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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 07:35

Sonia Bergerac est professeur de français dans un collège de la banlieue parisienne. Avec sa classe de quatrième, elle se rend à la salle polyvalente pour travailler Le Bourgeois gentilhomme. En difficulté face aux comportements plus que turbulents de ses élèves, elle n’arrive pas à se faire entendre. Et lorsqu’en voulant confisquer le sac à dos d’un élève, elle s’empare d’un revolver, c'est le début de la dégringolade pour cette prof qui prend une partie de sa classe en otage.


Film réalisé par Jean-Paul Lilienfeld et déjà diffusé sur Arte, La journée de la jupe m’a touché, comme cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Le sacrifice de cette fonctionnaire, abandonnée par sa hiérarchie (jusqu’à la ministre, d’un cynisme effroyable malheureusement vraisemblable), enfoncée par une partie de ses collègues, est assez éprouvant à suivre. Sonia Bergerac a, pour son malheur, refusé de faire des concessions face à ce qu’elle souhaite enseigner aux élèves. Programme exigeant, qui consiste ici à faire jouer du Molière à ses élèves, et auquel elle ne veut rien ôter. Elle-même produit de l’école républicaine (très émouvante scène à la fin du film au téléphone), elle aspire à ce que ses élèves connaissent le même destin qu’elle.


Les critiques entendues par rapport au film reprochait, pour certaines d’entre-elles, le fait que toute l’action ne se passe pas dans la salle où a lieu la prise d’otage. Je suis totalement en désaccord avec ce reproche. Bien entendu, d’un point de vue narratif, cantonner l’action à la prise d’otage et à sa résolution permet un ressort intéressant. Mais quelle perte cela aurait été de ne pas voir le comportement de ce principal lâche qui est là contre son gré, de ces collègues démagogues qui tentent d’amadouer les élèves ou de les défendre, même lorsqu’ils ont pris un coup de poing dans le nez. Et surtout le comportement des journalistes et celui des parents, qui exposent devant la caméra ce qui est tu dans la cité. En à peine deux heures, le scénario permet de brasser de multiples sujets, qui ouvrent la réflexion face à cet événement peu banal.


Les liens qui naissent entre la professeur et ses otages sont un autre aspect très intéressant du film. Les alliances évoluent au cours du film, on saute de surprises en révélations sordides, qui ne font qu’éclairer un peu plus le contexte global de la situation.

 

Isabelle Adjani, pour son retour à l’écran, est magistrale dans le rôle de cette professeur qui a totalement perdu les pédales, mais pas tous ses réflexes, comme le montre ce sursaut de lucidité à la fin du film, lorsqu’elle tente de protéger ses élèves. Elèves qui sont également criants de vérité. Jacky Berroyer est très bon en principal qui a abandonné toute ambition éducative pour réduire son établissement à de la garderie, et les flics du Raid sont incarnés avec talent, par Yann Colette et son physique atypique, et Denis Podalydès, dans un rôle très surprenant. Petite apparition de Marc Citti en mari effondré, hurlant sa douleur au principal incapable de réagir. Un casting aux petits oignons, pour un film fort, qui à partir d’un événement exceptionnel parvient à rendre un milieu social au bord de l’implosion. Et à mettre en images l’abandon de ces professeurs, de manière bien plus poignante que Entre les murs (qui n’avait pas le même objectif, il faut l’avouer). Professeurs dont beaucoup de monde plaint les difficultés, mais que personne ne soutient vraiment, les autorités politiques au premier chef. Un coup de poing !

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commentaires

ferran 21/12/2009 00:13


J'aime Isabelle Adjani depuis toujours, et notamment le film de la jupe.
Elle est totalement magistrale dans ce rôle de professeur qu 'elle interprète avec
merveille et ce sursaut de vivacité à la fin du film est époustouflant ! ! !
Je recommande ce film en toute honnêteté ! !


Lilibook 07/05/2009 17:00

J'ai vu ce film et je partage aussi cet enthousiasme. GRANDIOSE.Un film fort !

Yohan 08/05/2009 15:27


Merci de ce partage d'enthousiasme, teinté d'une pointe de crainte et d'inquiétude, tout de meme, en ce qui me concerne


chiffonnette 01/05/2009 08:35

Un coup de poing que je ne suis pas certaine de supporter!

Yohan 01/05/2009 12:06


Il vaut mieux etre prévenu de ce qu'on va voir, comme La journée de la jupe est loin d'etre un film facile. Je le recommande vivement, mais ne peux bien sur pas te forcer à y aller ;-)


Ys 26/04/2009 15:23

Je n'ai pas envie de voir ce film finalement, ça doit être éprouvant de se retrouver enfermé dans cette salle de classe, avec une prof hystérique ou pas loin. J'aime bien Adjani pourtant, mais pas sur ce coup-là...

Yohan 01/05/2009 11:58


Oui, c'est un film éprouvant. PAs tant par l'enfermement dans la classe, qui crée de la tension, que par l'attitude des personnes autour (cette horrible ministre de l'Intérieur, les parents, les
profs démago). Cela faisait un moment que je n'avais pas tant pleuré devant un film. Une oeuvre salutaire, qui risque néanmoins de rester sans lendemain !  


Franck+Bellucci 23/04/2009 22:32

Je partage pleinement cet avis enthousiaste. Il s'agit d'un excellent film, audacieux, dérangeant, qui pose de vraies questions sans forcément apporter des réponses toutes faites et qui nous oblige à réflechir. A découvrir sans plus attendre !

Yohan 01/05/2009 11:52


Comme tu le dis, Franck, des questions sont posées, et le film n'y donne pas de réponses démagogiques. Il décrit, en utilisant une situation exceptionnelle, le malaise des professeurs (et des
élèves) dans ces zones abandonnées par tous, mais aussi les comportements déviants de chacun des acteurs (profs, principal, parents,...)