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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 07:13

affaire-du-chien-des-baskerville.jpgLe chien des Baskerville est une des créatures les plus célèbres de la littérature policière. Sherlock Holmes, dans une de ses plus célèbres enquêtes, parvient à dénouer le mystère de cette bête légendaire de la lande de Dartmoor. Mais Pierre Bayard n'est pas convaincu par la démonstration du détective. Il reprend donc les éléments de l'enquête, ceux de la vie de Holmes et de l’œuvre de Conan Doyle pour signer un ouvrage stimulant sur la réflexion littéraire et la littérature policière.


Dès l'entame de l'ouvrage, la thèse de Pierre Bayard est claire : Sherlock Holmes s'est trompé dans son enquête sur la mort de Charles Baskerville, et le coupable désigné n'est pas le bon. Il reprend donc l'ensemble des éléments du roman pour appuyer son raisonnement. Après un résumé détaillé de l'intrigue, il s'applique à décrire les méthodes utilisées par le détective. Pour Bayard, deux éléments sont au cœur de cette méthode, l'observation et la déduction.


Néanmoins, la rigueur scientifique qui entoure les actes et les réflexions de Holmes est remise en cause. Pierre Bayard fouille dans les nombreuses autres enquêtes de Sherlock Holmes pour trouver différentes failles. Il recense de nombreuses aventures où Holmes soit s'est trompé, soit n'a pas résolu l'énigme qui s'offrait à lui. De ce fait, pourquoi ne pas imaginer que pour cette affaire de chien maléfique, Holmes s'est fourvoyé ?

 

Ensuite, c'est sur l'histoire de Conan Doyle que se penche Pierre Bayard. Il revient sur les conditions d'écriture de cette aventure, la première après la mort présumée de Holmes dans des chutes en Suisse. Un retour réclamé haut et fort par les lecteurs assidus de l'auteur britannique, qui a dû céder. Il élabore alors une typologie des lecteurs de romans policiers. D'un côté, il décrit les ségrégationnistes, ceux qui revendiquent l'existence d'une frontière imperméable entre la fiction et la réalité. De l'autre, il y a les intégrationnistes, qui affirment que les passages entre ces deux mondes sont fréquents. Pour eux, les mouvements de migration des personnages de fiction vers le réel, et inversement des personnes réelles dans le monde littéraire, existent nécessairement et sont le cœur de la relation entre auteur, lecteurs et héros littéraires. Pierre Bayard se revendique de cette philosophie, et c'est cette hypothèse qui est au centre de ses réflexions.

 

Une fois expliqués ces différents éléments, Pierre Bayard se plonge dans une passionnante et brillante réécriture de l'histoire du chien des Baskerville. En reprenant tous les éléments écartés par Holmes et par Watson dans leur enquête, en ne prenant pour argent comptant aucun témoignage, il aboutit à une conclusion différente qui n'est pas totalement dénuée de sens.

 

C'est finalement un exercice intellectuel et spéculatif pour la beauté du geste, mais qui permet à la fois une vision nouvelle de ce bel ouvrage qu'est Le chien des Baskerville et une réflexion globale sur la critique littéraire des romans policiers. Un ouvrage à découvrir après avoir lu le roman originel de Conan Doyle.

 

L'affaire du chien des Baskerville de Pierre Bayard

Ed. de Minuit - Double

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commentaires

Sibylline 25/06/2012 00:57


Pierre Bayard nous avait déjà fait le coup avec "Qui a tué Roger Ackroyd ?" où il reprenait l'enquête d'Hercule Poirot et "prouvait" qu'il s'était trompé. Même thème:  Dans "Contre
enquête sur la mort d'Emma Bovary", Philippe Doumenc prouve qu'elle ne s'est pas suicidée...


Ce sont des jeux littéraires qui peuvent être amusants voire agréables à lire, mais qui, fondamentalement, sont vains. Holmes a bien trouvé la clé de l'énigme parce que c'était cette
histoire-là que Doyle voulait nous raconter. Lire, c'est aussi accepter l'histoire que l'auteur veut nous donner, la prendre comme il nous l'offre, recevoir, sans chercher à jouer au plus
malin.


Après, on l'apprécie ou non, ça c'est une autre question.


Qu'en penses-tu?


Yohan 01/07/2012 21:46



C'est la première réécriture de Pierre Bayard que je lis (Roger Ackroyd est dans ma bibliothèque).


La question de l'aspect vain de la réécriture est intéressante, car la littérature de fiction en elle-même n'est-elle pas vaine ? Je trouve que le petit ouvrage de Pierre Bayard est plus large
que la simple question de la résolution de l'énigme. Il interroge la place de la fiction dans la société et pour le lecteur, et je trouve ce petit essai assez stimulant.