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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 22:27

Il y a peu, ma virilité a été remise en question par la lecture d’un roman. Intrigué par les questions existentielles qu’avait engendré cette expérience, j’ai décidé de vérifier si cet attrait féminin était persistant. Pour cela, j’ai opté pour la méthode radicale et profité du défi lancé par Calepin : la lecture d’un roman de chick lit (littérature pour poulettes), le summum de la lecture classée féminine (j’en entends déjà au fond qui s’insurgent contre ce classement sexiste, râlant que certaines filles n’aiment pas ce type d’ouvrages, mais c’est pas de ma faute s’ils sont classés ainsi !).

 

Traitement de choc donc avec la plongée dans un classique de la chick lit : Le journal de Bridget Jones. Bridget est une jeune londonienne, trentenaire et célibataire, qui se débat avec ses amants, avec son travail, avec son poids, ses addictions et ses parents. Femme active, elle est très nature et se retrouve souvent dans des situations inattendues.

 

Bon, je vous rassure tout de suite, si jamais je suis une fille, je ne suis pas de celles qui ont un penchant pour la littérature genre Bridget Jones. Je vais tout de même commencer par les aspects positifs. La cocasserie de certaines situations fait immanquablement sourire, comme lors de cette soirée Catins et pasteurs annulée au dernier moment, sauf pour Bridget qui débarque habillée dans le thème de la soirée. Ou avec se mère, véritable tête à claque, qui se retrouve prise au piège d’un escroc à la petite semaine. Les scènes où Bridget travaille pour la télé sont également assez réussies, notamment celle dans la caserne de pompiers.

 

Malheureusement, cette cocasserie n’apparaît vraiment que dans la deuxième partie de l’ouvrage. La première partie est moins réussie. Son amourette avec Daniel Cleaver, son patron, est peu crédible, le personnage est moins intéressant que celui de Mark Darcy qui occupe la seconde partie du roman.

 

En revanche, en plus de l’intrigue (il faut accorder à l’auteur que ce roman a été publié par épisode dans un journal, ce qui est assez efficace), certains éléments m’ont assez fortement gênés. D’abord, il y a l’univers social de Bridget : femme de trente ans célibataire, avec des amies femmes mariées, des hommes qui pratiquent « l’enfoirage affectif », sauf un qui est son ami mais, bien entendu, il est homosexuel. Comme cliché, je crois qu’on peut difficilement viser plus haut. L’univers dans lequel elle évolue est celui des cadres assez riches : aucun problème d’argent, du travail dans des milieux artistiques ou assimilés (maison d’édition puis télévision). On reste entre personnes de bonne famille, entre galeries d’art, dinde au curry de nouvel an et soirées très arrosées. Bon, ces défauts peuvent s’expliquer et se comprendre, car il est assez fréquent de ne fréquenter que des personnes ayant à peu près le même niveau social.

 

Le plus gênant, à mon avis (et bien que ce soit parfois réussi) est la début de chaque épisode du journal. Chaque jour, Bridget indique le nombre de calories qu’elle a ingurgité, celui d’unités d’alcool bues et de cigarettes fumées, avec parfois quelques extras : nombre de smoothies bus, d’appel sur le répondeur ou de jeux de grattage. Cette tendance à toujours parler de son poids (c’est vrai qu’elle est énorme : son poids oscille entre 56 et 59 kilos) est assez malvenue. Même si l’ensemble est traité sur le ton de la comédie, la question du poids et de la soumission aux canons actuels de la beauté n’est pas questionnée. Je ne dis pas de la remettre en question, mais juste de l’interroger. Il faut entrer dans les normes, et pas besoin d’y réfléchir. On m’objectera le traitement décalé du sujet, mais cette insistance quotidienne sur ce sujet m’a assez gêné.

 

 

 

 

Le journal de Bridget Jones est un moyen de passer rapidement le temps dans les transports, mais reste très influencé par les tendances de la mode féminine. Un livre dans l’air du temps, qui vaut par ses quelques moments loufoques, mais qui est au degré zéro de l’analyse de la société contemporaine (car j’ai du mal à croire qu’une trentenaire célibataire puisse vivre comme Bridget). Enfin, le but est atteint : ma virilité se porte mieux !

 

 

Et pour d’autres avis masculins sur ce genre de littérature, vous pouvez aller voir chez Calepin qui organisé ce défi de chick lit for men !

 

Le journal de Bridget Jones, d'Helen Fielding

Traduit de l'anglais par Arlette Stroumza

Ed. J'ai Lu

 

 

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commentaires

Isil 02/06/2009 14:41

Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu dis. J'ai ressenti exactement la même chose. Même si c'est censé être léger, ça n'empêche pas de s'interroger un minimum. En plus, je n'ai même pas aimé l'écriture (il y a abus d'onomatopées si mes souvenirs sont bons). Comme toi, je suis plus tolérante avec un film, moins contraignant et en l'occurence, il y a vait un certain nombre de gags visuels très réussis et qui sont absents du livre.

Yohan 07/06/2009 15:05


Oui le léger ne doit pas supprimer la réflexion. Ce qui pouvait passer en chronique dans un journal est dans un roman assez lourd. Et les différents styles (des dialogues assez construits, des
passages en style télégraphique) n'aident pas à l'homogénéité. Quelques passages droles, mais pas assez à mon gout !


Karine:) 30/05/2009 17:52

c'est vrai qu'il y a dans ce livre tous les clichés... j'ai vu le film avant de le lire, il y a un bon moment (pour Colin, bien sûr.. .what else!!) mais je n'avais pas vraiment détesté, pour un roman léger-léger! J'ai cessé de questionner leur univers social depuis longtemps!

Yohan 01/06/2009 18:42


J'ai vu le film il y a un moment, mais je n'en ai aucun souvenir (meme Hugh ou Colin, désolé !). Mais je pense que j'accepte plus ce type de sujet au cinéma qu'en littérature (ça prend trop de
temps pour lire un livre pareil alors qu'en film, 1h30 et on a vu de quoi il retourne !).


keisha 29/05/2009 13:12

Tu as relevé le défi et en es sorti vivant. Malheureusement j'ai lu ce livre depuis trop longtemps pour en avoir un souvenir précis.Tu mets bien en lumière les clichés du genre. Clichés expliquant sans doute que je ne lis plus ce genre de littérature (ou alors il faudrait vraiment que ce soit extraordinairement drole et bien écrit)J'ai lu il y a quelque temps Journal d 'une baby -sitter avec la peinture d'un milieu riche odieux qui profite à fond de la malheureuse qui a besoin de gagner sa vie.

Yohan 01/06/2009 18:40


Vivant, oui. Je ne dis pas que j'ai conservé tous mes neurones, mais l'impact doit etre assez faible. De toute manière, cela devrait etre ma seule expérience, et il aurait été dommage de ne jamais
avoir lu ce genre d'ouvrage !


calepin 28/05/2009 22:03

"... un livre dans l'air du temps" pour un roman qui a déjà plus de 10 ans, ce n'est pas si mal... Bravo pour ce courageux billet !

Yohan 28/05/2009 22:15


Oui, mias je crois que l'air du temps a assez peu évolué depuis dix ans (si l'on excepte les évolutions technologiques qui ont bouleversé le quotidien. Je serai curieux de voir Bridget avec une
connexion ADSL !).
Pour l'adjectif, mais je pense que courageux est un peu exagéré : je n'ai vraiment pas risqué gros avec ce billet !!!


praline 28/05/2009 21:50

Moi j'ai souvenir d'un ennui profond et ça restera un roman execrable dans ma vie de lectrice... Pourtant, j'avais 15-16 ans. Trop jeune peut être ?

Yohan 28/05/2009 22:14



Pas de réel ennui, car le livre m'a servi de passe-temps dans les transports en commun (heureusement que mes trajets sont courts pour éviter de trop longues expositions au Bridget). Et pour
l'age, je pense en effet que c'est un peu jeune : à 15 ans, les préoccupations d'une trentenaire célibataire doivent paraitre très lointaines !