve dans les bas-fonds en compagnie d’une déesse de la mer, d’un humain devenu maître des océans qui rêve de revenir à la période préhistorique pour faire disparaître les traces des humains, et cette sirène. Souvent dans les airs (Le château dans le ciel, Le château ambulant,...), Miyazaki s’attaque donc à ce nouvel élément avec beaucoup de réussite.

 

Il arrive également à mêler son univers onirique avec le quotidien de la famille de Sosuke, sa mère Lisa et son père engagé sur un navire. On plonge dans une société mi-japonaise mi-occidentale, avec son jardin d’enfants, sa maison de retraite et ses vieilles dames attachantes. Je rattacherai cet opus à Kiki la petite sorcière, autre œuvre de Miyazaki qui mélangeait les genres.

 

C’est un film très tendre, avec comme toujours ou presque des enfants qui tiennent les premiers rôles. L’arrivée de Ponyo dans la maison est d’une drôlerie formidable, la quête de Ponyo et Sosuke sur les flots qui ont envahi la ville est  attendrissante. Film plus simple dans sa narration que son précédent et magnifique Château ambulant, Ponyo sur la falaise est à destination de toute la famille. Film sans méchants, qui prône des valeurs d’amitié, de respect de la nature, c’est une belle réussite. Servi par une très belle musique de Joe Hisaishi, avec parfois des accents wagnériens comme lors de la course de Ponyo sur les immenses vagues-poissons, l’ensemble est vraiment très plaisant, et fait passer un très bon moment.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 15:31

New Iberia, petite ville de Louisiane, est le lieu d’un meurtre sordide : une jeune femme, Cherry LeBlanc, a été tuée et mutilée. Dave Robicheaux s’occupe de cette affaire, qui est loin d’être limpide. Au même moment se déroule le tournage d’un téléfilm produit par un parrain de la mafia locale. Lors du tournage, la vedette du film découvre dans les bayous le cadavre décomposé d’un noir. Cette découverte remue la mémoire de Robicheaux, qui va tenter de remettre tous les événements dans l’ordre pour stopper les meurtres de jeunes filles.

 

Dans la brume électrique est le dernier film en date de Bertrand Tavernier, et sa première réalisation aux Etats-Unis. Il a choisi pour cadre la Louisiane, déjà le lieu du roman de James Lee Burke Dans la brume électrique avec les morts confédérés, en y ajoutant des touches contemporaines liées au passage de Katerina. Le sujet de ce film ? Plus que l’enquête policière elle-même, c’est le personnage de Dave Robicheaux qui est l’objet premier du film. Quasiment de toutes les séquences, c’est cet inspecteur bourru, travaillé par ces deux macabres découvertes, qu’on suit dans son périple. Entouré par sa femme, sa fille adoptive et son ami noir qui l’aide à tenir un petit commerce, il utilise tous les moyens pour arriver à ses fins. Mais il se frotte à plus costaud que lui, et échappe à plusieurs reprises à des tentatives d’assassinat ou à des coups montés.


L’un des forces de ce film est que l’ennemi de Robicheaux est caché. Hormis lors de la révélation finale, ni Robicheaux ni le spectateur ne savent qui est ce tueur fou. On croise bien des intermédiaires, ou ce parrain de la mafia, adipeux et dégoulinant, mais jamais on ne sait qui est responsable de ces meurtres. Ce qui crée une impression de mystère et d’angoisse, amplifiée par les marais et les bayous de Louisiane, admirablement filmé par Tavernier ici, ou par l'ambiance glauque de ce club perdu au fin fond de la campagne.


Film de genre, Dans la brume électrique est une réussite car Tavernier réussit, un peu comme dans The Pledge de Sean Penn, à faire oublier l’intrique policière pour mettre au premier plan Robicheaux, admirablement incarné par Tommy Lee Jones. Personnage hanté par les démons de son passé, par ce noir lynché dans les marais, par ses rencontres avec le Général, dirigeant les confédérés lors de la Guerre de Sécession, on le sent blessé, mais on ne saura jamais vraiment ce qui le meut. Aux cotés de Tommy Lee Jones, on notera la présence de Mary Steenburgen, qui joue son épouse, et celle de John Goodman, merveilleux en baron de la mafia.


Servi par une très belle musique de Marco Beltrami et par de magnifiques paysages, cette première incursion de Bertrand Tavernier aux Etats-Unis est une belle réussite, pleine de tension, et une plongée dans la Louisiane, pays meurtrie par les tensions raciales, les inégalités sociales et l’alcool qui ravage bon nombre de vies.


L’avis de Pascale.

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 20:00

Des hommes et des femmes sur la route, à la recherche d’un eldorado que chacun imagine différemment. Un jeune cadre, après avoir déménagé des machines dans une usine française, se rend à Budapest pour préparer l’arrivée du matériel. Une jeune femme, caméra DV à la main, sillonne la campagne allemande en train, en orientant son regard sur les marginaux. Des kurdes  traversent l’Europe pour tenter de rejoindre la Grande-Bretagne. Dans tous les cas, des individus déracinés, à la recherche d’un lieu où ils seront mieux, mais ils vont se confronter à l’adversité.


Nulle part, terre promise n’est pas un film évident. Peu de paroles, des choix de mises en scène intrigants, une narration alternée entre les protagonistes principaux, le tout sur fond de situations sociales inquiétantes et de migrations : ce n’est pas forcément très enthousiasmant, mais Emmanuel Finkiel instaure une atmosphère particulière, un mystère qui embarque le spectateur du début à la fin.


Le début est très social : entre les kurdes dans le camion qui tentent d’échapper aux contrôles à la frontière allemande et ce jeune cadre qui encadre le déménagement des machines avec en fond les banderoles et les slogans des ouvriers qui manifestent, on a l’impression d’entrer dans un film sombre, pessimiste. Si le ton n’est jamais enjoué, des détails réussissent à ne pas faire sombrer le film dans une noirceur trop appuyée.


Finkiel prend trois groupes de personnes très différentes : une personne installée, qui fait un boulot dont on sent qu’il a honte, et dont il essaie de se déculpabiliser à peu de frais. Cette jeune femme, voyageuse, curieuse, en prise avec le monde, qui se lie facilement et fait des rencontres improbables, comme ce vagabond dans un train, mais qui est piégée par sa naïveté. Toujours en attente qu’on réponde à ses appels téléphoniques, elle divague dans ce monde qu’elle n’ose regarder que par le biais de son écran de caméra. Et il y a ces kurdes, qui ont tout quitté pour tenter de traverser la Manche, qui sont abandonnés en rase campagne par leur chauffeur pour des raisons qu’on ignore, et qui décident coûte que coûte de rejoindre leur objectif.


Films sur plusieurs sujets, il m’a fait penser à Welcome, pour l’immigration (ici, on a ce qui précède l’arrivée des étrangers à Calais), à Ressources humaines de Laurent Cantet ou Violences des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout sur le libéralisme qui broie les plus jeunes, à De l’autre côté de Fatih Akin sur le mélanges des cultures, l’arrivée dans des pays étrangers. De par ces différents niveaux, Nulle part, Terre promise n’arrive pas forcément à aller au fond de tous ses sujets, mais l’ensemble est très pertinent. En rapprochant des thèmes qu’on pourrait penser éloignés (délocalisation à l’est, immigration à l’ouest), Emmanuel Finkiel réalise un film cohérent, en touches légères, qui dessine un portrait de nos sociétés actuelles, mondialisées, en prise avec le monde, mais où l’humain se trouve souvent seul face à ses rêves. Ce film m’a touché, et si ce n’est pas le film de l’année, je vous invite vraiment à tenter cette expérience cinématographique très intrigante. Une jolie réussite, sur un sujet vraiment pas évident.

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 07:22

Richard Nixon, Président des Etats-Unis, est contraint de démissionner suite au scandale du Watergate. L’annonce de sa démission à la télévision fait une audience importante. Ce qui donne à David Frost, animateur de télé, l’idée d’organiser une interview de l’ancien Président des Etats-Unis. Ce qui serait pour lui l’occasion de redorer son blason, terni au point qu’il en est résolu à présenter des émissions de magie en Australie. Mais le financement est compliqué, et Nixon, homme politique blessé, est un spécialiste de la politique, qui donnera à Frost beaucoup de fil à retordre. Le journaliste va-t-il réussir à faire en sorte que Nixon exprime des remords ?

 

Sur un fond de thème politique (le Watergate, présenté ici sommairement et servant de prétexte), ce film est, comme son titre l’indique, la confrontation entre deux hommes. Deux hommes déchus, qui ont envie de revenir sur les sommets, l’un pour reprendre le pouvoir abandonné, l’autre pour se faire voir aux meilleures tables des restaurants. Tous deux sont perdus dans un monde dont ils pensent avoir les clefs, mais qui les dépasse. Nixon est applaudi comme un virtuose par ses proches lorsqu’il joue un petit morceau sur son piano, avec sa garde rapprochée prête à se sacrifier pour lui. Frost est ébloui par les néons du succès, par les jeunes femmes qu’il réussit à prendre à son bras, sûr de la réussite dans son entreprise. Mais chacun rencontrera ses démons : le financement pour l’un, la lucidité pour l’autre.

 

Ce qui est très intéressant dans ce film, en dehors du duo principal, ce sont tous les personnages qui entourent ces hommes de pouvoir. Dans le cas de Nixon, une cour le suit : le général qui ne trahira jamais, prêt à tout pour que son maître à penser ne chute pas, son épouse et sa fille, son staff politique. Pour Frost, le soutien est moins net : son producteur, qui désespère de trouver l’argent, fait ce qu’il peut pour le soutenir. Quant aux deux journalistes embauchés, ils réalisent rapidement que Frost n’a pas l’étoffe pour se mesurer à Nixon, qui usera de tous les arguments en sa possession pour mener le combat (et il en possède d'étonnants et efficaces pour déstabiliser son interlocuteur, assimilé à un adversaire). Seul une attaque contre l’orgueil de Frost, par Nixon lui-même lors d’un mémorable coup de téléphone où il est question de cheeseburgers et d’universités, donnera à Frost l’énergie de se battre.

 

Les deux acteurs principaux incarnent à merveille ces deux créatures, formatées par et pour la télévision : Franck Langella est un Nixon épatant, transpirant du dessus de la lèvre (ce qui, d’après la légende, coûta la victoire face à Kennedy), et Michael Sheen un Frost tout en sourire éclatant. Quant aux seconds rôles, ils sont aux petits oignons : Kevin Bacon, très dur dans son costume de général, Sam Rockwell désabusé comme soutien à Frost, Oliver Platt ou Matthew McFadyen. Je regrette juste le peu de place accordé aux femmes, notamment à Rebecca Hall (la fille brune dans Vicky, Cristina, Barcelona), qui fait potiche aux côtés de Frost du fait de son peu d’importance dans cette histoire.

 

Les décors des années 70 sont très bien rendus, les maquilleurs, coiffeurs et costumiers ont également fait un travail très intéressant pour reconstituer cette époque. Bien que je ne l’aie pas vécue, on s’y croirait.

 

Le film est adapté d’une pièce de théâtre, et cela se sent en quelques endroits. Mais Ron Howard signe un très beau duel improbable entre deux hommes en quête de rachat (un peu comme si Arthur essayait de questionner Bush sur l'invasion en Irak). Duel dont il ne pourra sortir qu’un vainqueur...

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