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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 08:32

Comme l’an dernier, les vacances ont débuté par quelques jours passés à Avignon, le centre du monde théâtral pendant un mois. Et je reste stupéfait devant la folie qui s’empare de la ville pendant ces trois semaines (voire un peu plus) : du monde dans tous les coins de la ville, des salles de théâtre dans tous les endroits, même les plus improbables (parfois au détriment des compagnies, obligées de payer cher un petit endroit pas forcément adapté au théâtre). Ce qui est le plus étonnant et le plus réjouissant concerne les spectacles en eux-mêmes : je n’ai sillonné que le festival off, et la diversité de l’offre est hallucinante : des one-man show de comiques reconnus aux spectacles pour enfants, en passant par la chanson, des spectacles taïwanais ou des mimes. Sans parler de la variété des auteurs proposés : les classiques, comme Molière ou Feydeau, sont courus, mais on trouve également des adaptations de textes parfois inattendus (mais cela, c’est le thème de la seconde journée…).

 

Cette première journée a été placée sous le signe de la variété des formes théâtrales : quatre spectacles, et quatre façons d’aborder la scène.

 

Par ordre de préférence, il y a la forme classique, celle d’une pièce écrite pour la scène par un auteur reconnu. C’est le cas de Nous, les héros (version sans le père) de Jean-Luc Lagarce, montée par la compagnie iséroise Théâtre et compagnie. L’histoire est celle d’une troupe de théâtre qui voyage de ville en ville dans l’Europe de l’Est. Troupe familiale, menée d’une main de maître par sa directrice (Judith Bècle, épatante). La mise en scène de Michel Belletante est à mentionner : il arrive à rendre l’atmosphère de la troupe, notamment avec l’entrée sur scène de cette masse qui est ballottée et qui ne se disloque jamais. Avec leurs valises et leurs manteaux, les acteurs doivent choisir entre respect de leur intégrité artistique et la nécessité d’avoir des spectateurs et donc des revenus. Marquée par de nombreuses scènes de chants et de danse, par un mariage et un passage de marionnettes très réussi, la pièce est traversée par l’image du fils, thème récurrent chez Lagarce, et son rapport aux parents. Ici, le fils est affublé d’un masque de singe qu’il ne souhaite pas quitter, malgré l’insistance de ses camarades. Une jolie pièce, qui doit beaucoup à tous ses acteurs et sa très belle mise en scène.

 

Puis il y a la représentation performance. C’est le cas du projet Replay, monté par le grenoblois Christophe Roussel. Ce spectacle est un mélange entre installation d’art contemporain et prestation scénique. Christophe Roussel, propriétaire d’un répondeur, a pendant dix ans enregistré et conservé tous les messages reçus sur celui-ci. Ceux de sa mère, de ses amis, de la banquière qui souhaite le rencontrer,… Après une présentation des raisons qui l’ont poussé à monter ce spectacle, il nous fait entendre, d’abord par la lecture, puis par différents moyens sonores, ces déclarations informatives ou sensibles, qui ont rythmé sa vie. Le principe, qui peut paraître austère, prend du relief au fur et à mesure de l’avancée de la pièce. Seul sur scène, Christophe Roussel arrive à embarquer le spectateur dans son univers. Une expérience intéressante à vivre, à condition de sa laisser embarquer par cette construction très intime.

 

Autre forme de spectacle, la comédie musicale. Dans Les folies de Lucien, on se retrouve à l’intérieur d’un hôpital psychiatrique, avec un médecin, une infirmière et sept patients qui ont un point commun : ils se prennent pour une œuvre d’art. L’un se trouve dans la peau de Richelieu, une autre dans la Vénus de Boticelli. Et on croise encore la Joconde, le Penseur, les deux paysans de Millet, Ange et Luce et la Maja desnuda de Goya. Chacun ayant une lubie, l’un pour la fabrication de faux billets en épluchure de pomme de terre, l’autre pour la tactique militaire. C’est la deuxième fois que j’assiste à une comédie musicale, et mon jugement est assez similaire : malgré un début un peu poussif, l’ensemble parvient à prendre de l’ampleur, à s’écarter des chemins battus pour au final offrir au spectateur un bon moment. Chaque personnage ayant son morceau chanté, ils ne sont pas tous équivalents. Tous les acteurs ont des talents de chant et de danse indéniable, mais mon attention a été vers le médecin (Loïc Thévenot), l’infirmière Gloria (Léovanie Raud) et les deux jeunes Ange et Luce (Eric Jetner et Sandra Durando), qui sont les plus complets, en terme de chant, danse et de jeu théâtral. Un bon moment, même s'il manque peut-être un peu de passion. Mais cela n’enlève à la performance des acteurs, dont on pouvait voir la sueur dégouliner sur leurs visages pendant la représentation.

 

Enfin, la journée s’est close avec un spectacle plus léger : de l’improvisation. Le principe : avant d’entrer dans la salle, on note sur un morceau de papier un mot, une expression, qu’on dépose ensuite dans un chapeau. Les comédiens tireront au hasard des papiers, un à la fois, et à partir du mot, improviseront une saynète, ici à trois personnages. Bien entendu, le principe même de l’exercice donne des résultats assez variables. Mais dans l’ensemble, les membres montpelliérains de la Compagnie du capitaine se sont brillamment tirés des pièges lancés par le public. Par exemple, à partir d’une phrase comme « Hermine, qu’est ce que je dis ? », ils ont tiré une scène à trois avec un aristocrate atteint d’une crise de pauvrisme. Pour le pratiquer un peu, l’improvisation est un exercice délicat, dans lequel il est nécessaire de bien connaître ses partenaires, et de sentir la scène. Il y a eu parfois quelques petites incohérences au sein d’une saynète, mais l’ensemble s’est avéré très divertissant. De quoi bien terminer cette première journée !

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commentaires

christophe Roussel 29/09/2009 23:00


C'est avec plaisir que je découvre votre commentaire sur le Projet Replay. C'était une belle aventure que de jouer trois semaines. Le spectacle que j'ai le plus aimé, je crois était : "Un peu de
tendresse bordel de merde" dans le festival in, l'avez-vous vu?

A une prochaine fois peut-être
chrsitophe Roussel


Yohan 03/10/2009 17:34


Bonjour Christophe, et merci de ces mots pour indiquer votre passage ici, et je vous félicite pour ce joli spectacle.
Pour l'instant, je me suis contenté du festival off, donc je n'ai pas eu l'occasion de voir le spectacle dont vous parlez. Mais merci de cette appréciation, car si jamais il passe dans le
coin...

Bonne continuation.


liliba 23/08/2009 08:46

Je n'y suis jamais allée, mais j'adorerais !

Yohan 24/08/2009 19:40


Je te conseille vraiment de prendre quelques jours pour y aller, dans les années à venir !