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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 08:40

Cette seconde journée à Avignon a été marquée, par hasard, par un élément commun aux quatre spectacles vus ce jour-là. A chaque fois, j’ai assisté à une représentation scénique d’œuvres non théâtrales. Un roman, deux nouvelles dont une fantastique et des exercices de style… Des émotions différentes pour des spectacles prenant des chemins assez éloignés.

  

La très bonne surprise de cette journée fut la représentation de Mon amour. Alors, ne vous fiez pas au titre, qui est à mon assez mal choisi dans le cadre d’un festival comme Avignon où il faut se démarquer pour attirer la chaland. Mon amour est le titre d’un roman de Emmanuel Adély, que la compagnie alsacienne le Talon rouge a adapté pour la scène. Sur la scène, un carré au sol, l’espace de jeu. Aux quatre coins, des chaises, une bassine avec de l’eau et un livre. Mon amour. Ce livre que les comédiens commenceront à lire, à plusieurs voix, avant de lâcher le texte, de revenir de temps à autre au support. Mon amour, ce sont des individus ballotés par la vie et qui trouvent la force de vivre dans ce sentiment qu’ils portent à leur enfant, à leur ami ou qu’ils font payer. Une femme dans un couple en crise, qui se confie à sa sœur. Un enfant homosexuel qui fait le tapin, et doit affronter les déclarations d’amour d’un de ses clients. Un pilier de comptoir, qui noie son désarroi dans l’alcool et les discussions avec un des ses camarades. Le tout servi par une mise en scène de Catherine Javaloyès physique et très inventive (comme l’utilisation des éponges), un travail sur les lumières très réussi de Xavier Martayan et une interprétation magistrale des quatre comédiens : Gaël Chaillat, Blanche Giraud-Beauregardt, Jean-Philippe Labadie, Pascale Lequesne. Vraiment le genre de très bonne surprise d’Avignon, avec un spectacle choisi au hasard (pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Je ne saurai plus vous le dire) et au final le plus abouti et intéressant des huit vus cette année. Chapeau à toute l’équipe.

 

Cette journée avait d'ailleurs plutôt bien débuté, avec un spectacle tiré d’une nouvelle marquante lue il y a peu : Le joueur d’échecs, de Stefan Zweig. Monté par la compagnie le Fier Monde (encore une compagnie du Rhône-Alpes, pourtant je n’ai aucune attache particulière avec cette région), on assiste, comme dans l’œuvre initiale au récit du narrateur qui raconte son voyage en paquebot et la rencontre avec Czentovic, la star internationale des échecs, et cet inconnu qui le défie (pour en savoir plus, voir le billet consacré à la nouvelle). Seul en scène, dans un décor de pont de paquebot avec transat, Michel Bernier donne vie à ce récit. S’il est raccourci, il a gardé intact toutes les étapes de la nouvelle. Le jeu de l’acteur, un peu statique au début, prend toute son ampleur lorsqu’il décrit la réclusion de ce joueur d’échecs. Un peu mitigé à la sortie, j’ai réalisé par la suite (vous verrez pourquoi un peu plus loin) que le travail était tout de même assez intéressant, et le résultat tout à fait méritoire. Une belle adptation de ce grand classique.

 

Le soir, autre forme, l’exercice oulipien transposé au théâtre. Dans Pièces détachées / Oulipo, trois comédiens donnent vie aux textes écrits par les oulipiens, dont les plus connus sont Queneau et Perec. Ils reprennent donc les tentatives de ces auteurs, qui peuvent prendre la forme d’aphorismes comiques, de textes où un mot en remplace un autre,… Spectacle encensé à Avignon comme à Paris où il a déjà été joué, j’avoue être resté un peu sur ma faim. Car si le fait de les jouer apporte indéniablement un plus à ces textes, cela reste des exercices, avec leur part de futilité et d’abstraction. On passe un moment agréable avec ces trois comédiens, mais on en ressort avec le sentiment de quelque chose qui se ternira vite. Ce qui est malheureusement le cas.

 

Enfin, voici la première déception vécue à Avignon en seize spectacles (c’est plus que raisonnable). Déception minime il est vrai, car je n’ai pas été déçu par un manque de travail ou par la fainéantise d’un metteur en scène ou d’acteurs, mais je me suis relativement ennuyé. Cette pièce se nomme Le tour d’écrou, et est une adaptation de la nouvelle fantastique d’Henry James. On y découvre une gouvernante, qui arrive dans une maison pour encadrer deux enfants. Mais elle réalise rapidement que des ombres d'anciens locataires planent sur le château, qui ne seront pas sans influence sur le comportement de ses protégés. Je ne connaissais pas le texte de départ, et c’est donc vierge que je me suis rendu à cette représentation. La comédienne, Catherine Chauvière, n’est pas à mettre en cause dans cette expérience ratée. L’élément gênant dans ce spectacle est la quantité de texte. Pendant une heure trente, presque sans répit, la comédienne raconte. Une histoire interminable, avec beaucoup de texte. Et ce, au détriment de la mise en scène, qui en dehors de quelques jeux de lumière, est assez minimaliste. Peut-être la forme fantastique se marie-t-elle mal au théâtre, en tout cas, je n’ai pas été convaincu par cette proposition. Ce qui n’a que rehaussé mon appréciation du joueur d’échecs, vu juste avant…

Une deuxième édition très réussie, qui permet de passer quelques bons moments aux terrasses des cafés de cette belle et chaude ville d’Avignon, et qui donne un nombre d’idées de spectacles incroyables. Heureusement que tous ne se jouent pas à Paris, sinon, on y passerait son année. Pour ceux qui ne connaissent pas le festival et qui apprécient le théâtre, je ne peux que les inciter à faire cette expérience hors norme… Pour l’année prochaine, nous changerons certainement de programme, mais nous y reviendrons un jour, avec pourquoi pas un spectacle dans la Cour d’honneur du Palais des Papes…

Les spectacles de l'an dernier,
ici et .

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