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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 09:41
http://sanspap.fr/Couv1.jpg[Billet déjà paru sur Biblioblog] Autant le dire tout de suite, Autopsie d'un sans-papiers n'est pas, malgré son titre, un essai documentaire ni même un roman réaliste. Si Olivier Las Vergnas nous plonge dans l'univers d'un sans-papier, il le fait avec beaucoup d'imagination dans ce roman d'anticipation, qui s'il n'est pas réel, n'en laisse pas moins deviner les conditions de vie de ces personnes traquées pour être renvoyées dans leur pays.

Sirwan est un jeune kurde. Depuis son arrivée en France, il a été pris en charge par Otto, un vétérinaire qui le cache dans un sous-sol de l'Essonne et l'exploite. Avec lui habite Samira, sa petite amie, elle aussi sans-papiers mais originaire d'Afrique, qui est venue avec Bono, un singe. Mais lorsque Samira se fait mordre la jambe par un des chiens-robot confectionnés par Sirwan, la clandestinité doit être brisée, au risque de se faire prendre, car c'est la vie de Samira qui est en jeu. Mais l'influence de Otto, l'univers hostile qui les entoure, les risques de rafle et l'ombre de Gladiator, le chien-robot quasi indestructible qui erre dans la campagne environnante, font que cette sortie ne sera pas une partie de plaisir.


Je suis entré dans ce roman avec une idée préconçue, et fausse, de ce qu'il contenait. Alors que je m'attendais à découvrir un roman sur la vie d'un sans-papiers, basé sur des faits réel, j'y ai découvert une véritable fiction, avec un univers propre, et des péripéties à l'avenant. Ce n'est pas pour autant que Autopsie d'un sans-papiers est dénué de faits réels. Ainsi, une partie du roman est consacrée à l'enfermement d'un des héros dans un centre de rétention, avec description des conditions d'enfermement déplorables. Mais là n'est pas l'essentiel.


En effet, ce qui est frappant dans cet ouvrage, c'est l'impression de terreur, d'urgence que ressent constamment Sirwan, et le lecteur avec lui. A aucun moment il n'est en repos, soit parce qu'il faut sauver Sam dont la blessure est loin d'être anodine, soit parce que des éléments extérieurs, jamais bien identifiés, menacent l'existence des clandestins, sur le point d'être découverts. La vie dans le box, sans lumière mais avec quelques moyens de communication, est totalement liée à ce qui va pouvoir venir de l'extérieur, que ce soit en termes de soins ou de nourriture.


Il faut dire que la forme de ce roman implique une empathie pour Sirwan. Rédigé sous forme de journal, tenu très régulièrement (plusieurs fois par jours), le lecteur n'en sait jamais plus que ce découvre Sirwan. Les bruits que Sirwan entend, les hypothèses qu'il fait, sont pour le lecteur les seuls éléments qu'il a pour se situer dans le récit. Les révélations finales permettent de donner une cohérence et une pertinence aux différents éléments disséminés dans le récit et qui restent longtemps sans explications.


Le choix d'installer cette intrigue dans un futur plus ou moins proche apporte un plus indéniable au roman. Ainsi, les gouvernements successifs, pour lutter contre l'insécurité, ont décidé de construire des centrales permettant d'éclairer les villes comme en plein jour. Le thème des chiens-robot, qui ont remplacé les vrais chiens qui ont tous été supprimés, est un autre élément de cette plongée dans un monde fictif. Mais certains éléments entrent en résonnance avec des faits actuels : l'immigration et ses réseaux, les gitans comme les sans-papiers qui restent les cibles privilégiés des forces de l'ordre, auteurs de descentes au petit matin dans les cités. L'ouverture du récit, lorsqu'Otto intimide Sirwan en lui présentant de loin les descentes, est très saisissant. Otto est d'ailleurs un personnage important de ce récit, puisque son rôle, jamais clairement défini, est primordial dans la résolution de l'intrigue.


Autopsie d'un sans-papier est donc un roman d'anticipation intéressant, qui aborde un sujet malheureusement actuel mais en fait un vrai traitement romanesque. Seul petit bémol, mais qui s'adresse plus à l'éditeur : la quatrième de couverture et la couverture ne laissent jamais penser que ce roman contient une grande part d'anticipation, ce qui est regrettable mais doit pouvoir s'expliquer d'un point de vue marchand (puisque je suis moi-même allé vers ce roman pour les éléments cités, mais ait découvert une œuvre différente, et non moins intéressante !).

Le site dédié au roman.

 

Autopsie d'un sans-papier, d'Olivier Las Vergnas

Ed. Le passager clandestin

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